Carte blanche à Erick Gudimard : Richard Moss

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Je voudrais revenir sur l’installation de Richard Moss vu à Hambourg ce weekend. Je trouve qu’elle pose assez frontalement la question de la position du spectateur dans l’art contemporain, et aussi celle de l’affirmation de l’image comme une expérience physique et aussi comme une expérience esthétique.

Si aujourd’hui on regarde une image de souffrance dans un magazine papier (ou dans un média numérique) destiné à diffuser de l’information, on est la plupart du temps dans une position de consommation d’images encadrée par le média lui-même qui nous met à l’écart de l’expérience réelle vécue par les personnes représentées. Si on voit la même image dans une galerie ou un musée, c’est le diktat esthétique ou curatorial qui nous éloigne de cette même expérience. On pourrait ainsi longtemps disserter de la qualité des noirs et des blancs dans une image photographique, ou du discours conceptuel dans une installation… et ainsi se protéger du sujet lui-même. Mais dans tous les cas on finit par être rassuré, d’un côté par le flot des images, de l’autre par leur rareté. Alors que, que ce soit pour des raisons artistiques ou de société, ces images devraient nous mettre en empathie avec le sujet, pour le comprendre intimement.

C’est ce que réussit parfaitement Richard Moss. Car finalement on ne voit pas vraiment la souffrance des migrants, on ne voit pas vraiment la douleur des personnes. On ne voit pas non plus parfaitement les images crues des opérations militaires, mais on ressent physiquement l’expérience de la situation vécue. Le procédé technique utilisé (des caméras infrarouges haute définition) ne produisent pas seulement un effet esthétique, il permet de mettre à distance le sujet tout en nous nous rapprochant de lui. Le noir et blanc ici n’est pas un jeu sur la lumière, il est la transposition réelle de la situation et des efforts fournis par toutes ces personnes.

Et la sidération devant la beauté décalée des images (tout comme la présence de la bande son) nous emportent, sans chercher d’inutiles analogies, dans des sensations physiques vraies, certainement proches de celles vécues par les protagonistes.

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