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Dans quelques semaines, le 33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoires de Mode ouvrira ses portes sur les hauteurs de Hyères dans le Var. La Villa Noaillesaccueillera les dix lauréats dans chaque catégorie, en compétition pour remporter le Grand Prix ou un des nombreux autres prix ou mentions délivrés par les partenaires du festival. Initiée l’an passé, la catégorie Accessoires de Mode a été créée comme l’évidence d’un prolongement de la fashion sphere.

Elle sera présidée cette année par Chistelle Kocher, directrice artistique de la Maison Lemarié, fondatrice et directrice de sa marque éponyme Koche. Parmi les créateurs sélectionnés à concourir pour le Grand Prix Accessoires de Mode Swarovski, nous retrouverons Cécile Gray et ses « bijoux-vêtements ». Des créations uniques et extraordinaires, surprenantes, aussi séduisantes que la personnalité de la créatrice. Cécile Gray a accepté de s’entretenir avec nous sur son parcours et sa création. Interview.

Marlène Pegliasco: Cécile, pouvez-nous parler de votre parcours?

Cécile Gray: Enfant, j’ai toujours voulu être styliste car le vêtement m’a toujours vivement intéressé. J’ai appris à coudre avec ma mère d’abord, puis je me suis perfectionnée en regardant des tutos. Une fois le bac en poche, je me suis dirigée vers le métier d’architecte qui semblait être un bon compromis entre la raison et le cœur. En parallèle, j’ai continué à faire de la couture, j’étais inscrite aux cours du soir de la Mairie de Paris qui proposaient une formation sur le dessin de mode, le décryptage des tendances, le style … Cela a bien complété ma formation autodidacte.

Et puis un jour, la passion m’a complètement rattrapée. J’ai pris une année sabbatique pour faire un Master Ià l’Atelier Chardon Savard. Avoir eu la possibilité d’intégrer directement la 4e année a été une expérience incroyable! Les étudiants sont en atelier et travaillent chacun sur leurs propres collections. On y développe nos matières, et progressivement, on construit une collection autour d’un thème de notre choix, reflétant notre univers personnel. Cette formation a duré de septembre 2016 à juin 2017 et a donné lieu à un défilé de fin d’année suivi d’un showroom. De plus, grâce à cette collection, j’ai eu la chance d’être invitée à la Vietnam International Fashion Week  où j’ai pu faire défiler ma collection à Hanoï en novembre 2017. Après cette année intense et quelques mois où je suis retournée dans l’agence d’architecture où je travaillais, j’ai décidé de me lancer en tant que fashion designer.

M.P.: A quel moment avez-vous commencé à créer vos bijoux-vêtements?

C.G.: J’ai toujours aimé travailler le métal mais le déclencheur a été l’année de création à l’Atelier Chardon Savard. J’ai développé une matière en maille métallique dorée et c’est là qu’est né ce bijou que j’appose sur les looks. Bien qu’il s’agisse alors d’un accessoire, ces « bijoux-vêtements » constituaient l’ADN de ma collection qui apportent directement une identité. Le défilé de fin d’année de l’Atelier Chardon Savard était le bon lieu pour montrer mes créations, ces objets si particuliers.

M.P.: Parlez-nous justement de vos bijoux, le concept et la conception.

C.G.: Ces bijoux sont constitués de fils en acier, teintés en doré, et recouverts d’une gaine en nylon. Une fois tissés, cela donne une matière à la fois souple, pour être confortable et se mouvoir avec la personne qui les porte, et rigide, afin de la travailler en volume. L’accessoire ainsi créé épouse le corps tout en suivant ses mouvements. Ce qui est intéressant est d’étudier la caractéristique de ce matériau qui garde sa forme par rapport à sa force de gravité. Quant à sa confection, je prends des fils que je sertis avec des pinces métalliques. La jonction de deux câbles donne un point. Chaque assemblage est réalisé artisanalement à la main, chez moi, par mes soins. Après avoir passée sept ans devant un ordinateur pour les besoins de mon travail d’architecte, j’ai eu envie de revenir à la création manuelle. Grâce à la pratique, mon geste est de plus en plus précis et rapide. Ces bijoux ne sont pour l’instant que des prototypes. J’aimerais vivement les développer par la suite avec des matériaux plus précieux.

M.P.: Est-ce que votre formation d’architecte influe votre travail en tant que fashion designer?

C.G: Bien sûr! En plus de nombreuses références liées à l’architecture, j’applique les méthodes de conception apprises pendant ma formation. Les architectes font peu appel à des inspirations de champs différents de celui de l’architecture ou de la sociologie. Il s’agit principalement d’étudier un contexte et des besoins, de travailler avec les matériaux, les volumes et les proportions, et enfin, à l’aide de maquettes et de dessins, de créer un espace qui génère de l’émotion. C’est ainsi que j’ai créé mes bijoux-vêtements. Le matériau a poussé ma curiosité, j’ai expérimenté mes bijoux avec leur environnement pour voir comment ils réagissent comme un architecte pense son bâtiment en adéquation avec les espaces autour. Dans cette collection, je travaille avec des matériaux liés au bâtiment comme le métal ou le verre en intégrant des cristaux dans la maille métallique (grâce à Swarovski qui est partenaire du festival). Cette conception de l’objet s’est enrichie de références historiques et c’est quelque chose de très nouveau pour moi. Récemment, je suis allée au Louvre et je suis tombée sur une statuette égyptienne vieille de 4000 ans qui portait une résille de perles dorées sur un buste noir. Le lien avec mes bijoux était évident. C’était très troublant. Ce rapport à l‘Histoire de l’Art et des Civilisations vient enrichir mes inspirations.

M.P: Vous avez toujours cousu des vêtements mais finalement, vous avez candidaté au Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoires de Mode de Hyères  (FIMPAH) dans cette dernière catégorie. Pour quelles raisons?

C.G.: Je suis actuellement en stage de fin d’études chez Hermès et cet objet, qui avait émergé lors de ma formation à l’Atelier Chardon Savard, continuait de me poursuivre. J’ai eu envie de prolonger mes recherches autour de cet objet et d’en faire un projet à part entière. Ces bijoux-vêtements viennent réellement accessoiriser une tenue. En ce sens, j’ai pensé que leur place était dans la catégorie Accessoire du concours. Mes bijoux comportent des codes empruntés au vêtement. Je joue également sur les échelles. Le bracelet devient une manche, le collier devient un plastron … La collection comporte ainsi des pièces de plus d’un mètre de haut! Sans être massifs, cela reste fin et précieux, ce qui les rend singuliers.

M.P.: Comment avez-vous connu le FIMPAH?

C.G.: Je pense en avoir entendu parler pour la première fois aux cours du soir de stylisme. Je cherchais des opportunités de faire des collaborations pour intégrer le monde de la mode. Mon projet de reconversion avait un certain coût: redevenir étudiant, autofinancer mon projet, assumer ces choix, subir la pression sociale … Je suis très heureuse d’avoir pu le concrétiser. Enfin, le Festival de Hyères est très connu, il fait partie des évènements incontournables dans ce milieu. Je vis ma sélection comme quelque chose d’incroyable, je ne réalise pas trop encore mais je suis si contente et si fière de faire partir des finalistes! J’y présenterai sept pièces  où j’explore le champ de la joaillerie : boucles d’oreilles, manches, plastrons…Quatre grandes pièces et trois plus petites mais je n’en dis pas plus. Les bijoux seront exposés à la Villa Noailles jusqu’au 27 mai. Il faudra venir les voir!

33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoire de Mode de Hyères
Villa Noailles
Montée de Noailles
83400 Hyères
Festival et concours du 26 au 30 avril 2018
Expositions du 26 avril au 27 mai 2018
Site internet de Cécile Gray ici
Plus d’infos ici

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