De la data à l’œuvre d’art. 123 Data, première exposition sur le data-graphisme

3 min. de temps de lecture.

Objet de marketing, de surveillance, d’étude, de fantasme, de crainte… la DATA est également un puits sans fond de matière première utilisée aujourd’hui par des designers comme matériau de création scientifique, poétique et artistique.

Avec cette nouvelle exposition la Fondation Groupe EDF poursuit l’exploration des nouveaux univers créatifs entre science, art et design. Pour la première fois en France, une quarantaine de data designers présentent leurs productions. Ils ont en commun un même matériau de création : la data, les milliards de données qui circulent aujourd’hui dans le monde numérique. Une ressource inépuisable qui se prête à tous les modes de traitements et d’expression, pour des effets spectaculaire, poétiques, pertinents et inattendus.

Experts en algorithmes, créateurs pluridisciplinaires, les « data designers » travaillent sur des projets qui répondent à des commandes d’entreprises, d’institutions, d’ONG, voire à des engagements plus personnels. Explorateurs d’un monde globalisé, d’un monde d’informations, ces designers s’emparent de données open source ou cryptées et rendent visibles et lisibles des pans entiers de notre réalité, qu’il s’agisse du climat, de la biodiversité, des migrations, des inégalités sociales…

Loin de l’image anxiogène que l’on prête à la « data », les données peuvent produire du sens, refléter notre monde actuel mais aussi devenir objet de création. L’art et le design s’invitent dans la science et permet une multitude de solutions visuelles et graphiques, pour traduire, rendre attractives des données relevant de domaines très variés. Transformées en points, en lignes, en projections panoramiques, en animations cartographiques, en véritable sculptures… ces données passées par le filtre de l’inventivité deviennent œuvres d’art.

En partant des œuvres les plus artistiques, présentées au rez-de-chaussée, pour terminer par des projets lus conceptuels, la scénographie fait cheminer le visiteur sur les deux niveaux de la Fondation. Les œuvres sont ordonnées selon un parcours fluide, en trois temps : exposer – expliquer – explorer, correspondant à trois types d’approches : certains designers s’emparent des données comme matériau de création pure, d’autre prennent les données au sérieux comme source première pour une connaissance renouvelée du monde et enfin certains expérimentent les potentiels de nouveaux outils et traquent les variantes culturelles du monde.

Dans cette première partie du parcours, on est accueilli par une magnifique vague rouge. Elle donne à voir en direct les ondulations en temps réel d’une balise, une bouée houlographe, perdue en plein Océan Pacifique dont les coordonnées gps sont perdues mais dont l’émission des données est encore active. Un petit lopin d’océan en plein Paris. Cette œuvre poétique est proposée par David Bowen.

Un peu plus loin, un écran TV présente un œuvre de Refik Anadol. Objet purement artistique, il traduit néanmoins les vents enregistrés sur une période à Istanbul.

Maral Pourkazemi, designer d’origine iranien, fait preuve d’un engagement politique en créant une représentation graphique du web iranien. Elle en dénonce les aberrations, les contradictions et les paradoxes. Elle cartographie une part de la blogosphère iranienne, pour cela elle développe une écriture graphique d’une beauté vive empruntant à la tradition multiséculaire iranienne de l’ornement.

D’autres designers révèlent, de façon extrêmement précise et graphiquement remarquable, les migrations des animaux sur le continent américain ou les migrations humaines sur l’ensemble de la planète. D’autres encore traduisent l’état de notre planète à travers les arbres ou ses vents… D’autres enfin tracent les contours et dessinent une cartographie d’un monde spécifiquement numérique  à travers l’analyse des réseaux sociaux. Comme par exemple Moritz Stefaner qui avec Muliticity donne à voir Paris sous le prisme de la multitude d’images postées sur Instagram. Jonathan Harris et Greg Hochmuth, quant à eux, à partir d’une multitude de clips vidéo, d’enregistrements vocaux, de tweets, de productions graphiques…, nous proposent une déambulation chaotique qui nous pousse au voyeurisme. Un gavage d’images et de sons jusqu’à l’écœurement. Stupéfiant !

L’exposition propose un voyage dans le monde du design de la donnée et nous montre une partie immergée de cet iceberg numérique. Passé la crainte légitime de l’exploitation en de mauvaises mains de l’ensemble de ces « data », le visiteur prend vite conscience que la donnée peut être mise au service de l’homme, de la nature et rendre visibles certaines réalités, bien terrestres. Le monde de la « data « a aussi un coté vertueux. L’exposition reste une pérégrination ludique, didactique et artistique.

1 2 3 data
Du 4 mai au 06 octobre 2018
Entrée libre du mardi au dimanche (12h-19h) sauf jours fériés
Fondation Groupe Edf
6 rue Récamier 75007 Paris
https://fondation.edf.com/fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *