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Jusqu’au 29 septembre près de 200 photographies de Willy Ronis (1910-2009) sont exposées au Pavillon Carré de Baudouin sur les hauteurs de Ménilmontant dans le 20e arrondissement de Paris. Willy Ronis est un des grands représentants de ce qu’on définit comme la photographie « humaniste » : genre photographique spécifiquement français représenté également par Robert Doisneau, Isis et Henri Cartier Bresson.

Willy Ronis est particulièrement connu pour ses photographies prises dans les quartiers  de Belleville et de Ménilmontant dans l’est Parisien dès la fin des années 40. Son premier livre :  Belleville Ménilmontant (1954, textes de Pierre Mac Orlan) sera d’ailleurs consacré exclusivement à documenter les rues et la vie des habitants de ces deux quartiers alors méconnus de la plupart des parisiens de l’époque.

Il est donc particulièrement intéressant de venir au pavillon Carré de Baudouin découvrir cette rétrospective au cœur du quartier qu’il a tant parcouru durant des années et qui est resté un quartier populaire malgré la lente mais inexorable gentrification en cours.

Dans la première salle de l’exposition une affichette annonce aux visiteurs que « Les épreuves présentées dans l’exposition sont des tirages modernes, réalisés sur imprimante jet d’encre et papier Epson ». Les photographies exposées ne sont donc pas des tirages argentiques comme le furent les originaux et on peut s’en désoler tant les atmosphères nostalgiques du Paris des années 50 documentées par ces images semblent indissociables des qualités « vintage » d’un tirage argentique.

L’exposition offre également la particularité de proposer à la vente une sélection de 70 « reproductions » choisies parmi les œuvres exposées. En effet le visiteur trouvera à l’entrée de l’exposition une borne interactive lui permettant de choisir une photographie, son format, sa qualité de papier et même la couleur du cadre s’il souhaite qu’elle lui soit livrée sous verre. A la qualité jet d’encre des tirages contemporains noir et blanc exposés sur les murs s’oppose donc, comme reproductions, des impressions numériques également, mais certainement de moindre qualité puisqu’il s’agit de reproduction à commander sur une borne.  On peut donc se demander quelles différences réelles de qualité peuvent justifier d’un tel rapport entre tirage original d’exposition et tirage de reproduction qui sont tout deux issus d’un même transfert de technologie : de l’argentique au numérique !

Cette apparente confusion des genres pose la question centrale concernant le statut de l’image photographique d’aujourd’hui, principalement numérique, dont les niveaux de qualité sont le résultat de choix technologiques (qualité de l’imprimante et qualité du papier) et non plus d’un savoir faire artisanal en chambre noire.

Le numérique a également démultiplié les possibilités d’impressions d’exemplaires multiples fragilisant d’autant plus le statut d’objet rare que la photographie argentique peut encore revendiquer par l’ancienneté et la qualité d’un tirage. C’est d’ailleurs cette réalité qui peut expliquer la pratique de plus en plus répandue des tirages à édition limitée. L’édition limitée justifie ainsi le prix de vente élevé d’un tirage, alors qu’à l’inverse un tirage distribué en grand nombre d’exemplaires grâce à un réseau de diffusion efficace (la borne interactive !) pourra être proposé à un prix abordable.

La question intéresserait certainement Marcel Duchamp qui n’a cessé de brouiller les pistes entre original et reproduction autant qu’entre œuvre unique et œuvres multiples.

Il n’en reste pas moins que Willy Ronis serait certainement heureux de savoir que ses photographies sont disponibles pour un prix tout à fait accessible et en self service au cœur du quartier qu’il a tant aimé et photographié.

L’accès à l’exposition est gratuit pour tous et elle est surtout l’occasion de découvrir l’œuvre incontournable d’un des grands photographes français du 20e siècle.

INFORMATIONS PRATIQUES
Willy Ronis par Willy Ronis
Films, photos.
Commissariat : Jean-Claude Gautrand et Gérard Uféras.
du 27 avril au 29 septembre 2018
Pavillon Carré de Baudouin
121 rue de Ménilmontant
75020 Paris
du Mardi au Samedi, de 11h à 18h
Entrée Libre

A LIRE
Willy Ronis par Willy Ronis au Pavillon Carré de Baudouin

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3 Responses to “Tirage Original, impression jet d’encre ou reproduction ?
Exposition Willy Ronis à Ménilmontant”

  • Avant d’écrire un article à charge sur les tirages numériques, ce serait bien de s’informer un peu pour éviter d’assener des contre vérités. Je dis ça, je dis rien…
    Comme en chambre noire, un tireur fait des choix. Il existe toujours un savoir faire, même s’il est différent.
    De même, la qualité du tirage va dépendre du choix du papier, des encres et de l’implication du tireur, borne interactive ou pas. C’est en ce sens qu’il peut y avoir une différence de qualité entre tirages, mais pas forcément gigantesque. C’est toujours beaucoup plus onéreux de faire un peu mieux.
    Un tirage numéroté pour une série inférieure ou égale à 30 exemplaires répond aux conditions fixées par le Code Général des Impôts [art. 98A de l’Annexe III du CGI] qui lui reconnaît le statut d’oeuvre d’art. Une reproduction, non.

    • La réponse est encore plus simple.
      Tout ce qui n’a pas été tiré du vivant de l’artiste ne peut pas être considéré comme un original.
      Les originaux portent tous le tampon de l’artiste et parfois sa signature (tirages d’expo) et sont tous sur papier argentique.
      D’ailleurs les collectionneurs ne veulent que des tirages argentiques, faits du vivant de l’artiste.
      — Tirages vintages (faits dans les deux ans qui suivent la prise de vue, soit par l’artiste soit par un tireur sous la direction de l’artiste) Chez les photographes humanistes les vintages ne sont jamais signés (mais toujours tamponnés et légendés) car c’étaient à l’époque des outils de travail.
      —Tirages modernes ou postérieurs faits par l’artiste ou un tireur, destinés à l’exposition et toujours signés et tamponnés. Par contre ces tirages ne sont pas limités en nombre pour la plupart des photographes humanistes, à de rares exceptions près.

    • La réponse est encore plus simple.
      Tout ce qui n’a pas été tiré du vivant de l’artiste ne peut pas être considéré comme un original.
      Les originaux portent tous le tampon de l’artiste et parfois sa signature (tirages d’expo) et sont tous sur papier argentique.
      D’ailleurs les collectionneurs ne veulent que des tirages argentiques, faits du vivant de l’artiste.
      — Tirages vintages (faits dans les deux ans qui suivent la prise de vue, soit par l’artiste soit par un tireur sous la direction de l’artiste). Chez les photographes humanistes les vintages ne sont jamais signés (mais toujours tamponnés et légendés) car c’étaient à l’époque des outils de travail.
      —Tirages modernes ou postérieurs faits par l’artiste ou un tireur, destinés à l’exposition et toujours signés et tamponnés. Par contre ces tirages ne sont pas limités en nombre pour la plupart des photographes humanistes, à de rares exceptions près.