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Pour sa 7ème édition, la Triennale d’Hambourg a atteint l’âge de raison. Sur l’idée générale du point de rupture, « Breaking Point »,  320 artistes sont présentés dans 80 lieux et 90 événements.  Une triennale qui évoque  et invoque le changement à travers des expositions collectives et monographiques fortes et graves présentant une majorité d’artistes allemands, européens avec quelques figures internationales en particulier américaines.

Chacune s’articule autour de  différents mots clefs : [Escape], [Control], [Space]…. et interroge le monde et notre futur commun en image :  conséquences écologiques, économiques et sociales. Quatre exemples d’expositions et d’oeuvres.

[Enter]

Pour prendre le poult de la triennale, rendez-vous au centre du festival où des containers sont les réceptacles d’ expositions de 15 auteurs. Deux commissaires aux regards aiguisés, Emma Bowkett ( Directrice de la photographie du Financial Times) & Krzysztof Candrowicz ( Directeur artistique de la Triennale d’Hambourg et du Festival de Lodz en Pologne). A la fois  vitrine et plateforme de discussion, les containers font la part belle à la vidéo et aux installations d’images. Tous interrogent le monde et les défis auxquels nous faisons face à travers des récits environnementaux, sociaux, politiques… à l’instar de Salvatore Vitale avec le surréaliste «  How to secure a country », Mathieu Asselin et son enquête sur Monsanto ou encore le saisissant travail de Martin Errichiello et Filippo Menichetti In Fourth Person, une recherche multimédia sur la transformation géopolitique en Italie depuis cinquante ans dont l’image phare fait l’affiche de la Triennale.

[Parallel]

Pour le commissaire, Krzysztof Candrowicz, les containers sont le point d’orgue pour montrer des projets en chantier, éditeurs, écoles, ou encore plateforme.

Le premier container, présente le projet PARALLEL,  EUROPEAN PHOTO BASED PLATFORM. Une plateforme européenne réunissant différents festivals ou institutions culturelles européennes pour établir une nouvelle norme de qualité pour la photographie contemporaine européenne. Son objectif est de faire le pont entre des jeunes photographes, commissaires d’expositions et  institutions européennes. Pour la Triennale, le commissaire Brésilien Téo Pitella livre une vision poétique sous forme d’installation intitulée Syn-Tropic Sur-faces. Faisant référence à Edouard Glissant et ses « jardins créoles », 3 artistes, Joshua Phillips, Šarūnas Kvietkus et Ramona Günter , ont été invités à travers des esthétiques très différentes, à discuter les fondements de la culture occidentale, les relations entre homme et nature. La cohabitation de ces trois regards  ouvre un dialogue organique et palpable aux images pour le spectateur.

Légendes : 
1. Left – detail of Joshua Phillips wall installation, Right –   artwork from Šarūnas Kvietkus « Zeme » series.
2. c « Zeme » series and detail of « reference shelf » M.S.T. flag.
3. « reference shelf » with books, maps, texts, objects from the three artists and curator and records from Joshua Leon « Falling Structures » performance.
4.  Ramona Günter interactive installations.

[Space]

C’est certainement l’une des plus joyeuses exposition qui se tient dans cette Triennale si serieuse. Un collossal travail mené par Sabine Schnakenberg à la Haus der Photographie autour de la photographie de rue dans une approche curatoriale complète allant bien plus loin que les classiques expositions sur le sujet. Intitulée, [SPACE] Street. Life. La photographie, elle divulgue 70 ans d’images et regroupe 52 photographes et 320 œuvres. On y retrouve les maîtres reconnus comme Diane Arbus, Robert Frank,  William Klein et Martin Parr dont le travail fait écho à des travaux plus récents de Mohamed Bourouissa ou  Ahn Jun… Gros coup de cœur sur les scènes dans le métro de Loredana Nemes ou encore les images surréalistes de Moscou de Melanie Manchot.

Loredana Nemes: P001 Paris 04.2005, from the series: Under Ground, 2005-2006 © Loredana Nemes

[Control] no control

Avec un sous-titre aussi tonitruant, Politique, argent et pouvoir, cette exposition s’annonçait prometteuse et le résultat est réussi. Dans la Kunsthalle d’Hambourg, les commissaires Petra Roettig & Stephanie Bunk ont pris le parti de contrôler le spectateur jusque dans le parcours imposé. On en ressort angoissé tant on a l’impression d’être surveillé de toute part. Georges Orwell pourrait être le parrain de cette exposition et son célèbre «  Big Brother is watching you pourrait », le slogan parfait.  80 oeuvres examinent la manière dont le pouvoir est exercé par le contrôle social. Nombreuses sont les oeuvres  particulièrement fortes mais retour ici sur deux d’entre elles. La première :   la vidéo de l’artiste Trevor Paglen  «  Behold, this glorious times /En ces temps glorieux! » (2017) , présentant une succession d’images et vidéo issue de vision artificielle, l’intelligence artificielle (AI) , elle nous met face à cette interrogation de manière  forte et pertinente « Que se passe-t-il lorsque les images ne sont plus lues par des personnes mais par des ordinateurs? ».

Adam Broomberg & Oliver Chanarin (*1970 & *1971) Spirit is a Bone, 2013 Phasendruck, Glas | Fibre print, Glass, 104-teilig | 104 parts je | each 40 x 50 cm © Courtesy of the artists and Lisson Gallery London | New York

Trevor Paglen (*1974) Untitled (Reaper Drone), 2010 C-Print, 121,9 x 152,4 cm Museum für Kunst und Gewerbe Hamburg, Sammlung Fotografie und neue Medien © Trevor Paglen

La deuxième,  est une installation énigmatique d’Adam Broomberg et Oliver Chanarin,  Spirit is a Bone (2016) ,  recouvrant une pièce entière. Elle  abrite un atlas de portraits  réalisé en utilisant le système de reconnaissance faciale mis au point par les services de sécurité russes. Passants anonymes ou activistes politiques, ces visages modélisés et énigmatiques sont ceux des Russes du 21e siècle.

INFORMATIONS PRATIQUES
La Triennale d’Hambourg
Juin / Septembre 2018
Hambourg, Allemagne
https://www.phototriennale.de/

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#Festival

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