Philippe Augier est l’invité de la Semaine

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Lors de la campagne présidentielle, la culture était bien au coeur des débats mais ce n’était ni celle des aménagements culturels ou des politiques publiques, encore moins celle de l’accès aux services pour les populations dans les territoires. On a en revanche beaucoup parlé d’identité française, de nation. La culture y a surtout été abordée par le biais des politiques éducatives ou migratoires.

Pourtant la culture est un axe fondamentale de notre société. Loin de n’être qu’un symbole et des idées, la culture crée aussi et surtout de l’emploi et de la cohésion.

A quelques jours du premier tour et à l’occasion du festival de musique de Pâques qu’il a crée, Philippe Augier, maire de Deauville est notre invité de la semaine, un élu atypique qui a su parier sur la culture pour développer l’attractivité de la ville et maintenir son rayonnement international.

Mowwgli : Pourquoi a-t-on si peu parlé de culture dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle?

Philippe Augier : Cette campagne est très singulière. Elle est un peu artificielle et les sujets abordés sont des sujets démagogiques, populistes. Expliquer que la culture peut être un levier à la fois économique, éducationnelle, un levier de lien social et un levier d’énergie n’est pas vraiment compris par les populations. S’il y avait un peu de volonté d’expliquer, on se rendrait compte que la culture est un levier essentiel.

Lorsque j’ai été élu à Deauville, j’ai compris que la culture serait un élément essentiel pour la ville, avec de multiples effets. D’abord cela crée de l’attractivité, de l’image, du rayonnement si les actions culturelles sont bien menées. Cela crée également du lien et de la cohésion sociale puisque cela crée de l’échange, du partage. Enfin pour une ville comme Deauville, et d’ailleurs comme pour beaucoup d’autres, il y aura nécessairement des retombées économiques. La culture est vraiment un levier d’attractivité très fort, l’un des éléments nourriciers du tourisme et de l’attractivité.
Si Paris et la France attirent autant de monde, c’est parce qu’il y a cette culture. Il faut entendre par là, l’histoire, le patrimoine, toutes les formes de créations. Ce sont des piliers d’attractivité fondamentaux. C’est pour cela que la France rayonne.
A Deauville j’ai souhaité développer les actions culturelles car je pensais que c’était un élément majeur dans une ville qui vit de l’attractivité. Quand on vit du tourisme, on vit de l’attractivité.

M. : Deauville est très dynamique en matière d’offre culturelle. Comment un festival peut-il créer un écosystème et des externalités positives pour une collectivité?

P. A. : Un festival crée un écosystème autour d’une passion puisqu’il fédère des passionnés, des professionnels notamment ceux qui créent le festival, qui le font vivre, et des amateurs, les festivaliers, qui viennent nourrir leur passion par la création qu’offre le festival.
Bien au-delà, quand un festival devint très fort sur un territoire, on peut imaginer qu’il crée un écosystème permanent avec des équipes qui restent toute l’année. Dès la fin d’une édition, il faut préparer celle de l’année suivante. Il y a aussi les « amis » du festival qui en font la renommée, la visibilité hors des frontières du territoire et de la période du festival. C’est une sorte d’écosystème éclaté.
A partir du moment où la culture crée des focus fédérateurs, elle crée de l’intelligence collective autour d’une même passion. On trouve des convergences de savoirs, d’expertises, de sachants, des personnalités qui existent, qui sont leaders dans tel ou tel domaine.
Dans la création culturelle, il y a de la co-création et de la co-construction. A Deauville, quand nous organisons un festival, nous faisons en sorte que les artistes, les auteurs aillent à la rencontre de tous les publics, y compris dans les écoles afin qu’ils transmettent leur savoir, leur passion. C’est un levier d’éducation et d’éveil pour les plus jeunes, un vecteur de lien qui permet d’aller vers les autres.

M. : Les pratiques de consommation s’enrichissent et se diversifient. Comment repenser le rôle de la culture comme lien dans cette évolution?

P. A. : Le numérique devrait faciliter les choses. Bien sûr, il ne faut surtout pas que cela distancie le lien entre les gens, entre l’œuvre et le regardeur. Le numérique ne doit pas éloigner mais au contraire élargir les champs de découverte, la façon de découvrir.
Le numérique peut isoler comme il peut rassembler, il crée de nouveaux liens.
Nous avions fait, il y a quelques temps, une expérience qui permettait de découvrir sur les Planches des œuvres couplées à de petites vidéos de personnalités qui commentaient la pièce exposée et expliquaient pourquoi elles aimaient telle ou telle œuvre. Cela crée un lien avec un nouvel éclairage et un partage. Le numérique devient alors un outil de médiation plus riche.
Mais surtout, j’aimerais rappeler une chose, puisque nous aurions aimé de la culture dans les débats de la présidentielle. La culture peut être un outil de paix. Découvrir d’autres cultures avec une bonne médiation permet la compréhension des autres. La paix commence par comprendre l’autre. La découverte mutuelle des cultures du monde est un facteur de paix. De ce point de vue, le tourisme est un élément très important. Le tourisme mondialisé peut permettre la découverte de cultures et donc la compréhension des autres.
Les valeurs fondamentales de Deauville se déclinent en 6 mots : rencontre, partage, culture, créativité, plaisir et mieux-être. D’ailleurs, je finis presque toujours mes discours lorsqu’il s’agit de Deauville par cette jolie devise: Le monde et les cultures se rencontrent à Deauville.

Le portrait chinois de Philippe Augier

Si j’étais une œuvre d’art : « L’Homme qui marche » de Giacometti.
Si j’étais un musée ou une galerie : Le musée Rodin, un lieu très romantique au coeur de Paris.
Si j’étais un artiste : Un artiste engagé.
Si j’étais un livre : « Corps et Ames » de Franck Conroy.
Si j’étais un film : « 12 hommes en colère » de Sidney Lumet. C’est ce film qui lorsque j’étais enfant m’a fait prendre conscience de l’engagement politique.
Si j’étais un morceau de musique : Trio pour piano de Tchaikovsky.
Si j’étais une photo accrochée sur un mur : Un portrait de femme.
Si j’étais une citation : « Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté » du philosophe normand Emile-Auguste Chartier, dit Alain.
Si j’étais un sentiment : L’enthousiasme.
Si j’étais un objet : Les montres molles du tableau de Dali « la persistance de la mémoire ».
Si j’étais une expo : Planche(s)Contact.
Si j’étais un lieu d’inspiration : Ma campagne à Saint-Pierre-Azif.
Si j’étais un breuvage : Un Haut-Marbuzet.
Si j’étais un héros : Robin des Bois. je ne cherche pas à l’être mais c’est le personnage héroïque dans toute l’acceptation du terme.
Si j’étais un vêtement : Un jean, il peut être aussi chic que décontracté, ça dépend qui le porte.

Toute le semaine, retrouvez la carte blanche de notre invité :
> Carte Blanche à Philippe Augier : Kishin Shinoyama (mardi 18 avril 2017)
> Carte Blanche à Philippe Augier : JR (mercredi 19 avril 2017)
> Carte Blanche à Philippe Augier : KIM Ki-duk (jeudi 20 avril 2017)
La Playlist de Philippe Augier (vendredi 21 avril 2017)

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