Les 3 T de la nouvelle saison du FRAC Grand Large Haut de France : Tubologie, Titre de travail et Trait d’Union.

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La question du travail est au cœur des expositions orchestrées par le Frac Grand Large – Hauts de France et le LAAC à Dunkerque.  Au LAAC, c’est le travail des artistes qui est mis à l’honneur, de la conception à la réalisation en passant par l’atelier. Au Frac, l’exposition « Titre de travail » interroge la place de l’humain au sein d’une entreprise, et le travail est filigrane dans  l’expo « Tubologie » où le tube est objet de production design, canal de circulation et de distribution d’énergies ou de son.

Tubologie – nos vies dans les tubes  – commissaires invités :  KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel

Le tube est partout. Objets et formes de distribution, de passage, de transit, de circulation, que ce soit un tunnel, qu’il soit digestif, distribution d’eau comme pour un radiateur, distributeur d’énergie, le tube est même un morceau de musique plébiscité, donc un son, il permet aussi la distribution d’eau source de vie et notamment ici présenté dans une serre improvisée qui fera pousser des piments et des tubercules.

L’exposition marie volontairement tous les matériaux : le métal, le minéral, le végétal, le synthétique, la lumière, le son, l’eau, l’argentique. Une volonté de montrer l’interdépendance de toutes choses et de flouter les frontières. L’exposition se décompose en différents espaces, l’un consacré au design,  un autre aux œuvres d’art, une zone est destinée aux œuvres sonores et à la photographie, et enfin deux zones sont transformées en serre et mettent le végétal en majesté.

L’exposition se veut horizontale et commence par présenter le tube à travers sa propre collection de mobilier et d’objets design dont le Frac possède une belle collection.  Cette partie questionne notamment notre rapport entre le travail et la position. Les changements liés à cowoking, au télétravail, au nomadisme remettent en question les comportements et les postures de travail. Pour élargir le dialogue et mettre en exergue ses différents liens de communication, KVM a souhaité mettre en dialogue les œuvres design et les œuvres d’art.

La partie consacrée aux œuvres d’art est plus hétérogène, tant par la qualité des œuvres présentées que par les liens plus alambiqués avec la thématique choisie. Dommage car il y a des choses remarquables comme Natural Copies from the Coal Mines of Central Utah d’Allan McCollum, Cold Storage de Matthew McCaslin, Thames Water de Nicolas Deshayes, un Julio Le Parc… On aurait souhaité en voir un peu plus. D’autant que de grands espaces sont cannibalisés par les installations dédiées aux cultures des plantes de l’exposition et qui n’apportent pas grand-chose aux visiteurs et lui fait perdre le fil de l’exposition.

La salle d’écoute joue totalement l’horizontalité proposée au départ du parcours. Un alignement de banquettes, de lits d’écoute, sont installés à l’ombre d’un mur de photographies. Plaisir des yeux et des oreilles réunis dans une seule et même invitation à la contemplation. Comme une nécessité de ralentir le mouvement en ces temps où la vitesse prime. Vitesse de l’information, des déplacements, des flux en général… En tout cas le mur de photographies est remarquable. Il présente une vingtaine d’œuvres avec des noms illustres comme Yto Barrada, Barbara Visser, Meredyth Sparks, Bruno Serralongue ou encore Henri Cartier-Bresson.

La thématique de départ était alléchante mais la cohérence de l’exposition m’a un peu échappée. Cela ne remet pas en question la qualité des acquisitions du Frac Grand Large, justement elles auraient mérité une autre proposition de la part des commissaires. Vous pouvez compléter la visite des acquisitions du Frac avec « Trait d’Union », la sélection réalisée par les jeunes de la « Maison des Enfants de la Côte d’Opale » qui nous proposent un choix et un accrochage pertinent et intéressant.

L’autre proposition du Frac Grand large «  Titre de travail » est une exposition de Robert Schlicht et Romana Schmalisch

Cette exposition présente une installation filmique combinée avec des mises en scène et transforme ainsi le Frac en lieu d’intervention professionnel. Quels sont les mécanismes et stratégies qui transforment des êtres humains qui ont leur volonté, intérêts et désirs propres en capital humain qui œuvre dans l’intérêt d’une entreprise ou d’un employeur ?

A partir des recherches effectuées dans des centres de formation et chez Pôle Emploi au sein d’écoles professionnelles, Robert Schlicht et Romana Schmalisch ont conçu un dispositif, « Labour Power Plan PPL », usine de main d’œuvre. Il s’agit d’une centrale fictive qui a comme objectif de transformer les gens en travailleurs génériques. Le film présente une réunion de travail  de managers engagés dans un jeu de rôle de restructuration de la société. Autour de la table la directeur, son assistante, le consultant qui présente ses analyses et conclusions de performance de l’institution et un peu plus loin les travailleurs génériques qui se retrouvent en compétition face aux autres. Se révèle un décalage entre la réalité et le sujet. Une prise de vue en plongée du manager avec les travailleurs en bas donne l’impression d’un marionnettiste dirigeant avec des fils invisibles, les personnes à son service.

La visite de l’exposition se poursuit avec des éléments du film dans une sorte de reconstitution de l’entreprise. Dans une vitrine sont exposés des objets qui peuvent tour à tour être des outils de production ou des objets produits. Le frac y a caché parmi les objets des œuvres de son fonds.

Tous les codes de l’entreprise sont présents avec les interrogations liées à la place de l’humain, personnels volontaires, en compétition et outil de productivité. La question du geste, de la productivité au sein d’une entreprise s’impose et prouve comment finalement une certaine forme de taylorisation existe toujours. On pense notamment à tous ces acteurs de distribution et logistique des sites de ventes en ligne. Une proposition très intéressante du Frac Grand Large sur un sujet toujours d’actualité.

Je vous invite à poursuivre votre visite dunkerquoise au LAAC avec la magnifique exposition « Enchanté », une proposition de Richard Schotte. Une réflexion sur la création artistique, le travail de l’artiste.
(voir notre article sur LAAC)

FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018

TITRE DE TRAVAIL
une exposition de Robert Schlicht & Romana Schmalisch
27 janvier – 26 août 2018

TRAIT D’UNION
Jusqu’au 2 septembre 2018

Au LAAC
« Enchanté »
Du 21 avril au26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

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