A la (re-)découverte de Judy Chicago, Villa Arson (Nice)

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Savez-vous ce qu’est le cool school ? le finish fetish ? ou encore le L. A Look ? Pour cela il faut se plonger dans l’ambiance de la scène californienne des années 60 expérimentale et en rivalité latente avec New York. Les fers de lance de cette émergence sont Le LACAM à ses débuts et la Ferus Gallery.

Car comprendre Judy Chicago c’est aussi comprendre les particularismes de ce territoire, véritable creuset et marqueur esthétique. Les surfers et les bikers de la Cote Ouest, les expérimentations industrielles et aérospatiales sur fond de guerre du Vietnam avec l’irruption de nouveaux plastiques : le plexiglas, le vinyle, le polyester, un répertoire de formes érotiques et flamboyantes en réaction au côté conceptuel et intellectuel de la cote Est, les marches dans le désert…Autant d’éléments qui forgent la personnalité et le style de Judy Chicago qui sèche ses cours à l’UCLA pour aller se former dans les ateliers mécaniques. Une œuvre comme « Car Hood » de 1964 témoigne de son appropriation de la technique du spray et des couleurs industrielles. Même si elle y parsème des motifs plus personnels liés à la mort de son mari dans un accident de voiture.
Elle participe à l’une des premières expositions dite minimalistes en 1966 « Primary Strcutures » au Jewish Museum aux côtés de John McCraken ou Larry Bell avec « Rainbow Pockett » mais ressens le besoin de s’écarter de ce courant à dominance masculine et patriarcale. Elle se tourne alors vers la miniature dans la mouvance de la dématérialisation de l’art observée par Lucy Lippard et John Chandler. Nous sommes à la veille du mouvement féministe de 1968. C’est alors qu’elle réalise l’environnement très virulent « Feather Room » en parallèle à des actions anti-guerre visant les bases en Californie. Rejetant l’architecture du white cube traditionnel qu’elle court-circuite par une approche soft sculpture basée sur la lumière et des cloisons souples. Cette sensation duveteuse créée par ses plumes qui recouvrent le sol annonce le mouvement light and space et dépasse le minimalisme tout en se basant sur le vide.
La reconstitution à l’identique de l’installation est un grand moment de la visite, chacun est invité à l’expérimenter et l’on en ressort avec une sensation d’étouffement et de malaise. Le titre n’est sans doute pas du au hasard.
Avec sa série performative « Atmospheres », œuvre pyrotechnique réalisé dans le ciel californien il s’agit de donner une version féministe au Land Art proche des actions d’Ana Mendieta. Des fumigènes de différentes couleurs selon l’endroit sèment une sorte de nuée évanescente, spectacle apocalyptique dématérialisé.
Sa lutte pour l’émancipation se cristallisera dans l’emblématique projet collectif qu’est la « Womanhouse »(1972), lieu domestique transformé en refuge et théâtre d’une archive féministe et programme éducatif pour les étudiantes en art. Suivra le célèbre Dinner Party, série de banquets à la mémoire des femmes, un monument aujourd’hui conservé au Elizabeth Sacker Center for Feminist Art (Brooklyn museum).
Le grand mérite de la commissaire Géraldine Gourbe, chercheure en esthétique spécialisée dans la question de la performance, des collectifs et du féminisme, est d’avoir su recréer toute cette scène à travers de nombreuses figures représentées qui répondent aux recherches de Judy Chicago : John McCraken, Robert Morris, Pat O-Neill, DeWain Valentine ou encore Bruce Nauman.
A l’occasion de l’exposition, première publication française (Presses du réel) de l’autobiographie-manifeste de Judy Chicago, paru en 1975, « Through the Flower : My Struggle as a Woman Artist ».
Judith Chicago est également évoquée dans l’exposition Cosmogonies du MAMAC, l’autre grand temps fort niçois.
Ne manquez pas lors de votre visite l’exposition des 27 jeunes diplômées 2018 de la Villa Arson, qui est avant tout école nationale supérieure d’art.
« La Vallée de l’étrange » dont la 2ème partie se tient en ville, galerie de la Marine où Georges vous réservera un accueil chaleureux. Cet autodidacte qui se passionne pout l’art contemporain connait chacun des artistes et pourra vous donner les codes d’accès à cet ensemble aussi chaotique que jubilatoire.
Au moins deux bonnes raisons de monter jusqu’à la Villa et profiter de cette architecture brutaliste remarquable et jardin avec vue sur la baie des anges ou flâner sur les quais..
Infos pratiques :
• Los Angeles, Les Années Cool / Judy Chicago
Du 1er juillet  au 4 novembre 2018

• Promotion Villa Arson 2018 | La Vallée De L’étrange
Villa Arson : du 1er juillet au 16 septembre 2018
Galerie de la Marine : du 30 juin au 30 septembre 2018
En période d’expositions : ouvert tous les jours de 14h à 18h (de 14h à 19h en juillet et août) sauf le mardi.
https://www.villa-arson.org
Galerie de la Marine – Mairie de Nice

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