Pablo Picasso en 14 dates clés pour mieux ressentir son œuvre

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Le Musée Fabre de Montpellier nous donne à voir jusqu’au 23 septembre 2018, une exposition éclairante sur des moments clés de la carrière artistique de l’artiste Pablo Picasso. Inscrite dans le cadre de la manifestation « Picasso-Méditerranée », une manifestation culturelle internationale qui se tient du printemps 2017 au printemps 2019, l’exposition « Donner à voir. 14 moments clés » joue l’audace d’embrasser l’ensemble de la carrière foisonnante du maitre catalan en mettant l’axant sur des dates jalonnantes dans sa pratique créative. Le propos muséographique se double d’une scénographie innovante avec des espaces décloisonnées et une libre circulation à travers les œuvres, permettant un dialogue et une pluralité de confrontation avec le visiteur. Visite dans l’univers de celui qui a déconstruit la peinture et l’Histoire de l’Art.

On pourrait dire « encore une exposition Picasso » et pourtant, le Musée Fabre évite de tomber dans la redite. En dépouillant l’exposition de références historiques et biographiques, il laisse émaner la création pure : la facture, la signature, les inspirations et les différentes techniques de l’artiste catalan. Pas de discours thématique, ni l’évocation d’une période. Un même ton est donné dans chaque « moment », comme autant d’évidence qui nourrissent l’activité artistique de Pablo Picasso. Et quelle activité ! Les 77 œuvres présentées – dont certaines très peu montrées au public- ne sont qu’un panel de sa production : peinture, sculpture, gravure, dessin … Pour une telle évocation, les chefs d’œuvres sont de sortie : le Verre d’absinthe de Berlin (1914) , Nature morte à la chaise cannée (1912), Grand nu au fauteuil rouge (1929)… Assoiffé d’art et de vie,Picasson’aura de cesse de travailler le modèle.

Nourri d’antique, de classique, de maîtres anciens comme Francisco de Goya (1746- 1828), Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867) ou Eugène Delacroix (1798-1863)  qu’il étudie sans copier, à l’instar de cet autoportrait réalisé à 13 ans dans la veine naturaliste espagnole de Diego Vélasquez (1599 – 1660) ou de Bartolomé Esteban  Murillo (1617-1682). Ensuite viennent les toiles de la période colorée bleue, la découverte des statues ibériques, dont l’inspiration est évocatrice dans Les Demoiselles d’Avignon (1907),  et la révélation de l’Arcadie. De ses toiles se dégage une puissance plastique et déjà la pluralité des styles et des techniques émerveillent le spectateur. La période cubiste est la grande conquête artistique qu’il mène avec Georges Braques (1882-1963) et avec laquelle il révolutionne la manière de voir l’objet. Le peintre devient un illusionniste dévoilant une réalité sincère.

A l’intérieur du répertoire créatif du maître catalan, nous retrouvons les images de l’Arcadie rêvée avec les formes voluptueuses et les recherches du néoclassicisme, mais aussi les formes anguleuses, plaintives et des mises en scène grandiloquentes pour dénoncer la guerre, les périodes tragiques et douloureuses. Cette dualité éclate en 1937 dans le face à face entre le Portrait de Marie-Thérèse, une décomposition pimpante et sereine, et le chaos et la souffrance de Guernica.

Son art s’exprime dans différents médiums qu’il ne cesse d’exploiter. Il sculpte le bois, la pierre, modèle la terre. Quand il s’installe à Antibes en 1964, il reprend goût avec l’Arcadie. Son œuvre se teinte d’un dessin naturaliste très élégant. Il continue ses recherches, réinvente sans arrêt une écriture picturale juste. Quelques traits élémentaires signent le corps de manière directe. Les espaces ouverts font des liens entre chaque période. La confrontation du peintre et de son modèle prendre la forme d’une nouvelle facture où la matière éclabousse le support.Il revient aux sujets hispanisants, comme un retour sur sa jeunesse et l’apprentissage de la peinture avec son père. Au soir de sa vie, Pablo Picasso trouve encore la force d’ouvrir des espaces inconnus afin de retrouver toute l’ingéniosité de la jeunesse.

Ces 14 dates – clés nous montrent les métamorphes plurielle d’un génie. L’exposition révèle différents styles comme autant de manière d’ajuster le ressenti et les sensations de l’artiste: touches lisses ou épaisses; lignes hachurées, droites ou ondulées; facture calme, parfois vive. Juxtaposant ou mêlant inspiration primitive, classique, romantique et cézannienne, Picasso réussit le pari d’y tirer l’essence même de son art. Ces « moments -clés » ne sont que des axes de compréhension de l’art de Picasso, le visiteur comprendra rapidement qu’elles sont comme des champs d’expérimentation qui viennent, disparaissent et refont leur apparitions dans la création de l’artiste.  Pablo Picassoconnaissait « le beau métier » et passera sa vie à le désapprendre. L’exposition se clôt sur une période peu montrée, avant sa mort, ou la couleur se fond, éclabousse la toile,  dégouline et la palette se réduit. Encore en recherche le bougre ? Son legs y répond : une quête immortelle.

INFORMATIONS PRATIQUES
Picasso – Donner à voir – 14 moments clés
Jusqu’au 23 septembre 2018
Musée Fabre
39, boulevard Bonne Nouvelle
34000 Montpellier – France
+33 (0)4 67 14 83 00
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 19h
Fermé le lundi sauf les 3, 10 et 17 septembre 2018
Ouverture exceptionnelle le 14 juillet et le 15 août 2018.
Nocturnes jusqu’à 21h les 20, 21 et 22 septembre 2018.
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