Rencontre avec les architectes commissaires de « Domestic Pools » à la Villa Noailles

8 min. de temps de lecture.

La piscine privée a toujours généré de nombreux fantasmes. Synonyme de luxe et d’exclusivité, les pool parties américaines se déclinent bientôt sur la Côte d’Azur avec la Méditerranée comme ligne d’horizon idéale. Une sociabilité nouvelle dont Charles et Marie-Laure Noailles sont les brillants émissaires. La piscine du château St Bernard qui répond aux principes modernistes du vaisseau amiral, se voit bientôt investie par une foule joyeuse qui pratique le culte du corps en short et maillot rayé, sous la caméra magnétique de Man Ray (Les mystères du château du Dé). Si ces illustres hôtes ne sont plus, leur esprit plane en ces lieux au gré des festivals et expositions. Comme une famille d’artistes et de créateurs qui veille.

Dans le prolongement de l’exploration des lieux dédiés aux divertissements et à partir d’un hommage à la piscine varoise d’Alain Capeillères immortalisée par Martine Franck, ce tour du monde des projets les plus fous et expérimentaux d’Adolf Loos à Didier Faustino en passant par Ricardo Boffil, Alvar Aalto…relève à la fois de l’utopie communautaire et de la vanité individuelle. Un entre-soi qui exclut ou réunit selon les périodes et les enjeux sociaux-politiques, comme nous le décrypte avec pertinence les commissaires Benjamin Lafore, Sébastien Martinez-Barat et Audrey Teichmann. Découpé en 4 formes archétypales que sont : la citerne, la pièce d’eau, l’étang et le vase, l’ambitieux panorama réunit maquettes, photographies, dessins préparatoires, plans au détour des mythiques points de vue sur le paysage et principes avant-gardistes du lieu.

Lauréats en 2016 des Albums des jeunes architectes et paysagistes décernés par le ministère de la Culture et de la Communication, Benjamin Lafore et Sébastien Martinez-Barat s’engagent dans une pratique de l’architecture élargie, associant construction, publication et commissariat d’exposition. En 2014, ils ont co-réalisé « Intérieurs. Notes et figures », le pavillon belge de la 14e Biennale d’architecture de Venise. En 2016, lors de leur résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto, ils ont inauguré le projet « Folies, nouvelles ». Associés à Audrey Teichmann, commissaire d’exposition et critique indépendante basée à Genève, ils ont répondu à nos questions.

La piscine d’Alain Capeillères : genèse du projet

Bejamin Lafore : Jean-Pierre Blanc est à l’origine de la démarche d’exploration de l’architecture remarquable du Var, visant à valoriser le patrimoine de la région. Ils nous a fait confiance ensuite dans ce travail d’enquête. La recherche à debuter à partir de la photo de Martine Franck que nous connaissions sans pour autant parvenir à localiser la piscine qu’elle laisse entrevoir. Pour nous c’était un trésor à trouver, la photo ayant valeur de mythe dans les ecoles d’architecture et chez les architectes qui y voient une forme construie d’architecture radicale. Nous pensions qu’elle avait été prise en Italie ou en Californie mais en cherchant nous nous sommes rendu compte qu’elle était tout près d’ici !
Avec Romain qui a réalisé la commande photographique nous avons échangé au seujet de cette photographie et pour lui cette image de Martine Franck est une image historique. Au terme de notre enquêt nous avonns pu aller voir la piscine ensemble avec Jean-Pierre Blanc et découvert qu’elle était bien au delà de ce que l’image supposait.
Alain Capeillères nous a expliqué qu’il avait entièrement conçu ce projet pour sa femme, Lucie, son grand amour, rencontrée à Bruxelles alors qu’elle cherchait un architecte. Lucie n’aimait pas se baigner dans leur plage privée, polluée dans les années 70. Il imagine alors un bâtiment à ciel ouvert creusé à 5 mètres de profondeur, avec aire de jeu, douche et sauna, vestiaire et salle des machines pour filtrer l’eau de mer. Le bassin de 25 mètres de long et 12, 50 m.de large, le tout recouvert de 142 000 carreaux de faïence blanche signés H&R Johnson, dans un calepinage parfait, créant une véritable oasis au milieu du paysage aride aux alentours.

Dans le cadre de notre travail d’architecte, lors d’un chantier à Antibes nous avions découvert les villas de l’architecte Barry Dierks sur la côte. Jean-Pierre Blanc nous parlait d’une de ces villa La Reine Jeanne à proximité du Fort de Brégançon (Cabasson) et cela a donné lieu à la première exposition ‘architecture remarquable du var à la villa Noailles.
De même lors de notre 2ème exposition avec Audrey Teichmann autour de la « boîte de nuit », la présentation du dancing La Batterie à Roquebrune-sur-Argens par l’architecte Pierre Barbe (1900-2004) a permis une prise en compte de sa valeur et une revalorisation du bâtiment par la ville.
La suite en ce qui concerne la piscine Capeillères ne nous appartient pas, notre mission est avant tout de chercher des bâtiment remarquables mais pourtant méconnus et d’en exposer l’hsitoire et l’architecture.

Comment s’est fait l’articulation avec l’autre exposition, Domestic Pools ?

BL : Alors que la première exposition Landskating n’était pas en lien avec l’architecture remarquable du Var, « la boîte de nuit » a amorcé ce lien, à présent plus naturel avec la piscine privée toujours sous l’angle du divertissement dans une approche culturaliste. Evoquer des travaux d’architectes mais aborder aussi des phénomènes plus larges, comme nous l’avions fait avec les boîtes de nuit. L’architecture pensée comme un champ gravitationnel élargi à partir de projets d’architectes connus ou inconnus, historiques ou plus émergents. Valoriser également des travaux expérimentaux comme avec Thomas Raynaud, Andreas Angelidakis, architectes que l’on ne trouve pas encore dans des institutions consacrées au coté d’architectures vernaculaires, sans architectes. Notre rôle est de se positionner à la lisière entre expositions grand public et prospectives.

En ce qui concerne les piscines domestqiues et leur apparition au cours du 20ème siècle, la dimension politqiue et sociéalle est déterminante. Les Noailles sont précurseurs comme souvent, Man Ray l’a filmé, d’autres suivent. David Hockney passe par là, puis le cinéma et les cultures ppoulaires puis tout le monde veut une piscine ! Ce qui est au départ un objet de luxe et de convoitise devient progressivement un symbole de réussite pour les classes moyennes américaines. Un marqueur social qui se popularise jusque dans les années 90. Le début du XXIème siècle la crise économique et écologiques engendre une diminution de la taille du bassin construits, une modification profonde de la demande.

En quoi votre métier d’architecte a t-il influencé votre approche curatoriale ?

SMB : Notre statu ambigu d’architecte et commissaire nous place dans approche de l’exposition comme à la fois format didactique tourné vers les publics mais aussi format de recherche. Ici le délai imparti à la recherhe est relativement court comparé au temps universitaire.
Nous sommes issu d’une culture du métier d’architecte à la fois chercheur et praticien. La rélfexion sur notre discipline et son histoire se fait conjointement à son exercice. De mannière généralle tout nos projets sont pensés comme des projet des recherches qui aboutissent parfois à une forme construite. Par exemple, lorsque nous réhabilitons une friche industrielle, nous proposons d’abord un protocole de relevé systématique de la flore du site afin de prendre connaissance et conscience de la diversité végétale qui y existe. L’inventaire est un outil pédagogique qui permet à tous les interlocuteurs de voir et de nommer les choses. Le principe est simple, il s’agit d’observer et de documenter méthodiquement l’existant avant d’intervenir sur quoi que ce soit. Dans l’exposition, l’Atlas des piscines réalisé avec Rémy Sausset à inauguré la recherche, il constitu une sorte d’archivage des formes de bassin. De ce travail documentaire qui passe par le fait de redessiner l’ensemble des piscines archivées découlent les quatre figures qui organisent l’exposition : le vase, la pièce d’eau, la citerne et l’étang.

Retour sur « New York delire » de Rem Koolhaas, ouvrage clé

SMB : Publié en 1978, ce livre mythique, à valeur de rétro-manifeste sur Manhattan, se termine par une sorte de conte avec le récit d’architectes constructivistes qui mettent au point une sorte de bateau piscine qui va naviguer de Russie à New York. Une allégorie sur les idéaux constructivistes qui vont se retrouver incarnés dans le Manhatanisme. De « New-York delire » ou projet construit par son agence, Relm Koolhaas formule de façon récurante de longues piscines qui fuient vers l’horizon. Cette image préfigure le bassin de la Villa Lemoine, célèbre projet de l’agence OMA de Rem Koolhaas. La piscine construite dans une clairière est un long bassin en couloir de nage de 25 mètres dans un béton très sombre qui, remplie à rasbord, déborde de manière très douce à même le gazon. Une sorte d’étang naturel qui rencontre la rigidité d’une forme constructiviste. La maquette de l’OMA pour cette piscine est une sorte d’echantillon de projet, on y reconnait une eau verte et quelques insectes pris dans la un parrallépipède de résine. C’est un objet mystérieux qui explicite parfaitement le projet sans pour autant en représenter la forme. Dans l’exposition il cotoie et répond à la maquelte du projet de Aires Mateus. La piscine y est une simple flaque d’eau étendue qui s’épuise sur une plage de béton blanc. Donner forme à l’eau est un des thèmes inhérent à la conception des bassins, l’exposition déploie les hypothèses successives de chaque architectes.

Si vous deviez résumer votre expérience dans ce centre d’art atypique ?

BL & SMB : Un centre d’art tel que la Villa Noailles implique un type de recherches autre que strictement academique. Il est possible d’y développer une pratique prospective de l’exposition. Nous sommes convaincus, comme plusieurs agences d’architectes, que le format d’exposition est un format de recherches à part entière. Ici, la réussite de l’entreprise tient à une alchimie de plusieurs facteurs : des équipes très engagées dans la Villa, une confiance mutuelle et une relative précarité qui rend les choses possibles ! Savoir discerner les priorités, rechercher et aller chercher certaines oeuvres mais aussi faire et produire les objets manquants. Par exemple nous avons confié à Véranie Jeune la réalisation de plusieurs maquettes de l’exposition. Les maquettes sont des interprétattions de bâtiments conçus par d’autre mais la pluspart des architectes sont bienveillants lorsqu’il s’agit d’explorer, d’interpréter leur travail. L’architecture reste une discipline de recherche, la notion « d’auteur » n’y est pas aussi prégnante que dans d’autres domaines de la création.

Alors qu’en France la taille des piscines domestiques a tendance à se réduire fortement, une disparition de cet emblème est-elle programmée ?
Offrez-vous un petit week-end en Provence autour de ce symbole peut-être en voie de disparition…

L’accueil à la Villa est à la hauteur de ses illustres hôtes.

INFOS PRATIQUES :
Alain Capeillères
Domestic Pools : l’architecture des piscines privées
Jusqu’au 18 mars 2018
Catalogues en vente à la librairie boutique
Villa Noailles,
centre d’art d’intérêt national
montée Noailles,
Hyères
http://villanoailles-hyeres.com

Pour votre séjour :
La Reine Jane,
hôtel où le design est roi !
14 chambres/14 univers
Port de l’Ayguade
1 Quai des Cormorans
83400 HYERES
http://www.lareinejane.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *