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Dans une semaine, le 33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoires de Mode (FIMPAH) ouvrira ses portes sur les hauteurs de Hyères dans le Var. La Villa Noailles accueillera les dix lauréats dans chaque catégorie, en compétition pour remporter le Grand Prix ou un des nombreux autres prix ou mentions délivrés par les partenaires du festival. Catégorie historique à l’origine de sa fondation en 1985 par Jean-Pierre Blanc, directeur de la Villa Noailles,  la catégorie Mode sera présidée cette année par Haider Ackermann, directeur artistique de la Maison Berlutti, maison qui fête ses 20 ans de partenariat avec le festival. Parmi les jurés figure la créatrice suisse Vanessa Schindler.

Lauréate du Grand Prix Première Vision 2017 et du Prix du Jury de la Ville de Hyèresla jeune femme de 30 ans, qui travaille à Lausanne, a su conquérir à la fois le public et les professionnels de la mode grâce à sa collection femme, Urethane Pool, Chapitre 2, une collection qui révolutionne le monde du prêt-à-porter avec des vêtements sans surpiquage ni coupé mais en les moulant directement. En découvrant le matériau uréthane, elle explore une voie expérimentale de la mode. Rencontre avec une alchimiste.

Marlène Pegliasco: Vanessa, pouvez-vous nous parler de votre création?

Vanessa Schindler: J’ai obtenu un Bachelor à l’HEAD (Haute Ecole Superieure d’Art et de Design) de Genève en 2016 pour lequel j’ai réalisé le projet d’études « Uréthane Pool, Chapitre 2 ». L’idée était de créer une collection dont la conception même du vêtement serait différente, en les montant sans couture, comme s’il avait été directement moulé sur le corps. Les prémices de cette recherche étaient de proposer une radicalité dans la conception, sans passer par un patronage et par la couture classique. Ainsi, je cherchais une matière qui mettrait en forme le tissu. Dans mes recherches, j’ai rencontré un homme qui possède de nombreuses connaissances sur les polymères et c’est ainsi que j’ai découvert l’uréthane. Ce polymère, qui possède la faculté de sécher rapidement, est absorbé facilement par le tissu et fige ainsi les fibres. Je me suis lancée dans une véritable expérimentation, travaillant à la fois comme plasticienne et styliste. Au gré de ces fascinantes observations, j’ai ainsi développé une technique très particulière où les créations se montent sans couture puisque l’uréthane vient souder les différentes pièces.  J’aime jouer avec cette idée de contraste entre la platitude de la matière plastique et la noblesse du tissu délicat pour en faire émerger une féminité. Ce sont ces pièces qui ont été montrées au 32e FIMPAH au printemps 2017.

M.P.: Pouvez-vous travailler toutes les matières?

V.S.: Il est difficile de travailler des tissus trop synthétiques ou lisses comme la soie ou le plexiglas. La laine également est trop épaisse et provoque une certaine rigidité. J’aime jouer avec les transparences sur un corps de femme, que le vêtement garde une certaine fluidité, aussi, j’évite des matières qui alourdiraient les looks. Je cherche à obtenir une certaine rondeur, de la mouvance. Avec l’uréthane, les lignes sont nettes. J’essaye d’inventer une nouvelle forme d’artisanat en créant un vêtement de A à Z avec un côté ludique mais toujours avec raffinement.

M.P.: Vous avez remporté le Grand Prix Première Vision ainsi que le Prix du Public de la Ville de Hyères. Parlez-nous de l’année qui vient de s’écouler.

V.S.: Le Prix du Public est une consécration touchante. Durant le festival, j’ai énormément apprécié ce contact avec le public et toutes ces occasions de discuter avec eux. J’ai eu de nombreuses visites sur mon stand, des contacts chaleureux, bienveillants et motivants. Aussi, de nombreuses femmes se sentaient concernées par mon travail, cela m’a touché et m’a apporté une énergie supplémentaire dans ma création.

Quant au Grand Prix du Jury, le partenariat avec les Métiers d’Art de Chanel et la Maison Lesage m’a permis d’intégrer tout ce qui se rapporte à l’ornementation. L’an passé, pour le festival, j’avais travaillé avec des cristaux Swarovski. Je me suis amusée à créer des pièces, des boucles d’oreilles, à incruster de objets dans la matière. La Maison Lesage brode directement sur le vêtement aussi, cela m’a poussé à explorer une autre piste afin de répondre à la question de comment inclure l’artisanat dans ma pratique? Les brodeurs sont venus ennoblir et souligner la gestuelle. Cette interaction avec l’accessoire va m’amener à travailler le bijou, le métal, à développer des prototypes de joaillerie en uréthane.
J’ai aussi créé une collection capsule avec Petit Bateau qui sera disponible à partir du 25 avril 2018 sur l’e-shop, dans une série de magasins de la marque et bien entendu, à la Villa Noailles durant le festival . Confronter nos deux univers était très intéressant. Je me suis inspirée de ma manière de travailler plus que de l’intégration de l’uréthane. J’ai suivi toutes les étapes de la production, des dessins au shooting des vêtements. Une revisite des pièces icononiques de la marque représentait un défi exaltant.
M.P.: Une nouveauté, cette année, les lauréats des Grand Prix du Jury figurent parmi les jurés. Comment allez-vous vivre cette expérience?
V.S.: Cette proposition m’a surprise. Etre jurée seulement un an après avoir été lauréate est une expérience inattendue mais séduisante. C’est passionnant de voir le processus de désignation du lauréat, de donner son avis, de savoir ce qui se passe derrière en coulisses. C’est une très grande chance de converger les intérêts, quand chaque membre étudie les collections, les projets. Je pense que cela sera fascinant. Je veux être surprise. Je l’ai déjà été dans la sélection des 10 candidats mais là, de voir leurs créations en mouvement lors des défilés, de connaître leurs propos est ce qui fera la différence.

M.P.: Quels sont vos projets futurs?

V.S.: Je me laisse un peu surprendre. Aujourd’hui, je suis focalisée sur la collection à boucler et sur sa présentation. Ensuite, je continuerai d’exploiter l’uréthane dans mon atelier en Suisse et aussi en résidence à Paris à la Cité des Arts. Je voudrais garder un certain artisanat en produisant mes pièces à la main, dans mon atelier avec de petites éditions et en adoptant une démarche différente des designers classiques, sans lookbook ni silhouettes à rallonge. Je veux éditer des pièces de cette façon, jongler entre l’ornement et la fonction, ce que je peux faire grâce à l’uréthane. Je veux que le geste de la main compte, c’est essentiel

M.P: Comment définiriez-vous le Festival de Mode, de Photographie et d’Accessoire de Mode de Hyères?

V.S.:Le FIMPAH est une plate-forme rare, un endroit passionnant où les créateurs sont mis en avant. Nous rencontrons des personnes bienveillantes qui soutiennent la jeune création par des projets, des collaborations, des aides … C’est merveilleux! C’est une expérience tellement riche. Le festival en un mot? Générosité!

33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoire de Mode de Hyères
Villa Noailles
Montée de Noailles
83400 Hyères
Festival et concours du 26 au 30 avril 2018
Expositions du 26 avril au 27 mai 2018
Site internet de Vanessa Schindler ici
Plus d’infos ici

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