Clément Chéroux. Entretien public #6 par Profession Photographie, INHA

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L’association Profession Photographie est née de la rencontre de deux jeunes passionnées : Clara Bastid et Marie Auger. En 2015, elles s’associent et co-organisent la journée d’étude « Eighties Incomprises » au Centre Pompidou. Un fanzine est publié en collaboration avec Fisheye. L’aventure se poursuit avec le lancement d’un cycle d’entretiens mensuels à l’Institut National d’Histoire de l’Art. Sans équivalent dans le paysage parisien, l’initiative consiste à inviter chaque mois des acteurs de première importance du monde de la photographie en restant au plus près de l’actualité.

Ce mois-ci, Profession Photographie recevait l’historien de l’art et directeur du Cabinet de la photographie du Centre Pompidou, Clément Chéroux. Commissaire d’expositions marquantes telles que – Mémoire des camps (2001), Henri Cartier-Bresson (2014) ou encore Paparazzi ! Photographes, stars et artistes (2014) – il prépare actuellement Magnum Manifesto  au sein de l’International Center of Photography à New York. En parallèle de ce panorama des activités de l’agence qui fêtera prochainement ces 70 ans, Walker Evans bénéficiera également de ses soins. Une belle rétrospective est annoncée à la fois au Centre Pompidou et au Musée d’art Moderne de San Francisco (SFMOMA) que Clément Chéroux intégrera en janvier prochain.

En juin dernier, nous apprenions en effet sa nomination à la tête du Département de photographie du SFMOMA. La nouvelle n’a pas laissé indifférent le milieu de l’art. Certains s’en émeuvent encore et regrettent, un peu amères, le fait que le monde de la photographie française « rétrécit ». Les échanges institutionnels entre la France et les Etats-Unis se sont effet renforcés depuis quelques années ; la nomination de Quentin Bajac à la tête du MoMA de New York en 2013 en était déjà un des signes les plus éclatants. Mais avant d’extrapoler sur les raisons des nominations, parlons d’abord mérite.
Clément Chéroux figure parmi les historiens de la photographie les plus importants de sa génération. Diplômé de l’ENSP d’Arles et doté d’un conséquent bagage universitaire, il est docteur en histoire de l’art, boursier de Princeton, enseignant ainsi que commissaire freelance avant d’oeuvrer au Centre Pompidou. L’entretien organisé par Profession Photographie ce mois-ci fut l’occasion d’une belle retraversée à travers la carrière de ce travailleur acharné.
Découverte au détour d’un voyage en train dans le Sud, les photographies de Pierre Molinier, Michel Journiac, Gilbert Gormezano et Pierre Minot dont l’accrochage est annoncé en voiture 14, marque le début du récit autobiographique. Drôle d’entrée en photographie – à l’image d’un esprit espiègle qui n’aura de cesse par la suite de danser sur deux pieds. En vingt années de profession dont dix au Centre Pompidou, Clément Chéroux apporte autant de soin à valoriser les grands noms de la photographie – tels Man Ray, Brancusi, Henri Cartier-Bresson, Brassaï – que la photographie produite par des anonymes ou amateurs.

Si l’on associe plus volontiers sa contribution à l’histoire de la photographie à cette production dite « vernaculaire », c’est que les ressorts conceptuels en sont forts et qu’ils accompagnent un tournant historiographique majeur. Tandis que plusieurs générations d’acteurs du monde de l’art se sont succédés dans une lutte pour la reconnaissance du statut artistique de la photographie depuis l’invention officiel du médium en 1839, il est venu le temps d’inverser la proposition et de penser que « c’est l’art qui est une sous-catégorie de la photographie et non l’inverse ».

Cette idée, qui peut paraître subversive aux uns, d’une justesse attendue pour d’autres, Clément Chéroux la partage avec d’autres penseurs du médium notamment américains – Geoffrey Batchen, Abigail Salomon Godeau, pour ne citer qu’eux. Aussi, plutôt que de suggérer une fuite des cerveaux, il est plus généreux d’insister sur la circulation des modèles de pensée et des idées.
En possession du plus grand espace dédié à la photographie aux Etats-Unis depuis la création du Pritzker Center for Photography, le SFMOMA sera pour Clément Chéroux un nouveau terrain de jeu. De quoi rebattre à nouveau les cartes de l’histoire canonique de la photographie, brouiller la hiérarchie des genres et des auteurs, en puisant dans la riche collection de près de 17 800 épreuves précédemment valorisées par la conservatrice Sandra Phillips.

Cet entretien public s’est déroulé le 27 octobre 2016 à l’Institut National de l’Histoire de l’Art (INHA).

http://www.professionphotographie.org

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