Les lauréats du Prix HSBC pour la photographie 2018 dévoilés

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Les noms des deux lauréats viennent d’être dévoilés ce soir au siège d’HSBC, à Paris. Cette 23ème édition du Prix HSBC pour la photographie est remportée par Antoine Bruy et Petros Efstathiadis. Le Président et les membres du Comité exécutif ont décidé, à titre exceptionnel, de décerner un Prix Joy Henderiks, rendu en son hommage et pour sa contribution au rayonnement du Prix, décerné à Olivia Gay pour sa série Envisagées.

Raphaelle Stopin, la conseillère artistique de cette édition a sélectionné, et proposé 12 dossiers au comité exécutif, qui a porté son choix sur le travail documentaire « Scrublands« , du photographe français de 32 ans Antoine Bruy, et sur la série « Gold Ru » du photographe grec de 38 ans, Petros Efstathiadis. Le premier a parcouru l’Europe et les Etats-Unis pour partir à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont décidé de vivre en marge de la société. Le second réalise des constructions et des mises en scène étranges qui viennent raconter les histoires d’un peuple en mutation.

Nouveauté de cette année 2018, c’est l’arrivée des éditions Xavier Barral, pour la réalisation des monographies à venir lors de l’inauguration de la première exposition qui aura lieu à la galerie Clémentine de la Ferronnière, à Paris.

Antoine Bruy est un photographe à la pratique documentaire. Son sujet, géographiquement circonscrit à des territoires donnés, est traité avec la rigueur du genre. Portraits et paysages viennent raconter ensemble, d’une même voix, comment, sur ces bouts de terre, l’homme a mêlé artefacts et éléments naturels pour tisser cette matière étrangement homogène : un habitat où l’on ne saurait distinguer qui de l’homme ou de la nature a pris le pas sur l’autre. Tricots de caravanes, de planches, de mousse et de panneaux solaires, ils sont co-constructions, édifiés à la faveur d’un dialogue entre l’homme et son environnement. C’est ici la réalisation d’une utopie, pas de celles que l’on nous présente flambant neuves, mais qui ont passé l’épreuve du temps qui ravine.
– Extrait du texte de Raphaëlle Stopin.

Petros Efstathiadis s’adresse à nous depuis là où il a grandi : le nord de la Grèce, près de la Macédoine. Il ne s’agit donc pas ici d’un bataillon d’images déracinées, décontextualisées, mais de photographies d’une terre en mutation, que l’artiste vient augmenter d’une sorte d’infra réalité, de celle que seuls les enfants peuvent déceler. Ces constructions faites de bric et de broc, des rebuts qu’il trouve dans les arrière-cours de son village natal, viennent raconter les espoirs, bientôt déçus, d’un père cultivateur de pommes dans une Grèce européenne, de jeunes filles aspirant à la célébrité, d’un village traversé par la crise croyant se racheter une santé en vendant ses terres à un exploitant de gaz russe, de jeunes, émeutiers d’un jour, se confectionnant des bombes artisanales de savon et de mousse à raser couronnées de pâquerettes. A travers ce milieu microcosmique du village, Petros Efstathiadis concentre puis restitue tous les traumas du pays.
– Extrait du texte de Raphaëlle Stopin.

Les visages d’Olivia Gay sont tous féminins. Ces femmes -ou devrait-on dire ses femmes tant elles semblent faire communauté autour d’elle, dans une sorte de sororité-, paraissent toutes volontaires ; quand bien même elles subissent, elles sont présentées agissantes. Olivia Gay les photographie dans leur cadre de vie, de travail, parfois de privation – ici la prison.  Aucune, l’on s’en doute, n’est coutumière du fait d’être photographiée. C’est là même un trait qui les rassemble, par-delà l’hétérogénéité de leurs milieux (ouvrières, strip-teaseuses, détenues, femmes de ménage…) : toutes ces femmes mènent leur vie hors des radars médiatiques, hors de toute attention. L’attention, précisément, le temps, c’est ce qu’Olivia Gay oppose depuis plus de vingt ans à l’incurie du regard normé et minuté. On devine de sa part un travail subtil pour créer la confiance requise. Au travers de ses nombreux portraits, c’est le corps social féminin, sous son profil le moins exposé, qu’elle nous présente. Ce sont les gestes de ces femmes, ceux appris au travail par les dentellières, ceux intégrés en prison par les détenues, ceux qui viennent dire les aspirations et les résignations, qui nous disent que ces corps dépréciés, abandonnés parfois, ont grandi et se sont construits en creux de notre structure sociale, dans ces béances.  L’œuvre d’Olivia Gay, que l’on peut qualifier d’entreprise tant elle semble ne pas devoir y déroger, comble ces vides, ces absences d’images, pour restituer avec le concours de ces femmes, leur identité « envisagée ».
– Extrait du texte de Raphaëlle Stopin.

> Nous vous donnons rendez-vous cette semaine avec l’interview des lauréats 2018 !

https://www.antoinebruy.com
http://www.petrosefstathiadis.com
http://www.oliviagay.com/

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