Tous les articles par Carine Dolek

Carine Dolek est journaliste, critique et commissaire indépendante. Directrice artistique de la galerie Le petit espace, Co-fondatrice du festival Circulation(s) et membre de l’association Fetart, elle préfère les questions aux réponses, et a exposé, entre autres, the Dwarf Empire, de Sanne de Wilde, The Curse - La malédiction, de Marianne Rosenstiehl, The Poems, de Boris Eldagsen. Elle est également lauréate du Young Curator Award de la Biennale de Photographie Photolux (Italie).

Skin Deep, Attention aux âmes sensibles !

Esther Woerdehoff et son équipe de choc, vous proposent leur toute dernière exposition de la saison. Jusqu’au 17 juillet, avant la fermeture estivale de la galerie, découvrez Skin Deep, une exposition collective… déconseillée aux enfants et aux âmes sensibles.

«Ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau En tant qu’il se connaît.» Paul Valéry, L’Idée fixe, 1931

Paul Valéry, moustachu disciple du moustachu Mallarmé, est un poète open source revendiqué : “Mes vers ont le sens qu’on leur prête”. Ils sont le support à la fois d’une formidable maîtrise formelle et d’une virtualité sémantique illimitée. Un scripteur originel, et des milliards de sens possibles, tous aussi légitimes les uns que les autres.
Tout comme la peau, ils sont le véhicule d’un sens à la fois inaltérable et en devenir perpétuel. Cette peau qui a la poésie de nous contenir n’a rien d’une page blanche.

Grain, couleur, épaisseur, réactivité, pilosité, cicatrices, marques, elle reflète le corps et exprime l’emprise de la biologie et du temps. Tatouages, piercings, scarifications, elle exprime l’énergie mobilisée pour répondre à cette emprise. L’individu n’existe que parce qu’il est en relation. La peau est l’enveloppe qui tout à la fois le contient et lui permet d’entrer en contact avec l’extérieur. Elle est le media du corps en interaction avec l’environnement. La peau, organe de la rencontre de soi et du monde, montre où chacun place le curseur ; vos limites sont-elles une basse clôture de bois blanc ? Une pergola ? Un mur de pierres de trois mètres d’épaisseur ? Un no man’s land à miradors et barbelés ? Un trait à la craie sur le sol ? Le cap Horn ?

Tatoués ou pas, les sujets d’Andreas Fux, Pedro Slim et Karlheinz Weinberger ont laissé voir aux photographes leur curseur, en équilibre entre la vulnérabilité et la force, l’inconscient et le revendiqué, la maîtrise et le lâcher prise. Les contours de leur être.

Scoutés dans la rue, les jeunes mexicains qui posent pour Pedro Slim dans les années 2000 sont de beaux indifférents aux corps doux et lisses sur lequel tout glisse, à commencer par la lumière et le regard du photographe. Le grain de leur peau, intacte, pleinement biologique, et celui du tirage argentique, les placent précautionneusement hors du temps, comme de silencieuses idoles, virtuellement offertes à toutes les prières.

Les clubbeurs berlinois d’Andreas Fux ont fait, eux, de leur corps un temple. Un temple où on s’amuse bien, et soigneusement orné pour honorer son/ses dieu(x) : sexe, douleur, éveil de la conscience. Mais aussi un temple de rituels et de chemins de croix, de labyrinthes et d’initiations. Un temple fait pour se recueillir, dans la lumière blanche et radieuse du studio photo. Se marquer, se tatouer, c’est renaître. Aller à l’encontre d’un corps donné pour parfait, et se l’approprier, le marquer de sa présence par l’affirmation, “Ceci est mon corps”.

“La marque est une limite symbolique dessinée sur la peau, elle fixe une butée dans la recherche de signification et d’identité. Elle est une sorte de signature de soi par laquelle l’individu s’affirme dans une identité choisie. A défaut d’exercer un contrôle sur son existence, le corps est un objet à portée de main sur lequel la souveraineté personnelle est presque sans entraves. La marque corporelle traduit la nécessité de compléter par une initiative propre un corps insuffisant en lui-même à incarner l’identité personnelle.

Elle a souvent valeur d’une mise au monde.” (In L’identité à fleur de peau, de David Le Breton, sociologue, Libération, 30 mars 2000). La construction d’une identité individuelle et communautaire, c’est ce dont témoigne, avec tendresse et méthode, Karlheinz Weinberger en faisant défiler les loulous suisses des 50’s dans l’appartement qu’il partage avec sa mère. Une jeunesse ostentatoirement rebelle, provoc, stylée,
tatouée, se forgeant une attitude pour entrer dans la vie comme le plongeur dans l’eau depuis le grand plongeon, sous l’oeil fasciné d’un magasinier de Siemens zurichois.

Epidermes fins ou épais, jeunes ou tannés, intacts ou marqués, c’est le mystère sous le drap de Man Ray; à chacun sa propre énigme d’Isidore Ducasse : soi.

INFORMATIONS PRATIQUES
Skin Deep
Du 7 juin au 14 juillet 2018
Galerie Esther Woerdehoff
36 rue Falguière
75015 Paris
mar. – sam. 14h – 18h
http://www.ewgalerie.com
galerie@ewgalerie.com

 

Smoke & Mirrors de Guillaume Zuili, la ballade de l’être et du néant

« L’architecture, c’est, avec des matières brutes, établir des rapports émouvants » (Le Corbusier)

Guillaume Zuili est passé de l’autre côté du miroir aux alouettes. Français résident aux Etats Unis, il a obtenu la nationalité américaine et arpente les rues de Los Angeles en étranger familier, découpant une des villes le plus filmées du monde en particules élémentaires extraites à coups de sténopé et tirées au lith, obtenant ainsi une sensualité brutale, chaude et grainée.

Une réduction alchimique et un retour à la matière d’une réappropriation par désintégration. Les femmes sont des silhouettes, des illustrations, sauf une seule, funambule sur un passage piéton. Les silhouette d’hommes prennent le soleil et parcourent le macadam de rues au vide camusien, écrasées d’une lumière impitoyable. Les voitures sont désaccessoirisées. Tels des fauves, elles règnent sur un territoire fait pour elles. Les corps humains sont morcelés, ici la réduction d’une tête, ici l’abstraction du reste du corps, ici une paire de jambes qui courent. Les murs, les grillages: Los Angeles sait accueillir le vide, et Guillaume Zuili s’est fondu dans cette intimité avec la matière. Les dernières pages du livre proposent des images d’architecture brutaliste, l’indice peut-être d’une lecture à rebours. Le brutalisme est le style d’architecture chouchou de notre époque numérique. Alice Rawsthorn, critique d’architecture, explique ce succès par ce qu’elle appelle la pixellisation du brutalisme: répétition des éléments, absence d’ornements pour des surfaces pures, valorisation du matériau. Pas de chichis. Des matériaux très bon marché. Et de l’éthique. Une réduction à la matière. Et pas n’importe quelle matière: une matière née des amours de l’esthétique et de l’éthique, un moment particulier de l’histoire où « un matériau innovant a été utilisé de manière innovante par des intellectuels innovants dans l’objectif manifeste de résoudre les problèmes des gens ordinaires ». L’esprit dans la matière, littéralement, qui appelle là aussi à la métamorphose. Guillaume Zuili est passé de l’autre côté du miroir aux alouettes. Tel le lapin blanc, il nous entraîne à sa suite, dans les méandres symboliques de ce Los Angeles tellement fictionné qu’il n’en existe que plus, ou que plus, avec le s qui se prononce ou pas c’est au choix, pour une destruction créatrice, une oeuvre au noir: une renaissance.

LIVRE
Smoke and Mirrors
Guillaume Zuili
Préface de Christian Caujolle
Editions Clémentine de la Ferronnière
ISBN – 979-1096575053
48€
http://guillaumezuili.com

EXPOSITIONS A VENIR
• Smoke and Mirrors
Guillaume Zuili
Dans le cadre du festival l’Œil urbain de Corbeil-Essonnes
Du 6 avril au 20 mai 2018
http://loeilurbain.fr
• L.A Chromos

Guillaume Zuili
Du 13 avril au 28 avril 2018
Le Plac’art Photo
12 Rue de l’Éperon
75006 Paris

A LIRE :
Guillaume Zuili, lauréat du Prix Camera Clara exposé chez Clémentine de la Ferronière

Älskling, a self-portrait through the eyes of my lovers : un itinéraire amoureux à la loupe

 « Älskling », ça veut dire « Chéri » en suédois. Tendant le miroir aux yeux des Chimène qui ont traversé sa vie, la suédoise Jenny Rova a repris contact avec tous ses ex, repassant sa vie amoureuse au peigne fin, pour récupérer les images qu’ils ont fait d’elle et permettre de dessiner un portrait diachronique, non seulement de sa personne, mais de la perception de Jenny en tant que sujet, et sujet amoureux, photographié dans l’espace intime où on regarde dans la même direction, c’est à dire dans les yeux l’un de l’autre.

Du premier petit ami au père de son fils, avec qui elle vit actuellement, elle a remonté tous les fils et montré tous les regards, heureux et tristes, en randonnée ou en fête, des photos de sortie de douche ou de caresses érotiques, dans la géométrie variable du regard amoureux. Ils s’appellent Anders, Amir, Jonas, Henning, Étienne, Boran, Johan, Dan, Bruno, et ont, à des périodes différentes de sa vie, regardé Jenny avec amour. Par ce travail sans concession de réappropriation  plastique de la trace de la dialectique amoureuse, elle montre comme ces regards, et celui qu’elle leur portait en retour, les a mutuellement construit. Il faut noter le choix de l’image de couverture, écho au manifeste photographique des surréalistes, posant les yeux fermés et se posant en sujets pages blanches modelables à l’infini du rêve, mais aussi des perceptions de chacun. « Ferme les yeux là deux minutes et pense. Qui vois-tu ? » (André Breton – 7 décembre 1926).

« Älskling, a self-portrait through the eyes of my lovers » vient tout juste de recevoir le Svenska Fotobokspriset/ le prix du livre photo suédois 2018

http://www.jennyrova.net/projects/3/_lskling_a_self-portrait_through_the_eyes_of_my_lovers.html

Corbeau d’Anne Golaz, l’hymne à l’humain

La vie, la mort, les chevaux, les arbres, les vaches et un frère dans une ferme suisse.

Dessins, images et textes (sublimes, d’Antoine Jaccoud) permettent à Anne Golaz de construire un récit de gueule de bois existentielle. Un travail réalisé sur douze ans, enchevêtrant trois générations dans une narration plurielle en trois parties. La ferme familiale, avec père, mère, fils qui a repris les rênes, et soeur qui revient, posant des questions absurdes sur les arbres et les animaux, plante un décor où évolue le personnage du frère, jamais nommé, les personnages sont mis en scène selon les fonctions. Le frère a repris la ferme. Le frère a t’il fait un choix? Le frère subit-il? Le frère est il heureux dans un monde paysan intimement entrelacé aux animaux qu’il aime mais tue, aux arbres qui poussent en même temps que les enfants? Dans un univers sombre d’oeuvre au noir façon Yourcenar, le frère va-t’il prendre racine à la suite du père? La transmission est au coeur du récit familial, mais elle envahit aussi les relations de l’homme à la nature, aux animaux. Que signifie vraiment vivre à leur contact? Y a t’il vraiment une frontière?

« Pousser/tomber. A la naissance des gamins, ils plantent des fruitiers, avec l’idée que tout poussera en même temps. A la mort du père du père, ce sont des pins noirs, qu’ils appellent des sapins. Ils en ajoutent d’autres, lorsque la mère du père suit son mari dans le trou. Ceux-là servent à faire de l’ombre, à protéger la maison, et à l’enfermer aussi, comme derrière une barrière. Mais pour espionner d’en haut la femme du pasteur, ils vont bien aussi. Un jour, les sapins tombent sous la scie, parce qu’il faut faire de la place, ou peut-être pour rien: une lubie, de la mauvaise humeur, un moment comme ça.  »

Travail sélectionné pour les Prix Découverte des Rencontres d’Arles 2018

INFORMATIONS PRATIQUES
Anne Golaz, Corbeau
Livre publié chez MACK
196 pages
23 cm x 29 cm
Publié en septembre 2017
€40.00 £35.00 $45.00
ISBN 978-1-910164-97-6
http://www.mackbooks.co.uk/books/1182-Corbeau.html

Bestiario, les autoportraits en chienne et en cochonne de Gabriela Rivera Lucero

Littéralement

L’artiste chilienne Gabriela Rivera Lucero crée des autoportraits en masques de viscères, qu’elle a créés à l’image des noms d’animaux dont la langue espagnole affuble les femmes pour les dénigrer: chienne, mouche morte, harpie, cochonne, renarde, oiselle.

Les masques sont faits de peaux et d’entrailles de poulets, de porc, de poisson, de vache, qu’elle assemble, coud, agrafe. Les morceaux de chair ont été soit achetés à des bouchers, soit récupérés comme déchets non comestibles. Elle accueille sur son corps la rencontre, commune dans  l’espagnol d’Amérique Latine, des deux avilissements: celui de la femme et celui de l’animal,  dont les restes montrent la consommation carnivore, la dévoration, le mépris. Des créatures privées d’affection, dépouillées de leurs condition, montrées dans toute leur vulnérabilité et leur souffrance.

Végétarienne, féministe, activiste, Gabriela Rivera Lucero travaille entre la performance, la photographie et la sculpture. Elle a cofondé Escuela de Arte Feminista et l’ONG-collectif Teritorio Cultural, espace pluridisciplinaire d’échanges autour des féminismes, de la construction sociale des corps, et de la décolonisation.

http://gabrielarivera.blogspot.fr

Li Hui, silence radieux

La photographe chinoise Li Hui publie son troisième livre, No words from above, où elle déploie une esthétique du silence paisible et sensuelle.

Pas de visages (oui sauf un, certes, mais il n’est ni entier, ni de face), pour briser le réflexe qu’on a de chercher un visage pour le lire, le décrypter . Ici, on devine émotions et sensations par des gestes, des lumières, des positions, libérés, comme soulagés, des mots et des automatismes.

Une communication toute en porosité, en fluidité, où tout est doux et en transition.

Superpositions, double, triple voire quadruple exposition, son imagination est son outil de travail au même titre que son appareil photo.

Peut-être y a t’il de la nostalgie, avec cette palette de couleurs romantiques, mais la nostalgie n’est elle pas le glissement d’une émotion hors de son espace-temps?

Peut-être y a t’il du romantisme, dans les attitudes et les lumières, mais le romantisme aussi, n’est il pas la relation émotionnelle de l’individu à son environnement, et par là, un jeu de reflets et de transposition?

Ce joli livre, qui ouvre notre année 2018, réussit à formuler la double invitation au retrait et au voyage, sans se poser la limite de savoir s’il seront intérieurs ou extérieurs.

INFORMATIONS PRATIQUES
No words from above
Li Hui
72 pages
$35,00
http://huiuh.tictail.com/product/no-word-from-above
http://www.huiuh.com

La Christmas Wishlist de Carine Dolek

Un ami m’a dit qu’il voulait se réconcilier avec son frère pour Noël, parce que ça ferait tellement plaisir à sa mère et que ça ne coûte rien. Cette dame ne saura sûrement jamais que ce bien joli projet est tombé à l’eau car elle a préféré prévoir un Noël en amoureux plutôt qu’avec ses fils fâchés. Quand on n’a pas de réconciliation sous la main, heureusement il reste les cadeaux. Moi j’offre de la bouffe, faire les courses et cuisiner pour les amis, c’est ma définition du bonheur, mais ça ne tient pas sous le sapin.

Je suis un poulpe, de ceux que, pour attendrir, il faut taper dessus. Le seul massage de ma vie qui m’a retourné la peau et fait pleurer de détente, c’est le massage énergétique de Marion chez Qee. J’en ai des frissons rien que d’y penser:

https://qee.fr/rendez-vous/massages/massages-energetiques/massage-energetique/

Les t-shirts de la marque polonaise Pan tu nie stal (et l’ensemble de leur oeuvre)

Plus hipster tu meurs, ils livrent en France et ils sont à partir de 15 euros. Graphisme, qualité, coupe, tout est parfait, et conçu et produit à Łódź, en Pologne. J’ai déjà celui avec la voie lactée, les cassettes vidéo, la tête de Gombrowicz, les tracteurs, le cerf qui tue un chasseur, j’ai repéré celui avec les vinyles, ce sera sûrement le prochain de ma collection.

https://pantuniestal.com/kategoria/dla-pan?tags=koszulki

Le broches plumes et pétales de soie de Indress

Indress

J’en avais une, qui, le temps qu’elle a passé sur mon épaule, a fait un effet boeuf, avant de disparaître. Je ne sais pas où elle est aujourd’hui, mais si j’en trouve une (vert d’eau ou bleu pâle, merci) sous mon sapin, j’épouse le Père Noël.

http://www.indress.net/2017/collection25.html

La chassagnette

Le Potager, La Chassagnette

Tous les ans à Arles je rêve d’aller à la Chassagnette. Tous les ans j’en parle, tous les ans je tente vaguement de réserver, tous les ans on est submergés et on n’a pas le temps d’aller en dehors de la ville dans le domaine d’Armand Arnal qui fait la part belle aux légumes et à la production croisée. On peut même choisir sa date de réservation en fonction de la période de récolte de ce qu’on aime manger! Je ne perd pas espoir. Un jour, on va y arriver.

http://www.chassagnette.fr/fr/

Auguste Derrière

Auguste Derrière

Parce qu’Ericka a déjà parlé du tampographe Sardon dont j’ai moi aussi quelques pièces merveilleusement satisfaisantes. Mais il y a aussi Auguste Derrière. En plaque de métal ou en carte postale, comment résister à Arlette à Malibu, aux Thés au riz Ducon-Plot, ou aux poster I feel gourde ou Triplan, Douilles? Hein? Comment?

http://www.augustederriereboutique.fr

Les livres et les tirages: de l’a-beau-rdable, que diable!

Exposition de Flore, Sanary

Un petit tirage de Flore, est plus petit qu’un smartphone, et c’est un condensé de beauté et de délicatesse, tiré à la main, viré à l’or, le précieux de poche qu’on met au mur juste pour ne plus le quitter des yeux.

http://www.flore.ws/photographies/

Le livres de Pierre Bessard

Collection Zine / Pierre Bessard

A chaque nouveau livre, il faut se dépêcher d’acheter avant que ce soit sold out. Pierre est un éditeur qui a su rendre fous tout un cercle de collectionneurs bibliophiles en éditant des livres sans concessions façon haute couture. La collection des Zine, des livres format léger avec un tirage signé, réunissant par exemple Fontcuberta, Cristina de Middel et des pépites de la scène chinoise, à partir de 36 euros avec un tirage signé, est un must have qui rend accro.

https://www.editionsbessard.com

Les livres des italiens Discipula

The Looking Game

Discipula est un collectif qui expose et édite. Ils prêtent une attention particulière à l’action de regarder, en tant qu’acte conscientisé et politique, avec par exemple le fondamental « The looking game« , créant des liens entre un serial killer photographe et un critique d’art dont il a emprunté le nom et qui a écrit « Ways of seeing« , ou « At home he feels like a tourist« , relecture de photos trouvées anonymes américaines, tendant le fil entre narration privée et publique.
A partir de 18 euros.
https://discipulaeditions.com

La vente de Noel de la Backside Gallery

Ërell et Aakash Nihalani / Backside Gallery

Pour les marseillais amateurs de street art ou post graffiti, à partir du 9 décembre au 20 décembre : des oeuvres à 150 euros max, pas de réservation, pas de vernissage, premier payé premier servi.

Backside Gallery
88 Rue de l’Évêché
13002 Marseille
https://www.facebook.com/events/1899529296727443/
http://www.backsidegallery.com

Roman Photo, l’expo qui joue la carte du tendre

Cet hiver, le Mucem rend hommage au roman photo, un genre aussi riche que méprisé, que les commissaires Frédérique Deschamps et Marie-Charlotte Calafat ont déployé en 300 objets, avec soin et dans ses plus belles et étonnantes ramifications à travers les jolies salles du musée aux moucharabieh. Né en 1947 en Italie, marketé pour les femmes, que la guerre avait rendues visibles, actives et consommatrices, le roman photo devient vite une manne aux millions de lecteurs et lectrices, le plus gros succès éditorial d’après guerre. Chaque numéro est lu par plusieurs personnes, le propriétaire ayant souvent la base idée d’annoter son exemplaire de son prénom.

Aujourd’hui encore, Nous Deux tire à 350 000 exemplaires par semaine! Aujourd’hui encore, Nous Deux existe, et c’est bien par ce constat qu’a germé l’idée de l’exposition dans l’esprit de Frédérique Deschamps qui, alors iconographe chez Mondadori, est tombée sur une pile de Nous Deux allant à la benne. « Ça existe encore ». Et a commencé à mener son enquête, entre le vide de l’archivage (les exemplaires sont rarement conservés) et le trésor du fonds Mondadori, constitué de milliers de négatifs.

Le roman photo, canal historique…

L’exposition est articulée en deux parties. D’abord le roman photo sentimental, depuis les cartes postales du 19e siècle, à Nous Deux. Bluette simpliste, comme il est facile de le juger aujourd’hui, le roman photo est surtout un media vernaculaire de la réalité de la vie des foyers, et aborde les thèmes des divorces (impossibles), de la paternité (problématique), des amours contrariées (cf divorce impossible), de l’avortement (cf divorce impossible). Les rebondissements sont rocambolesques, mais tout reste politiquement correct. Les problèmes se résolvent magiquement, la réalité se plie, les femmes gagnent toujours à la fin. Si l’époque défile en fond, c’est le premier plan, comme pour les photos simplifiées jusqu’à la vignette, qui importe. Le roman photo emporte dans son sillage Johnny (qui a fait la une de Nous Deux avec le roman photo dont il était le héros, résultat, un retirage de 100000 exemplaires supplémentaires tous les deux jours qui ont suivi la parution), à Gina Lollobrigida, Hugh Grant (qui a commencé dans le seul magazine de roman photos britannique), Sacha Distel, Vittorio Gassman… Dans les années 60, 1 français sur 3 lit des romans photo.

Le roman photo italien conquiert le monde: Turquie, Mexique, Afrique du Nord, Afrique du Sud, Grèce, Brésil, et les esprits: même les communistes italiens, après l’avoir condamné, finiront par en faire aussi. Le pape condamne par bulle, et il n’y a, aux dernières nouvelles, toujours pas de roman photo au Vatican. Le roman photo semble par ailleurs avoir prospéré dans les pays de culture catholique et être tombé à plat chez les anglo-saxon. S’il est exposé au Mucem, c’est aussi parce qu’il a essaimé dans tout le bassin méditerranéen. Les commissaires l’expliquent par, ce n’est qu’une piste, la proximité du catholicisme avec la narration par l’image, contrairement au protestantisme. Et comment lutter contre la télévision, qui était déjà implantée dans les foyers américains?

Le roman photo italien conquiert le monde: Turquie, Mexique, Afrique du Nord, Afrique du Sud, Grèce, Brésil, et les esprits: même les communistes italiens, après l’avoir condamné, finiront par en faire aussi. Le pape condamne par bulle, et il n’y a, aux dernières nouvelles, toujours pas de roman photo au Vatican. Le roman photo semble par ailleurs avoir prospéré dans les pays de culture catholique et être tombé à plat chez les anglo-saxon. S’il est exposé au Mucem, c’est aussi parce qu’il a essaimé dans tout le bassin méditerranéen. Les commissaires l’expliquent par, ce n’est qu’une piste, la proximité du catholicisme avec la narration par l’image, contrairement au protestantisme. Et comment lutter contre la télévision, qui était déjà implantée dans les foyers américains?

Et déclinaisons à tous les parfums
Oui. Tous.

Dans la seconde partie de l’exposition, on découvre les yeux écarquillés la suite de la vie du roman photo,  une vie en parallèle des couvertures de baisers glacés. Et non, il n’a pas eu froid aux yeux questions collabs. On découvre Killing, héros sadique déguisé en squelette qui torture et tue ses victimes, évidemment des femmes en sous vêtements, et qui a eu un succès phénoménal chez les argentins, qui ont publié des suites, et chez les turcs, qui en ont fait des films. Le roman photo a des déclinaisons nudistes (Redonne son chandelier au châtelain ! Demande-t-elle à homme en slip qu’elle a ligoté à un arbre…), érotiques (Supersex, extra-terrestre obsédé par le sexe et interprété par le « parrain » de Rocco Siffredi), préventives (oh oui, les campagnes de prévention du sida des années 80 sont là), satiriques, avec Fluide Glacial, Hara Kiri, Choron, Coluche, et l’excellente idée de montrer la parodie des Nuls, Nous Quatre! Gyu Debord et les situationnistes sont passés par là, Duane Michals, la compagnie Royal De Luxe et Chris Marker aussi. Le roman photo, la narration par vignettes, le roman de la bluette, a préfiguré sans y toucher notre fameuse civilisation de l’image et n’a rien à envier aux stories Instagram.

INFORMATIONS PRATIQUES
Roman Photo
Du 13 décembre 2017 au 3 avril 2018
Le MUCEM
Esplanade du J4
13002 Marseille
http://mucem.org

Ferhat Bouda, le berbère errant

Ferhat Bouda sillonne et photographie le territoire berbère depuis des années. Une petite partie de son travail vient d’être exposée à Visa pour l’Image.

© Ferhat Bouda

Le cahier n°6 de Zoème sur Ferhat Bouda, c’est un aperçu en 64 pages de ses notes et de son travail préparatoire entre 2003 et 2016. Croquis, citations, notes, on suit du bout des doigts l’armature de ses images, un travail de toute une vie sur les Berbères, dont l’identité est menacée par l’arabisation et l’assimilation, tout comme on le suit arpenter indéfiniment un territoire immense, qui semble refléter le gouffre de ce qu’on appelle le patrimoine immatériel, coincé entre culture orale et charpie politique. Patrimoine immatériel dans lequel nous sommes si nombreux à essayer de nous frayer un chemin.

© Ferhat Bouda

http://zoeme.net/editions/livres/cahier-n-6/
http://www.bouda-photographie.com

Sélection de Livres Photo par les libraires : Le choix de Soraya Amrane (Zoème)

Ce mois-ci, nous vous proposons chaque semaine, le choix du libraire. Ouvrages coup de coeur, les immanquables à avoir absolument dans sa bibliothèque, idées cadeaux pour Noël ? … Aujourd’hui, c’est Soraya Amrane de la librairie-galerie Zoème basée à Marseille, de nous confier un (tout) petit choix réalisé à l’improviste.

Dorica Castra, Mathieu Pernot
Editions Filigranes

Mathieu Pernot comme Filigranes sont deux de mes incontournables, je travaille avec Patrick Le Bescont qui est un ami depuis très longtemps, et j’avais exposé les Gorgan de Mathieu Pernot en Hors les murs de Marseille 2013 et sa série sur les migrants en 2012. Ce travail sur les cartes postales, ce livre objet, est un puzzle paysager constitué de 350 cartes postales de vues aériennes de l’entreprise LAPIE. Leur assemblage crée une carte imaginaire de la France des années 1950 – 1960, en 12 morceaux qu’on peut assembler sur 2mètres carrés. Il avait déjà travaillé sur la carte postale, sur les immeubles des années 70 dynamités, c’est « Le grand ensemble », aux éditions du Point du Jour.

http://www.filigranes.com/livre/dorica-castra/

The Hunt, Alvaro Laiz
Dewi Lewis Publishing

© Alvaro Laiz / The Hunt

Là c’est un livre du photographe Alvaro Laiz avec l’éditeur anglais Dewi Lewis, le sujet est assez commun, c’est le fantasme qu’on a un peu des pays éloignés, la Sibérie, la chasse, le monde obscur, les endroits comme ça reculés, sauvages, c’est un lieu commun en photographie comme en littérature, mais ici c’est traité d’une manière assez délicate, pas du tout pompeuse, avec un papier très délicat aussi, la maquette est très belle, les images ne sont pas ostentatoires mais le récit qu’il se fait m’intéresse.

https://www.dewilewis.com/products/the-hunt

Sleeping by the Mississippi, Alec Soth
Mack Books

© Alex Soth

Alec Soth c’est un monument, son dernier livre est magnifique, le titre même est très beau. La maison d’éditions, Mac Books, font des livres qui sont certes un peu chers, mais pas très chers non plus pour ce que c’est. J’aurai du mal à dire ce qui me touche chez lui, mais je suis très sensible au travail d’avec Soth.

http://www.mackbooks.co.uk/books/1180-Sleeping-by-the-Mississippi.html

Cahiers 2001-2016, Ferhat Bouda
Zoème/Filigranes

© Ferhat Bouda

Celui là c’est facile ça fait un an que je bosse dessus! La collection cahiers Ferhat Bouda numéro 6, une collection que j’ai entamée il y a pas mal d’années avec Arja Hyytiäinen une photographe finlandaise, notre cahier numéro 1. Ferhat Bouda est un photographe berbère allemand. C’est un carnet de 2003 à 2016, avec ses archives  éditées et retravaillées, pour raconter son travail en 64 pages, dans l’esprit des carnets moleskines, avec les coutures singer, avec un carton (sauf qu’on a triché en rajoutant un centimètre de large).

© Ferhat Bouda

Le moleskine, pour moi c’est le cahier privilégié des photographes qui écrivent, même si le numérique a pris de la place et que les photographes sont moins enclins à écrire sur des cahiers, car le numérique ne le permet pas, ce n’est pas la même manière, pas la même histoire. Je l’avais repéré quand il était venu faire un workshop chez moi à l’Atelier de Visu il y a des années. Il travaille au long cours sur la diaspora berbère, sur ces tribus qui disparaissent petit à petit avec leurs traditions et leurs cultures, comme pas mal de tribus partout dans le monde avec la mondialisation qui est en train de niveler tout vers le bas. Donc on a aussi ses dessins, et des gens qui marchent, il y a beaucoup de gens qui marchent dans ce petit livre. Lui, c’est un gros marcheur, puisque c’est un photographe de terrain, qui a été en Libye pendant la guerre, par exemple. Il marche beaucoup, c’est vraiment le photographe traditionnel avec son sac à dos, avec ses appareils, qui dort n’importe où. C’est pour ça que le petit logo, sur la couverture, c’est des hommes qui marchent, car ces personnages qu’on trouve à l’intérieur sont des reflets de lui-même, il photographie les gens qui marchent, un peu comme lui, un peu partout. J’en dis pas plus, il y en aurait trop à dire.

http://www.filigranes.com/livre/ferhat-bouda/

INFORMATIONS PRATIQUES
ZOÈME
8, rue vian
13006, Marseille
http://zoeme.net
https://www.facebook.com/zoemeasso/

A LIRE : Notre rencontre avec Soraya Amrane, Ouverture de la librairie-Galerie Zoème.