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Cinquante ans après sa disparition, Marcel Duchamp demeure pour beaucoup une énigme. L’artiste, qui a cassé les codes esthétiques en vigueur au début du XXe siècle, est à l’honneur au Musée des Beaux-Arts de Rouen jusqu’au 24 septembre avec une exposition sous forme d’abécédaire.

Connu du grand public pour ses fameux ready-made, détournements d’objets usuels dont les fameux Porte-bouteilles et son emblématique urinoir, Fontaine, ou encore pour son détournement de la Joconde qu’il représente en 1919 affublée d’un bouc et d’une moustache, pour autant l’œuvre diversifiée et protéiforme de Marcel Duchamp est peu connue… C’est pour la rendre accessible à tous que le directeur du Musée des Beaux-Arts de Rouen Sylvain Amic a choisi de dérouler cet abécédaire tout au long de l’exposition.

L’énigme Duchamp

Comment peut-on aborder le parcours et l’œuvre de Marcel Duchamp ? Un homme et un artiste aussi complexe que l’œuvre qu’il laisse derrière lui et qui a inspiré un grand nombre d’artistes qui rayonnent dans l’art contemporain aujourd’hui. Peut être l’un des artistes les plus décriés en France, il est adulé aux Etats Unis et reconnu dans le monde entier. Son œuvre fait encore aujourd’hui l’objet d’un nombre incroyable de recherches et d’études.

En 1912, refusé au salon des indépendants, il se sent rejeté par les autorités. Un moment fondateur qui rendra la liberté à Marcel Duchamp, libre de tout dogmatisme, libre de créer d’ouvrir le champ des possibles. Avant son départ pour les Etats unis en 1915 ? Il s’affranchi des dépendances financière liées à l’art en devenant bibliothécaire. Métier qui lui laisse du temps pour réfléchir et penser son propre art.

On rentre bien sûr dans cet abécédaire avec la lettre A, pour Armory Show. En 1913, Marcel Duchamp avait secoué le public de l’Armory Show de New York en exposant son fameux tableau Nu descendant l’escalier, 1912, qui décompose le mouvement comme une série de photographies d’Eadweard Muybridge. Le lettre A également pour Anartiste, nom que se donne Duchamp lui-même, subtil jeu de mot dans lequel le préfixe an- signifie non-artiste et résonne le mot anarchiste, anarchiste de l’art. Marcel Duchamp l’est assurément lui qui prétend s’affranchir de toute instance extérieure et ne se légitimer comme artiste que par sa puissance créative ou performative.

La gloire du ready-made 

La lettre R pour ready-made bien sûr et notamment le tout premier de ces objets trouvés transformés en œuvres d’art insolentes qui fut la Roue de bicyclette conçue dans son atelier en 1913. Une idée qu’il peaufina jusqu’en 1915. Mais c’est le Porte-bouteilles, 1914, qui est considéré comme le plus pur des ready-mades duchampiens. L’objet original fut trouvé alors au Bazar de l’Hôtel de Ville. Duchamp se sentit  libre d’en acheter d’autres exemplaires pour ses expositions après que sa sœur eut détruit l’original par accident.

On trouvera à la lettre J, le jeu et notamment le jeu d’échec, la véritable passion de Marcel Duchamp. Jeu qu’il pratiqua notamment lors de compétitions internationales. C’est d’ailleurs en tant que joueur d’échec est annoncée sa mort sur un quotidien d’octobre 1968.

Chercheur, défricheur et précurseur

Initiateur de l’ensemble des formes données à l’art conceptuel, il interroge la forme et la beauté de l’art. Il questionne l’identité et le genre et se crée notamment un double féminin avec Rrose Sélavy dont il signe certaines œuvres et se met en scène sous l’objectif de Man Ray. Proche du mouvement Dada, il interrogera le langage et créera des œuvres textuels faites de jeu de mots afin de se jouer du langage dont il se méfiait. Eternel chercheur, Marcel Duchamp ira vers le cinéma et les arts cinétiques dont les recherches aboutiront à la réalisation d’Anémic cinéma réalisé en 1925. Il s’agit de la concrétisation de plusieurs essais pour filmer ses disques optiques et hypnotiques.

Son œuvre Etant Donnés : 1° la chute d’eau 2° le gaz d’éclairage, exposée de  façon permanente au Philadelphia Museum est considérée comme la première forme d’installation.

L’exposition se termine bien sûr par la lettre Z, pour Georges de Zayas, auteur de caricatures et auteur de la fameuse tonsure sur le crâne de son ami Duchamp, un des premiers gestes du body art.

L’exposition montre la diversité de l’œuvre de Marcel Duchamp (peintures, installations, machines) nourrie par une curiosité sans limite et une liberté qui le place à l’avant-garde.

« Il a été pionnier en tout, résume Sylvain Amic, directeur du musée des Beaux-Arts et commissaire de l’exposition. Même à l’époque où il pratiquait la peinture, puisqu’il a été l’un des premiers peintres cubistes et futuristes. Il a sans cesse été à l’avant-garde dans la recherche parce qu’il était délivré de toutes les contingences du milieu de l’art : il n’avait pas besoin d’exposer puisqu’il avait trouvé d’autres moyens de subsistance. Il a pu se sentir libre et sans cesse inventer. »

Sous la direction de Sylvain Amic, la collaboration d’un collège scientifique d’experts et le concourt de l’Association Marcel Duchamp, l’exposition à travers plus de 150 œuvres de Marcel Duchamp et de ses proches permet d’ouvrir un grand nombre de portes sur l’univers d’un des plus révolutionnaire artiste du XXe siècle.

INFORMATIONS PRATIQUES
ABC DUCHAMP
L’expo pour comprendre Marcel Duchamp
Jusqu’au 24 septembre 2018
Musée des Beaux-Arts de Rouen
Esplanade Marcel Duchamp
76000 Rouen
Accès handicapés : 26 bis, rue Jean Lecanuet
http://mbarouen.fr/fr

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