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Pour son trentième anniversaire, le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole explore la diversité de sa collection à travers deux expositions et deux expositions monographiques consacrées à deux grands artistes de la région.

Tout d’abord, Face à l’obscurité  de Jean-Michel Othoniel qui voit les choses en grand et nous gratifie d’une immense vague en brique de verre noir. Splendide ! Nous avons déjà fait paraître un article sur cette exposition de l’enfant du pays (voir https://www.mowwgli.com/40928/2018/06/26/tsunami-mamc-de-st-etienne-jean-michel-othoniel-produit-vague-geante-feu/). Une autre artiste de la région, Valérie Jouve présente Formes de vies, un itinéraire photographique monté comme une installation qui démarre chez des ouvriers brésiliens et nous emmène jusqu’au cœur des grands ensembles. Elle s’attache à rendre compte des puissances de vie qui animent des lieux industriels, des quartiers ouvriers ou les cités. Une très belle exposition introduite par Vues Urbaines, une petite exposition photographique collective avec des œuvres issues de la collection.

Ensuite, le musée présente ses collections à travers deux autres expositions :  Considérer le Monde II, une balade chronologique dans la magnifique collection de MAMC. L’occasion de replonger dans les grands courants du XXe siècle et surtout de redécouvrir des chefs d’œuvres. Enfin, à propos de courant, une dernière exposition se consacre exclusivement à l’Art conceptuel et nous projette dans les différentes réflexions et questionnements menés par les artistes de ce mouvement.

Un programme riche, didactique, exaltant et passionnant, digne des trente années d’existence de ce très beau musée.

Valerie Jouve :
« Formes de vies »

19 mai – 16 septembre 2018

L’artiste photographe expose pour la première fois dans sa région natale à l’occasion des 30 ans du Musée. L’exposition est introduite par un petit prologue collectif « Vues urbaines »,  une exposition des photographies de la collection, qui donne à voir des œuvres offrant un regard sur la ville et ses habitants, à travers les époques et les lieux, de Londres à Chicago, en passant par Saint Etienne et sa région. Elle témoigne du regard toujours vif, voire politique, que les photographes portent sur les paysages urbains et leur évolution au cours du XXe siècle. Avec  notamment des œuvres de Nigel Henderson, Wolf Vostell, Erik Dietman, Ito Josué, Rajak Ohanian…

L’exposition proposée par Valerie Jouve n’est pas une rétrospective, elle a privilégié une série de montages photographiques qui invite au dialogue favorisant la mise en relation au-delà de toute chronologie. En cela l’accrochage est vraiment remarquable, variant les petits formats et les grands avec en alternance des grands « dos bleus » tirages contrecollés directement sur le mur. Valérie Jouve raconte une histoire avec un parti pris de mise en images, de mise en scène avec des chapitres.

Le premier se passe au Brésil, dans un secteur lié à la production de caoutchouc. Là bas, les ouvriers, pauvres, se sont appropriés les restes d’une usine, actuellement inactive, car elles font dorénavant parti de leur patrimoine. Résistance et revendication culturelle. Le récit se poursuit dans le milieu industriel et les espaces bétonnés. Au-delà d’un aspect descriptif de la réalité dans les grands ensembles, l’esthétique documentaire est mise au profit d’une narration prompte à enrichir notre imaginaire. L’exposition s’apparente à une installation, c’est la construction des images entre-elles qui fait œuvre. Les images alternent, noir& blanc et couleur, prises de vue avec humain ou d’éléments architecturaux vide d’humanité, des images sans origine identifiée ni lieux légendés. Elles questionnent notre temps, nos sociétés humaines, nos êtres vivants. Et comme par une certaine prise de conscience très contemporaine, l’exposition se termine avec la présence de troncs d’arbre en gros plan dans ces espaces bétonnés et une petite vidéo d’un plan fixe sur une feuille agitée par le vent jusqu’à son décrochage de l’arbre paternel. Elle s’étonne encore d’avoir tourné pendant si longtemps autour des arbres dans les cités sans jamais les photographier. Ils font finalement écho à la nature brésilienne luxuriante du début de l’histoire. L’appel de la nature, probablement inconscient et pourtant si sensible aujourd’hui est à l’œuvre.  Avec Valérie Jouve, le musée fête magistralement les 30 ans de la création du département photographique au sein de ses collections.

30 ANS
Considérer le Monde II

Jusqu’au 16 septembre 2018

L’exposition est plutôt organisée de façon de chronologique. Elle débute avec des œuvres de Picabia ou Fernand Leger montrant ainsi l’intérêt que portent les artistes du début du XXe siècle pour les nouvelles évolutions techniques. Elle se poursuit sur les courants qui ont animé la vie artistique d’après guerre, l’Abstraction, on peut voir notamment une œuvre de l’inventeur de l’outrenoir, Pierre Soulages. L’expressionisme abstrait, version « color Field » de Morris Louis, la Nouvelle Figuration de Rancillac et Monory, le Pop Art de Warhol, les minimalistes, Donald Judd, Ellsworth Kelly, Sol Lewitt… jusqu’à des artistes plus contemporains comme Valentin Stefanoff ou encore Thomas Hirschhorn avec une énorme installation. Un parcours au milieu d’œuvres majeures qui ravira les néophytes et que les connaisseurs pourront suivre comme un jeu de piste au milieu d’une très belle collection.

Vue art conceptuel © Charlotte Pierot

ART CONCEPTUEL 

19 mai – 16 septembre 2018

Après Narrative Art, Art Conceptuel est le nouveau focus proposé par le MAMC afin de valoriser ses collections. A l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Marcel Duchamp, père de l’art conceptuel, Alexandre Quoi, commissaire de l’exposition, nous propose un itinéraire dans l’univers de ce courant artistique majeur des années 60 et 70 et permet de redécouvrir les multiples modes d’expression des héritiers de Marcel Duchamp. Dans le monde conceptuel, l’art est défini non par les propriétés esthétiques des objets ou des œuvres, mais seulement par le concept ou l’idée de l’art, ce qui n’empêche en rien à certaines œuvres d’avoir une grande beauté plastique. Le parcours thématique s’organise autour de quatre méthodes principales à l’aide desquelles le conceptualisme a mené une réflexion approfondie sur la nature de l’art : le langage, la sérialité, l’identité et le programme.

Artistes présentés :  Eleanor Antin, Terry Atkinson, Michael Baldwin, Ian Burn, John Baldessari , Robert Barry, Bernd et Hilla Becher, Marcel Broodthaers, Stanley Brouwn, Alighiero Boetti, Victor Burgin, Hanne Darboven, Valie Export, Dan Graham, Douglas Huebler, Yves Klein, On Kawara, Joseph Kosuth, Sol LeWitt, François Morellet, Olivier Mosset, Tania Mouraud, Bruce Nauman, Roman Opalka, Mel Ramsden, Ed Ruscha, Claude Rutault, Philippe Thomas, Niele Toroni, Bernar Venet

INFORMATIONS PRATIQUES
MAMC Saint-Etienne Métropole
Rue Fernand Leger
42270 Saint-Priest-en-Jarez
www.mamc-st-etienne.fr
JUSQU’AU 16 SEPTEMBRE 2018
• Valerie Jouve –  « Formes de vies »  avec « Vues Urbaines » (exposition collective)
• 30 ANS Considérer le Monde II – Collections du Musée
• ART CONCEPTUEL – Commissaire Alexandre Quoi
• Jean- Michel Othoniel – « Face à l’Obscurité »

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