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Le LAAC, le musée d’art contemporain de Dunkerque, propose une exposition qui interroge l’œuvre d’art et son processus de création. Comment un objet ou une matière se transforme en œuvre d’art ? A quel moment se charge-t-il d’une émotion ou d’une symbolique ? Par le geste de l’artiste ? Par son travail ? Par son choix ?

Plusieurs étapes participent à cette élaboration ; la réflexion et la naissance d’une idée, la main et l’outil, le temps de maturation et de production, le lieu de production et d’exposition… Où se trouvent les limites qu’il convient de dépasser pour que les gestes, les objets, les attitudes, les formes… acquièrent un sens une valeur singulière et artistique.

A quel moment un objet, une série photographique basculent et deviennent œuvre d’art ? Quels processus donnent naissance à des œuvres ?  Comment l’œuvre et à travers elle, l’artiste et son travail, interrogent l’art lui-même ? Quel est ce monde mystérieux dans lequel l’artiste crée, fabrique, assemble… l’atelier ? L’exposition propose une interrogation sur la méthode, le projet, le processus, la technique en induisant une dimension politique et sociale.

L’exposition « Enchanté » se dessine en cinq chapitres. Le premier « La fabrique du sensible »  est consacré à ce basculement qui fait qu’un objet par le simple fait de la répétition, d’être montré, collectionné, acquiert une charge symbolique, un autre statut et devient ainsi œuvre d’art. Autour d’une œuvre de Barry Flanagan qui martèle le temps, notion importante dans le processus de création, ce sont les photographies qui sont le plus représentées. La série photographique de métiers vus par Pierre Mercier, les objets de grève photographiés par Jean-Luc Moulène et les ateliers d’artistes majeurs dans l’histoire de l’art contemporain de Gautier Deblonde. Dans les trois cas c’est la série qui fait basculer la simple photographie anthropologique pour l’un, politique pour l’autre ou historique et plastique pour le dernier dans une dimension artistique plus puissante encore.

Le deuxième chapitre nous fait pénétrer dans la naissance d’une œuvre et présente des esquisses de performances de Micha Laury, des estampes de Bernar Venet, les documents de travail préparatoire pour la réalisation du Cyclop de Jean Tinguely, et même des maquettes de commande publique jamais réalisées d’Arman ou Jesús Rafael Soto. Emouvant !

Dans « De l’ordinaire à l’exceptionnel », le troisième chapitre de cette exposition, c’est le détournement qui est mis à l’honneur. L’objet usuel devenant œuvre d’art par une mise en scène, un assemblage, une transformation, se charge d’une émotion, de poésie ou d’une réflexion politique et d’un caractère exceptionnel. On y trouve l’installation, Local Time, composée d’horloges d’aéroport et de marteaux signée Jean-Luc Vilmouth , dont on peut admirer également ses objets aux dimensions impressionnantes prévus initialement pour être envoyés dans l’espace. César, avec une de ses compressions, ne pouvait qu’être présent dans cette section, ainsi que les affiches déchirées de Raymond Hains et la Palette composée d’objets en plastique aux couleurs primaires accrochées sur le mur de Tony Cragg.

Andy Warhol ouvre le quatrième chapitre qui est consacré à la multiplicité. La reproduction, la multiplication nous amène à nous interroger sur l’originalité et la singularité. C’est aussi la reproduction, celle du protocole de production (cadrage, plan, neutralité…) de Bern et Hilla Becher dans leurs séries de châteaux d’eau ou silos à grains qui fait œuvre. Chez Allan McCollum la répétition est un jeu. Il reproduit le même vase qu’il peint de couleurs différentes et l’installe à des hauteurs différentes. Chacun devient unique et l’ensemble devient un tout, tout aussi unique.

Le cinquième chapitre nous plonge dans l’univers créatif de Séverine Hubard qui prend possession de tout l’espace au centre duquel trône une maquette géante d’une improbable antenne relais. Tout autour sont disposées des maquettes de ses différents projets, utilisant différents matériaux. La maquette ici devient œuvre. L’espace devient hybride, à la fois atelier, lieux de stockage et d’exposition. Certaines œuvres nous invitent à les découvrir in situ. Une façon d’appréhender l’ensemble des étapes de la création et l’imagination de Séverine Hubard.

On retrouve la notion d’atelier dans différents chapitres avec les photos de Gautier Deblonde, l’installation de Michel Paysant, qui avec un dispositif riche, nous présente une table de travail d’artiste comme un laboratoire d’étude. Elle nous plonge au cœur du travail de l’artiste. Plans dessins, maquettes, formes, bois découpés… sont disposés sur un grand établi. Une mise en chantier artistique grandeur nature.

L’exposition « Enchanté » sous le commissariat de Richard Schotte est tout simplement remarquable ;  par le sujet abordé, la mise en exposition, l’utilisation des espaces, et enfin la qualité des œuvres exposées. C’est un enchantement !

Listes des artistes présentés : Allan McCollum – Andy Warhol – Arman – Bernd & Hilla Becher – Barry Flanagan – Ben – Bernar Venet – César – Etienne Pressager – Gautier Deblonde – Gérard Gasiorowski – Jean Tinguely – Jean-Luc Moulène – Jean-Luc Vilmouth – Louis Cane – Micha Laury – Michel Paysant – Pierre Mercier – Raymond Hains – Robert Filliou – Séverine Hubard – Jesús Rafael Soto – Tony Cragg

INFORMATIONS PRATIQUES
Enchanté
Du 21 avril au 26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

A voir aussi à Dunkerque  (objet d’un prochain article sur Mowwgli)
TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018
FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

 

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