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A l’occasion de l’exposition Sculpter [faire à l’atelier] qui se développe dans trois lieux de Rennes ; le Frac, le Musée des Beaux Arts, la Criée, centre d’art contemporain, Mowwgli a rencontré Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne, tout premier Frac de France.

Mowwgli : Un an avant tous les autres, vous êtes le premier né des Frac, vous avez dû déblayer un peu le terrain ?

Catherine Elkar : Au début des années 80, il n’y avait pas dans la région de structures ou d’acteurs privés qui se consacraient à l’art contemporain. Donc nous avions un devoir de référence et d’ouverture. Construire un ensemble et des sous ensembles très ouverts et englobant : L’abstraction, le rapport au paysage et un troisième grand chapitre le rapport à l’histoire. Dans l’esprit de ce qu’avait présenté le Centre Pompidou qui s’appelait Face à l’histoire et qui interrogeait la place de l’artiste à savoir est-ce qu’il est un acteur ou un témoin de son temps ou les deux ? C’est vraiment sur ces trois grands pieds que l’on avance encore aujourd’hui.

Je fais parti de l’équipe du Frac depuis ses débuts et je sais que l’équipe du comité technique est vraiment parti d’une analyse du contexte. Elle a recherché dans une histoire proche, les artistes, les acteurs qui pouvaient permettre de fonder une identité à cette collection initiée d’un coté par un critique d’art qui s’appelait Charles Estienne et qui avait invité, dès les années 50, les artistes de l’abstraction lyrique à venir séjourner en Bretagne et à produire. Cela a créé tout un ensemble de départ avec des œuvres de Hantaï, Degottex, Soulages… De l’autre coté, avec deux grands artistes du Nouveau Réalisme, Jacques Villeglé et Raymond Hains, qui sont natifs de Bretagne.  Donc on est parti de là, puis on a acheté des œuvres dites anciennes (fin des années 40 et début des années 50) et bien sûr des œuvres contemporaines des années 80.

Mowwgli : Et aujourd’hui ?

C.E. : On tente d’échapper à l’échantillonnage et on peut avoir plusieurs œuvres d’un même artiste. Dans la collection, il y a cette volonté panoramique et ouverte, il y a aussi les ferments qui  permettent grâce à  des ensembles constitués de proposer des monographies. L’accès au grand public à certaines œuvres est ainsi facilité. Nous avons de gros ensembles dont notamment  de Gilles Mahé, Didier Vermeiren, Aurélie Nemours…

Nous sommes restés très proches de l’esprit pionnier des Frac, à savoir, la volonté d’offrir au public un panorama assez vaste de la création contemporaine en présentant tous les langages et toutes les formes de l’art contemporain.

Mowwgli : Vous avez maintenant un nouveau et magnifique lieu intégrant des espaces d’expositions. Ça change beaucoup de choses ?

C.E. : Avant la construction de ce nouveau bâtiment, nous étions déjà dans la prospective et notre programmation d’expositions nous permettait déjà d’aborder la production. Seulement nous étions nomades. Quand j’ai travaillé sur le programme de création de ce nouveau Frac, il était évident que la programmation devait être intimement liée à la collection. La production est orientée vers la collection. Tout commence et doit aboutir à enrichir la collection. Donc réfléchir à une exposition c’est réfléchir à ce qui va venir intégrer le fonds.

Lorsque je monte des monographies, par exemple, j’invite des artistes qui sont déjà dans la collection et c’est le moyen de réfléchir avec eux comment y compléter leur présence. Soit ce sont des artistes qui n’y sont pas encore mais dont la présence me semble intéressante voire indispensable.

Il  faut prendre en compte une donnée primordiale : les budgets d’acquisition ne sont plus ce qu’ils étaient. Il y a trente ans nous avions la possibilité de faire appel à des artistes de renom qui sont devenus des classiques, mais aujourd’hui, il faut trouver d’autres moyens d’acquisition. Nous devons développer des stratégies alternatives et le moment d’exposition est un moment très favorable pour lié un contact particulier avec l’artiste et l’intéresser à notre projet. Les artistes ont besoin aussi d’être présents dans les collections publiques. Cela valorise leur travail et permet d’assurer une vie à une œuvre. D’être tout simplement visible.  Ici, son œuvre sera montrée, publiée, restaurée, étudiée… donc les artistes y sont très sensibles. C’est peut être moins le cas avec des collections privées où elle est très souvent extraite au regard.

Mowwgli : La valorisation de la collection passe par des synergies, quelles sont-elles ?

C.E. : Concernant la valorisation et particulièrement la recherche, nous avons la chance d’être à Rennes et d’avoir une section histoire de l’art, un département des arts plastiques à l’université, d’avoir l’Ecole d’Art à l’échelle de la région et l’Ecole d’Architecture. Donc tout un groupe de partenaires qui nous permet de développer un programme de recherche et de travailler sur la valorisation de cette collection.

Autrement dans le cadre de la diffusion régionale, on est plutôt en lien avec les centres d’art, ou d’autres structures qui œuvrent  à la diffusion d’art comme l’Art dans les Chapelles, les associations d’artistes ou toute autre structure appartenant au réseau Art contemporain en Bretagne.

Et puis, il y a cette autre aventure qui est d’accompagner les collectivités dans la mise en place de projets d’expositions. Souvent cela correspond à des envies un peu vague et nous apportons notre expertise pour contribuer à aménager des lieux, à construire un projet. Il faut arriver à transformer une envie en projet artistique et culturel. C’est ce que nous avons réalisé avec la Ville de Landerneau qui a fait appel à nous afin d’aménager et ouvrir une galerie publique consacrée à l’art contemporain dans le cadre de la valorisation du fonds Hélène & Edouard Leclerc. Nous intervenons également sur la programmation régulièrement.

Nous avons aussi l’exemple de St Briac avec qui nous sommes allés assez loin. On monte à la fois les expos dans une galerie située dans l’ancien presbytère, la commune nous a demandé aussi des interventions d’artistes à l’extérieur comme par exemple les 111 cabines du Béchet métamorphosées par Christophe Cuzin.

Mowwgli : Cela représente à peu près combien d’expos par an ?

C.E. : Hors les murs, nous avons cinq ou sept expositions par an auxquelles nous devons ajouter tous les projets que nos amis du milieu éducatifs dans les milieux scolaires, du secteur médico-social, ou encore dans des établissements publics, ce qui représente une quarantaine de projets par an. C’est vrai, c’est assez énorme !

 Mowwgli : Quels sont les projets à venir ?

C.E. : En 2018, l’actualité sera dense avec pour commencer l’expo en cours Sculpter [faire à l’atelier] au Frac, au Musée des Beaux Arts et à la Criée, centre d’art contemporain. A la fin du mois commence Les Ambassadeurs, puis il y aura l’exposition consacrée à Yvan Salomone qui investira tous les espaces du Frac, la Biennale, et une exposition personnelle d’une artiste, Cécile Bart déjà présente dans nos collections, dont la peinture se déploie dans l’espace.

Les Ambassadeurs, est un projet particulier que nous mettons en place à la fin du mois avec le département d’Ille et Vilaine et la ville de Rennes. L’idée est de présenter six/sept expositions à l’initiative de groupes de personnes de la société civile : collégiens, personnels de l’université Rennes I, personnels de maisons de retraites… A chaque fois, les amateurs deviennent les acteurs, puisse que ce sont eux qui choisissent les œuvres, d’où le nom ambassadeurs.

Je combinerais également deux expositions. L’une dédiée à la peinture à partir des récentes acquisitions. L’autre, en écho à la Biennale, sera organisée par l’Ecole d’Art de Rennes. Il s’agit d’une biennale parallèle, intitulée Exemplaires- Formes et pratiques de l’édition, qui est consacrée aux formes et pratiques de l’édition contemporaine. Comme nous avons la chance d’avoir dans notre collection et dans un autre fonds un grand nombre de livres d’artistes, nous sommes ravis de monter ce type d’expo car ce sont des éditions qui prennent parfois beaucoup de place et par conséquent pas très souvent exposées.

INFORMATIONS PRATIQUES
Actuellement au Frac : Sculpter [faire à l’atelier] du 14 mars au 27 mai 2018
FRAC Bretagne
19 Avenue André Mussat,
35011 Rennes cedex
http://www.fracbretagne.fr

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