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Actualité dense en ce début d’année pour le photographe français Guillaume Zuili. Récemment primé au Prix Camera Clara, avec sa série « Urban Jungle », qui sera remis demain soir à la galerie Folia, son travail est également exposé à la galerie Clémentine de la Ferronière avec « Smoke and mirrors » réalisé à Los Angeles.

Cette galerie vaut le déplacement sur le plan architectural : un splendide hôtel particulier, sa cour, tout ceci un peu restauré, les porches bourrés de câbles plus ou moins modernes. L’hôtel a été vampirisé peu après sa construction au XVIII-ème siècle. On oublie trop que nos ancêtres démolissaient les magnifiques constructions d’autrefois pour y poser des choses plus modernes…encore plus magnifiques…

Et puis, il y a une deuxième cour, avec un porche encore plus curieusement bourré de choses qui datent furieusement. Cette deuxième et (ouf !) dernière cour est occupée par des appentis artistement relookés…qui sont une belle illustration de la densification de « l’urbain » parisien (comme dit la mairesse) à des fins commerciales et industrielles de la deuxième moitié du XIXème à la première moitié du XXème. Fermez les bans, ce n’est pas « l’urbain » de la mairesse que je suis venu contempler mais une exposition de photos d’un monsieur Guillaume Zuili dont on m’a chanté les talents.

Et « on » a eu raison.

Il y a là, beaucoup de talent.

Indiquons sans détour que j’ai beaucoup aimé cette exposition et que j’en recommande la visite. Les prix ne sont pas excessifs ce qui n’est pas le moindre intérêt de l’évènement.

La photo en règle générale peut se résumer à « une image mise chimiquement et optiquement sur du papier ou du métal, tout support qu’on veut bien utiliser selon les ressources locales, selon les coûts comparatifs des ingrédients ou selon les foucades et tocades de l’artiste ».

Ici, la matière dominante est le lithium. Bon. Cela prouve qu’il n’y a pas que dans les smartphones et les Tesla qu’on en trouve ! Peu importe !

Les photos de Guillaume Zuili ont proprement une tessiture très personnelle, peut-être due au lithium… la thématique est très « américaine ». Villes sans charme, passants sans personnalité, objets du consumérisme ou de la consommation. Tout ceci en noir et blanc… enfin, pas tout à fait en noir et blanc : une sorte de sépia, pâle qui atténue les excès de contraste entre noir et blanc.

Ce qui vient très vite au regard relève d’une promenade très intérieure. C’est d’ailleurs ce que livrent les tirages, le sépia, le grain des photos et aussi leur format. On n’en parle pas souvent des formats. L’artiste les choisit et de ce fait, ils ne peuvent pas être neutres. Or, tout au long de cette promenade, alternent des formats moyens, de petits et même de très petits formats. Peu de gros tirages qui investissent les murs (on n’est pas chez Helmut Newton…). Pour moi, petit format signifie lecture, appel du regardeur par l’artiste, pour qu’il vienne se rapprocher de la photo, pour lui proposer de ne plus la dominer, de ne plus prendre de ces reculs qui font que le regardeur ne regarde plus mais tance (sévèrement évidemment). Ainsi l’exposition, en alternant les formats, rythme la démarche du regardeur et lui intime de ne pas se distancier mais au contraire de mettre ses pas dans les pas du photographe et ses yeux dans son regard.

Il faut alors aller et venir et ne pas se laisser trop impressionner par les halos de lumière en poussières qui troublent le regard et donnent parfois à voir des paysages ou des personnages qui se vaporisent ou mutent en nuages ; en s’éloignant de la photo, des lignes force remplacent le brouillard ; les subtils évanouissements de constructions ou d’objets deviennent des formes solidement campées. C’est en ce sens qu’il y a promenade, rien n’est donné d’un point de vue, ni celui de la lecture des petits formats, ni celui qui fait que tout disparaît à être regardé de près, ni celui qui, grâce à la distance rend aux formes leur solidité et leurs angles nets et aigus.

C’est ainsi qu’entre quelques tempêtes de lumière qui paraissent emporter une automobile, un personnage marchant sur un pavement rythmé de bandes claires et une silhouette féminine au bord de l’effacement, des formes simples trouvent leurs places. Ce sont comme des signaux que le hasard a laissé s’accrocher aux murs, c’est un homme vu de dos qui se déplace tout au long d’une leçon de perspective, c’est la trace que vient de laisser le soleil en projetant sur une rue, l’ombre d’un support publicitaire ou d’un portail commercial, ce sont aussi ces mille raies qui courbent l’espace d’une plage ou d’un jardin.

Très belles photos où mélancolie et douceur l’emportent. C’est vraiment une promenade pour soi-même que Guillaume Zuili a construite, avec des signaux, des impressions et des images qu’on s’attend à voir disparaître comme s’effacent un rêve ou un souvenir.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Smoke and mirrors
Guillaume Zuili
Du 17 novembre 2017 au 10 février 2018
La Galerie Clémentine de la Ferronière
51, rue saint-Louis-en-l’île, 2e cour
75004 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h et sur RDV à tout moment
http://www.galerieclementinedelaferonniere.fr
http://www.guillaumezuili.com
• Exposition du Prix Camera Clara
Exposition des oeuvres du lauréat et des finalistes Guillaume Zuili / Mustapha Azeroual / Patrick Tourneboeuf
Du 19 janvier au 17 mars 2018
Galerie Folia
13 rue de l’Abbaye
75006 Paris
http://www.galerie-folia.fr
https://www.prixcameraclara.com

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