Jan Voss, recherches et (re)trouvailles

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Alors qu’il vient de montrer ses dernières œuvres chez Lelong (Ratures et pas de côté), Jan Voss expose peintures récentes et sculptures anciennes à Châtillon. La maison des Arts de Châtillon accueille jusqu’au 3 mars 2018 l’exposition Jan Voss, Remue-ménage, en collaboration avec la galerie Lelong, qui a prêté les œuvres.

Une exposition un brin rétrospective, avec des airs testamentaires où se côtoient des sculptures des années 1980 et 1990 et les œuvres sur toile et papier de la dernière décennie — où s’opère un retour franc à la ligne, que le peintre considère comme le « mouvement du tableau et son activité ».

Jan Voss est né en Allemagne en 1936, et arrivé en France en 1960, où il a été rapidement assimilé au « mouvement » de la figuration narrative et intégré à l’exposition fondatrice Mythologies Quotidiennes au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1964, organisée par le critique d’art Gérald Gassiot-Talabot, Bernard Rancillac et Hervé Télémaque. Toutefois, « dire » en peinture ne lui convenait guère, et il s’est détourné de la figuration narrative au profit d’explorations plastiques, plus chaotiques et ludiques, une recherche ne se cantonnant pas à la pure application de peinture, mais explorant le médium par le grattage, le collage, etc. L’exposition dévoile cette attention claire portée à l’espace. Jan Voss le disait lui-même, la peinture « devenue trop lisse en consensuelle », il fallait s’en détourner.

Jan Voss, Remue-ménage suscite un effet parfois déroutant, tant l’œuvre de Jan Voss y apparaît à la fois une et plurielle. Une et singulière, car il existe assurément un « style Voss » : ce trait qui emprunte volontiers à l’enfant, épais, saccadé ; ces entrelacs de formes linéaires, parfois figuratives et biomorphiques, parfois abstraites (« Surtout ne jamais concéder de repos à la ligne ! », exhorte-t-il) ; ces images sans perspective ni sens de lecture, mais profondément narratives ; et puis ce déploiement de couleurs, de couleurs liquides comme l’encre, autour du bleu, de la brique, de l’ocre. Et ce qui fait l’aspect pluriel de son œuvre, ce n’est pas tant que Jan Voss soit allé vers de nombreux médiums, ce que dévoile aussi l’exposition Remue-ménage (acrylique sur toile, terre cuite émaillée, encre et aquarelle, collages divers…), mais par la multiplicité des références et inspirations employées par l’artiste. Telle toile évoque l’écriture symbolique, le hiéroglyphe ou le graffiti, voire l’économie de signes d’un A.R. Penck ; l’influence de la bande dessinée est perceptible avec ces compositions en cases ou en bandes ; d’autres toiles rappellent Picasso par les collages ou le thème des violons ; certaines, plus « bad painting » évoque sans soucis Basquiat, d’autres des peintures du cycle de l’« hourloupe » de Dubuffet. Une œuvre une et plurielle, rattachée au grand mouvement de l’histoire de l’art, par d’innombrables tunnels — et ce, quand bien même Jan Voss déclarait en 2015, « l’art n’est pas derrière nous, mais devant nous ». Comme le testament d’un artiste qui l’a vu l’histoire de l’art, qui l’a vécue.

INFORMATIONS PRATIQUES
Jan Voss, Remue-ménage
Jusqu’au 03 mars 2018
Maison des Arts de Châtillon
11 rue de Bagneux
92320 Châtillon
Ouvert de 14h à 18h, tous les jours sauf le lundi
https://www.maisondesarts-chatillon.fr

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