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Les femmes s’exposent à Houlgate (2nd Partie)

7 min. de temps de lecture.

Leur travail est aujourd’hui peu présent dans la presse, les festivals, les expositions et les prix photo. Les femmes photographes représentent 25% de la programmation des événements photographiques et moins d’un quart des photographes des grandes agences ; elles gagnent moins bien leur vie. Le festival LES FEMMES S’EXPOSENT a pour vocation de valoriser et récompenser les travaux photographiques des femmes photographes, et ainsi soutenir les nouvelles et anciennes générations.

Rencontre avec Sandra Mehl

Sandra Mehl, Houlgate 2018 présente « destinés à l’horizon » © Pascal Therme

Retour sur le bord de mer, Sandra Mehl expose Destinés à l’horizon fait des photographies issues d’une série qui a commencé sur les bords de l’étang de Thau et sur les rivages de sa ville natale Sète, qui a continué ensuite sur toutes berges océanes et maritimes, à s’éprendre des situations ou apparaissent des inconnus, enfants, adolescents en groupe, familles;  trois garçons en maillots de bain sur un parapet, prêts à plonger, grelottant, un père et son fils, de loin, en haut de rochers, devant une de ces grandes cabanes de pêches en surplomb de l’océan, un pêcheur dans l’eau, quatre jeunes adultes autour d’une tente, toute situation ramenée à un vécu autobiographique et à cette tension secrète, sensation inédite d’un temps pur, consacré à soi. Il est probable que pour Sandra, ce temps là soit aussi celui des premières bonnes photographies, réminiscence de la première ”clope”, du premier baiser, toute épiphanie s’inscrivant par sa chimie dans la mémoire sensorielle, indélébile. Ce qui revient à entrevoir une forme de métaphysique de toutes les fois où s’est inscrit le sentiment profond de l’union de soi et du monde, dans un tremblement. Ce temps privé, est une sorte d’empreinte mémorielle inconsciente, devant le rester, puisqu’un mécanisme inconscient fait jouer un plaisir secret, au moment où, la photographe retrouve quelque chose qui s’est transmis à travers sa photographie, de cette sensation, de ce qui a fait événement, de ce qui est advenu, malgré soi ou avec soi, vaste question…. ce qui ne peut être qu’ inédit, disparaitre sans prévenir, sans qu’aucune mécanique ne puisse assurément et à coup sur re-produire ce qui troue la continuité du temps où il ne se passe rien; Une mélancolie, expression d’un manque inconscient devenu spleen conduit toujours l’auteure à le rechercher mystérieusement et à en jouir dès lors qu’il parait, dès lors qu’ il se manifeste. Cela est sans doute lié à ce que les grecs appelaient l’AÏON, ce temps de l’enfance lié au corps enfant et sans doute à ce que Barthes appelle le punctum… « Ce second élément qui vient déranger le studium, je l’appellerai donc le punctum ; car punctum, c’est aussi : piqûre, petit trou, petite tache, petite coupure – et aussi coup de dés. Le punctum d’une photo, c’est ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne). pp 48-49 » Arasse citant Barthes. Cette citation semble assez juste pour défaire les pistes qui a priori tiraient vers une  forme romanesque, romantique du réel. De fait ce mouvement d’attente serait plus proche du Nouveau Roman que du roman réaliste…

Rencontre avec Léa Crespi

Léa Crespi à Houlgate devant le portrait de Karin Viard © Pascal Therme

Léa Crespi expose dans une image construite ses portraits de commande pour la presse, Romain Duris, regard bleu, visage et mains,  distances interrogatives, Joan Baez, proche et silencieuse, Guillaume Galienne en pied, perdu dans le parking des anciens locaux de libération, regard en coin, silhouette hivernale, lumière crue, David Lynch, cheveux en bataille, lèvres un peu pincées, tête rentrée légèrement, regard porté, issu d’un monde intérieur comme de la surface d’un lac au bleu profond et mystérieux, d’où rien ou si peu, ne filtre, transparence du visage; Patti Smith, silhouette perdue dans une forêt d’herbe, profil filant, équilibre du temps entre sa main droite arrière et sa main gauche, silhouette romantique au long manteau et à la blancheur de sa chemise, océan de verdure, nage de l’instant, le temps semble un océan d’où il faut s’extraire par énergie et volonté… Chez Léa Crespi, Tout est suspension, occasion de mettre l’éphémère dans l’apparence, de retenir la présence au fil de l’instantanéité de la photographie, de retenir ce que le corps, le visage, disent de cette présence, sans discours, sans direction avérée; l’instant seul compte, l’instant où se dévoile l’autre dans une fraction du temps, dans ces solidités liquides de l’image, de l’imagination créative, d’un rendez vous entre deux instants, entre deux présences.  Ce qui est soumis à l’image par la lumière, assez picturale, lumière des peintres, quand l’infinitésimal de la seconde marque l’heure juste,  arrêtée  au cadran de la montre, évoque Desnos, l’acte poétique qui relie par l’espace et le regard, une sympathie élective. Léa Crespi écrit avec la lumière intérieure des regards et celle issue de l’ombre des corps, ces voyages secrets où s’imprime la sensation physique du portrait. Interrogée sur son “dispositif”, elle parle de l’un de ses portraits préférés, Karin Viard.

Rencontre à Florence Levillain

Florence Levillain à Houlgate devant son exposition « Les Habitants D’houlgate »…© Pascal Therme

Qui sont les habitants à l’année de Houlgate? Florence Levillain, en résidence, cherche à mieux connaître ceux qui font l’activité permanente de la ville, son authenticité. Enfants, jeunes parents, travailleurs ou retraités, figures de Houlgate, ils restent discrets dans le tumulte de l’été. Ici, ils nous racontent ce qui, par vents et marées, les attachent à ce lieu : un émerveillement quotidien qu’ils partagent pudiquement. Ces portraits nous font découvrir par petites touches la diversité de cette ville et la richesse des individus qui y demeurent. Source dossier de presse.

En résidence à Houlgate, Florence Levillain expose les habitants d’Houlgate, sous la forme d’une association de plusieurs images qui se recouvrent, se dévoilent, se conjuguent, pour faire portrait des hommes et des femmes, adolescents qui habitent la ville, gens dits “ordinaires” et chaleureux, évoquant avec sourire et justesse des vies, pas toujours simples mais denses, passionnées parfois, de ces personnes avec qui il fait bon échanger des propos quotidiens, qui rassurent, qui habitent le temps et l’espace, qui donnent sa densité et ses couleurs au pays, qui en sont l’âme. Peu importe que ce soit l’hiver, que la ville soit dévolue à la nuit et au froid, que l’humidité pénètre sous les pulls, une chaleur inaliénable habite ces quotidiens, dans toute sa dimension journalière et préhensile, retour des aiguilles sur l’horloge sociale, Florence Levillain transcende son sujet, fait oeuvre, se rend complice des sourires moqueurs, s’empare de la simplicité, monte ses images en accumulant un portrait, un lieu, un espace. Dans ces tropismes tout un monde se révèle, s’actualise, source identitaire qui donne à ses portraits au delà de l’enracinement du réel, une portée onirique et imaginaire libératrice. On sent que Florence a véritablement échangé avec humour et passion. Voyons donc les fruits imagés de cette passion amicale entre la ville, ses habitants et l’air qu’on y respire…il est minuit, docteur Schwertzer.

Rencontre à Laurence Geai

Mossoul jusqu’ à la mort, photographie de Laurence Geai

Laurence Geai est un témoin engagé aux côtés des populations qui souffrent et témoigne de la reprise de la seconde ville d’Irak, à l’Etat Islamique au prix de combats sanglants et meurtriers, à l’été 2017. Ces Photographies montrent la guerre en dehors de toute complaisance, sans monstration, sans système idéologique devant orienter les images vers tel message, dans une honnêteté certaine, crue, où la barbarie, la destruction, la mort sont présentes, immanquablement, afin que tous, puissent voir, par ses yeux la réalité amère et l’oeuvre du néant. James Nachtwey ne montre pas autre chose en ce moment à la MEP… Devant tant de sang, devant le jeu politique des puissances étrangères censées mettre fin au conflit depuis plusieurs années, devant les intérêts stratégiques et politiques du conflit, les diplomaties se sont montrées inefficaces et aveugles, semblent faire peu de cas de la barbarie des tyrans et du prix du sang dont les peuples s’acquittent dans la douleur et la mort. C’est avec cette humanité que Laurence Geai témoigne de son engagement au côté d’un parti-pris de vérité et d’yeux grand-ouverts sur les atrocités et le théâtre de la ville.  A regarder ces photographies, tout est dit de l’implacable carnage qui nous révoltait, de l’amplitude des moyens militaires engagés et de la ténacité des combattants contre l’état islamique. Le journal le monde International titrait “dis à celui qui pleure debout, face à la destruction, qu’au moins il n’est pas à genoux.” Et envoyait Hélène Sallon, accompagnée du photographe Laurent Van der Stock en mission sur le retour de la ville à la paix et à la reconstruction . Le monde du 7 Juin 2018. Quelques mois après la fin de la guerre, les traces du conflit s’effacent, la vie reprend son cours, mais nous ne pouvons oublier la tragédie.

A LIRE : 
Les femmes s’exposent à Houlgate (1ère Partie) publié le mercredi 13 juin 2018

INFORMATIONS PRATIQUES
Les femmes s’exposent
Festival dédié aux femmes photographes professionnelles
Première édition. Houlgate (14).
Du 8 juin au 16 juillet 2018. (Entrée Libre)
http://www.lesfemmessexposent.com
https://www.francoisehuguier.net/
https://www.florence-levillain.com/
https://laurencegeai.photoshelter.com/index
http://www.adelinekeil.eu/
http://www.valerieleonard.fr/
http://cicr.blog.lemonde.fr/tag/catalina-martin-chico/
https://www.franceinter.fr/personnes/sandra-mehl
http://www.axellederusse.fr/