Un, Deux, Trois… Labanque ! (2nde Partie)

5 min. de temps de lecture.

Nous vous proposons la suite de notre article d’hier avec les deux autres expositions proposées par LaBanque à Béthune : De l’apparence des choses, Chapitre VI, Des forces de  Rachel Labastie et Between here and nowhere de Brian Griffin.

RACHEL LABASTIE
« DE L’APPARENCE DES CHOSES, CHAPITRE VI, DES FORCES »

A l’étage nous sommes accueillis par une roue en osier qui tourne sans fin. Elle évoque la roulotte des origines Yéniches (peuple nomade de l’Europe et grands vanniers) de la grand-mère de Rachel Labastie. Toutefois entourée de haches en céramique plantées dans le mur, comme elle l’est, l’œuvre pourrait nous inviter à une fête foraine ou encore évoquer une attaque de diligence. En tout cas un jeu de forces est à l’épreuve. D’ailleurs « Des forces » est le nom de ce sixième chapitre de son projet intitulé De l’apparence des choses.

Des forces contraires, il s’agit bien de cela dans cet épisode. Tout le parcours oscille entre érection et suspension, dureté et fragilité, violence et sensualité. Rachel  Labastie joue des paradoxes et de l’apparence des choses. Elle utilise l’argile crue, le bois, la céramique, le verre, le marbre dans ses huit installations où se manifestent le geste, l’apesanteur, le feu, la violence et la magie.

Les œuvres les plus frappantes sont peut être celles qui justement nous rapproche du rituel et de la magie, par exemple avec Foyer, une œuvre faite d’ossements modelés en grès noir reposant sur des tessons roses et bruns. Un amas qui évoque les restes d’un charnier, de fouilles archéologiques d’un tombeau ou encore d’une grotte du paléolithique. Elle montre le paradoxe du feu dont la maîtrise est indispensable pour sa création et qui réchauffe, nourrit, permet de fabriquer mais aussi brûle, détruit. Il est symbole de vie et de mort. Il est aussi celui qui permet la communion dans des rituels chamaniques, ou des fêtes. En témoigne son intervention réalisée en 2017 dans un village de Navarre comme une cérémonie ritualisée. Dans un village abandonné, en fouillant dans les ruines des maisons, elle a ramassé des tuiles, des morceaux de céramiques et les tessons trouvés. Puis elle a réalisé un immense four primitif dans la terre pour cuire ses morceaux trouvés dans des bâtons d’argile. Ce feu qui a brûlé toute la nuit pour la cuisson a permis le rassemblement de tous les villageois. Cette cérémonie autour du feu révèle le désir du collectif afin de convoquer la communion autour des disparus, d’une histoire, comme un rite chamanique.

Eprise de liberté, elle dénonce toutes les entraves. Avec la série Entraves, des chaines, des  colliers d’esclaves sont accrochés au mur comme les équipements dans une écurie et attendent le forçat ou l’esclave. Le paradoxe nait de la fragilité de la céramique blanche utilisée qui contraste avec la gravité du propos.

Dans ce premier étage qui lui est entièrement consacré, Rachel Labastie pointe du doigt la dualité incarnée dans la matière en transformation. Magie du feu, rituel sacré, bâtons de pèlerin, roue du destin, on a envie d’écouter ses histoires et de la suivre dans cette cérémonie qui réunit la communauté des humains.

BRIAN GRIFFIN
« BETWEEN HERE AND NOWHERE »

Commissariat : Valentine Umansky

Brian Griffin, est un photographe né à Birmingham dans un milieu très populaire. Il a photographié le monde de l’entreprise lors de commandes puis a travaillé pour la presse : Time Magazine et The Observer Magazine. Ami de Martin Parr, fan de musique, il était notamment le grand portraitiste de la scène musicale des années 80. Paul Mc Cartney, Depeche Mode, R.E.M, Kate Bush, Elvis Costello ou Iggy pop sont passés sous son objectif. Le Guardian en 1989 prétendait qu’il était le photographe de la décennie. Depuis 2001, il a délassé les stars pour photographier le monde des travailleurs et poursuit de porter un regard de coté sur la société britannique. Nous avions pu voir il y a un mois quelques images lors de l’expo, proposée à Paris par Burberry, consacrée au « british way of life » et qui célébrait la photographie britannique.

Un physique à la Gabin au regard bleu perçant, une autorité et une tendresse à la fois, on décèle toujours un brin d’ironie dans l’œil du photographe animé par une classieuse irrévérence et une claire ambigüité. Un mélange de Ken Loach et de David Lynch.

L’exposition Between here and nowhere se développe sur plusieurs chapitres d’un récit qui nous entraîne au milieu des pommes de terre, dans le milieu ouvrier, des militaires… Bref une histoire inspirée par la région, le lieu, sa terre natale, une grande humanité et le plaisir de brouiller les pistes.

Inspirée par la terre de Béthune-Bruay dont il  a lu beaucoup d’ouvrages relatant son histoire et notamment pendant la première guerre mondiale. Il a ainsi trouvé que les champs de batailles sont devenus des champs de pommes de terre. Que se passe-t-il dans cette terre qui sert à nourrir les populations et qui contient en elle les morts des deux derniers conflits mondiaux, dont beaucoup de britanniques ? Pour Brian la région est importante dans l’histoire et en lien avec sa région d’origine. Les connexions se font également avec le monde ouvrier, dont il rend hommage dans une superbe série. Les ouvriers sont photographiés avec leurs outils dans des positions et attitudes dignes d’un magazine de mode. Il interroge l’homme face au postmodernisme avec des images énigmatiques qui rappellent un accident nucléaire, un feu d’artifice ou les représentations futuristes d’une dimension parallèle qu’il nous faudrait découvrir.  Avec la série des Somnambules il poursuit cette interrogation. Il y photographie des personnages arrêtés dans leur mouvement, les yeux fermés, dans les espaces vides d’une usine McCain, encore une référence aux pommes de terre. Avec un jeu de perspective imparable cette mise en scène donne une impression de rêve ou de cauchemar, un effet irréel dont la portée politique ne fait aucun doute. Un peu plus loin on retrouve des soldats et des pompiers, des morts sous des croix blanches, un jeune ouvrier couché au sol… autant de personnages qui semblent être les protagonistes d’une histoire dont seul Brian Griffin possède les clefs.

Tout ici dans cette déambulation est mystère, jeu de piste. Brian Griffin nous propose un jeu de Cluedo mené dans un esprit Twin Peak , pour son univers entre fiction et réalisme à la frontière fragmentée, complexe avec plusieurs lectures possibles. Il laisse ici et là quelques indices afin de nous permettre de reconstruire une histoire qui navigue entre fiction légère et réalité brute.

Brian Griffin préfère les chemins de traverse aux propositions trop littérales et rejette le concept de vérité absolue.

A LIRE : 
https://www.mowwgli.com/37733/2018/04/12/deux-trois-labanque-1ere-partie/

INFORMATIONS PRATIQUES
Pierre Ardouvin « Retour D’abyssinie »
Rachel Labastie « De L’apparence Des Choses, Chapitre Vi, Des Forces »
Brian Griffin « Between Here And Nowhere »
Du 17 mars au 15 juillet 2018
LABANQUE
44, place Georges Clémenceau
62400 BETHUNE
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30
Fermé le 1er mai
http://www.lab-labanque.fr

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