Peinture-Photographie : perspectives historiques d’une relation ambiguë
1 – Le daguerréotype : objet photographique, image relique.

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Nicolas Baudouin se concentre sur les relations ambiguës entre la photographie et la peinture, aujourd’hui, il partage avec nous le premier chapitre de ses recherches concernant le daguerréotype comme objet photographique et image relique.

Le daguerréotype, ancêtre de la photographie, a été inventé en 1839 par Louis Daguerre et a très rapidement connu un succès en Europe et aux Etats Unis auprès d’une classe bourgeoise trop heureuse de pouvoir ainsi se constituer une galerie de portraits comme seuls quelques privilégiés pouvaient se le permettre auparavant grâce à la peinture.

Cette nouvelle technologie a tout de suite impressionné le grand public par ses qualités exactes et précises de reproduction mais restait réservée à cause de son cout élevé à une clientèle aisée. Malgré cela, l’invention s’est révélée commercialement intéressante et de nombreux ateliers de portraits ont ouvert leurs portes dans les grandes villes d’Europe et d’Amérique alors que les campagnes et les villes de moindre importances étaient visitées par des daguerréotypistes ambulants.

La nature de l’image produite par la technique du daguerréotype s’inscrit dans un champ intermédiaire entre peinture et photographie. En effet une des  principales caractéristiques de ce procédé est qu’il produit une image unique contrairement à ce que deviendra la photographie avec l’invention du calotype et son négatif papier qui permettra l’impression de plusieurs exemplaires de la même image par les tirages positifs. Par contre, le daguerréotype est bien le résultat d’un processus optique et chimique qui correspond à l’empreinte lumineuse produite par l’objet photographié pendant un temps plus ou moins long. Cet enregistrement d’une temporalité est l’une des principales caractéristique de l’image photographique : le « ça a été » tel que l’exprimait Roland Barthes et qui aura d’ailleurs une influence considérable chez certains peintres de la fin du 19e siècle. La technique du daguerréotype et le matériel utilisé par les photographes de la fin des années 1840 nécessitait un temps de pose relativement longs (plusieurs dizaines de secondes selon les conditions lumineuses) et demandait donc au modèle de rester parfaitement immobile durant  la prise de vue.  Cette immobilité imposée favorisait donc des poses assez similaires à celles utilisées pour les traditionnels portraits peints qui nécessitaient souvent plusieurs longues séances de relative immobilité. C’est donc pour cette raison que les premiers portraits photographiques, du daguerréotype au calotype, reprendront naturellement les codes du portrait peint en ce qui concerne la pose figée et souvent stéréotypée du modèle.

Il n’en demeure pas moins, que le portrait produit par le daguerréotype se caractérise par une différence fondamentale du portrait peint en ce qu’il correspond à l’enregistrement objectif et précis de l’image de la personne photographiée. Par contre, cet enregistrement du réel se fait en noir et blanc sur une plaque de cuivre recouverte d’argent, d’un format relativement petit et d’un aspect précieux puisque fragile : il est donc souvent conservé dans un étui protecteur en cuir et en velours. Afin de remédier à l’absence de couleur, certains ateliers retoucheront la plaque au pinceau. Cette image-objet, trace physique d’un être aimé, parfois disparu, possède une dimension presque magique d’une relique rare et précieuse au même titre qu’un minuscule fragment de la croix du Christ est conservé et protégé lui aussi par un précieux étui.

Le daguerréotype  conserve ainsi son aura, son « hic et nunc » (ici et maintenant) cette « unique apparition d’un lointain si proche soit-il » comme le disait encore Walter Benjamin, mais il annonce également sa fin puisque grâce à son succès et aux recherches menées apparaitra bientôt cette nouvelle technologie photographique qui permettra très vite une reproduction technique de l’image lui faisant perdre cette aura.

Aujourd’hui, près d’un siècle et demi après son invention, l’étrange ambiguïté de l’image-objet daguerréotype n’a fait que se renforcer par ce paradoxe qui la caractérise désormais : image précise devenue objet précieux  représentant souvent un anonyme qui fut pourtant un être proche de celui ou celle qui conservait cette image comme une relique.

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