Tous les articles par Glwadys Le Moulnier

Glwadys Le Moulnier : Photographe indépendante aux multiples casquettes, elle vogue après un master en Photographie et Art Contemporain entre photographie corporate, photographie plasticienne, technicienne pour des photomatons vintage et voyages. Installée à Bordeaux depuis près de deux ans elle partage ses expériences entre conseils aux entrepreneurs et recherches photographiques personnelles sur les processus de construction identitaires. http://glwadyslemoulnier.com

#PFP / 5 photographes de la FSA : Marion Post Wolcott

Pour ce premier cycle dans la découverte des grandes photographes qui ont fait l’histoire, Glwadys Le Moulinier s’est intéressée à cinq photographes de la Farm Security Administration. Après Dorothea Lange et Louise Rosskam, aujourd’hui nous nous arrêtons sur Marion Post Wolcott.

La Grande Dépression, également appelée la crise économique des années 30 est la période qui s’étend du krach boursier de 1929 à la seconde guerre mondiale. La période que j’ai choisie de traiter débute en 1935. Le ministère de l’agriculture forme, sous la direction de Roy Stryker, la Farm Security Administration. Il est alors consulté en tant que « spécialiste en information visuelle ».  Il travail le temps d’un été à l’issue duquel il propose l’édition d’un livre sur lequel il travaillera tout l’hiver qui suit. Cette mission qui finira par se poursuivre pendant huit ans.

« Chacun d’entre nous a été engagé non seulement pour les qualités qu’il possède, mais aussi pour son engagement, sa compassion au regard de la vie difficile contre laquelle tant de gens se débattent » Edwin Rosskam

MARION POST WOLCOTT – 7 juin 1910, Montclair – 24 novembre 1990, Santa Barbara

Marion Post Walcott © Marie Turner/Library of Congress

Assez peu de détails sur la vie de Marion Post Wolcott (MPW) . Cependant nous savons qu’elle passe sa jeunesse en Europe, à Vienne précisément. Elle est élevée en pension après le divorce de ses parents. Elle étudie à la New School for Social Research à l’université de New York puis à l’Université de Vienne. Diplômée en 1932, elle retourne à New-York où elle poursuit sa carrière de photographe freelance. La photographe travaille pour Life, Fortune et divers magazines. Elle intègre l’équipe de photographes du Philadelphia evening Bulletin en 1937 jusqu’à ce que Paul Strand la recommande à Roy Stryker de la Farm Security Administration. Elle y travaillera entre 1938 et 1942.

Wolcott est « une sociologue avec un appareil photo » – Ansel Adams

A cause de son arrivée tardive dans le programme elle sera souvent envoyée sur le terrain pour compléter des projets déjà commencés par d’autres.

Elle travaille donc sur un ensemble de sujets variés. Durant cette période elle documente notamment l’industrie du tabac. Son travail nous offre une vision très complète de l’ensemble du processus de production. Le tabac est classé, attaché, apporté sur le marché pour être vendu. De là, le tabac est examiné par les vendeurs avant sa vente final. A chaque étape, c’est à la fois une chaîne de production qui est mis en avant mais aussi les interactions entre les différents acteurs de ce marché. Finalement, par extension, ses photographies deviennent un témoignage de la ségrégation raciale dans le milieu très particulier du commerce du tabac dans les années 40.

Après cela

Marion Post Wolcott met entre parenthèse sa carrière de photographe pour se consacrer à sa famille. Elle ne photographie que périodiquement lors de voyages en Iran, au Pakistan, en Egypte et au Nouveau-Mexique, et ce jusqu’en 1968. Après cela, elle partagera son temps entre la pratique de la photographie comme freelance en Californie et l’exposition de ses travaux. Elle a reçu le Dorothea Lange Award pour l’ensemble de sa carrière.

Découvrir la série de la FSA :

• Edito
• Dorothea Lange
• Louise Rosskam
• Photo: Rothstein, Arthur, 1915-1985, photographer

#PFP / 5 photographes de la Farm Security Administration : Louise Rosskam

Les cinq photographes dont j’explorerais le travail ici sont : Dorothea Lange, Louise Rosskam, Marion Post Wolcott, Marjory Collins et Esther Bubley.

Comme je l’annonçais dans mon précédent édito, je me lance dans la découverte des grandes photographes qui ont fait l’histoire.

J’ai bien pensé à suivre une chronologie, mais l’idée même de la rigueur que ça allait me demander m’a profondément ennuyé. C’est certes un exercice, mais en terme de méthode, disons-le, je vais là où mon cœur m’emmène. Et ou m’a emmené mon cœur pour ce premier cycle ? … Aux USA ! Disons, que j’ai un faible pour la photographie américaine.

La Grande Dépression, également appelée la crise économique des années 30 est la période qui s’étend du krach boursier de 1929 à la seconde guerre mondiale. La période que j’ai choisie de traiter débute en 1935. Le ministère de l’agriculture forme, sous la direction de Roy Stryker, la Farm Security Administration. Il est alors consulté en tant que « spécialiste en information visuelle ».  Il travail le temps d’un été à l’issue duquel il propose l’édition d’un livre sur lequel il travaillera tout l’hiver qui suit. Cette mission qui finira par se poursuivre pendant huit ans.

« Chacun d’entre nous a été engagé non seulement pour les qualités qu’il possède, mais aussi pour son engagement, sa compassion au regard de la vie difficile contre laquelle tant de gens se débattent » Edwin Rosskam

LOUISE ROSSKAM – 27 mars 1910, Philadelphia, Pennsylvanie – 1er avril 2003, New Jersey

Née Leah Rosenbaum, elle née en 1910 au sein d’un famille juive hongroise aisée de Philadelphie. Durant la Grande Dépression la famille est ruinée. Elle est diplomée en sciences, seul cours alors ouvert aux femmes. Son genre est aussi un obstacle lorsqu’elle cherche un travail de microbiologiste. Elle intègre les cercles de Greenwich Village grâce à Edwin Rosskam qu’elle épouse en 1936.

Elle travaillera dans un premier temps de façon cachée pour Philadelphia record. Le journal souhaite engager uniquement Edwin. Pour permettre à Louise de travailler, il va faire passer son salaire dans les frais de déplacement. On peut donc en déduire qu’une partie de son travail en début de carrière est attribué à Edwin.

Les années 30

Les Rosskam sont connus pour avoir travaillé main dans la main pendant 40 ans. En 1938, ils débutent la réalisation de leur premier livre de photographie documentaire. San Francisco : West Coast Metropolis est publié en 1939. Bien qu’Edwin reconnaisse la participation active de Louise qui a fait « tout le sale boulot », à aucun moment son nom n’apparaît sur la couverture. Injustice qui se poursuivra sur les prochains livres, notamment celui réalisé à partir des images prise pour la FSA, Washington Nerve.

De son coté, Louise Rosskam réalise un livre sur les enfants issus de familles riches, des hommes d’affaire et des chefs d’état. Certains sont publiés dans le New-York Times.

« J’ai développé une technique où j’utilise trois flash pour un portrait, ce qui fige les visages. Ils étaient horribles. Mais (les éditeurs) les ont adorés. »

Les années 40

En 1940, elle se rend en Nouvelle-Angleterre pour réaliser des clichés des petites villes de campagne. Stryker réquisitionne ce travail pour les dossiers de la FSA. Ils inclueront également son travail de voisinage à Washington D.C. Les photos aux alentours du magasin Shulman notamment représentent un de ces rares lieux ou la mixité ethnique est possible.

A l’automne 1943, Louise, Edwin et Stryker travaillent pour la Standard Oil Company of New Jersey à la réalisation d’un reportage sur les personnes travaillant dans l’industrie petrolière aux Etats-Unis. Bien que génés par le statut du commenditaire, ils acceptèrent néanmoins, séduits par la liberté d’action et l’égalité de traitement salarial entre Louise et Edwin. La photographe est embauchée en son nom propre, en tant que photographe à l’égal de son mari.

« Elle était une de ces photographes documentaire pour qui les gens et le travail étaient tellement plus importants que son nom ou sa carrière (…) Elle s’effacait le plus possible.  » Ms Katzman pour le New York Time

Aujourd’hui un grand nombre de photographies sont entré dans le domaine public accessibles sur le site de la Library of Congress ici: http://www.loc.gov/pictures/search/?q=louise+rosskam&sp=1&st=gallery

Louise et Edwin sont également connu pour avoir photographié Porto Rico. Ils réalisèrent un livre signé « The Rosskams« . L’ensemble traite des conditions de vie des fermiers dans les plantations de café, de tabac et de canne à sucre sur l’île. Louise se rapprochera de Luis Muñoz Marín à la tête du parti populaire démocrate dont elle partage les valeurs et le programme de reconstruction et d’amélioration des conditions de vie des personnes pauvres. Elle quittera à regret l’île en 1953.

Les années 50-70

Après cela, la photographe se spécialisera en photographie d’enfants et enseigne la science et ce, jusque dans les années 60. Vers 1967/68 elle s’investit avec Edwin dans le New Jersey Migrant Program mais suspendra ses activités jusqu’au milieu des années 80 lorsqu’Edwin se sait atteint d’un cancer des poumons.

Après fin 80

Son dernier projet majeur dans les années 90 montre des granges abandonnées dans le New Jersey. Son approche est plus artistique. La photographie lui permet alors d’exprimer métaphoriquement son sentiment de perte et de solitude tout en rendant hommage à la vie agricole.

Elle meurt le 1er avril 2003 dans le New Jersey à l’âge de 93 ans.

Le WAC : 198 120 062 017 par Thomas Déjeammes

Thomas Déjeammes est écrivain et photographe, issu du milieu de la poésie et de la performance. Il mène un travail d’écriture où l’oralité prend une part importante. Il crée en 2007 la maison d’éditions, les éditions [o]. En 2008 il met en voix ces textes dans ce qu’il appelle desperfomo(t)sonances, formes de lectures en rapport avec la musique électro-acoustique et électronique puis à partir de 2012 au sein du duo d’expérimentateurs sonore et visuel KRAUMS NOTHO. Son travail d’écriture prend de multiples formes, il déborde de la page pour confronter l’écriture à divers supports et médiums comme les murs, la photographie, la vidéo…

Dans le cadre du Week-end de l’Art Contemporain, l’artiste Thomas Déjeammes présentera une lecture performée le samedi 30 septembre à 18h à la galerie du Rezdechaussée.

L’exposition de Thomas Déjeammes figure sur 2 propositions de parcours : celui d’Elise Girardot mais aussi celui de Barbier & Merchadou.

En plus

Vivez l’expérience d’un diner monochrome autour du noir,  avec Thomas Déjeammes le mercredi 4 octobre, un hommage à Perec.
Cette proposition s’inscrit dans le projet Table d’hôtes de Rezdechaussée.
Nombre de places limité à 15 personnes, réservation demandée par tel au 06 64 61 88 87 ou par mail christine@rezdechaussée.org.
Tarif, 30 euros, hors boisson.

« Pendant les dix années où sa santé fut suffisante pour lui permettre de continuer à recevoir, Madame Moreau donna environ un dîner par mois. Le premier fut un repas jaune : gougères à la bourguignonne, quenelles de brochet hollandaise, salmis de caille au safran, salade de maïs, sorbets de citron et de goyave accompagnés de xérès, de Château-Chalon, de Châteaux Carbonnieux et de punch glacé au Sauternes. Le dernier, en 1970, fut un repas noir servi dans des assiettes d’ardoise polie ; il comportait évidemment du caviar, mais aussi des calmars à la tarragonaise, une selle de marcassin Cumberland, une salade de truffes et une charlotte aux myrtilles ; les boissons de cet ultime repas furent difficiles à choisir : le caviar fut servi avec de la vodka versée dans des gobelets de basalte et le calmar avec un vin raisiné d’un rouge effectivement très sombre, mais pour la selle de marcassin, le maître d’hôtel fit passer deux bouteilles de Château-Ducru-Beaucaillou 1955 transvasées pour la circonstance dans des décanteurs en cristal de Bohême ayant toute la noirceur requise. « 

INFORMATIONS PRATIQUES
Thomas Déjeammes
Exposition du 14 septembre au 7 octobre 2017
Performance le samedi 30 septembre 2017
Dans le Cadre du WAC (Week-end de l’Art Contemporain)
La galerie du Rezdechaussée
66 rue Notre Dame
33000 Bordeaux
http://rezdechaussee.org
https://wacbordeaux.com/

Le WAC : Julie Chaffort présente Les cowboys à l’espace Continuum

Dans le film “Les Cowboys”, Julie Chaffort a défini un rythme, lent, celui du temps qui s’étire dans la torpeur d’un soleil accablant de désert américain, et celui, aussi, de la vie quotidienne des personnes handicapées qu’elle filme.

En créant un cadre très ouvert, où chacun joue son propre personnage, seul ou à plusieurs, la réalisatrice permet à la vraie vie de ses acteurs de rentrer dans le film. Ses personnages sont eux-mêmes et en même temps autres. Ils se prêtent, avec bonheur, au travestissement, incarnant ces cowboys et cowgirls qu’ils ont peut-être rêvé d’être. Et ce qu’ils insufflent de leur vie propre à leur personnage, si décalé de ce que l’on pourrait attendre de « véritables » faux cowboys (puisqu’on ne les connaît, souvent, que par le cinéma), paraît soudain si juste.

La vie est là, dans son humanité la plus évidente. La cohabitation pacifique avec les chevaux, que l’on voit se frotter, se humer, galoper à côté, renforce le sentiment que l’on assiste, dans “Les Cowboys”, à une vision de l’essence de l’être animal, futur de l’homme.

LES COWBOYS, 2016 Film – 30 min – HD – Pal – 16/9 – France Réalisé dans le cadre du programme « Ecriture de lumière » initié par le FRAC Aquitaine et dans le cadre du Prix du Pavillon / Jeune Création. Production : Est Ensemble & Pollen, artistes en résidence

L’artiste présentera également
– Hot-Dog – film, 47 min, 2013
– Pas un bruit, film, 22 min, 2014
– La barque silencieuse – film, 32 min, 2015

 

Julie Chaffort: Diplômée de l’EBABX (École d’Enseignement Supérieur d’Art de Bordeaux) et de la Werner Herzog’s Rogue Film School de New-York, l’artiste Julie Chaffort capture et joue de l’immensité et de la vacuité des territoires. C’est là qu’elle perd ses personnages étranges, qui semblent eux-mêmes déjà partis dans d’autres sphères de la conscience, épuisés par la répétition de gestes voués à l’absurdité face à l’immuabilité et la vacuité du paysage. Contemplation. Doux cauchemars, violentes rêveries. Méditation.

INFORMATIONS PRATIQUES
Julie Chaffort
Diffusion en boucle durant les heures d’ouverture : Vendredi 29 11h-22h, samedi 30 11h à 18h, dimanche 1er 11h à 18h également).
Espace Continuum. “Annexe b”
1 rue Jean Artus
33300 Bordeaux
https://wacbordeaux.com/

#PFP / 5 photographes de la Farm Security Administration : Dorothea Lange

Comme je l’annonçais dans mon précédent édito, je me lance dans la découverte des grandes photographes qui ont fait l’histoire. J’ai bien pensé à suivre une chronologie, mais l’idée même de la rigueur que ça allait me demander m’a profondément ennuyé. C’est certes un exercice, mais en terme de méthode, disons-le, je vais là où mon cœur m’emmène. Et ou m’a emmené mon cœur pour ce premier cycle ? … Aux USA ! Disons, que j’ai un faible pour la photographie américaine.

La Grande Dépression, également appelée la crise économique des années 30 est la période qui s’étend du krach boursier de 1929 à la seconde guerre mondiale. La période que j’ai choisie de traiter débute en 1935 lorsque le ministère de l’agriculture forme, sous la direction de Roy Stryker, la Farm Security Administration. Il est alors consulté en tant que « spécialiste en information visuelle » le temps d’un été, à l’issue duquel il propose l’édition d’un livre sur lequel il travaillera tout l’hiver qui suit. Mission qui finira par se poursuivre pendant huit ans.

Les cinq photographes dont j’explorerais le travail ici sont : Dorothea Lange, Louise Rosskam, Marion Post Wolcott, Marjory Collins et Esther Bubley.

« Chacun d’entre nous a été engagé non seulement pour les qualités qu’il possède, mais aussi pour son engagement, sa compassion au regard de la vie difficile contre laquelle tant de gens se débattent » Edwin Rosskam

DOROTHEA LANGE – 26 mai 1895, Hoboken – 11 octobre 1965, San Francisco

Dorothea Lange débute sa carrière de photographe à New York mais elle s’installe rapidement à San Francisco (1918). Elle y ouvre un studio de portrait. La Grande dépression déclenchera le début de son travail dans la rue. Elle photographie les sans abris et attire bientôt l’attention de la Resettlment Administration (future FSA) et publie ses images dans le San Francisco News. Les photographies qu’elle réalise alors sont la propriété de l’état, cela contribuera a leur diffusion rapide faisant de Dorothea Lange l’une des plus grandes photographes de l’entre deux guerres.

« C’était une révélation… ce que cette femme était en train de faire » Walker Evans

Dorothea Lange est familière du travail sur les populations de migrants, et ce bien avant de travailler pour la FSA. C’est d’ailleurs après avoir vu ses photos illustrant le rapport de Paul S. Taylor « Notes on the field » que Strycker l’engage. Elle travaillera pour la FSA de manière sporadique entre 1935 et 1939, alternant des periodes d’absence avec des commandes spécifiques.

Par son travail elle démontre que les répercussions des catastrophes économiques s’étendent bien au-delà des frontières élevant la question des phénomènes de migration à une échelle nationale.

« Cela a secoué les gens de leurs propres racines… c’était quelque chose jusqu’alors passé inapercu. » Dorothea Lange

Sont appelés migrants toute une part de la population nord américaine, essentiellement rurale victime de la crise. Ils sont agriculteurs et la sécheresse les empêche d’effectuer leur récoltes ce qui a pour conséquence une énorme crise de l’emploi. Les chômeurs errent dans les villes ou se retrouvent sur les routes à la recherche de petits travaux a effectuer pour survivre.

FOCUS SUR : Premier programme de réhabilitation coloniale rurale (First rural rehabilitation Colonist)

En 1935, le président Roosvelt propose, dans le cadre du New Deal,  une terre fertile à 203 familles originaires du Minnesota, du Michigan et du Wisconsin, trois états extrêmement touchés par la crise. Cette terre se situe en Alaska dans la vallée de Matanuska. En échange, ces familles s’engagent à développer ces terres pour les futures générations. Ce programme prévoit également la construction d’habitations et un programme de « stimulation économique » censé apporter du travail aux chômeurs.

Dorothea Lange embarque un 1er mai à bord du St Mihiel, énorme bateau à vapeur avec 67 familles en direction de l’Alaska. A cette période, elle travaille également pour la section californienne de la Rural Rehabilitation et documente la vie de familles déplacées à de nombreuses reprises dans des destinations lointaines et inconnues pour elles. Elle décide alors de réaliser un album de 90 photographies dans lequel elle réalisa entièrement la mise en page et les textes.

La FSA possède aujourd’hui 841 négatifs allant de la période de 1935 à 1939 sur le sujet de l’exode, dont elle tirera le titre de son ouvrage en 1939 « An American Exodus »

L’après…

Après 1942, Dorothea Lange est recrutée par une agence gouvernementale. La commande consistait à réaliser un reportage sur les conditions de vie en camp d’un groupe de personnes d’origine japonaise, après Pearl Harbor. Au départ le documentaire aurait dû être une démonstration des bonnes conditions de vie dans le camp. Il se trouve que le résultat fut tout l’inverse et les photos sont censurées par l’administration Roosvelt. Ce n’est qu’en 2006 que les photographies sont publiées dans l’ouvrage Impounded : Dorothea Lange and censored images of Japanese American Internment.


L’Oakland Museum of California a exposé jusqu’au 27 août dernier, les photographies de Dorothea Lange au travers de l’exposition intitulée « Politics of Seeing ».
http://museumca.org/exhibit/dorothea-lange-politics-seeing

Révélation à la Maison Guerlain : Rencontre avec Valérie Belin

Plus que quelques jours pour visiter l’exposition de photographie à la Maison Guerlain du 68 avenue des Champs Elysées. Cette année c’est l’artiste Valérie Belin qui s’est vue offrir une « carte blanche » pour évoquer la marque sur le thème retenu « Les femmes vu par les femmes: Révélation ». Rencontre avec l’artiste française.

Glwadys Le Moulnier : Depuis quelques années, la Maison Guerlain invite des plasticiens internationaux et leur donne « carte blanche » pour réinterpréter la marque de luxe. Cette année, vous en êtes l’invitée dans le cadre d’une exposition consacrée aux femmes photographes. Comment vous êtes-vous inscrite dans cette proposition?

Valérie Belin : J’ai décomposé la thématique en deux parties « femme vues » et « vues par les femmes ». « Femmes vue » tout d’abord: j’évoque pour imager cette notion la star de cinéma qui descend le tapis rouge au Festival de Cannes et que l’on regarde comme un objet de désir. Puis il y a la femme « vue par les femmes » . Là c’est un autre versant du thème : « qu’y a-t-il dans l’esprit de cette femme, dans sa psyché ? ». A quoi pensent-elles quand elles descendent ces marches du Festival de Cannes ? Par quoi sont-elles habitées? Ce qui m’intéresse, c’est cette double dimension du regard. Le regard extérieur sur la femme et le regard intérieur de la femme sur elle-même. Cette ambiguïté, cette mise en porte à faux du thème était intéressante. J’ai introduit le trouble de la même façon que je le fais dans les séries que j’ai pu réaliser autour du mannequin de vitrine, du modèle d’agence, des sosies de Mickaël Jackson ou de la danseuse du Lido. Ce sont déjà des images, et moi je photographie des images. Ces personnes sont destinées à faire image devant nous, mon travail consiste à déconstruire le cliché.

G. L. M. : L’Oeuvre que vous avez créée spécialement pour cette exposition s’appelle Liberty. Ce titre fait écho à la liberté de ton qui habite vos précédents travaux, et pour lesquels vous avez été primée. Comment s’est passé votre collaboration avec la maison Guerlain? Quels étaient vos contraintes, votre « feuille de route », votre liberté en somme et comment avez-vous procédé ?

V. B. : Mon travail dans l’ensemble, de manière intuitive et naturelle répond à la thématique de cette année. Pour moi cette image est une sorte de manifeste à la fois de ma manière de travailler aujourd’hui, des obsessions qui m’habitent et de la thématique de cette année chez Guerlain. J’ai procédé en instaurant un trouble. Dans un premier temps on a l’impression de reconnaître ce que l’on voit, comme par exemple la mannequin de vitrine que j’ai photographié en 2003. On se dit « oui, c’est une très jolie femme, la beauté « wasp ». Puis dans un second temps, quand on s’approche du tirage photographique, on se rend compte de la fausseté, des artefacts. La perfection est trop grande, les yeux sont peint, les sourcils sont peint, on voit les coups de pinceaux du maquilleur sur l’objet de plastique. Et là ntervient le trouble: « Oui mais tout cela est faux ». On compare la vérité d’un visage vivant et la fausseté du visage de ce stéréotype. C’est sans cesse par un travail de la forme, rendu possible par la photographie, que je tente de déconstruire le cliché.

G. L. M. : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la façon dont vous avez construite cette image ?

V. B. : D’abord sur le choix de la mannequin elle-même, je n’ai pas choisi celles hyperréalistes que je choisis d’habitude. J’ai choisi une mannequin beaucoup plus schématique, beaucoup moins illusionniste, d’un point de vue « illusion du vivant ». Je souhaitais qu’il y ait une introduction perturbante avec une mannequin qui serait déjà un « Frankenstein » par sa fabrication un peu schématique. D’autre part je l’ai choisi parce que sa coiffure, son attitude, son visage m’évoquait l’Art Nouveau qui me semblait vraiment en correspondance avec la maison Guerlain. C’est d’ailleurs une première évocation de la liberté puisque l’Art Nouveau est aussi la période où les femmes abandonnent le corset au profit de vêtements beaucoup plus fluides. La robe est elle aussi choisie pour évoquer cette époque, opérer un mélange intéressant avec les fleurs. C’est une robe assez proche de la charte colorée de la maison Guerlain. On y retrouve le rose, des couleurs qui sont assez présentes dans l’univers Guerlain. Ce choix était important pour moi.

Aujourd’hui mon travail de déconstruction des stéréotypes se fait plus par la superposition, la surimpression de l’image. c’est le cas pour le travail réalisé pour la maison Guerlain. J’ai superposé cette image de mannequin de vitrine avec deux images : une image de fleurs et une image de couverture de comics. La première, avec les fleurs, va dans le sens de l’univers de la maison Guerlain. Elle est directement liée à l’univers du parfumeur, et Guerlain est vraiment un parfumeur, sans doute l’un des derniers grand parfumeur. Je retrouvais cette correspondance de la maison Guerlain avec les fleurs, la beauté, la féminité, mais aussi cette correspondance de la femme décorative, de l’ajout d’ornement qui incarne la beauté au sens extérieur du terme. Pour perturber cette harmonie, j’ai voulu intégrer cet élément qu’est le comics. J’ai choisi cette couverture de comics qui montre une scène de crime. On peut apercevoir des personnages masculins, le mot police. On sent une certaine dangerosité, un événement scandaleux qui vient salir l’harmonie première de la combinaison femme / fleur. Voilà un peu les matériaux qui ont fabriqués l’image.

G. L. M. : Parmi les images exposées, quelle est celle dont vous vous sentez le plus en harmonie? et avec quelle photographe exposée vous êtes-vous sentie le plus « en dialogue »?

V. B. : J’ai un attachement et une admiration particulière pour le travail de Sarah Moon car, elle aussi, est allée très loin dans l’idée du mannequin, l’une des thématiques centrales de son travail. Elle aussi a réussi à opérer une métamorphose d’une beauté plastique évidente et d’une ambiguïté quant au statut du modèle. Je me sens assez proche de ce travail. Bien sûr, elle le fait avec les procédés propres à son époque, c’est a dire principalement le Polaroïd, et elle le fait d’une manière extrêmement sensible, vraiment intelligente. Elle est très proche de son médium, c’est aussi une dimension qui pour moi est très importante. Je me souviens évidemment de sa première campagne Cacharel. A l’époque j’étais une jeune adulte et ce sont des images qui m’ont profondément séduites et marquées. Peut-être sont-elles même à l’origine de cet attachement au départ à l’image et au travail sur l’image de la femme.

G. L. M. : Vos travaux interrogent la place de la femme et notamment les stéréotypes auxquels elle est sans cesse confrontée. Liberty est-elle une sorte de conclusion au regard que vous posez sur la femme?

V. B. : C’est une œuvre de résistance dans le sens où elle montre toute l’ambiguïté qui reste présente dans le statut social de la femme aujourd’hui. Quelle est la dimension de sa liberté réelle ? Quel est le diktat de l’image aujourd’hui pour les femmes ? Le titre « Liberty » est à double sens parce qu’il évoque à la fois ce motif floral Art Nouveau et également la Liberté. Elle peut évoquer le tableau de Delacroix, « La liberté guidant le peuple » car la mannequin choisie est dans une posture assez volontaire, allant de l’avant, conquérante. C’est la posture de cette femme nue chez Delacroix dont le statut lui aussi est très ambiguë. C’est une très belle femme, elle nous montre sa nudité, sa beauté et en même temps elle est celle qui guide le peuple, celle qui incarne la révolte. Dans le tableau de Delacroix, cette femme est devenue une icône au même titre qu’une mannequin de vitrine ou une star devient un stéréotype. Elle se vide de son sens. Finalement, mon image pose toutes les ramifications de la thématique de cette année, ou en tout cas toute l’ambiguïté de cette thématique.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les femmes vues par les femmes
Jusqu’au 27 août 2017
Maison Guerlain
68 Avenue des Champs Elysées
75008 Paris

Rencontre avec Claude Lemaire, fondateur de L’Ascenseur Végétale

Claude est une des premières personnes qui m’a reçue à Bordeaux pour me parler de son activité. Son expérience m’a semblé intéressante à transmettre car c’est un engagement très fort d’avoir un lieu comme celui-ci, une librairie, pour vendre du papier à une ère où tout se dématérialise.

GLM: Quel est ton parcours et depuis combien de temps es-tu là ?

CL : Je ne viens ni de la photographie ni du monde de l’édition. J’ai fait des études scientifiques, j’ai travaillé comme informaticien, sur des logiciels. J’habitais à Amiens et j’ai voulu quitter mon dernier job. Le livre de photographie c’est un intérêt personnel depuis presque 20 ans. Déjà en 2000/2001 quand je vivais aux Etats-Unis j’ai commencé à faire vivre ma collection sur internet sur des sites comme Craiglist, j’ai continué par la suite toujours en tant que particulier sur le Le Bon Coin, Market place etc. Je passais mon temps à chercher, fouiner, trouver des choses chez les bouquinistes…

GLM: Le vrai collectionneur !

CL: J’achetais également sur des sites anglophones, Photobookstore en Angleterre, aux Etats-Unis, Photobook Corner au Portugal et je me disais : « il y a pas de sites en Français » C’est comme ça, que petit à petit, je me suis décidé à me lancer à faire un site bilingue, le 1er juin 2013. Ca arrivait en concomitance avec le Photobook Club de Paris quelques mois auparavant. Je me suis rendu à la première réunion, et grâce au réseau des gens qui étaient là, j’ai pu faire rapidement connaître mon site web. En quelques mois ça commençait à être connu. Dès 2014 le Photobook club de Paris a organisé le Photobookfest chez Picture Tank, et ce pendant les trois années qui ont suivi. J’ai également exposé à Arles, à l’ENSP, puis à Cosmos l’année suivante.

GLM: Finalement, tu t’installes à Bordeaux…

CL: Oui, je m’installe à Bordeaux, dans un 27m2 … et très vite ça devient invivable, avec des livres partout… il m’a fallu trouver un lieu de stockage. Depuis le début, j’avais en tête l’éventualité d’ouvrir un magasin, mais ce n’était pas dans les plans immédiats, ça s’est produit très tôt, voire même un peu trop tôt je pense dans le développement de l’activité. Je suis d’abord allé voir plusieurs espaces de co-working comme Darwin, mais ils ne pouvaient pas m’offrir un vrai lieu de stockage. En gros, il aurait fallut que je loue un box. Un jour par hasard, un photographe me dit qu’il quitte son studio, que la propriétaire augmente le loyer et qu’il ne peut pas rester. La propriétaire me propose une réduction de 300 euros la première année à condition que je fasse quelques travaux…J’ai profité qu’il y ait un bureau à l’étage et moi j’habite ici maintenant… Au final aujourd’hui je paie 1100 euros pour la boutique et pour y vivre ce qui reste au final… beaucoup trop par rapport à ce que j’arrive à générer comme chiffre d’affaire !

GLM: L’ouverture du lieux en juin 2015, tu peux nous en parler un peu ?

CL: Elle s’est faite avec Théo Gosselin, il y a eu un monde fou et depuis je fais en sorte qu’il y ait le plus d’expositions possibles. Le soucis, en dehors des éléments financiers c’est la masse de travaille qu’implique le lieu lui-même : ouvrir et fermer, être présent, nettoyer tous les soirs, gérer les visiteurs. Ça a été au détriment du site web. De fait, lorsque j’ai ouvert la boutique, les ventes du site web étaient moins bonnes. J’avais moins de temps pour m’en occuper et les gens qui veulent des nouveautés, s’ils ne les trouvent pas sur le site, ils vont la chercher ailleurs. L’accroissement de mon activité a provoqué des retards de livraison.

GLM: De fait tu te retrouves face à une problématique d’entrepreneur. Tu travailles là où tu vis, les tâches à accomplir sont de plus en plus nombreuses et ce n’est pas forcément ce que tu as envie de faire, pour lesquelles tu n’es pas forcément formé. Tu as cette réaction que beaucoup d’entre nous avons qui est de t’accuser de ne pas y arriver, d’être dépassé par la situation…

CL: Bon déjà, il faut savoir que j’ai vraiment une phobie administrative ! Mais vraiment… donc il est clair qu’avoir quelqu’un qui gère l’administratif m’aiderait. Mais ce dont j’ai aussi besoin c’est de plus d’investissements. La rue n’est pas passante, ce qui pour une ville comme Bordeaux, peut être problématique. En revanche 80% de mon chiffre d’affaire est réalisé grâce à une clientèle d’habitués, de gens qui reviennent.

GLM: Est-ce que tu dirais que c’est plus difficile de faire le lien avec des gens qui sont plus attirés par la technique, les amateurs ? Et question subsidiaire, est-ce qu’il n’y a pas de la part des photographes et du monde de la photographie un mépris pour ces personnes qui ne connaissent pas la photographie,  une forme de snobisme parce qu’on s’agace de ne pas arriver à les toucher, parce qu’ils ne semblent pas comprendre ce qui fait la photographie, qu’ils restent superficiels?

CL: C’est possible, parmi les visiteurs que je reçois, il y a différents types de personnes qui viennent ici et qui me demandent si c’est de l’argentique ou du numérique. Ils ne regardent pas l’image pour ce que ça leur évoque, ce que ça leur fait ressentir, c’est tout de suite technique. Moi j’ai une relation, au contraire,  que de ressenti, je suis incapable de faire la différence entre tous les tirages, j’y connais rien aux différents papiers, les trucs trop abstraits ou conceptuels ça me fait chier.

GLM: Ahahah alors tu va détester mon travail !!!

CL: Ahahah (en me montrant un livre) je peux apprécier pour différentes raison, mais pour moi c’est un travail de recherche, il peut y avoir de belles compositions, mais sinon je ne vais pas à des expositions de ce type. Ça ne m’empêche pas de m’y intéresser. Je pense que les gens qui ne s’intéressent qu’à la technique ne sont pas des gens qui ont une relation à l’image, qu’ils sont susceptibles d’acheter un livre et encore moins un tirage. Je suis content qu’ils viennent découvrir un travail et se nourrir, je suis content qu’ils soient curieux et d’avoir quelque chose à leur présenter, mais je ne pense pas que ça soit eux qui vont faire vivre financièrement le lieu.

Je pense être sans filtre avec les gens et les traiter de la même façon quelle soit leur approche. Mais je pense que les gens qui posent des questions sur la technique, n’achèteront pas. S’ils achètent quelque chose, ils achètent quelque chose qu’ils connaissent, je ne pense pas qu’ils soient dans une démarche de découverte et de recherche. Ils ont des cases et si ça ne rentre pas dans les cases ça les intéresse moins. En revanche, il y a des personnes tu le vois clairement, ils sont curieux, ils regardent tout, ils restent plus longtemps à regarder les photographies, en arrêt devant les images.

GLM: Qui sont ces gens ? Quel est le profil des personnes qui viennent ?

CL: Partant du principe que  le livre photo est un luxe, il y a trois catégories de gens. Ceux qui ont cette passion et qui s’offrent ce luxe, certains ont les moyens donc ils achètent beaucoup. D’autres n’ont pas les moyens, mais ils mettent le peu d’argent qu’ils ont. Et il y a les gens qui ne connaissent pas vraiment la photo mais qui ont un cadeau à faire, parce qu’ils connaissent le lieu ou qu’ils passent par hasard, donc un achat ponctuel. Après c’est normal qu’il y ait des gens de toutes les chapelles et en théorie je suis là pour avoir quelque chose à proposer à tous les types de clientèle.

Pour trouver Claude qui vous recevra, vous montrera, vous expliquera avec l’oeil pétillant du passionné:

L’Ascenseur Végétale, 20 Rue Bouquière à Bordeaux
Mais aussi sur le site internet ou vous retrouverez ses sélections de livres rares, nouveaux, toujours très beaux et sensible (parce que OUI c’est à lui que vous allez commander le prochain cadeau de tonton, et vous verrez que pour une fois vous ferez mouche): http://ascenseurvegetal.com/fr/

Photo: Glwadys Le Moulnier

 

#Gravure : Rencontre avec Joyeuse Coquille

Au hasard de mes pérégrinations bordelaises, j’ai découvert une initiative qui m’a mise des papillons dans les yeux: La Fête de l’estampe. OUI! Une communauté de graveur est là et ça me plaît! L’impression, c’est de la magie à l’état pur. La gravure demande tellement de patience, c’est fou et ça m’émerveille, c’est un art à part entière dont il nous faut saluer le savoir faire et une créativité plus qu’exceptionnelle.

La Fête de l’estampe est au départ initiée par Manifestampe, la fédération nationale de l’estampe qui en est à sa 5ème édition. Elle a lieu le 26 mai date de commémoration d’un événement majeur de l’histoire de l’estampe, l’arrêt de Saint-Jean-de-Luz, qui, le 26 mai 1660 confirme la gravure comme un art libre. Il est organisé depuis deux ans à Bordeaux par les deux fondatrices de Joyeuse Coquille: Marie-Atina Goldet et Iris Dickens.

Si la première édition réunissait une dizaines d’exposant, c’est une vingtaine cette année. Elles se situent autant dans des restaurants que des ateliers ou encore des boutiques (comme Specimen ou j’ai mis les pied sans savoir qu’Iris était une des organisatrices, il n’y a pas de hasard…)

La rencontre de Maria-Atina et Iris

Un ami commun il y a cinq six ans. Marie-Atina participe alors à une exposition… Elles se perdent de vue quelques temps et il y a quatre ans se retrouvent avec une même envie: fédérer.

Marie-Atina: « Pour ma part, j’étais dans la même énergie et on s’est bien vite entendu sur la question »

Le succès de la première année leur donne envie de continuer.

« Chaque lieux est indépendant de sa sélection et chacun paie une participation aux frais d’organisation. Nous sommes donc totalement auto-financé par la communauté de graveurs ».

La différence cette année, c’est non seulement le nombre de participant mais aussi que nous ayons des institutions comme le musée des Beaux-Arts et la bibliothèque de Mériadeck avec qui on a organisé un atelier de pointe sèche et dont on a pu visiter les fonds patrimoniaux.

Pour l’édition 2018

Les appels à participation sont aux alentours du mois d’octobre (on vous tiendra au courant!). Mais aussi:

  • Avant tout, garder le coté parcours que les gens apprécient.

  • Permettre à chacun de passer d’un lieu à un autre à la découverte de différentes techniques.

  • revoir les personnes qui suivent d’une année sur l’autre!

Découvrir Joyeuse Coquille: joyeusecoquille.com

Découvrir la Fête de l’estampe (avec une mention spéciale pour le design du site et des dépliants) : http://bxestampe.wixsite.com/parcours

Le petit lexique

Taille douce: La taille-douce désigne l’ensemble des procédés de gravure en creux sur une plaque de métal. Ainsi les parties gravées sont celles qui se remplissent d’encre et qui sont imprimées lors du passage de la presse (qui comme son nom l’indique compresse le papier entre la plaque de métal gravée et un gros rouleau compresseur, les dimensions peuvent varier d’un machine à une autre)

La pointe sèche: est à la fois un outil et le terme désignant un procédé de gravure en taille douce.

Taille d’épargne: La taille d’épargne est une technique de gravure opposée à la taille-douce en ceci que les parties creuses de la surface ne sont pas destinées à être encrées, contrairement à ce qui est laissé en relief. Se pratique sur bois, sur linoléum, et même sur rhodoïd.

http://joyeusecoquille.wixsite.com

Rencontre avec Jean-Luc Feugeas

Jean-Luc Feugeas est, disons le d’entrée de jeu, mathématicien ET artiste, les deux en même temps et entre autres… c’est une affirmation, c’est une question d’équilibre, d’ordre et de désordre, d’alignement.  Jean-Luc est vif, rapide, et je comprends vite que je vais devoir suivre le rythme.

L’alignement, c’est ce que l’on cherche en se retrouvant devant une installation de l’artiste. Je me positionne au niveau du totem en face de la sculpture, et cherche la bonne position. C’est bon, je la tiens et là, la magie opère, le monde se cale. L’arrière plan, composite d’immeubles des années 70 avec ses volutes et matières sorties de l’espace et d’immeubles cossus en pierre bordelaise font un bon en avant. L’espace se réduit et la sculpture recule, pour aller rejoindre le paysage. Mais ce n’est pas tout, Jean-Luc m’attire vers un des angles et me montre alors un second point de vu. Je vois un cercle se former et une ligne menant à une tête de lampadaire (oui le monde se déforme quelque peu si on commence à tourner autour), on continue. Le cercle est maintenant une forme ovoïde et disparaît pour me laisser entrevoir le troisième point de vu qui, plus simplement vient rejoindre une bordure.

Ce qui intéresse Jean-Luc, c’est le temps, le rythme et l’individu.

Je m’attendais à avoir une discussion sur l’espace urbain, sur l’intégration de l’oeuvre dans la ville (so 2005). Mais non, pas du tout, et ça pique ma curiosité, parce que je regarde quelque chose et j’entends quelqu’un qui me parle d’autre chose. Jean-Luc me parle de l’expérience de l’oeuvre comme de la capacité pour chacun de questionner son équilibre. Face à une oeuvre abstraite, l’être cherche à ordonner ce qu’il voit. Seulement, l’ordre c’est le désordre. Accrochez vous on passe à la vitesse supérieur:

Notre intuition théorique de la physique, induite par les lois classiques, est essentiellement particulaire. Si l’eau contenu dans un verre par exemple peut être en première approximation représentée par des particules interagissant entre elles comme le feraient de simples billes, deux objections s’opposent pourtant à cette approche. En premier lieu, le verre d’eau contient 2000 fois plus de molécules d’eau qu’il n’y a de volumes de verres d’eau sur toute la planète. Ainsi, sommes-nous dans la stricte incapacité de décrire cet objet de notre vie quotidienne de manière déterministe, comme les lois fondamentales de la physique Newtonienne nous inviteraient à le faire. Cette échelle dite « microscopique » est en effet non seulement strictement intangible à nos sens mais est également rigoureusement inaccessible aux moyens de calcul modernes.

En schématisant, nos sens ne nous donnent pas à voir « la » réalité mais « une » réalité. Celle que nos sens nous laisse percevoir. Cette réalité autour de laquelle nous avons construit des lois physiques pour la comprendre et qui nous en éloignent parfois. La notion de “flèche du temps” par exemple nous est constitutive et tangible dès lors que l’on observe un verre d’eau qui tombe sur le sol et se brise – le film de cet évènement est sans équivoque dans son déroulement temporel – ce constat incontestable nous échappe pourtant dès que l’on observe les particules contenues dans ce verre dans le formalisme du modèle physique classique. Nos sens disent vrai et le modèle a tord. Par contre, nos sens nous trompent lorsque nous nous interrogeons sur la notion d’équilibre concernant ce même verre d’eau. Il est composé d’un nombre infiniment important de particules qui entrent en collision. Dans ce verre, apparemment au repos, cette action se répète à l’échelle microscopique autant de fois qu’il y a de molécules dans le verre de manière anarchique. Cet équilibre est caractérisé par le plus grand désordre. JLFeugeas.

Je quitte Jean-Luc une heure après avec cette nouvelle perspective en tête et je retourne faire le tour de sa sculpture en me questionnant finalement sur ma relation personnelle à l’équilibre et surtout au déséquilibre. Que se passe-t-il si je « contrarie » le système? Que se passe-t-il si je refuse cet état de stabilité que m’accorde l’artiste, l’espace d’un instant? Voilà, ça, ça m’intéresse… Maintenant à vous de voir.

Esplanade Charles de Gaulle
Bordeaux Mériadeck

Découvrir le site internet: http://feugeas.com/

 

 

 

PFP – Portrait de Femmes Photographes

Je lance cette chronique car je pense que les femmes sont complètement sous représentées dans le milieux de la photographie. En tant que photographe et femme, il est de ma responsabilité de ne pas attendre une reconnaissance mais d’en enclencher le processus. Je sais que nous avons la capacité de faire bouger les lignes.

J’écrivais il y a deux ans cet article « Le milieux de la photographie est-il misogyne? » et il débutait comme ceci:

… en chiffres, l’unique étude que j’ai trouvé ou les femmes sont évoquées émane du Ministère de la Communication et date de 2015. Nous y apprenons que les femmes représentent 28% de l’ensemble de la profession soit 7000 sur 25 000 photographes. Qu’en une dizaine d’années la progression des femmes dans la photographie représente 7% (passant de 21 à 28% entre 1993 et 2012). Tous photographes confondus, 48% ont moins de 40 ans et 52% plus de 40 ans. Sur la population féminine (28% donc), la majorité se situe sur une échelle d’âge inférieur à 40 ans. Après 49 ans elle passe de 25% à 5% alors que celle des hommes passe de 23 à 26% sur les 72% de population qu’ils représentent.  Ce qui fait de la photographie une discipline largement masculine, vieillissante dont le renouvellement se féminise…Un peu…

Je lançais cet article comme une bouteille à la mer, déjà épuisée par tout ce que j’avais affronté au quotidien depuis ma sortie de la faculté trois ans auparavant. Et deux ans après je suis heureuse parce que les choses changent, et surtout je me sens moins seule (Colère Nom Féminin, Fondation des Femmes, dernier hors série de Fish eye, expositions et livres divers). Quelque chose est dans l’air, quelque chose est en train d’arriver et je veux en être. Je veux être de celles qui ne subissent pas et qui inspirent. Et je veux donner à d’autres l’envie d’en être aussi.

La chronique PFP me permettra au fil du temps de revenir sur mon apprentissage de la photographie et de réintroduire la juste place des femmes.

Toutes ne me parlent pas, toutes ne m’intéressent pas et mes choix seront nécessairement peu objectifs. Mais j’assume ce choix de laisser ma personnalité s’exprimer et voir ce qu’il en ressort. D’une certaine façon je reprends à zéro en acceptant que je ne sais pas et qu’un monde merveilleux est en train de s’ouvrir à moi.

To be continued…

Plus d’articles:
Livre: femmes photographes: une introduction
Suis-je féministe?
Le milieu de la photographie est-il misogyne?

Photo: No eyes No hands, Glwadys Le Moulnier