4 min. de temps de lecture.

C’est à Arles, ce jour, que s’est déroulée la remise du Prix Levallois création photographique internationale 2018 en présence de Valérie Jouve, marraine du Prix. Le lauréat de cette édition 2018 est Pierre-Elie de Pibrac avec Desmemoria, photographe de l’agence VU’, la mention spéciale est attribuée à Emmanuel Tussore et enfin c’est Camille Shabestari qui remporte le Prix du public !
A cette occasion, nous avons rencontré Catherine Derioz et Jacques Damez, de la galerie Le Réverbère à Lyon, nouvellement à la direction du Prix.

Mowwgli : Depuis cette année, vous êtes en charge de la direction artistique et du commissariat du Prix Levallois qui fête cette année ses 10 ans, quelle vision avez-vous du Prix ?

Pour nous ce qui est important et remarquable est l’intérêt d’un prix pour la photographie. Cet intérêt est essentiel puisque nous défendons la photographie ; tout ce qui peut la promouvoir et la soutenir nous concerne et motive notre attention depuis toujours.
10 est le premier anniversaire qui compte. En effet, ce temps montre une stabilité et une volonté de s’inscrire dans la durée. Le fait d’être les directeurs artistiques de cet âge symbolique et d’organiser le passage à la prochaine décennie est une responsabilité que nous prenons très à cœur.

Mowwgli : Vous avez reçu près de 700 dossiers venus de plus de 70 pays, vous avez sélectionné 15 dossiers, pouvez-vous nous parler de ce travail de sélection ? Qu’avez-vous découvert au travers de tous ces dossiers reçus ? Quels axes avez-vous privilégiés pour les dossiers des 15 nominés ?

C’est une expérience rare que de dépouiller plus de 700 dossiers, environ 10 000 images. Cela demande une grande concentration et une disponibilité pour regarder et pas juste voir. Ramener à 15 cet ensemble s’est fait au vu de ce que nous y avons découvert. Nous n’avons pas orienté notre choix en direction de quelque intérêt particulier. Les 15 candidats sélectionnés sont les meilleurs travaux représentant les grands courants émanant de l’ensemble. Nos conclusions soulignent une présence très dominante de la photographie documentaire et de la nature morte, une interrogation dialectique entre le noir et blanc et la couleur. Pour conclure, une mélancolie inquiète tisse sa trame au cœur de cette génération ; ces jeunes photographes nous proposent une vision distante et engagée du monde.

Mowwgli : Cette 10ème édition du Prix vient d’être remportée par Pierre-Elie de Pibrac. Et la mention spéciale revient à Emmanuel Tussore. Ils ont été choisis par le jury. Pouvez-vous nous parler de leurs travaux respectifs ?

La série primée de Pierre-Elie de Pibrac, Desmemoria, ou les oubliés du rêve révolutionnaire, est une étude approfondie sur les Azucareros — peuple issu du sucre — à Cuba. Ce travail documentaire explore les sites, villages, usines organisés autour des activités sucrières, et les hommes en activité ou qui le furent. Une utilisation juste du noir et blanc et de la couleur permet de comprendre certains enjeux du pays et de sa culture. Pierre-Elie de Pibrac prend de contre-pied les apparences : il photographie les paysages en noir et blanc pour casser l’exotisme et utilise une chambre et du film couleur pour les portraits des travailleurs posant devant leur façade repeinte, telle que l’impose le castrisme. Il applique ensuite en filigrane une phrase issue de discours de propagande, répétée à l’infini. Ces partis pris conceptuels et esthétiques tressent de nombreux aller-retours qui nous renseignent et témoignent de l’importance emblématique du sucre dans l’histoire de cette île.

Avec Home, Emmanuel Tussore propose un travail de nature morte documentaire. Il sculpte dans des savons les ruines des bâtiments de la cité d’Alep; par la métaphore celles-ci deviennent plus vraies que nature. Ces cubes de couleur, qui varient du jaune au vert bleu, dans la répétition de la forme des écroulements qu’ils reconstituent, dessinent l’image d’une ville sacrifiée. Cet ensemble très maîtrisé a une beauté plastique silencieuse et évoque le souffle assourdissant des bombardements.

Mowwgli : Chaque année, un Prix du Public est attribué, c’est Camille Shabestari qui a remporté les votes. Quel regard portez-vous sur ce choix ?

Camille Shabestari avec Ainsi parlait Zarathoustra, présente une enquête sur le zoroastrisme, religion venue de l’antiquité perse, actuellement pratiquée en Iran, en Inde et au Kurdistan irakien. Zarathoustra fut le prophète du dieu suprême et immatériel Ahura Mazda qui créa le ciel et la terre. Aujourd’hui cette religion se confronte à l’islam et se pratique de façon très secrète dans des lieux retirés. Camille cherche la distance juste afin de nous faire découvrir cet univers de façon respectueuse.

Ces trois séries seront présentées à la galerie de l’Escale de Levallois, dès le 5 octobre ; nous vous invitons à découvrir une génération de photographes qui révèlent leur inquiétude face au monde.

Le Jury était composé de : Sherine Audi (Collectionneuse), Éric Cez  (Directeur des éditions Loco), Héloïse Conesa (Conservatrice du patrimoine à la Bibliothèque nationale de France, en charge de la collection de photographie contemporaine), Stéphane Decreps  (Adjoint à la Culture de la ville de Levallois) et Sylvie Hugues  (Journaliste et consultante en photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les lauréats du Prix Levallois 2018
Exposition
Du 5 octobre au 24 novembre 2018
http://prix-levallois.com
contact@prix-levallois.com

Leave A Comment

Your email address will not be published.

2 Responses to “Les Lauréats de la 10ème édition du Prix Levallois 2018 dévoilés
Rencontre avec les directeurs artistiques Catherine Derioz et Jacques Damez”