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Ainsi Le Festival photo de la Gacilly est devenu au fil des ces quinze années un acteur important, impliqué dans la lutte pour la survie de la Planète et celle de la bio-diversité. Ce festival là, discret et juste, court sous la surface comme un courant vivifiant et heureux, fort, sous celui où s’expose, en surface, la trentaine d’auteur(e)s et d’oeuvres, dans les différentes sections.

Exposition Andréa Mantovani, La Gacilly © Pascal Therme

Le Festival a une politique d’intégration envers les photographes émergents. Une place particulière leur est dédiée avec ses trois participantes. Joséphine Brueder parle de « nouvelles frontières »quand elle découvre l’Ouest américain d’un parc national, photographie un peu arrêtée sur elle même, très formellement assumée et dynamique; Andréa Mantovani a rapporté de la forêt de Bialowieza, entre la Pologne et la Biélorussie, de très belles images, où son sentiment de défense de celle ci parait s’inscrire dans l’enracinement de leur présence, comme si ces arbres marqués de rouge, désignés pour être abattus, devaient continuer à vivre par la contemplation silencieuse et retenue de cet éternel présent de la photographie, dans une écriture qui pourrait être documentaire et plasticienne.

Exposition Laetitia Vancon, La Gacilly © Pascal Therme

Laetitia Vancon expose Fin de Journée, dans une économie de propos, une recherche de témoignages, d’implications féminines, pour cette petite communauté insulaire qui vit au large de l’Écosse, écriture ouverte, sensible à l’inertie des personnages qui entrent souvent par l’objectif dans un face à face avec leur propre image, la présence interrogeant les signes de leur intimité de jeunes adultes. Le contexte de l’insularité sauvage offre parallèlement cette liberté d’action des corps et de leur éthologie. On sent que l’expressivité de la photographe se fonde sur un respect doublé d’une écoute, d’une sympathie qui fait ouvertures entre co-présences et justesse documentaire. L’image est libre et donne tout du temps, des lieux et des personnages, comme un film de cinéma ou s’appréhende le silence de ces êtres immergés en eux mêmes dans l’insularité d’un monde protégé et « safe » , prêts pour l’aventure magique de la vie, sorte de « punctum » que partage et vit en témoin ébloui, la photographe.

A quoi bon avoir une maison sur une planète qui n’est plus habitable?”, Cette question d’Henry Thoreau, de cent soixante dix ans en arrière, toujours actuelle, retentissait déjà comme une semonce, à l’époque de l’industrialisation sauvage, elle est aujourd’hui une urgence absolue. C’est pourquoi deux festivals se superposent dans cette édition où la photographie est au premier plan dans toutes ses écritures et donne à voir, à travers des regards et des problématiques toutes individuées, ces liens que tissent les photographes avec leur sujet.

Exposition Patrick Tourneboeuf, La Gacilly © Pascal Therme

Exposition Patrick Tourneboeuf, La Gacilly © Pascal Therme

C’est le cas de l’Architecture et des photographies de Patrick Tourneboeuf, grands formats, où à travers une série de diptyques est mise en évidence, la structure identique des buildings entre Chine et Inde, entre Pékin et New Delhi, deux géants. Patrick établit cette vérité des grands constructeurs de béton, les politiques urbaines dans Next City répondent à la même nécessité, loger le maximum de gens possible, sans plus qu’aucune architecture traditionnelle ne puisse s’imposer dans ces jungles de béton. L’uniformisation des villes est en marche depuis déjà un moment, au vu de l’espace urbain américain. L’intégration des habitats dans la topographie n’est plus a échelle humaine, l’architecture s’appauvrit et se vide de cette relation importante de l’homme et de son environnement, d’autres logiques sont à l’oeuvre, logiques de masse et d’uniformisations.

Exposition Fred Delangle, La Gacilly © Pascal Therme

Exposition Fred Delangle, La Gacilly © Pascal Therme

Fred Delangle, ayant fait résidence en Inde, pendant plusieurs mois, expose dans Hiver indien notamment une photographie d’environ quinze mètres de long de la ville de Varanasi dans l’Uttar Pradesh, long travelling fait sur le Gange, fleuve sacré, dévidant les bâtiments qui se pressent sur la rive habitée du fleuve, l’autre rive, sacrée, restant libre de toute construction, et ne souffrant aucun pont. A travers une construction impeccable cette composition, sans aucune rupture, lisse, se lit en mimant un déplacement de même nature que celle du photographe, en barque sur le Gange, pour la réaliser. Cette multi-image comprend plusieurs milliers d’images, assemblées ensuite. Spectaculaire, enivrant, un topos particulier fait oeuvre à travers une image longue recomposée.

Stéphane Couturier, La Gacilly © Pascal Therme

Ce qui est aussi le cas du travail de Stéphane Couturier dans Climat de France, encore plus monumental, plus plastique, plus architecturé. Large de 38 m de long et longue de 233 m, oeuvre de l’architecte Fernand Pouillon, construite en Algérie, il y a plus de soixante ans, la cité Climat de France donne lieu à un format photographique de près de 45 m de long et de plus de 4 m de haut. S’y inscrivent tous les signes d’une histoire relative au bâtiment, à travers ses marques, ses transformations, son vieillissement, ses habitants, ses fenêtres ouvrant sur cette population « pauvre » qui l’habite. Ici sociologie, histoire, architecture, fictions, se recouvrent continuellement dans un immense palimpseste, entre le bâtiment premier et la façon dont les habitants l’ont transformée au fil du temps. La photographie, ici monumentale, devient aussi un mur vivant, plié pour recouvrir les trois murs de la cour attribuée. Du sable au sol en fait une installation. Chacun peut imaginer, dans ce « décor » à l’identique les histoires algériennes issues de ces soixante années, cette monumentalité, qui a demandé au photographe une très sérieuse implication sur plusieurs années et des milliers de prises de vues, échappe à toute simplification réductrice. C’est un Magnum Opus, célébrant la mémoire de l’architecte et une forme de mémoire et de célébration de la façon de construire en pierres de taille pour les plus démunis, beau et solide projet architectural de Pouillon, dont Stéphane Couturier est ici le thaumaturge, miracle de la représentation et du travail du passage du volume au plan. Exercice improbable et complexe, en raison des multiples problèmes et traductions que Stéphane Couturier a du résoudre et inventer pour donner, in fine, ce format hors norme, dans sa proposition singulière.

Exposition Stéphane Couturier, La Gacilly © Pascal Therme

A LIRE : 
La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 1/3)

A LIRE PROCHAINEMENT : 
Le 8 juin 2018 > La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 2/3)

INFORMATIONS PRATIQUES
Festival La Gacilly
Edition 2018 : La Terre en Questions
Du 2 juin au 30 septembre 2018
La Gacilly, Bretagne
https://www.festivalphoto-lagacilly.com

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