Art Capital. Plus de 2000 artistes investissent la nef du Grand Palais

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A l’heure des carnavals, ce sont plus de 2000 artistes qui se réunissent sous la grande verrière du Grand Palais pour une grande fête de 4 jours à l’occasion d’Art Capital.

Depuis 2006, Art Capital est le plus grand rassemblement de la communauté artistique française et internationale. Inscrit dans la tradition historique des salons artistiques, Art Capital est né de l’union de plusieurs salons : Le Salon des Artistes Français (né en 1667), le Salon des Indépendants (né en 1884), le Salon du Dessin et de la Peinture à l’eau (né en 1954) et le Salon Comparaisons (né en 1956 de la confrontation entre figuration et abstraction).

Ces 4 salons racontent aussi une partie de l’histoire de l’art en France,  du plus ancien le Salon des Artistes français, créé par Colbert sous l’impulsion de Louis XIV, aux suivants ayant été crées par des courants artistiques délaissés ou refusés par les modes ou les institutions de l’époque. Chacun ayant présentés de grands noms comme David, Delacroix, Manet, Matisse, Dali, Giacometti…

Contrairement à l’atmosphère luxe et très marchande de la Fiac ou de Paris Photo, il semble régner ici un vent de liberté, une ambiance plus décontractée de la part des artistes, fiers de venir présenter eux-mêmes leur travail  sous la verrière de ce lieu prestigieux et des visiteurs curieux, enthousiastes, passionnés. Les discussions vont bon train. Des rires éclatent. Un esprit de fête réchauffe le glacial Palais en cette période hivernale.

Voici un petit focus sur les deux précurseurs.

Le Salon des Artistes Français, l’historique

Il est le premier salon du genre en France et vit aujourd’hui, rien de moins que,  sa 228e édition. Incroyable longévité ! Martine Delaleuf, présidente du salon,  propose une déambulation dans l’esprit des salons au XIXe siècle qui présente plus de 600 artistes contemporains venant de 30 pays sélectionnés et répartis en 5 sections différentes (peinture, sculpture, gravure, architecture et photographie). L’invité d’honneur de cette édition est l’Ecole des Beaux Arts Hongrois qui a sélectionné 13 artistes présentés dans un espace dédié. Pour la première fois depuis sa création, le salon propose à son public un programme de visites guidées. Autre nouveauté, cette année le salon bouscule les codes et présente une exposition Street-art en collaboration avec Spray Collection. Un jury fait chaque année le tour des allées et décerne (ou pas ) des prix honorant certains artistes.

Parmi les choses les plus intéressantes je peux citer : Les trois grandes et étranges photographiques de Samir Tlatli. Patricia Borges et ses photographies façon collages sur plaques d’aluminium. Un paravent géant de Volodia Popov-Massiaguine. Ghazal Taghizadeh, et sa madone à l’heure des nouvelles technologies. Christophe Beraet et ses personnages très contemporains. Marion Six et l’une de ses « humeurs N°25 ». Jeong Kil LIM et ses ambiances urbaines. Les faux billets, avec ses amis les bêtes, de Limkis

Le Salon des Indépendants, le rebelle

Pas de sélection, pas de prix, pas de jury en est le principe. Pour ce salon, le seul jury est le public. Une grande liberté affirmée et affichée.  Le salon des Indépendants s’inscrit dans l’adn du « Salon des Refusés » qui permit notamment à Manet de présenter son « déjeuner sur l’herbe » et souhaite retrouver une nouvelle impulsion. Comme le signale Lyliane Merit, présidente du salon depuis 2 ans : « Je souhaite inscrire le salon dans son histoire. C’est pourquoi cette année nous avons mis en place un espace qui commémore les immenses signatures qui ont fait l’histoire de ce salon. Mais je veux également que le salon soit installé dans notre époque. Nous l’ouvrons à l’international avec une volonté de mixité de générations, de cultures, de médiums. Nous présentons plus de 550 artistes soit une centaine de plus que l’an dernier. »

Comme son nom l’indique, ce salon est ouvert aux artistes qui n’ont pas encore de galerie. Certains sont venus en associations et délégations afin d’avoir une meilleure synergie dans leur promotion et diffusion (avec notamment des traducteurs pour certains artistes étrangers). Une mini galerie de petits formats a également été mise en place afin de permettre un accès à de tout petits prix. Grâce à un nouveau partenariat avec l’IESA, l’école des métiers d’art et de la culture, les équipes du Salon des Indépendants et une équipe d’une trentaine de jeunes étudiants, assistés de leur responsables pédagogiques, proposent un programme de visites et de médiation auprès des publics (visiteurs et collectionneurs) pendant les 4 jours.

Parmi mes coups de cœur : Jasper CAI, un artiste taïwanais qui présente 2 œuvres imposantes ; des toiles de juste en relief recouvertes d’une centaine de couches de laque. Du meilleur effet. Juste à coté une autre artiste Cheng San KUO propose une très beau « Chinese landscape » proche de l’abstraction. Les sculptures du groupe Art’titudes Plurielles et notamment « le cercle de pierre » de Marc Mugnier. Les œuvres de papier de LEE Chayoung sont très impressionnantes. Les tôles en inox ou aluminium de Marikita Manopoulou perturbent le regard et semblent vivantes. « La Mère priant pour sa fille » de Woo Kyung Jeong. Une photographie sur bâche « Reliquaire 23 » de Jean-Paul Fermet.  Les effets hypnotiques  de « résonnances végétales, suite» en plexiglas d’Eric Beauplace…

N’oublions pas Comparaisons qui propose ,sous le commissariat d’un artiste, 28 groupes correspondants à autant de sensibilités ou de tendances de l’art actuel. Quelques œuvres du groupe Japon, du groupe Constructivisme ou du groupe Sculpture Plurielle sont des pièces remarquables. Enfin, Dessins & Peinture à l’eau propose également une très grande quantité d’œuvres de qualité

Avec ses quatre salons, le Grand Palais s’est transformé en un joyeux labyrinthe artistique. Pas vraiment de frontières entre les salons. Tous les styles s’y mêlent allègrement.  Et cet ensemble, peut-être un peu trop dense, fait que l’on peut passer à coté d’artistes intéressants. Par son absence volontaire de discours politiques ou de sujets « touchy !», on peut aussi regretter le coté très consensuel de l’ensemble d’Art Capital.

ART CAPITAL
> Salon des Artistes Français
> Salon des Artistes Indépendants
> Comparaisons
> Dessins & Peintures à l’eau
Du 14 février au 18 février 2018
Au Grand Palais
Avenue Churchill
75008 Paris
https://www.grandpalais.fr/fr/evenement/art-capital-2018

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