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Claude Lelouch qui sort son téléphone portable pour prendre une photo lors de l’enterrement de Johnny, des jeunes faisant des « selfies » devant le cercueil d’un membre de la famille fraîchement disparu, certains utilisent même – de très bon goût vous en conviendrez – la fonction swap face… bref, vous l’aurez compris, la photographie et la mort ne fait pas bon ménage. Il n’y a pas à dire, la mort est devenue dans notre société de plus en plus taboue.

La photographie a su très vite remplacer la peinture (jugée trop onéreuse), pour immortaliser les moments importants de la vie : les naissances, les mariages et … les décès. Au XIXème siècle, il était courant de photographier les défunts, comme un dernier hommage, mais surtout ce « dernier portrait » avait une importance capitale dans le processus de deuil. Il faut dire que tout le monde n’avait pas un instamatic autour du cou à cette époque. Prendre une photo nécessitait un savoir-faire et un matériel conséquent, il fallait donc faire venir un professionnel pour tirer le portrait du premier né, pour le mariage de l’aîné, ou pour immortaliser pour la dernière fois les traits du grand-père ou d’un jeune enfant trop tôt disparu (rappelons que la mortalité infantile était particulièrement importante dans les siècles passés).
A vrai dire des photos, on n’en faisait pas beaucoup, alors souvent, lorsque la mort venait à frapper, aucun cliché du défunt n’avait été réalisé avant son trépas. Il était alors d’usage de faire des portraits post-mortem de manière posée, comme s’ils étaient vivants. On n’hésitait pas à jouer avec les artifices pour les « réincarner », le temps de la pose : on les embaumait bien entendu, on leur ouvrait les yeux, parfois même on réussissait à les faire se tenir debout. Certaines images sont même parfois troublantes, on ne saurait dire qui est vivant ou qui est mort. La photographie post-mortem évoluera avec le temps pour photographier les morts plus simplement – sur leur lit, couché, les yeux fermés et les mains croisées.

On explique l’arrêt de cette tradition par le développement de la photographie, chaque famille commençant à avoir son propre appareil photo, l’appel à un professionnel se faisant de plus en plus rare. Le rapport entre le photographié et le photographiant changeant, ce type de portrait a fini par être presque totalement délaissé. La simple idée de l’acte photographique devenant même choquant.

Aujourd’hui, on ne souhaite plus voir la mort. Alors lorsque des « selfies » circulent sur les réseaux sociaux, où l’on voit des jeunes prenant la pose « grand sourire » à côté du grand-père ou de la grand-mère installés dans leur cercueil, on crie au scandale.  Pourquoi donc ressentir le besoin de s’exposer ainsi sur les réseaux sociaux ? Est-ce la nouvelle manière de vivre son deuil, de partager sa tristesse (parfois sa joie) ? Quant à utiliser le swap face, là on hésite entre le génie ou l’idiotie morbide. C’est un sujet anthropologique de notre époque qui mérite réflexion…

Prendre une photo, c’est concrétiser un instant qui deviendra fragment de mémoire, peut-être ne la regarderons-nous jamais, mais on sait qu’elle est là, quelque part, pas pour se souvenir de la douleur, mais se souvenir du moment et il s’agit là, sans doute, d’un élément essentiel pour se préparer au départ définitif d’un proche.

A LIRE
Post Mortem
Photo Poche n° 112
ISBN 978-2-7427-6667-3
13, 00€
https://www.actes-sud.fr/catalogue/actes-sud-beaux-arts/post-mortem

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