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Une 68ème édition de Jeune Création tournée vers la performance aux Beaux Arts de Paris

44 min. de temps de lecture.
Véritable tremplin, Jeune Création change de lieu cette année pour la Cour Vitrée des Beaux Arts, fruit d’un partenariat inédit. Un rapprochement en écho à la fois à l’histoire de l’association et à l’exposition Images en lutte – La culture visuelle de l’extrême gauche en France (1968-1974) au Palais des Beaux-Arts.

Particularité de Jeune Création, la commission de sélection est composée majoritairement d’artistes des éditions précédentes.
A partir de 1800 dossiers de candidature, le panorama se concentre sur 38 artistes de 14 nationalités différentes.

María Alcaide

Bureau désespoir, 2017. Avec la collaboration de Junta de Andalucia

Par Bérangère Pont

María Alcaide est une artiste qui travaille à partir de la fragilité. Elle considère les objets, les personnes, les relations comme une matérialité fragile. Ses installations font écho à des sujets actuels : le travail, le racisme, la consommation. Passant de « l’amour » au « désespoir », ses productions sont des réponses au peu d’espace émotionnel et spirituel que la société permet et pourraient se percevoir comme des formes d’essoufflements.

Dans ses recherches, María Alcaide se met en scène, performe, part sur le terrain. Bien que ses productions soient nettement influencées par une esthétique internet assumée, elle dénonce le fait qu’ont les artistes à ne pas s’engager dans une cause utile, autre que celle de leur popularité « instagrammique ». Les mots dans sa langue natale, l’espagnol, sont présents dans ses sculptures et poétisent les concepts qu’elle développe grâce à son regard engagé, imprégné de questionnements paradoxaux.

M. Alcaide considers objects, people and relationships as being composed of fragile materials. Her installations echo current topics such as labour, racism, and consumption. Moving from “love” to “despair”, her works are responses to the limited emotional and spiritual space that society allows and may be perceived as a kind of breathlessness.
In her work, Maria directs herself and performs in situ. She denounces the fact that artists are not engaged in any useful way, other than in their « instagrammic » popularity. Words, from her native Spanish, are present in her sculptures, poeticising the concepts she develops as a result of her committed viewpoint.

Charlie Aubry

Stratodrunkaster, 2013

Par Antoine Cantiny

Dans un monde où la musicalité tend à perdre de sa matière, à se désintrumentaliser au profit du numérique, Charlie Aubry prend parti d’inventer de nouveaux instruments. Des outils analogiques nés d’assemblage et de désassemblage, de fortuites, mais contrôlées combinaisons. Un pragmatisme comme seul esthétisme. Un détournement de la machine qui donne à ses ensembles d’instruments l’aspect trafiqué propre à ce qui est fait avec les moyens du bord, une allure de laboratoire. Sorte d’entremêlements désordonnés de câbles et de boutons, de connectiques et d’écrans. Une empirique méthode pour donner un nouveau sens à la machine, rendre obsolète son utilité première pour mieux lui en imposer de nouvelles.

In a world where musicality tends to lose its significance, for instruments to be forsaken for digital technology, the artist is inventing new instruments. Analogue tools born out of assembling and disassembling, fortuitous but controlled combinations. Pragmatism as the only aesthetic.
A diversion of the machine which gives to its sets of instruments its own rigged aspect peculiar to what is done with the means of the edge, a laboratory atmosphere. An empirical method to give a new meaning to the machine, to make its primary use obsolete and impose new uses.

Thomas Auriol

Dronus, 2017

Par Tatiana Marushchak

Les tableaux de Thomas Auriol présentent des métamorphoses qui donnent l’impression d’être créées par une intelligence artificielle. C’est pour cela qu’il est surprenant de regarder le carnet de dessins de l’artiste où les esquisses soignées, réalisées aux crayons de couleur, donnent naissance à des formes sophistiquées, qui à cette étape restent encore à révéler.

Suite à un patient travail d’atelier, la composition sur toile devient multidimensionnelle ; chaque détail et chaque forme sont tellement travaillés et prennent un tel volume, qu’ils deviennent presque tangibles. Des reflets de paysages, des fragments d’objets, la mer, l’air souvent montrés de façon zénithale, se mêlent et se juxtaposent, comme dans un montage vidéo, jusqu’à créer un nouveau monde de correspondances.

Thomas Auriol’s work is about transformation and the results of artificial intelligence. It is therefore quite surprising to discover his sketchbooks are filled with meticulous drawings which will later become sophisticated sculptures. The details and shapes of his paintings gradually acquire so many layers through his patient work that they becoming tangible, three-dimensional. Reflections of landscapes, fragments of objects, sea and wind all blend together like in a video montage, creating a new connected world.

Paul Bardet

À installer 3 flèches, 2017

Par Apolline Bauer

Paul Bardet observe la manière dont la culture du divertissement absorbe les formes et les concepts de l’histoire jusqu’à les vider de leur sens. L’industrie semble vouloir simplifier les formes au maximum afin de les reproduire indéfiniment. Ce sont ces méthodes
de production qui inspirent l’artiste dans la réalisation de ses œuvres. Celui-ci détourne l’Histoire et ses représentations diffusées dans notre culture de masse, pour en faire un art prêt-à-exposer.

Paul Bardet se joue de ces symboles en les détournant dans des œuvres qui trompent le spectateur. L’aigle, animal figure de force, n’est désormais plus qu’une simple table ; de l’image superbe du cheval, résulte un coloriage ; la Joconde, quant à elle, est simplifiée au point de n’être plus qu’un signe de sténographie. Derrière une esthétique pop et kitsch, l’artiste dresse un état des lieux de notre société de consommation, sans états d’âme.

Paul Bardet observes the way entertainment culture absorbs the shapes and concepts of history until they become meaningless. Industrialisation tends to simplify shapes and forms in order to reproduce them indefinitely. Paul Bardet’s work is informed by these methods as he attempts to subvert mass culture’s representation of history. His ready-made pieces play with these symbols by using them in misleading ways. The eagle, habitually a symbol of power, becomes an inert table. The mighty horse becomes a colouring picture. Behind the pop visuals and kitsch aesthetics, Bardet paints a cold picture of our consumer society.

Andrés Barón

Aberracion cromatica fiebre, 2018

Par Koudiey Traore

Andrés Barón travaille sur la photographie — avec la photographie — cherchant à comprendre comment les images produisent des codes et construisent des réalités. Où le spectateur peut-il se placer et prendre position par rapport à une image lorsque celle-ci
est systématiquement mise en tension par l’artiste ? C’est sous forme de protocoles qu’il construit ses films en 16 mm, ne lui permettant qu’une seule prise de vue, contrainte plaisante à son goût, l’obligeant lui et ses performeurs à de nombreuses heures de répétitions. Des films courts donc, qui cassent la narration et repensent la gestualité dans le cinéma. Ses personnages nous regardent fixement tout autant que nous les observons. Leurs corps sont pesants et les éléments naturels apparaissent comme la mauvaise copie d’un décor hollywoodien. En créant volontairement des éléments artificiels et des signes, il nous amène dans un monde d’images ayant la possibilité d’émouvoir le spectateur.

Andrés Barón works on photography — with photography — seeking to understand how images produce rules and build realities. Where can the viewer stand and take a position against an image when it is systematically put under tension by the artist? He builds his 16mm films in proto- cols, allowing himself only one shot (a restriction which he enjoys) requiring many hours of rehearsals from himself and his performers. Short films therefore, which break the narrative and rethink gesturalism in the cinema. His characters stare at us as much as we stare at them. Their bodies are heavy and the natural elements look like a bad copy of a Hollywood set. By deliberately creating artificial elements and signs, he brings us into a world of images with the ability to move the viewer.

Pierre Bellot

Sans titre, 2017

Par Bertille Levent

La collecte d’images sur internet constitue la genèse de montages numériques que Pierre Bellot va postérieurement transposer en peintures figuratives. C’est toujours dans des espaces clos, souvent d’exposition, et empreints d’une lumière phosphorescente, que le peintre met en scène ses peintures à la manière d’une pièce de théâtre imaginaire. L’artiste y agence des objets les uns après
les autres, sans corrélation ni respect des proportions. Hors de toute narration, la construction de l’image reste son principal intérêt.

Extraits de leur contexte, les objets deviennent des signes qui brouillent notre perception, en nous interrogeant sur leur propre réalité. La peinture permet à ces éléments éloignés, mis bout à bout, de créer un ensemble cohérent. La notion d’anadiplose est ainsi le fil conducteur de la pratique artistique de Pierre Bellot, une série de tableaux en engendrant une autre, afin de toujours remettre
les choses en jeu.

The collection of images of internet is the genesis of digital montages that Pierre Bellot will later transpose into figurative paintings. Always in closed spaces, and imbued with a phosphorescent light, the painter displays his paintings like an imaginary play. Outside of any narration, the construction of the image remains his main interest. Extracted from their context, objects become signs that blur our perception, questioning their own reality. Painting allows these distant elements,  laid end to end, to create a coherent whole. The notion of anadiplosis is thus the thread of his practice, a series of paintings generating one another, always putting things back into play.

Cornelius de Bill Baboul

Roches mammifères-dissimulaits, 2014.

Par Bertille Levent

Cornelius de Bill Baboul, ou tout autre nom qu’il emprunte, Scarlette Tartraho, Roger Cavayaisse, Emil Kottsieper… n’a pas de médium de prédilection. À l’origine de ces objets, là, sans raison et sens apparent, il y a des intuitions qui ont mené à des protocoles de travail imprégnés de naïveté et d’inepties. Résultent de ces expérimentations, des formes et matières qui semblent avoir conscience de leurs natures profondes, dérivantes vers une intelligibilité et ouvertes à différentes interprétations.

Dans les productions (dessins, sculptures, installations, photographies…) des pièges, des ponts, sont tendus entre le compréhensible et l’incompréhensible, l’énigmatique et l’évidence. En outre, une subtile ironie auréole constam- ment ses travaux, une manière de désacraliser l’art tout en le prenant au sérieux.

Cornelius de Bill Baboul, or any other name he uses, has no preferred medium. At the origin of these objects, without reason or apparent sense, there are intuitions that led to methods of working imbued with naivety and nonsense. As a result of these experiments, forms and subjects that seem to be aware of their profound nature, drifting towards intelligibility and open to different inter- pretations. In his creations traps and bridges are stretched between the com- prehensible and the incomprehensible, the enigmatic and the obvious. What’s more, a subtle irony always distinguishes his works, a way of desecrating the art while taking it seriously.

Charlie Boisson

Hoopa stupa, 2016

Par Savine Dosda

Charlie Boisson réalise des sculptures en assemblant des objets qu’il trouve, récupère ou chine (outils, parties de meubles, machines, bibelots, structures, écrans LCD), avec des matériaux industriels comme la résine synthétique ou le silicone. Ces objets trouvés, travaillés manuellement, restent rarement bruts et sont peu reconnaissables dans les œuvres finies. Combinées par emboîtement et interpénétration, ces pièces évoquent des corps, mi-totems, mi-machines.

L’association visuellement harmonieuse mais discrètement grinçante entre chaleureuses surfaces patinées et angles vifs, écrans translucides et poils de brosse, au sein d’objets rigoureusement construits est une constante de son travail. Elle semble convoquer la métaphore singulière d’un corps hybride, obsédé et fonctionnel, moitié meuble et moitié fétiche.

C. Boisson’s sculptures are made of objects either found, recovered or bought second-hand (tools, furniture parts, machines, knick-knacks, LCD screens…), which he then assembles using industrial materials such as synthetic resin or silicon. These found objects usually end up becoming unrecognisable. These pieces evoke intertwined, interlocked bodies made up of totems and machines. The identity of the sculptures remain ambiguous.
They convey a certain visual harmony, which contrasts with the jagged edges, translucent screens and tufts of brush hair which make this hybrid, troubled, functional body, into something between furniture and fetish.

Maxim Brandt

The House of the Rising Sun, 2017

Par Savine Dosda

Maxim Brandt collecte, déconstruit puis combine sur ses toiles différents motifs tirés du quotidien, ou de son enfance, avec des éléments naturels ou architecturaux. Dans un rendu globalement figuratif, il crée des montages homogènes d’éléments qui entrent en opposition de nature, d’usage ou d’origine. À l’image du rêve, ses peintures se présentent comme des espaces mentaux absurdes et ambigus, superposant les niveaux de sens. Elles semblent répondre à une logique propre, mais échappent à toute compréhension rationnelle.

L’artiste compare sa peinture à une poésie totale, où le choix du montage et des couleurs se rapprocherait d’une versification synesthésique. Cette poésie est ensuite mise en scène dans l’espace du tableau, lui-même mis en abîme de manière explicite ou suggérée par la Matriochka. Il cherche actuellement à explorer un univers à la fois irréel, artificiel et synthétique. Son style évolue vers l’intégration croissante d’éléments abstraits.

 

M. Brandt collects, deconstructs and then combines various motifs on his canvases from daily life, or his childhood, with natural or architectural elements. With his largely figurative style, he creates homogenous montages of elements that come into conflict with nature, due to their use or origin. The artist compares his painting to a form of absolute poetry, where the choice of installation and colours resemble a synthetic versification. This poetry is then incorporated into the space of the painting, which is itself mis en abîme either explicitly or hidden like a Russian doll. He is currently seeking to explore a world that is both unreal, artificial and synthetic.

Benedetto Bufalino

La cabine téléphonique aquarium, 2016

Par Wendy Gabet

Il est d’usage de dire qu’un rien peut tout changer. Effectivement, il se peut qu’en passant dans une rue, un jour, nous soyons surpris par du mobilier urbain détourné, augmenté, tel que le conçoit l’artiste contextuel Benedetto Bufalino. Avec humour et dérision, il se charge de désacraliser ces objets quotidiens, matière de l’espace public. À la manière d’un architecte, il crée des photomontages avant de réaliser chaque installation.

Ses œuvres performatives et minimalistes, fruits d’expé- riences spatiales, interpellent. Dépouillée de sa fonction initiale, la cabine téléphonique devient un aquarium pour poissons exotiques. Si on coupe le courant électrique, la guirlande de voitures n’est plus qu’un ennuyeux amas d’automobiles alignées sur un parking. Incongrues, ses réalisations court-circuitent la trame de la ville. Un dialogue entre l’œuvre et l’espace naît, tout est question de déplacement.

When walking through town, it is possible to stumble across urban furniture that has been altered, diverted or augmented by contextual artist B. Bufalino, who pokes fun at the objects that fill our everyday public spaces. Just like an architect, he makes digital montage mockups of his installations before building them. His performative, minimalist work is the result of spacial experimentation. Stripped of its original function, the public phone box becomes an aquarium filled with exotic fish. If one were to cut the power, car fairy lights would become a boring pile of cars in a parking lot. By short-circuiting the city grid, Bufalino’s incongruous work invites us to rethink our surroundings.

Eunbi Cho

Tumbleweeds, 2017

Par Savine Dosda

Pour Eunbi Cho, les frontières entre art et quotidien sont poreuses et il importe de créer le doute sur ce qui est ou n’est pas de l’art. Son travail se définit comme des installations discrètes et fragiles dans l’espace, parfois si insignifiantes qu’elles pourraient être jetées par inadvertance au moment du ménage. Elle n’est pas attachée à ce que l’on remarque son intervention. Ses pièces et interventions sont installées dans un lieu vivant et investi comme tel. Par un processus d’intégration du vécu, l’artiste fixe des bribes de pensées fugaces dans des œuvres qui, elles, ne sont pas pérennes et vont continuer d’alimenter et de faire évoluer sa mémoire de manière fluide et organique, comme la pollinisation. Cette démarche tend à s’élargir actuellement vers des interventions qui débordent leur espace pour se former sur et autour des œuvres des autres, et dans l’espace public.

E. Cho’s work blurs the line between art and everyday life, and questions what can or can’t be labelled art. Her restrained and frail installations are sometimes so insignificant one fears they may be inadvertently thrown out at cleaning time. The possibility of her interventions going unnoticed in lively places is of no concern to her. By assimilating her past, E. Cho attaches fleeting thought to pieces which will in turn provide her with new memories. This process is currently allowing Cho’s work into the public space and creep into other people’s pieces.

 

Martin Chramosta

Le lion bienfaiteur, 2017

Par Yuju Lin

Utilisant diverses pratiques artistiques, notamment la sculpture, le dessin, la performance et la musique, Martin Chramosta s’intéresse aux formes historiques et à l’archéologie. Les motifs sur ses reliefs viennent parfois de son subconscient et son intuition. L’artiste dessine d’abord dans la terre afin d’esquisser des reliefs. Ceux-ci ressemblent à des fossiles aux motifs abstraits et mythiques. Il raconte une histoire de tension et de mouvement en donnant des positions instables aux objets. Une autre partie de son travail est très paisible. Il possède un sentiment intime, personnel envers la Suisse, son pays natal, avec par exemple
une carte détournée. Rustiques, pastorales, les œuvres de l’artiste nous immergent dans un contexte pittoresque allié à une réflexion conceptuelle. L’écart et le détournement sont subtilement présents dans ses œuvres faisant référence tant à la culture populaire que savante.

Using various artistic practices, including sculpture, drawing, performance and music, M. Chramosta is interested in historical forms and archaeology. The motifs in his works sometimes come from his subconscious and his intuition. The artist first draws on the ground in order to sketch out shapes. These resemble fossils with abstract and mythical qualities. Chramosta tells a story of tension and movement by giving the objects an instability. Other aspects of his works are very peaceful. He has an intimate, personal feeling towards Switzerland, his native country, using for example a convoluted map. Rustic and pastoral, his works immerse us in the picturesque and link to conceptual thought. Deviation and the diversion are subtly present in his works, referencing both popular and scholarly culture.

Pierre-Marie Drapeau-Martin

Livre L’île d’A. 2017

Par Emma Larretgere

Le travail photographique et vidéo de Pierre-Marie Drapeau-Martin est une tentative sans cesse renouvelée de capter une part du flux du réel, ce temps accéléré qui nous emporte. En artiste glaneur, il isole des objets du quotidien parfois précaires voire éphémères pour en dégager tout le potentiel poétique. Explorant des territoires souvent insulaires, où la nature envahit le cadre, il crée des récits où le montage, le séquençage, la création d’un patchwork d’images transcrivent la mobilité des êtres et des choses
et celle de son regard. Ces images, qui existent égale- ment au sein d’éditions entièrement réalisées à la main, nous emmènent parfois à la frontière du merveilleux et glissent vers le fantastique, manière pour l’artiste « de grandir le réel ».

Pierre-Marie Drapeau-Martin’s work is a constant attempt to capture a part of reality. Through both photography and video, he chooses delicate, ephemeral everyday objects and isolates them in order to sublimate their expressive potential. The insular regions he explores make for a patchwork of images that convey the mobility of all things, as well as his views. These images, which are also published in hand-made books, guide us almost to fantasy in hope of “enlarging our reality”.

Ben Elliot

Diary, 2017

Par Océane Jakubec

S’appropriant les modèles de self-branding, démocratisés par les nouvelles générations de notre société actuelle, Ben Elliot s’inspire de cette lignée de millennials qui ne se souvient plus de la vie sans internet. Autodidacte, il cultive une fascination pour les interactions entre individus à travers des projets multiformes dans une esthétique lisse et épurée. Considérant son Iphone comme un être à part entière, il l’utilise comme un prolongement de son corps et de son esprit ; une mutation nécessaire de notre temps. Dans un flux de soi illustré entre art et narcissisme désintéressé, il se sert des réseaux comme un outil de documentation sociale, intime et une expérience d’exposition : technologie avec laquelle l’humain augmenté compose et façonne son quotidien. Un espace qui devrait, d’après lui, être désormais utilisé comme le moyen et la finalité d’une œuvre.

Using the models of self-branding, democratised by the new generations of today’s society, B. Elliot is inspired by millennials who cannot remember life without the Internet. Self-taught, he harbours a fascination with interactions between individuals through multifaceted projects in a sleek and refined aesthetic. Considering his iphone as a being in its own right, he uses it as an extension of his body and mind; a necessary modern mutation. In a flow of self, illustrated somewhere between art and disinterested narcissism, he uses networks as a tool to document society, intimacy and an exhibition experience: technology with which the augmented human composes and shapes their daily life. A space which should, according to him, now be used as the means and the end of a work.

Lukas Glinkowski

Eau de toilette V, 2017

Par Lucie Matton

Lukas Glinkowski capte et réinterprète l’intervention humaine au sein de l’espace urbain, puisant ses inspirations dans les lieux publics, la rue, le métro et les lieux de son enfance. Il est le témoin d’une société qu’il souhaite retranscrire dans sa pratique. À partir de matériaux industriels, comme le carrelage ou le papier peint, il forme une trame sur laquelle il esquisse à la peinture une synthèse de graffitis polychromes, collectés dans ses déambulations citadines. Tel un observateur de la manière dont les êtres s’approprient leur environnement, il recueille des traces éphémères de l’époque dans laquelle il vit et y apporte sa propre perspective en créant de nouvelles associations.

L. Glinkowski reinterprets human intervention in urban spaces. His work acts as a recording of his experience of society. Using industrial materials such as tiles and wallpaper as his canvas, he paints a visual summary of multicoloured graffiti. By observing the ways in which people adapt to their environments, Lukas Glinkowski is able to build a collection of ephemeral moments, while also bringing his own perspective to the table.

 

Sara Ivone

Bolachas Doces da Memória de Ver, 2018

Par Lucie Matton

Entre la ligne et le volume, Sara Ivone est une artiste du mouvement qui se caractérise par la concrétisation du geste qui, du dessin, la conduit à la sculpture. Au travers de sa réalisation, elle métamorphose l’immobile en un volume fragile à mi-chemin entre le dessin, qui n’est plus, et la sculpture en devenir. Ses travaux sont un éloge du mouvement qui s’apparentent à une chorégraphie de la matière. Figeant l’instantané, elle pérennise le geste créatif en une œuvre qu’elle veut dansante. Ses créations aux couleurs pastel s’accordent et s’assemblent dans une composition rythmée. Dans une volonté de suspension du geste, Sara Ivone traduit l’espace en une partition poétique empreinte de fragilité.

Bridging the gap between drawing and sculpture, Sara Ivone’s work examines movement. Various materials take part in a strange dance-like choreography. Pastel colours make up the rhythm of her compositions. By suspending gestures in time, Sara Ivone transforms her surroundings into frail and poetic sheet music.

Jean-Baptiste Janisset

Parabole du semeur, 2017

Par Yuju Lin

Intéressé par les rites religieux et l’héritage colonialiste, le travail de Jean-Baptiste Janisset est centré sur des questions de pouvoir et de conscience collective. Il expérimente des empreintes de sculptures, de bâtiments historiques ou d’allégories profanes.
À travers les anciens signes de l’image, il éveille la conscience historique des gens et présente le passé, que le public a oublié. Il utilise la lumière au néon autour de ses sculptures religieuses. En 2017, il a fondé Mutatio, un artist-run space.

Informed by religious rites and colonial heritage, J.-B. Janisset’s work revolves around questions of power and collective conscience. He experiments with sculpture, historic monuments, profane allegories and uses ancient symbolism as a means of conjuring up a forgotten past, hoping to rekindle a form of historical conscience.

Kanaria

La couleur de vague, 2016

Par Julie Alvarez

Kanaria crée un univers léger et délicat, un monde éclatant dans lequel la sensualité de chaque être est mise en avant. On y retrouve une profusion de formes, de corps et d’envies qui se croisent et créent une connexion entre toutes choses. Elle laisse souvent des espaces vierges de toutes peintures, comme un fleuve qui nous permet de voyager d’un motif à l’autre et qui crée une porte d’entrée pour que l’on puisse à notre tour pénétrer dans ce monde presque sauvage. Aussi, Kanaria n’anticipe pas les motifs qu’elle peint, elle se laisse porter par les couleurs pastel et ses tableaux prennent vie au grès des formes qui éclosent les unes après les autres.

Kanaria creates a light and delicate universe, a world that highlights the sensuality of each being. There is a profusion of shapes, bodies and desires that intersect and create a connection between all things. There are frequent blank spots that have not been touched by paint, like a river that allows us to travel from one motif to another and creates a gateway for us to enter this almost untouched world. Kanaria does not plan her paintings, rather she allows herself to be transported by pastel colours and her work takes on life through the will of the forms which emerge, one after the other.

 

Paul Anton Maciejowski

Chocolate Jesus, 2018

Par Antoine Cantiny

Au sein des thèmes et des pratiques de Paul Anton Maciejowski, tout est affaire de dualité. D’abord la lenteur du processus de gravure qui s’oppose avec le dynamisme sec de ses traits. Puis la profusion presque abstraite de certaines formes qui créée néanmoins une figuration. Enfin le bourdonnement d’images noircies dont on ne distingue plus ce qui est surréaliste de ce qui n’est qu’épique, ce qui est invention de ce qui n’est qu’historique, ce qui est primordial de ce qui n’est que fioriture. Des oxymores en eaux-fortes dont l’artiste trouve pourtant des complémentarités. Ainsi le jeu vidéo s’accorde à la psychologie analytique, la Silicon Valley à la conquête mexicaine de Cortés ou encore Jésus au chocolat. Mais que ce soit d’estampe ou de peinture, ces figures figées sont toutes empreintes de cette aura que l’on réserve aux mythes.

In the work of Maciejwoski, everything is a matter of duality. The slowness of the engraving process, which is contrasted with the dry dynamism of his features. The almost abstract profusion of certain forms which nevertheless creates a figure. The buzzing of blackened images from which one can no longer distinguish what is surrealistic from what is only epic, what is the invention from what is only historical. Etched oxymorons, which the artist nevertheless finds to be complementary. Thus, Silicon Valley with the Mexican conquest of Cortes, or Jesus with choco- late. These frozen figures are all imbued with that aura reserved for myths.

Léonard Martin

Table de tournage, 2014-2015

Par Hamza Nasri

Véritable mise en scène, le travail de Léonard Martin est une communication constante entre différents arts. Cinéma, théâtre, musique et arts plastiques viennent coexister pour donner vie à des personnages singuliers racontant une histoire des plus poétique et des plus théâtrale que le spectateur peut s’approprier. Le mouvement anime la pensée de l’artiste autant que ses personnages prenant place dans un décor en bois minimaliste, et dont les animations permettent aux puristes de ces différents arts de se retrouver. Les mises en scène de Léonard Martin existent dans un souci de communion entre les matériaux de récupération et les éclairages, rappelant toujours l’intérêt de l’artiste pour la littérature et le théâtre dont il tire son imagination.

L. Martin’s work is a true staged produc- tion, a constant communication between different arts. Cinema, theatre, music and visual arts coexist to give life to singular characters telling the most poetic and theatrical stories that a viewer can absorb. The movement evokes the artist’s thoughts in so far as his characters appear in a minimalist wooden decor, the staging of which allows the meeting of these different purists art forms. His staged works are born of a concern for communion between recovered materials and lighting. Litterature and theatre is ever present and a constant source of imagination.

 

Nico Müller

Chaises d’exposition, 2017

Par Antoine Cantiny

On pourrait penser que Nico Müller, utilise la ville comme atelier tant ses œuvres se font la copie améliorée, presque fantasmée, de ce que l’on peut trouver au croisement de deux rues. Des néons défectueux, des collections de paillassons défraîchis, des canettes de bière ou encore des pics anti-volatiles. Tout autant d’artefacts du quotidien, devenus presque invisibles de par leur banalité, à qui l’artiste donne un second souffle, une nouvelle lecture. Altérés par le lieu d’exposition, ces éléments se découvrent de nouvelles possibilités esthétiques. Une nouvelle façon qui permet à l’objet de se dévoiler en dehors de ce pourquoi il a été conçu. Ainsi, l’artiste insuffle à ces anodins objets une nouvelle identité. En résulte une poésie du banal sur fond de readymade.

One can think of N. Müller as using the city as a studio, as his works are an improved copy, almost fantasised, of what can be found at the intersection of two streets. Defective neon lights, collections of faded doormats, beer cans and bird control spikes. Just as many everyday items that have become almost invisible through their banality, the artist gives them a second life, a new reading. Altered by the place of exhibition, these elements are given new aesthetic possibilities. Thus the artist infuses these objects with a new identity. The result is banal poetry against a background of ready-made.

Valentin Muller

Montréal, 2014

Par Bertille Levent

Valentin Muller propose des espaces souvent vides, mais pourtant remplis de mots et de sentiments. Sur les murs de ces lieux, sont inscrits ses pensées faces à une rupture amoureuse, des dialogues avec son entourage — proche ou presque inconnu — autour de l’image qu’il pouvait avoir de chacun d’eux ; mais surtout se révèlent par la discussion, leurs rapports immédiats.

Conscient de ses difficultés à communiquer avec l’Autre, de sa possible froideur et distance, il crée des dispositifs qui lui permettent d’établir des relations. Dans ces espaces fermés, ces pensées s’entrechoquent ; l’empreinte des paroles échangées s’y retrouve autant que l’absence de ces corps devient évidente. Le spectateur est alors confronté physi- quement et émotionnellement à l’intimité de deux Autres, l’espace privé rejoint son caractère public, la complexité d’un individu nous redevient commune. Partant d’une difficulté de l’artiste à tout simplement être, ce qui n’est d’habitude qu’immatériel devient un événement temporel et spatial.

V. Muller presents spaces that are often empty, yet filled with words and feelings. His thoughts are written on the walls of these spaces, about a breakup, dialogues with his entourage, their relationships are revealed by the discussion taking place. In these closed spaces, these thoughts clash; an imprint of the conversations becomes present even as the absence of people becomes clear. The spectator is confronted physically and emotionally with the intimacy of two others, the private space takes on a public character, and the complexity of an individual becomes a shared experience again.

Riccardo Olerhead

Mirko, 2017

Par Scarlett Chaumien

Les sculptures éphémères de Riccardo Olerhead sont figées par des photographies hautes en couleur. Les nuances chromatiques et les objets choisis ne sont que le fruit d’un calcul raisonné : ses compositions visuelles luttent contre le chaos. Les créations artefactuelles se heurtent à de la végétation engendrant un portrait abstrait, dont les titres ne seraient que les noms imaginés d’une personne rêvée. Le titre d’une série ne se cristallise pas et ces natures mortes contemporaines appuient les mutations d’états, propres au regardeur. Un jeu d’équilibre où s’harmonisent les teintes et les textures, forme de vanités, témoins du temps qui passe.

The ephemeral sculptures of R. Olerhead are frozen in high colour photographs. The chromatic nuances and the chosen objects are only the fruit of reasoned calculation: his visual compositions fight against chaos. Artificial creations collide with vegetation creating an abstract portrait, whose titles are only the imagined names of someone from a dream. A game of balance that harmonises shades and textures, forms of vanity, witnesses of time passing.

Maximilien Pellet

Squaresquaresquare, exposition « Une salle du palais », 2017

Par Emma Larretgere

Le dessin chez Maximilien Pellet est une véritable matrice, un point de départ essentiel par lequel il pense les textures, les motifs ou la façon d’inciser la matière dans ses futures peintures. La vulgarisation par le feutre, en une gamme de couleurs limitée, la conditionne également. L’artiste travaille en bâtisseur, utilisant différents outils de chantier comme de l’enduit qu’il teinte dans la matière même, en réalisant ce qui serait de l’ordre de la fresque ou du bas- relief. Il s’affranchit cependant du mur en imaginant différents dispositifs de spatialisation. Les motifs, souvent récurrents, font partie d’un répertoire, d’une grammaire visuelle, au cœur de sa réflexion sur les styles avec lesquels il joue, télescopant les époques et recomposant de nouveaux récits.

M. Pellet uses his drawings as moulds, as starting points from which he plans the textures and patterns of his future paintings, which are also conditioned by the limited colour palette of his pens. Using construction tools such as primer he constructs what could be murals or bas-reliefs. He bypasses the wall itself by devising different display measures. His recurring motifs form a visual repertoire of style, blending different time periods with new narratives.

David Perreard

Capture Embedded, 2014

Par Koudiey Traore

David Perreard reproduit sous la forme de micros narrations ou le temps d’un tour de magie ses propres observations de notre monde. La puissance des maladresses de la vidéo amateur lui permet de croiser et mettre sur un même plan des éléments hétéroclites comme l’animation, la prestidigitation, les effets spéciaux, ou des récits insolites. Alors que ces outils se veulent spectaculaires ou sensationnels, ils sont ici neutralisés et traités avec banalité.

À l’inverse, des situations anodines de notre quotidien sont sabotées. L’effet à peine déguisé, nous entraîne dans un univers de clichés et de réalités étranges, où les situations de malaises créées par David Perreard interrogent notre place souvent complexe en société, en communauté, dans un groupe d’amis, ou au sein d’une famille.

D. Perreard gives his own observations of our world, in the form of micros narrations or the time of a magic trick. The power of clumsiness of amateur video allows him to combine and put heterogeneous elements, such as animation, conjuring, special effects, or unusual stories, on the same level. Conversely, trivial situations in our daily life are sabotaged. The barely disguised effect leads us into a world of clichés and strange realities, where situations of discomfort created by D. Perreard question our often complex place in society, in our community, in a group of friends, or within a family.

Julia Poplawska

Scamper-Progress-Urge, 2015

Par Océane Jakubec

On est là, inerte ; témoin somnolent d’une atmosphère surréaliste, parfois irréelle. Seins anti-stress, cité fantomatique, cigarette et prière : une réalité déformée, réinterprétation de codes contemporains. Avec un ton dénonciateur de son propre état émotionnel, Julia Poplawska nous livre une analyse critique de ce qui l’entoure, ce avec quoi elle a grandi et s’est façonnée en tant que personne — femme. Entre traduction d’une réalité vécue et accusation sociétale, l’identité polonaise, dont elle est issue, est fortement présente dans sa pratique artistique. Proche d’une esthétique documentaire brute, ces vidéos et performances vidéo questionnent la précarité du travail, mal de l’humanité, qui influence nos choix, notre devenir comme individu. Tout se répond, de manière poétique et presque onirique pour montrer du doigt, entre tradition ancrée et nouvelle génération, des phénomènes culturels liés aux mouvements et à la politique de notre temps. De son temps.

We are here, inert; a sleepy witness to a surreal, often dreamlike atmosphere. In a tone of denunciation evoking her own emotional state, Julia Poplawska presents us with a critical analysis of what surrounds her, what she grew up with and shaped herself as a person — and as a woman. Between the translation of a lived reality and societal accusation, the Polish identity she was born with is strongly present in her artistic practice. Everything is called into question, in a poetic and almost dream-like way to point out, between established tradition and the new, cultural phenomena linked to the movements and politics of our time. Of her time.

Akshay Raj Singh Rathore

Bengal Famine 1943, 2016

Par Tatiana Marushchak

La pratique artistique d’Akshay Raj Singh Rathore est plurielle, allant de dessins minimalistes sur des papiers d’emballage à la construction de mondes complexes dans un espace virtuel. Toutes les œuvres de l’artiste s’appuient cependant sur des recherches et introspections partant d’idéaux humanistes. Il explore la terre, comme source primaire d’expression, questionne nos relations avec les ressources, la main d’œuvre, la production et la consommation. Originaire des provinces rurales de l’Inde, l’artiste crée ses œuvres grâce à des ingrédients naturels, préférant les matériaux simples et écologiques. Les fleurs, les feuilles et les épices forment les pigments de ses peintures ? Les éléments de la nature se retrouvent aussi dans ses applications numériques, qui invitent le spectateur à se perdre en quête d’une réalité meilleure que celle qui nous entoure.

Akshay Raj Singh Rathore’s pieces ranges from minimalist doodles to the construction of complex virtual worlds. However different, his work all revolves around central themes of introspective research concerning humanist ideals. Originally from rural India Akshay Raj Singh Rathore wishes to ques- tion our relationship to labour, resources, production and consumption. He uses natural ingredients for his pieces and prefers simple and eco-friendly materials. His paint pigments are made up of flowers, leaves and spices. Natural elements also make their way into his digital work, which encourages the viewer to seek out a better world.

Eric Ramos Guerrero

Obstructed Beach View, 2017

Par Wendy Gabet

Prenant source dans les banlieues californiennes, les œuvres d’Eric Ramos Guerrero portent sur le glissement de la culture, son appropriation et son expansion. Son univers dépeint une atmosphère angoissante, où végétation tropicale, espace urbain et créatures fictives à l’allure humaine se confondent. On découvre dans ses sculptures, peintures et performances un reflet de son environnement : un hymne au multiculturalisme ambiant. Dans ses dessins, l’artiste semble nous faire part d’une obsession, il ponctue d’encre noire des espaces abandonnés à la nature, marginaux, évoquant une menace. Des formes disharmonieuses en sortent, des cyclopes nous fixent. Ces derniers nous signalent par cet œil en amande — récurent dans son travail — que nous sommes ici les voyeurs, observant des scènes parfois violentes, d’autres fois pathétiques. La nature environnante, dense et séduisante, à la manière de motifs orientalistes, envahit l’espace de la feuille et laisse penser que nous n’avons pas tout vu de la scène qui se joue devant nous.

E. Ramos Guerrero’s work is rooted in the suburbs of California, and explores the appropriation and expansion of culture. Tropical vegetation, urban spaces and imaginary, man-like creatures all mingle to create a frightening, sinister atmosphere. His sculptures, paintings and performances all reflect his multicultural environment. His drawings seem to provide an insight into his own obsessions: overrun by nature, his landscapes appear marginalised and menacing. Discordant shapes begin to emerge, a cyclops watches us, his solitary eye a recurring figure in his work, reminding us that we are but voyeurs revelling in a violent, pathetic spectacles. The dense, seductive, oriental motifs engulf the page, inferring there is more going on behind the scenes than expected.

Lucien Roux

Sans titre, 2017

Par Julie Alvarez

Des instants figés, des fragments d’images qui tentent de modeler le temps. Comme un monteur, Lucien Roux prélève des images de films, de médias, qu’il travaille réinvestit dans sa pratique picturale. L’artiste nous propose des clichés déjà connus sans pour autant nous les révéler entièrement. Sont données à voir des séries de détails où les fragments forment des ensembles, quand ils peuvent se répondre. Lucien Roux explore la répétition photographique et les changements de point de vue comme illusion de mouvement dans lesquels la vérité reste à chercher. Le spectateur devient alors le courant qui active les œuvres. Ainsi, il redonne à l’image sa vérité et nous permet de la voir telle quelle et non plus comme on voudrait la voir. L’image avec sa perte se dévoile davantage que lorsqu’elle est entière.

Frozen moments, fragments of images that try to shape time. Like an editor, L. Roux takes images from films and media, which he then reuses in his pictorial practice. What we see are series of details where the fragments form sets, which can respond to each other. He explores photographic repetition and the changes of point of view as illusion of movement in which the truth remains to be sought. The viewer then becomes the current that activates the works. He gives back to the image its authenticity and allows us to see it as it is and not as we would like to see it. The image, with its loss, reveals itself more than when it was whole.

 

Emir Šehanović

Strange Moment, 2014

Par Apolline Bauer

L’occulte et la superstition sont les fils conducteurs de la pratique d’Emir Šehanović, artiste bosniaque qui s’inspire des traditions locales et des rituels païens qui l’entourent. Il puise matériaux et motifs essentiellement dans les croyances populaires. Par exemple, le plomb tel qu’il est exploité dans les rites de guérison, s’incarne dans ses œuvres sous des formes abstraites. Les collages et assemblages que réalise l’artiste nous donnent à voir des portraits tâchés d’éléments ou d’extensions organiques, liant l’intériorité et l’extériorité de la personne.

Ses œuvres sont un jeu constant d’illusions en trois dimensions et d’allers-retours entre différents médiums. Emir Šehanović exploite aujourd’hui de nouveaux matériaux, à la fois informatiques et industriels. Toujours en lien avec ses interrogations sur ce que la science n’explique pas, ses œuvres interrogent des énigmes universelles.

E. Šehanović ’s work revolves around superstition and the occult. This Bosniac artist draws his inspiration from local traditions and pagan rituals. He chooses his materials based on popular beliefs, for example by incorporating lead, which is sometimes used in certain healing rituals, in his own abstract work. His collages and sculptures evoke stained portraits and organic extensions, blending the person’s outer appearance and inner feelings. E. Šehanović is currently experimenting with digital and industrial materials. By constantly exploring science’s unanswered questions, his work touches on certain universal mysteries.

 

Slinko

Economy of means, 2016

Par Savine Dosda

Selon ses propres termes, Slinko crée des « images en mouvement », et non des films ou des vidéos. Son approche plastique et filmique intègre tout à la fois une forme de sculpture animée, un travail chorégraphique, un regard introspectif et les hasards de l’improvisation. L’artiste cherche son inspiration dans les événements historiques, les anecdotes personnelles et les rencontres étranges dont elle fait l’expérience dans sa vie et dans ses performances. Ses œuvres mettent en scène un jeu sérieux, qui questionne les valeurs économiques et idéologiques. Les performances de Slinko tentent également d’inventer un langage commun permettant
de rencontrer l’autre tout en restant soi-même. Pour Slinko, l’art est profondément magique et l’humour salvateur.

In her own words, Slinko creates “moving images”, not films or videos. Her plastic and cinematic approach integrates a form of animated sculpture, a choreographic work, an introspective gaze and improvisa- tional risk. Her works frame a serious game that questions economic and ideological values. Slinko’s performances also attempt to invent a common language, enabling one to meet the other, while remaining one’s self. For Slinko, art is deeply magical and humour a source of rescue.

Charles-Henry Sommelette

Thermes II, 2015

Par Scarlett Chaumien

Les couleurs noires, blanches et vertes sont celles qui, d’ordinaire, accompagnent le quotidien de Charles-Henry Sommelette. Ces teintes sont visibles du bord de sa fenêtre et obsèdent ses journées. Une mélodie presque silencieuse se dégage de ses paysages, peints ou dessinés. Malgré les différences de technique, ses représentations sont intrinsèquement liées. La nature est omniprésente, mais un doute plane. Cet écho bucolique délivre un message incertain, celui de notre passage. Les buissons sont taillés et les troncs d’arbres gravés, traces d’un quotidien commun. Notre corps s’esquisse dans ces projections diurnes laissant place à nos propres questionnements.

The black, white and green colours are those that usually feature in the daily life of this artist. These hues are visible from his window and occupy his days. An almost silent melody emerges from his landscapes, both painted or drawn. Despite the differences in technique, his representations are intrinsically connected. Nature is omnipresent, but there is a certain doubt present. This bucolic echo delivers an uncertain message of our passage. The bushes are cut and tree trunks carved, traces of common daily life. Our body is outlined in these diurnal projections, leaving room for us to question ourselves.

Sammy Stein

El museo de la tortuga, 2017

Par Emma Larretgere

Le travail de Sammy Stein se développe sous la forme de projets éditoriaux imprimés : livres, revues et fascicules, qui coexistent avec leurs versions numériques. L’artiste pense ainsi différents modes de circulation, réception et diffusion de l’objet. Ses dessins, réalisés uniquement à l’ordinateur, se caractérisent par la sobriété du trait et l’utilisation de la ligne claire. Dans une partie de ses recherches graphiques, Sammy Stein travaille l’épuisement d’une forme ou d’un motif qu’il déconstruit, attaque, métamorphose. Il met en place différents principes narratifs, des micro-récits souvent sans personnage, mais où la présence humaine est figurée par une voix-off qui nous raconte l’histoire. Il poursuit également une réflexion sur l’espace muséal, nous faisant déambuler dans des collections et expositions fictives, déplaçant et réinventant parfois des œuvres réels. Ces objets éditoriaux peuvent être présentés au sein d’installations, dispositifs de monstration articulant les deux médiums artistiques.

Sammy Stein’s work is composed of printed editorial projects: books, reviews and booklets. Each project has a digital counterpart, showing consideration for an object’s different means of circulation, reception and distribution. His digital drawings are characterised by clear, simple lines. Part of Sammy Stein’s visual research consists in exhausting a pattern or shape by deconstructing it, attacking it and altering it. There are rarely any characters in his micro-stories, which employ several narrative principles. An unseen narrator is the only sign of human presence.

Maxime Testu

Les jumeaux 2, 2017

Par Bérangère Pont

Maxime Testu est tout autant un artiste des mots que des formes. Corrélant nombre d’écrits en ligne à des sculptures aux aspects hétérogènes, il est nourri d’une singularité : un vif intérêt pour de petites choses succinctes dites « lubies ». Ses récits, parsemés de références classiques du cinéma, de la littérature et de l’art contemporain, décryptent les façons dont les éléments extérieurs influent sur son monde intérieur. Il analyse des informations qu’il a lues, entendues ou vues, dans des situations de sa propre vie, et raconte comment cela fait évoluer le processus de sa perception. Ses sculptures aux aspects énigmatiques ne répondent pas au même mécanisme de création, mais évoquent tout de même cette même idée de basculement, bien que celles-ci soient d’avantage des manifestations intuitives que des questionnements.

M. Testu is as much an artist of words as of form. Correlating a number of online writings to sculptures with heterogeneous aspects, he is nourished by a singularity: a keen interest in small, succinct things called “whims”. His stories, interspersed with classic references from film, literature and contemporary art, decipher the ways in which the external elements influence his inner world. He analyses information that he has read, seen, or heard, in his own life, and recounts how it changes the process of his perception. His enigmatic sculptures are not born of the same creative mechanisms, yet all evoke the same idea of toppling, although these are more intuitive manifestations than questions.

Qingmei Yao

Spectre Solaire: Ballet Royal de la Nuit II, 2017,

Par Koudiey Traore

Artiste pluridisciplinaire, Qingmei Yao exploite différentes formes d’arts vivants. La danse, le théâtre, la poésie-action ou la performance n’échappent pas à la théâtralisation de ses personnages burlesques et caricaturaux. À travers la vidéo, elle exprime ses doutes sur notre monde contemporain. La confrontation de nos idéologies politiques et sociales l’intéresse. Ce n’est pas un hasard si le public reçoit ses interventions par des moyens comme la documentation écrite, audio, ou vidéo, car au-delà de la simple archive comme forme de restitution, cela lui permet d’offrir une nouvelle écriture et lecture de son travail. L’humour est une forme de résistance pour Qingmei Yao. Si l’on peut rire d’une chose, c’est que l’on y apporte déjà un certain regard, voire une critique. Absurde, évocatrice et provocante, sa pratique met à l’épreuve les moindres détails du théâtre de notre quotidien.

Q. Yao uses various forms of the perfor- ming arts. Dance, theatre, action poetry and performance are all involved in the theatricalisation of her burlesque caricatures. She is interested in challen- ging our political and social ideologies. It is no coincidence that the public views her pieces by means such as written documents, audio and video, since beyond the simple archive as a form of restitution, it allows her to offer a new writing and reading of her work. Humour is a form of resistance for Q. Yao. Absurd, evocative and provocative, her work examines the smallest details of the theatre of our daily life.

 

Yue Yuan

Troc, 13/10/2017

Par Bertille Levent

Yue Yuan est un observateur, un contemplateur du quotidien. Ses actions, toujours retranscrites par des textes et parfois des photographies dans une visée presque documentaire, décryptent l’invisibilité de ce qui nous entoure. Il s’approprie une règle, une logique et s’intéresse aux systèmes sous- jacents de l’ordinaire, influençant inéluctablement nos vies. L’artiste tente de trouver son chemin au milieu de ce qui existe déjà. Pour cela, il emprunte des concepts littéraires ou mythologiques qu’il met en forme en s’adaptant à la vie de tous les jours. Yue Yuan ne recherche pas une forme de dérision dans son travail, mais celle-ci est créée par le décalage omniprésent de ses gestes. C’est toujours avec discrétion, une modeste simplicité et un regard poétique que l’artiste devient perturbateur de ce qui semble bien établi dans notre société.

Y. Yuan is an observer, a contemplator of everyday life. His actions decipher the invisibility of what surrounds us. He appropriates a rule, a form of logic, and is interested in the systems underlying the ordinary, inescapably influencing our lives. He borrows literary or mythological concepts that he shapes by adapting to everyday life. Yue Yuan does not seek a form of derision in his work, but it is created by the omnipresent shift in his gestures. It is always with discretion, a modest simplicity and a poetic eye that the artist becomes disruptive of what seems well-established in our society.

Radouan Zeghidour

Désenchantement, 2016

Par Wendy Gabet

De son amour pour la ville de Paris, Radouan Zeghidour tire une pratique artistique à contre-courant des carcans emprisonnant les artistes dans les mécanismes de reconnaissance. Ses œuvres liées à des expériences réelles, témoignages et traces de ses errances dans les différentes strates de la ville, subliment tantôt le lieu, tantôt les matériaux. L’artiste, par une conception romantique de son environnement, provoque une tension certaine entre poésie et violence de l’acte illégal, comme lorsqu’il crée des monuments inaccessibles et éphémères, en prenant possession des souterrains de la capitale. Ses sculptures, véritables empreintes morcelées, font état d’une histoire, la sienne et celle de ce vivier urbain qu’est Paris. « Élargir son champ de liberté pour créer le mieux possible », tel est son adage.

Radouan Zeghidour’s fondness for the city of Paris makes for a refreshingly selfless artistic stance. His work is based on real experiences, accounts and traces of his travels through the city’s many levels. Although he views his surroundings through a romantic lens, there is a certain tension between the poetry and violence of illegal actions, such as his inaccessible and ephemeral constructs in the under- ground tunnels of Paris. His sculptures are an account of his shared history with the city “increase the range of your freedom in order to create as best as possible” is his motto.

Kornel Zezula

Canicule, 2017

Par Antoine Cantiny

Plus qu’une toile sur un châssis, les peintures de Kornel Zezula s’imaginent écrans de projection, supports où se fixe l’arrêt sur image de portraits floutés par le mouvement. Car l’artiste ne peint de ses sujets que leur visage, n’immortalise que leur être. Une manière de capturer l’essence d’un rôle dont l’expression faciale ne serait que la seule interprétation. De ces plans figés par la peinture, il ne suffit que d’imagination pour se projeter le scénario tiré de fictions dont on ne sait rien. Tirant tour à tour ses références des figures de la littérature et du cinéma, les titres sont ici les indices aidant à l’immersion
de celui qui voudrait visualiser plus que de contempler ces peintures.

More than a canvas on a frame, K. Zezula’s paintings are more like projection screens, a medium showing freeze frames of portraits blurred by movement. For the artist only paints his subjects with their faces, only immortalising their being. A way of capturing the essence of a role whose facial expression would be the only interpretation. Of these plans frozen by the painting, it is enough for imagination to project the scenario drawn from fictions of which we know nothing. Drawing by turns its references from figures of literature and cinema, the titles are the clues helping to immerse the viewer who would like to view, rather than contemplate, these paintings.
Infos pratiques :

68e édition
Ouvert tous les jours

Du 13 au 20 mai 2018
De 11h à 19h

VERNISSAGE

Samedi 12 mai
De 15h à 22h

COUR VITRÉE
Beaux-Arts de Paris
14 rue Bonaparte

 

L’exposition sera accompagnée d’une riche programmation événementielle, mettant l’accent sur la performance, la vidéo et la photographie avec 3 nocturnes jusqu’à 22h : les samedi 12, mercredi 16 et samedi 19 mai 2018.