Quand les artistes s’adressent à la génération Z (Le Futur en ville, Arco)

4 min. de temps de lecture.

Ultra-instantané, chaotique, disruptif le futur est à l’image de nos vies,
Bienvenue en uchronie !

Comment se décline en ville le concept du futur tel que défendu par Chus Martinez, co-commissaire de la dOCUMENTA (13) avant d’être passée par des institutions majeures à Barcelone (Macba), Bilbao, Francfort…? Comme en miroir et plus en profondeur que sur la foire.

Revue de détail autour de 4 projets extrêmement aboutis.

Adverbes du Temps (CentroCentro Cibeles)

Cristina Anglada, la commissaire et fondatrice de « This is Jackalope » convoque 15 artistes internationaux autour de possibles scenarii du futur à partir d’une narration plurielle où se mêle nostalgie et anxiété face à une perte possible de sens. On retrouve la formidable Shana Moulton qui nous avait séduit au Palais de Tokyo avec sa quête mystico-new age de bien être à partir de son « alter ego » drolatique victime hypocondriaque toute désignée, Camille Henrot (Grosse Fatigue, une fois encore) ou Laure Prouvost (récente installation à la galerie Nathalie Obadia) autour des malentendus générés par le langage , Cécile B. Evans, adepte de la révolte des machines sur nos corps et le poids de nos émotions, Marian Garrido et son nouvel épisode de la série « Cosmotropy » pointant les dérives des stalkers (cyber-harceleurs), Mélodie Mousset et l’héroïne du manga One Piece télétransportée dans nos enveloppes corporelles digitales, Serafin Alvarez (l’un des lauréats du concours « Generation 2018 » à la Casa Encendida) et son voyage 3 D dans une nature sauvage inquiétante ou Mia Goyette et ses narrations dystopiques sur les structures liquides des objets et artifices.

Liste des artistes : Serafín Álvarez, Cécile B. Evans, Nora Barón, Nina Canell, Marian Garrido, Mia Goyette, Rubén Grilo, Camille Henrot, Hanne Lippard, Regina de Miguel, Jacopo Miliani, Shana Moulton, Mélodie Mousset, Julian Chàrriere y Laure Prouvost.

Infos pratiques :
Time Adverbs
Jusqu’au 6 Mai 2018
Centro Centro
Plaza de Cibeles, 1, 28014 Madrid
https://www.centrocentro.org/programacion/exposiciones/adverbios-temporales

Le collectif new yorkais DIS et invités à la Casa Encendida

DIS avait bouleversé les règles du jeu avec l’exposition en 2 volets, Co-Workers (musée d’art moderne de la ville de Paris et Bétonsalon) en 2015 qui explorait l’internet des objets (The internet of Things) et la notion d’extimité (intimité dépassée) dans un grand flux vertigineux.
Avec « Thumbs that type & swipe » (traduisible par les pouces qui tapent et balaient l’écran, sous entendu nos gestes au quotidien) le collectif invite artistes, écrivains, penseurs à dessiner des contours d’une chaine de télévision en continu.
Avons nous toujours besoin d’un cerveau quand nos pouces font tout le travail de collecte d’informations ?
Quelles sont les clés pour comprendre cette génération Z, les vrais digital natives dont le circuit cérébral est un vaste terrain de recherche ? Narcissiques et instables, ils prônent la donne consumériste dans un « éternel présent ». Ce rapport au divertissement (edutainment) doublé d’une mission éducative est l’objet de la plateforme en ligne DIS.art regroupant l’ensemble des vidéos présentées.
Mention spéciale au duo Will Benedict et Steffen Jorgensen et leur vaste fable The Restaurant, avec ce tutoriel de cuisine à partir de l’outil de reconnaissance vocale Siri ou la vidéo « What is an Egg ? »de Darren Bader qui interpelle les passants sur ce débat quasi philosophique.
Globalisation, valeur esthétique et culturelle, individualisme, formatage des images, dictature des réseaux, sont autant d’enjeux soulevés par ce panorama fluctuant.
Egalement à découvrir « Generacion 2018 » : les 10 projets lauréats du concours de la fondation Montemadrid en faveur de jeunes artistes espagnols et diasporas. Parmi eux Lola Lasurt fait ressurgir le livre du poète belge Emile Verhaeren « la España negra » écrit en 1899 après son voyage au pays basque et cet imaginaire sombre et nostalgique à partir d’une installation qui fonctionne comme un chronotype.

Infos pratiques :
Thumbs that Type & Swipe :
The DIS Edutainment Network
La Casa Encendida
Ronda Valencia, 228012 Madrid
https://www.lacasaencendida.es

« Violet » par John Akomfrah : quand l’art contemporain débarque au musée Thyssen-Bornemisza

Une première à l’occasion d’Arco !
Violette est la couleur que dégage l’escargot de mer quand il se sent menacé. L’artiste et cinéaste britannique John Akomfrah (né en 1957, Lisson Gallery) a choisit cette couleur comme symbole du pouvoir qu’à l’homme sur l’environnement, donnant le titre à cette installation multimédia immersive, montrée pour la première fois en Espagne. Ayant fondé le « Black Audio Film Collective » exposé au musée de la Reina Sofia en 2014, le langage qui découle de leur analyse post-coloniale est une donnée importante à prendre en compte. L’on assiste à un récit épique d’une grande puissance où la liquidité des images devient la métaphore de la liquidité d’un monde, voué à sa perte dans cette course folle à la surconsommation.
Distribué en chapitres comme dans une tragédie grecque le récit alterne catastrophes naturelles et images d’archives sur les luttes des travailleurs. Une grande saga de l’histoire de l’humanité sombre et vibrante.

Exposition organisée par Le centre Barbican, London, avec le Bildmuseet Umeå, Sweden, TBA21—Academy, The Institute of Contemporary Art/ Boston, Museu Coleção Berardo, Lisbon, et le Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid.

Infos pratiques :
PURPLE
John Akomfrah
jusqu’au 25 mars 2018
Museo Nacional Thyssen-Bornemisza
Paseo del Prado, 8, 28014 Madrid
https://www.museothyssen.org/

Teresa Solar Abboud se saisit de Matadero

C’est à partir de l’expérience de l’artiste madrilène à la Galerie d’Anatomie comparée de Paris (Museum) qui l’a fascinée avec ces milliers de spécimens témoins du passé, qu’elle tisse avec les principes architecturaux fragmentés de l’architecte Piranèse, un vaste projet autour de 3 notions : le musée, l’entrepôt et la parc d’attraction. Ce décor dans lequel le spectateur peut entrer renvoie autant à l’Egypte ancienne, qu’au théâtre dans des rebonds visuels et linguistiques induits par le titre « Cabalga, Cabalga, Cabalga ». A l’image de nos errements sur internet où une forme en appelle une autre.
Projet in situ en réponse aux spécificités du programme Abierto x Obras.

Infos pratiques :
Cabalga, cabalga, cabalga
Matadero
(Space : Abierto x Obras)
jusqu’au 29 juin 2018
Matadera Madrid
Plaza de Legazpi, 8. 28045 Madrid
http://www.mataderomadrid.org

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