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MAMAC : Sublimes cosmogonies à Nice

La Ville de Nice propose une saison artistique estivale riche, au MAMAC, qui met à l’honneur Yves Klein et la pensée cosmogonique, au musée Matisse avec le dialogue des 2 monstres sacrés Picasso-Matisse et à la Ville Arson autour de Judy Chicago.

Dans le prolongement de l’exceptionnelle exposition qu’elle avait orchestrée pour le Centre Pompidou Metz, intitulée « Sublime le tremblement du monde »Hélène Guenin à présent dirigeant le MAMAC de Nice propose « Cosmogonies au gré des éléments ». Il est aussi question de cette génération d’artistes des années 1960-70 du Land art, Arte Povera, Earth art qui aspirent à une fusion avec les éléments avant que les catastrophes ne proviennent.
Ainsi l’on retrouve certains artistes formidables comme Ana Mendieta, Barbara et Michael Leisgen, Robert Smithson.. mais à Nice en écho avec l’anniversaire cette année d’Yves Klein la démarche prend une autre tournure.
Inventeur des premières cosmogonies qu’il qualifie « d’états-moments » de la nature qu’il réalise dès 1960 sur les berges du Loup à Cagnes-sur-Mer, Yvles Klein est la figure tutélaire de l’ensemble déployé à la fois au MAMAC mais aussi à la galerie des Ponchettes en ville avec une installation évolutive de Michel Blazy.
C’est tout l’enjeu de cette démarche de réinscrire la démarche de Klein à l’aune de ses suiveurs et artistes contemporains dans une quête de fusion primitive avec les 4 éléments et d’ouvrir sur les enjeux écologiques de l’ère de l’anthropocène, soit l’impact dévastateur de l’homme sur son environnement.
Le parcours ouvre sur l’œuvre de Hans Haacke, un humus reconstitué et le visage de Marina Abramovic dans le film « Stromboli », ce visage soumis au ressac des vagues et du vent dans une sorte de communion parfaite, comme pour instaurer un climat de contemplation et de silence. Un « droit au réenchantement » tel que le définit Hélène Guenin dans le très beau catalogue, en contre poids au consumérisme grandissant.
Andy Goldsworthy, Anthony McCall avec « Landscape for White Square » ou Penone avec « Sofflio di foglie » inventent un langage corporel qui convoque le spirituel de la nature, d’autres artistes choisissent d’enregistrer les soubresauts énergétiques du monde tels les variations du vent chez Marinus Boezem « Weather Drawings », l’enregistrement de la terre par la Boyle family, de la grêle chez Evariste Richer ou la reconstitution expérimentale des phénomènes des nuages par Charlotte Charbonnel. Ainsi de l’impermanence des choses et la fugacité du vivant, il semble urgent de témoigner de cet écosystème en sursis.
Nos ressources ne sont pas illimitées comme le martèle la nigériane Otobong Nkanga qui puise dans la mémoire sacrificielle de son pays pour dénoncer la spoliation et l’exploitation abusive du territoire africain, tandis que Thu-Van Tran dans une approche plus poétique revient aussi sur l’héritage colonial conflictuel et néfaste pour son pays d’origine le Vietnam dont les sols ont été contaminés et les forêts dévastées.
Dès lors des rituels de réparation ou de réconciliation avec la nature sont mis en œuvres à travers des artistes telles Gina Pane avec sa série d’actions « Pierres déplacées », des gestes très humbles et performatifs ou chez Ana Mendieta avec « Grass Breathing » , Maria Laet qui cout de ses mains le sable ou encore Judy Chicago et ses fêtes païennes, le corps devenant le véhicule d’un hommage à Gaia, la terre nourricière, valeur refuge.
Parmi les mulitples scénari, certains font appel à la science et à la chimie comme chez Hicham Berrada (aquariums aux solutions empiriques) ou chez Michel Blazy et ses fermentations du vivant qui convoquent l’art des jardins et le merveilleux aléatoire, galerie des Ponchettes.
Ancienne halle aux poissons de 30 mètres dédiée aux créations in situ, Michel Blazy y déploie une prolifération olfactive et visuelle totalement inédite. « Jardin des délices » convoque ainsi le végétal, le minéral (aluminium),l’organique, le froid et le chaud, l’eau et le feu, une dynamique des contraires. Saisissant !
Enfin, la galerie contemporaine est dédiée à Irene Kopelman (née en Argentine en 1974) autour de ses recherches dans différents biotopes du monde et résidences de recherche auprès de plusieurs collections géologiques ou laboratoires tels, le Smithsonian Tropical Research Institute au Panama ou le Manu Learning Center dans la forêt péruvienne.
L’artiste et le MAMAC entament par ailleurs une collaboration au long terme avec l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer pour initier un nouveau travail de recherche autour du plancton.
Catalogue aux éditions MAMAC/Snoeck, 175 pages, 29 €
INFORMATIONS PRATIQUES :
• Cosmogonies, au gré des éléments

jusqu’au 16 septembre 2018
• Irene KOPELMAN
jusqu’au 30 septembre 2018
MAMAC
Place Yves Klein
06000 Nice
Horaires : Tous les jours sauf le lundi de 11 h à 18h
Tarifs : Ticket individuel 24h au tarif de 10€ qui donne accès à : MAMAC, Galerie des Ponchettes, Espace Ferrero, Galerie de la Marine, Théâtre de la Photographie et de l’Image, Musée Matisse, Musée des Beaux-Arts, Musée d’Art Naïf, Musée Masséna, Palais Lascaris, Musée d’Archéologie, Muséum d’Histoire Naturelle, Prieuré du vieux logis
www.mamac-nice.org

• Michel BLAZY. Timeline
jusqu’au 4 novembre 2018
Galerie des Ponchettes
77 quai des Etats-unis
06300 Nice

Le Gif(t) de la Journée internationale des victimes de disparition forcée

Les disparitions forcées ont souvent servi de stratégie pour faire régner la terreur dans une société. Le sentiment d’insécurité résultant de cette pratique ne se limite pas aux proches de la personne disparue mais touche aussi la communauté et l’ensemble de la société.

Alors qu’elles étaient très répandues au sein des dictatures militaires, les disparitions forcées sont aujourd’hui perpétrées dans des situations complexes de conflit interne, en particulier comme moyen de répression politique des opposants. Certains faits sont particulièrement préoccupants :

  • le harcèlement constant des défenseurs des droits de l’homme, des proches de victimes, des témoins et des avocats en rapport avec des cas de disparition forcée;
  • l’utilisation par les États de la lutte contre le terrorisme comme excuse pour enfreindre leurs obligations; et
  • l’impunité encore très répandue pour les auteurs présumés de disparitions forcées.

Une attention particulière doit également être accordée à des groupes spécifiques de personnes particulièrement vulnérables comme les enfants et les personnes handicapées.

Les nations unies ont décidé de proclamer le 30 août Journée internationale des victimes de disparition forcée, célébrée depuis 2011.

Namasigue, un village sans hommes
Un documentaire signé Mahé Elipe

Au sud de l’Honduras dans la région de Choluteca, un village nommé Namasigue abrite une petite collectivité de femme vivant sans hommes. Il est le reflet de la situation économique, politique et sociale du Honduras étant pour le moins instable, beaucoup sont les hommes qui ont migrés vers le nord, lorsqu’ils n’ont pas été emprisonnés voire assassinés.

Aussi ce petit village recueille une majorité de femmes qui ont dû s’adapter à vivre sans l’aide de ces derniers. Elles ont donc trouvé leur salut grâce à la culture de la noix de cajou appelée “marañon”.

La précieuse noix très en vogue aux Etats-Unis et en Europe, grâce à ces biens faits nutritifs, réclame une culture fastidieuse et minutieuse que ces femmes s’acharnent à entretenir jour après jour.

Ces dernières sont à l’origine de la création d’une coopérative nommée Crepaimasul, permettant à 5 villages de la région de Choluteca, de s’associer afin de commercialiser la culture de la noix de cajou biologique à l’étranger.

Vivant dans des conditions précaires à savoir sans eaux courantes ni électricité, elles ont néanmoins réussi à trouver un équilibre entre femmes et enfants, avec des journées rythmées par les tâches quotidiennes et la culture du précieux fruit.

Ouvrières de la terre, leur ordinaire commence à l’aube et s’éteint au crépuscule dans la cacophonie des cris vivifiant des enfants.

Ce reportage, met en lumière le quotidien de ces femmes qui font de chaque jour une épreuve. A leur côté, elles m’ont offert la douce intimité des mères de famille combiné à celle des travailleuses laborieuses. De cette offrande, j’ai saisie des moments sans artifice, ni mise en scène, des instants de réalité dans la chaleur et la confidence du foyer familial.

Reflet de ces femmes fières, aux pieds sur terre, tenant entre leurs mains, leurs précieux, leurs trésors, qui leurs permet de perdurer et subsister.

BIOGRAPHIE
Mahé Elipe est née en 1991 en région Parisienne.
Elle suit ses études à Toulouse, passant d’une Licence en Arts Appliqués, à l’université du Mirail, à une école de Photographie l’ETPA en 2012, lui permettant ainsi d’aiguiser son oeil aux arts visuels.
Elle décide ensuite de s’installer à Paris pour s’adonner complètement à sa passion, où elle travaille en parallèle en tant qu’assistante Photo dans le monde de la mode et réalise en parallèle ses premiers reportages sociaux et documentaires.
Ses mots d’ordres étant le social, l’art et la communication, elle s’interroge beaucoup sur la place de l’humain dans la société, en tirant profit du médium qu’est la photographie.
Mahé construit alors ses images en se nourrissant de la culture de ceux qu’elle rencontre. C’est notamment au cours de ses voyages, en Europe de l’Est, ou encore aux Etats-Unis et en Amérique Latine qu’elle retranscrit par l’image, une partie de l’histoire des sujets qu’elle rencontre.
Mahé Elipe est membre du studio Hans Lucas depuis novembre 2016.

www.mahelipe.com
mahe.elipe@gmail.com