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« Pendant ce temps » balade photographique de Véronique Ellena à Toulon

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La Rue des Arts à Toulon continue son programme d’exposition en plein air et pour cette troisième proposition, elle reçoit le travail de la photographe française Véronique Ellena. Née en 1966 à Bourg-en-Bresse, Véronique Ellena vit et travaille à Paris. Elle a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome entre 2007 et 2008, époque où a été réalisée la série « Invisible » dont est issue la photographie« San Luca e Martino », exposée actuellement à l’Hôtel Départemental des Arts pour l’évènement « Des Villes et des Hommes- Regard sur la collection Florence et Damien Bachelot ». Véronique Ellena observe la vie quotidienne à travers son objectif. Pour cette exposition dans l’espace public de Toulon, elle a choisi vingt‐trois images illustrant ces petits riens qui composent l’existence: Les dimanches, Les grands moments de la vie, Le plus bel âge…autant de représentations des mythologies quotidiennes enrichies de valeurs de permanence, d’éternité ou simplement d’immobilisation temporelle. Promenade à travers la vie.

 

 

La petite souris ©Véronique Ellena

La chambre ©Véronique Ellena

Ces choses banales, tellement répétées et qui scandent les journées, voire les semaines ou les mois, sont un écho à la peinture de genre, une tradition hollandaise des XVIIe et XVIIIe siècles. La Laitière de Johannes Vermeer cède la place à la préparation du repas et La Chasse aux poux de Gerard Terborchà la séance de coiffure. « J’ai choisi d’élever ces éléments modestes mais fondateurs au rang d’oeuvres d’art »nous dit la photographe. Toute la force de ces images tient en ce qu’elle ne photographie pas des personnes, des objets, des lieux ou des instants mais des rapports où sont pris les êtres vivants, les objets, les lieux et le temps. Cet accrochage a été pensé par l’artiste comme une sorte de journal intime qui devient universel par la magie et la présence des images. Un journal dans lequel on viendrait puiser un souffle vital pour réenchanter le quotidien. Une réalité fixée au plus près qui immortalise ces détails existentiels enrichissant notre vie.

La coupe de cheveux ©Véronique Ellena

« C’est très rare pour un artiste que d’exposer à l’extérieur, c’est mettre son propre art dans la rue tout en prenant un risque, celui de partager aux gens en direct, sans filtre, la chose pour laquelle on vit: notre travail » précise Véronique Ellena.  La photographe n’était jamais venue à Toulon avant cette proposition d’exposition. Quand elle se promena pour la première fois dans la Rue des Arts, l’exposition « Amorce d’un récit » des photographes Mathilde Geldhof et Benjamin Mouly était encore visible. « Alors je me suis demandée ce que j’allais mettre dans ces cadres et je me suis dit qu’ils étaient comme des fenêtres ouvertes sur ce qui se passent à l’intérieur des bâtiments. Derrière les cadres, il y a toutes les choses de la vie quotidienne ». Cette série d’images a été faite entre 1996 et 2000, une série importante pour l’artiste, « remplie de tendresse, de sacré et d’intime » . Quant à sa technique de travail, elle utilise l’appareil argentique, sur pied, avec un voile sur la tête afin de sacraliser l’instant, et développe en chambre. Chaque image est une mise en scène composée avec des membres de sa famille ou des proches. Une pratique qui demande du temps, de la patience afin de figer à la fois sur papier et dans nos esprits, ces souvenirs fondateurs mais fugaces. Comme une évidence, Véronique Ellena admet: « Ce qui m’intéresse est l’iconographie populaire et  sacré. Cette exposition est une fresque sociale qui parle à tout le monde. Il y a de la couleur, de la tendresse, de l’amour et de l’humour. Les êtres humains ont besoin de simplicité mais aussi qu’on leur raconte leur vie quotidienne en leur montrant que derrière les petites choses banales se trouvent de grands moments ».

Visite chez la grand-mère ©Véronique Ellena

Nous retrouverons le travail de Véronique Ellena sur le stand de la galerie Alain Gutharc à Art Paris Art Fair, du 05 au 08 avril 2018 avec un tout autre travail, beaucoup plus récent. « Les images de la série Clair-Obscur sont des réalisations à partir de négatifs couleur agrandis. Il y a un côté trivial et unique de travailler sur ces négatifs. C’est une série qui parle du passé, d’un monde parallèle. Ce sont des images mentales à découvrir avec rêverie et onirisme. » Depuis toujours, la photographe interroge l’histoire de la photographie, l’Histoire de l’Art et de la peinture en particulier. Ces renvois entre tradition et modernisation sont un fil conducteur dans son parcours créatif où s’actualisent les icônes du passées.

Le fauteuil de Balthus ©Véronique Ellena

Jusqu’au 22 avril 2018
Pendant ce temps
Véronique Ellena
Rue des Arts – Espace public de la Rue Pierre Sémard
Centre-ville Toulon 83000
Plus d’infos ici
Art Paris Art Fair lien ici