Tous les articles par Hervé Le Goff

Venu à l'enseignement et au journalisme après des études d'architecture et de cinéma, Hervé Le Goff a enseigné à L'Institut Français de Photographie, à l'Université Paris-Descartes, à l’Ecole Efet, à l'École nationale supérieure Louis-Lumière, à l'Université de l'Océan Indien de Saint-Denis de La Réunion ; il a écrit pour plusieurs revues et magazines, notamment l'Officiel de la photo et du cinéma, Le Photographe, Photo Journal, Zoom, Vogue Hommes International, Photographie, Photo Reporter, L'Événement du jeudi, Les Inrockuptibles, Télérama, Images magazine. Il collabore actuellement à l’encyclopédie Universalis et publie dans les pages événement-culture du magazine Chasseur d'Images.

Matthieu Gafsou, H+, Transhumanisme(s)
Aux Editions Actes Sud

Dès l’instant où il a su mettre deux idées en perspective, l’homme s’est pris à rêver de l’immortalité, plus jouissive que toutes les éternités promises par les religions. Les contes, les légendes et les mythes ont fourni les potions magiques, les philtres divers qui opèrent au moins le temps de leur lecture. Or, voici que la technologie vient au secours de la science et de la médecine pour faire du fantasme un futur envisageable sinon garanti.

Tout le monde sait aujourd’hui que « Trans » n’est pas un état d’agitation mal orthographié, et que, dans son abréviation, le mot désigne une personne qui a librement choisi le genre ou le sexe qu’elle sent être le sien. Cinq siècles après l’Humanisme qui célébrait le mélange de l’intelligence et de la culture propres à notre espèce, le transhumanisme nous propose un dépassement d’un autre genre, celui des performances intellectuelles et physiques, et, dans la foulée, celui de la durée de la vie, jusqu’à éradiquer sa fin. De même que Sony a fait ce dont on a rêvé, des laboratoires multiplient les recherches et les expérimentations pour atteindre sûrement ce qu’on pensait réservé à la folie douce de l’utopie. Et au fond, pourquoi dénier à la science la capacité de défier la mort quand l’image numérique est parvenue à augmenter la réalité ? Dans son beau livre à couverture gravée, blanche comme le paradis, Matthieu Gafsou nous ouvre les portes de ces cavernes placées sous le sigle du NBIC (Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and Cognitive science) regroupant l’arsenal dont se dote le 21e siècle pour combattre nos pauvres limites sans renoncer aux appareils orthodontiques pour adolescents ni au traitement inhumain des rats. Les investigations sur l’exosquelette moteur, le contrôle par neurostimulation, le transfert informatique de l’esprit, la cryogénie, la transgénèse, le cyborg et toutes les ruses biologiques développées par l’anthropotechnie font au moins le miel du jeune photographe contemporain. Renouant avec les genres anciens du portrait, de la nature morte et du commentaire lucide, Gafsou nous donne sa propre vision d’un courant de pensée prométhéen quand il cible l’horizon d’une Posthumanité enfin idéale, libérée des cancers, des trous de mémoire et de la sciatique.

INFORMATIONS PRATIQUES
• LIVRE
H+, Transhumanisme(s)
Matthieu Gafsou
Postface de David Le Breton
160 pages 22 x 29 cm, 79 photographies, relié, éditions
Actes Sud, 45€
• EXPOSITION
H+
Matthieu Gafsou
Jusqu’au 23 septembre 2018
(Dans le cadre des Rencontres d’Arles)
Maison des Peintres
43 Boulevard Emile Combes
13200 Arles

Didier Ben Loulou, Sud

Il y a deux ans, Didier Ben Loulou avait publié chez le même éditeur  « Israël Eighties », recueil en demi-teintes noir-et-blanc de ses voyages à Tel-Aviv, à Jaffa, à Nazareth, aux antiques quartiers de Jérusalem ou à Saint-Jean d’Acre. Il retrouvait un pays heureusement ordinaire, habité de générations croisées dans leurs quartiers entre les commerces, les cafés ou à la plage.

S’il dégage la mélancolie qui souvent assaille le promeneur, « Sud », son dernier livre, n’est pas plus nostalgique quand il s’étend à ce bassin méditerranéen imprégné de ferveurs religieuses, agité de luttes millénaires, ébloui de son éternel éclat solaire tempéré d’ombre et de douceur. Israël, toujours, mais aussi Athènes et la Sicile, la Corse et la Cisjordanie, Marseille et le Maroc. En assumant la couleur dans ce qu’elle a de plus dense et de plus fort, ce Sud-là rejoint les impressions  laissées en leur temps par les jeunes gens dans leur Grand Tour, quand, au gré des rencontres, des senteurs et des saveurs, ils mêlaient les réminiscences de leurs humanités à l’éveil de leurs sens. Paradoxalement, Ben Loulou nous offre en partage ses visions sinon égoïstes du moins personnelles, comme un écrivain publierait ses notes cryptées. À chacun de faire son miel de ces images, au hasard d’une partie de billes, au détour d’une façade lépreuse et noble, à la recherche de son horizon, au toucher d’une pièce d’étoffe ou d’un fragment de marbre antique, au retour mythologique d’un jeune cavalier sans  armure.

INFORMATIONS PRATIQUES
Didier Ben Loulou, Sud
96 pages 17x20cm, relié
Editions de La Table ronde
24 euros

A LIRE EGALEMENT : 

Sud, de Didier Ben Loulou à la Table Ronde

Israel Eighties par Didier Ben Loulou, un ouvrage aux éditions La Table Ronde

Chroniques de Jérusalem et d’ailleurs de Didier Ben Loulou aux éditions Arnaud Bizalion

 

Claude Nori, Retour à Rimini

Les années 60-80 de la côte adriatique italienne, le juke-box et les gelati, la Vespa et les filles en beauté, à qui pensez-vous? Ne cherchez pas, ils sont deux, Federico Fellini avec ses « Vitelloni » et Claude Nori avec ses « Vacances en Italie ».

À l’aîné laissons le film pour nous plonger dans le livre du cadet et retrouver intacts les émois d’un jeune homme qui photographie comme il drague, avec autant de justesse que de désir, aussi habile a susciter les sourires qu’a transmettre la saveur d’une glace en cornet sans l’avoir encore goûtée. Ces parfums-là habitaient déjà le tout premier livre du genre, « Vacances à l’italienne »,  publié par Claude Nori éditeur chez Contrejour en 1987.  La référence au cinéma qui, avec les jeunes filles et l’Italie occupe une grande place dans la vie de Nori, apparaît déjà, incontournable et fantasmatique, amalgamant les titres de deux films qui ont marqué la génération des parents : « Vacances romaines » et « Divorce à l’Italienne ». Il faut croire que la moisson toujours renouvelée des photos, à la faveur notamment des voyages faits avec l’ami regretté Luigi Ghirri, était assez bonne pour que le deuxième livre publié par Marval en 2001 disparaisse en quelques mois, épuisé. L’ouvrage publié aujourd’hui chez Contrejour reprend au titre près la maquette d' »Italian Holidays » publié cette même année 2018 par l’éditeur allemand Sturm und Drang, enrichi d’images inédites, vibrant de ce mélange si singulier d’érotisme et de pudeur, de séduction solaire et de franche coquetterie.

L’aventure éditoriale de son amour pour l’Italie et pour les ragazze, Nori la raconte dans la longue et belle introduction  qu’il fait remonter aux années de son adolescence toulousaine, quand, entraîné par un père et une mère immigrés italiens vers les rivages adriatiques, il se découvre une sève amoureuse pour tout ce que lui offre la frange estivale et sensuelle de ses origines, au delà de la saveur du salami et de la fatigue de la Tour de Pise. Et quand ce troisième livre montre dès l’ouverture un photographe plutôt beau gosse, bermuda et lunettes noires, balader son appareil et ses dix-sept ans aux côtés de la pimpante Sandra, on comprend que cette Italie-là  ne lasserait jamais son monde.

INFORMATIONS PRATIQUES
Claude Nori, Vacances en Italie
184 pages 23 x 28 cm, couleur et noir et blanc
Editions Contrejour, relié
40 Euros.
http://www.editions-contrejour.com

Michel Frizot, L’homme Photographique

« Homo photographicus » pourrait-on dire en accord avec la quatrième de couverture, tant l’épais ouvrage de près de six cents pages est savant. Il faut remonter à « La Chambre claire » de Roland Barthes publiée en 1979 pour retrouver un livre à recommander sans réserve à ceux qui aiment ou étudient la photographie. Mais à la différence de l’auteur de « Fragments du discours amoureux » qui prenait l’image par ce qu’elle suscite en lui d’émotion, cet Homme photographique sacrifie à la solidité des sources, à l’exemplarité des archives, à l’analyse du théoricien.

L’ouvrage n’est pas ce ceux qui coûtent cher, d’autant que la qualité des reproductions ne conviendrait peut-être pas à ce qu’on nomme un beau livre. Le prix est ailleurs, dans la pertinence des chapitres et des passages, des reprises d’articles publiés dans la presse ou en édition, dûment classés et titrés, à consulter au gré des intérêts et des interrogations, si on ne le lit pas d’un bout à l’autre, du photon initial à l’artefact marginal évoqué autour de Francis Bacon. Trois grandes parties gouvernent cette anthologie établie sur plus de trois décennies de réflexion et de communication  : le procédé photographique de la formation et de l’empreinte d’une image du réel, le fonctionnement du couple formé par l’opérateur et sa machine et enfin le rebondissement de la photographie finie à travers le regard de celui qui la considère, de sa surface au fond de ce qui a été. Ouvrage sérieux sinon universitaire, cet Homme photographique offre par sa nature compilatoire l’aération de digressions qui font corps avec l’ensemble, les obsessions d’Hyppolite Bayard, la photographie invitée chez Munch peintre ou chez Strindberg écrivain, la convocation de l’éthique dans l’affaire des faux Man Ray, la brève et rencontre de la photo et du cinéma à la fin des années 1920. Un livre à prendre et à reprendre pour rendre à la photographie désormais bicentenaire le sens qu’elle a su imposer dans les grandes heures de son rayonnement optique et chimique, au double seuil de sa phase numérique et de sa révolution contemporaine.

INFORMATIONS PRATIQUES
Michel Frizot. L’Homme photographique
584 pages, 14x21cm, Broché
180 illustrations.
Editions Hazan
29 euros
https://www.editions-hazan.fr/livre/lhomme-photographique-9782754109482

Olivier Dassault à la Malbourough Gallery de New York

© Olivier Dassault

La production photographique d’Olivier Dassault présentée par Mowwgli à la faveur de sa rétrospective au Palais Grognard de Rueil-Malmaison (Voir notre article à cette adresse https://www.mowwgli.com/29328/2017/11/30/olivier-dassault-loeuvre-atelier/) vient de franchir l’Atlantique pour séduire le public américain et tous ceux qui auront manqué l’exposition de Rueil. Cela se trouve sur la 57e rue ouest, au n°40. Save the dates : du 5 juin au 3 juillet !

Jean-François Bauret, Son grand livre

Un beau livre et une exposition invitent à retrouver l’œuvre du photographe disparu il y a quatre ans. Auteur d’images célèbres qui ont parfois su faire bouger les repères, Jean-François Bauret apparaît dans son originalité d’artiste épris de beautés, celle des corps, celle de l’esprit qu’il restituait en maître dans ses portraits.

Le modèle masculin qui, dans les pages du Nouvel Observateur, posait nu avait ébranlé toute une génération d’adolescents de bonne famille. La photographie que  Jean-François Bauret  signait en 1967 pour une publicité des slips Sélimaille bravait deux interdits, la nudité intégrale, cible immémoriale des censeurs, la mise en lumière du mâle-objet de désir, ajoutant le risque couru par le client, de la promotion d’un produit qu’on ne voit pas. Un sous-vêtement invisible, l’érotisation de la pub franchissait une étape qui fait date. L’image figure en bonne place dans la belle monographie éditée par contrejour, en vis à vis du portrait habillé de Frank Protopapa, l’élégant et audacieux mannequin. Le nu, Jean-François Bauret en faisait son affaire avec la liberté des peintres, célébrant la beauté de la femme, qu’elle pose ou qu’elle danse, la force des jeunes corps, la puissante maturité des adultes aux divers stades de la vie. Portraitiste magistral, le photographe savait inviter les personnalités en vue à se mettre à se mettre à nu, avec la confiance absolue d’atteindre une vérité affranchie de la vulgarité. Au delà du who’swho d’une certaine époque, le livre restitue le génie pluriel d’un photographe qui ne s’embarrassait pas d’étiquette et dont le talent continue de faire exemple auprès de la nouvelle génération comme il a pu toucher, émouvoir, séduire ou choquer, le public de la seconde moitié du 20e siècle. Décédé aux premiers jours de 2014, Jean-François Bauret entrait au panthéon des très grands. Les images restent et triomphent. Souhaitons aux nombreux bénéficiaires des stages et workshops de se souvenir des mots, quand de sa haute stature, un peu courbée par une bienveillante modestie, Bauret énonçait ses vérités autour de l’être et du paraître, et comment, devant son assistance, il commentait le modèle qu’il s’apprêtait à photographier, comme s’il allait le créer. Ce qu’il faisait finalement.

INFORMATIONS PRATIQUES
• LIVRE
Jean-François Bauret
196 pages 24×32 cm
Texte de Gabriel Bauret, préface de Claude Nori, avant-propos d’Anne de Stäel.
Editions contrejour
45 euros
http://www.editions-contrejour.com

• EXPO
Jean-François Bauret
du 24 mai au 23 juin 2018
Galerie Sit Down
4, rue Sainte Anastase
75003 Paris
http://sitdown.fr

ARLES – L’invitation du Hérisson : Une semaine d’exposition solo !

Un collectif de plus ? La photographie n’en compte jamais trop et le Collectif du Hérisson mis en place par Bessie Baudin, Jean-Marc Sartel, Gilles Capelle, Hubert Lebaudy et Olivier Beraud promet piquants (entendons talents) et protection (comprenons droits d’auteur). Pour les jours qui viennent, le Collectif du Hérisson programme une première action au sein des Voies Off d’Arles 2018.

Pendant douze semaines, du 2 juillet au 30 septembre, aux cimaises d’une galerie située au 17, rue de la Liberté,  à deux pas de la place Forum, Richard Schroeder, Robert Chouraqui, Denis Gannay, Francois Abadie, Hubert Lebaudy, Bessie Baudoin et Olivier Beraud, présenteront leurs œuvres en exposition non pas collective, mais personnelle et renouvelée, à raison d’une semaine par auteur. Au cœur de la saison, la galerie sera pendant une semaine celle du lauréat du concours organisé par le Hérisson. Le règlement qui figure sur le site se résume à envoyer avant le 31 mai une série de photographies à http://collectifduherisson.fr et de s’acquitter des 25€ de frais de participation.

Un jury de cinq membres, constitué de Marie Dorigny, Directeur photo, Jean-François Spricigo, photographe, Philippe Litzer, rédacteur en cher du magazine Openeyes, Yonnel Leblanc tireur jet d’encre  chez Initial, Bessie Baudin et Bruno Juminer, photographe.

http://collectifduherisson.fr

Bernard Perrine, Son Mai 68

Ceux qui connaissent le personnage savent qu’on ne perd rien à entamer avec lui une conversation sur le monde à la fois si petit et si vaste de la photographie, Histoire universelle et arcanes internes, perspectives technologiques et ressorts économiques mondiaux.  Tout cela commence avec un doctorat en pharmacie tôt détourné vers une carrière de photographe, de journaliste, de commissaire d’expositions croisé au passage par un acte co-fondateur des Rencontres d’Arles.

Un seul regret partagé par ceux qui connaissent bien l’homme et l’expert  aujourd’hui nommé correspondant de la Section photographie à l’Académie des beaux-Arts  : on ne lui apprend rien qu’il ne sache déjà. D’ailleurs, sa première photo de 1968 date du 17 mai 1967, jour d’une manif unitaire, précédant même l’article de Pierre Viansson-Ponté qui jaugeait un an plus tard, dans les colonnes du Monde,  l’ennui de la France.

Le cinquantenaire de mai 68  est pour Perrine l’occasion de revenir non seulement sur  ses photos de barricades, de cohortes de CRS et d’agoras universitaires, mais sur la toute première exposition photographique de l’événement de juin 1968 qu’il montait à la MJC Paris-Mouffetard avec une quarantaine de membres du club des 30×40. Dans la foulée de la discussion menée à l’auditorium de la Maison européenne de la photographie avec Jean-Claude Gautrand, Elisa Mignot Audrey Leblanc et Guillaume Blanc, en écho visuel du Colloque à Sciences Po le 10 avril avec Hervé Chabalier et Nathalie Atlan, Bernard Perrine participe à plusieurs expositions, à la BnF, en galerie, publie ses images sur de nos confrères en ligne et se lâche au micro  sur l’ambiance épique et même sanglante des combats de rues.

INFORMATIONS PRATIQUES
BnF François-Mitterrand, Quai François-Mauriac, Paris 13e.
Du 17 avril au 26 août 2018.
Galerie Hegoa, 16, rue de Beaune
du 4 mai au 2 juin 2018.
À retenir pour la rentrée de septembre, CHS ou Comité d’histoire sociale de la Sorbonne a programmé une journée sur Mai 68, au programme de laquelle, l’historienne Françoise Denoyelle inscrit la discussion “Au delà des icônes, Bernard Perrine, un photographe en action au cœur et à la marge de mai 68″.

https://www.polkamagazine.com/mai-68-photographie-par-la-police-de-lautre-cote-des-barricades/
https://www.tk-21.com/Mai-1968-un-evenement-en-deux

Sovan Philong, rondes de nuit

En une quarantaine d’images, le jeune photographe propose une balade nocturne intime dans les rues des villes cambodgiennes, telles que les parcours touristiques les ignorent et les oublient. Chaleureux et sans luxe,  un territoire visité dans la singularité d’une certaine lumière.

By Night. Collés au nom de n’importe quelle ville du monde un peu connue, les deux mots réveillent les clichés vendus par les tour operators, comme ils titillent les fantasmes de virées de bars en clubs, la touche canaille de tous les possibles, l’espoir exotique de rencontres et d’aventures. Or, le By Night auquel Sovan Philong  nous invite sort des trottoirs battus par les visiteurs qu’attirent les tonalités cuivrées du Sud-Est asiatique, même si Siem Reap borde un des sites archéologiques les plus fréquentés du monde, le complexe royal et religieux de l’antique Angkor. Quand il commence ce travail en 2010, Sovan Philong  a vingt-quatre ans et derrière lui un bon début de parcours professionnel de photographe de presse, initié par les conseils de Mak Remissa, le plus important des photojournalistes cambodgiens. Stimulé par sa rencontre avec Christian Caujolle à la faveur de la première édition de Photo Phnom Penh en 2008, il affine son regard d’auteur dans le sillage des stages suivis deux ans plus tard aux Angkor Photo Workshops de Siem Reap auprès de photographes nommés Jake Picone, Stephen Dupont, Tim Page, et tout particulièrement d’Antoine d’Agata.

Les heures nocturnes de la ville s’imposent dès lors comme un sujet fort que Sovan Philong  veut traiter de l’intérieur, de son intimité khmère. Laissant les touristes oublier les labyrinthes pluriséculaires  des temples dans la clim des discothèques, il décide d’aller à la rencontre des gens de Siem Reap, des hommes, des femmes et des jeunes qui y vivent. Ses prises de vues commencent à l’heure où, loin des quelque sept cents hôtels de la ville nouvelle, guest house ou five stars, la nuit tropicale plonge dans son encre des faubourgs que l’éclairage public n’atteint guère. Au flash qui communément s’imposerait, Sovan Philong a préféré le faisceau du phare de sa motocyclette, pareil à ceux de toutes les motocyclettes qui sillonnent les villes d’Asie quand les rideaux de fer des boutiques transforment les rues en canyons. Lumière chaude et dure d’un phare qui surprend des dormeurs ivres, se fond à la torpeur des maisons et des cours, pénètre les hangars de musculation et les tavernes à billards, clair-obscur où luisent les visages et brillent les regards, scènes composées impliquant des personnages, des chaises empilées et des chiens tranquilles, tout éloigne les nuits urbaines de Sovan Philong de la sècheresse documentaire pour livrer une fresque expressionniste et sensuelle qui court de Siem Reap  à Phnom Penh jusqu’à Koh Pich/Diamond Island, son avatar ultra-moderne et haut de gamme. À suivre donc, ce regard que le jeune photographe projette d’étendre à Battambang à l’est, aux méridionales Kampot, Kep et Sihanoukville, pour d’autres équipées nocturnes, aux rivages du golfe du Siam.

INFORMATIONS PRATIQUES
In The City By Night
Sovan Philong
une proposition de Christian Caujolle
​Du 26 avril au 19 mai 2018​
Galerie Lee
9, rue Visconti
75006 Paris
Exposition partenaire du festival Cambodge, d’hier à aujourd’hui.
Pour découvrir l’ensemble de la programmation :
http://www.seasonofcambodia.org/paris

Art Paris 2018, La Photographie en bonnes places

Nul doute, le salon international et printanier de l’art contemporain fait à la photographie une place légitime, l’invitant à côtoyer sur les mêmes stands le dessin, la peinture, la sculpture et l’installation. Plus rare qu’à Paris Photo ou à fotofever, la photo est donc à même de toucher, de surprendre et passionner les visiteurs autant qu’elle attire les collectionneurs.

C’est d’abord chez Françoise Paviot, la rencontre en bon esprit du génie de Man Ray, dont les originaux protégés du soleil de verrière d’un Grand Palais devenu serre, avec des auteurs plus récents nommés Agnel, Appelt, Crane, Dudognon, Nefzger, Konopka ou Blume. Chez Pascal Vanhoecke, Hervé Szydlowski  lui-même dessinateur, affiche un polyptique de sa dernière série des Masques, seize portraits de nus réalisés au plein air d’un camp naturiste, déplaçant la pudeur des textiles aux visages parés pour d’étranges fêtes vénitiennes. Aussi habile en pellicule qu’au fusain, Szydlowski reste fidèle à sa quête esthétique sur le corps tel qu’il compose avec l’âge, pour atteindre une majesté roborative, l’insolent triomphe de la maturité. La beauté pure se retrouve en mode divers chez Templon avec le tout récent Douce France de Pierre et Gilles et à la Artco Gallery d’Aix-La-Chapelle, avec les tirages de Justin Ding Wall de poses chorégraphiées de jeunes femmes noires, voisinant le travail mixte des portraits de Marion Boehm qui modèle les visages dans la matière même du support, et leur imprime la trame d’une écriture gothique parfois rehaussée de perles.

Bel accrochage chez Rabouan Moussion, pour deux signatures brillantes, avec Tania Mouraud et ses grands tirages de scènes chic et agitées des années Palace qui font écho aux deux expositions du dernier hiver en ville, Philippe Morillon chez Pierre Passebon et Cédric Dordevic chez Patrick Gutknecht, en leur temps chroniquées par Mowwgli. Erwin Olaf  se trouve sur le même stand représenté par trois images créées pour le groupe Indochine, sur le coup de cœur artistique du chanteur Nicola Sirkis : Olaf fidèle à lui même, à son esthétique sans faute,  à son mélange de perfection et de cruauté enfantine. A l’extérieur du stand, les Façades de Xavier Zimmermann, nouvel artiste de la galerie diffusent leur atmosphère hitchcockienne dans l’éblouissement de leur lumières nocturnes, pendant austère et sans couleur aux paysages brumeux de Todd Hido proposés par la Galerie Particulière.

La Galerie Berthet Aittouarès  présente le dernier travail d’Antoine Schneck, photographe toujours habile à plier la technique à son désir de ne jamais transiger avec le réel. Une série de tirages de ses Fleurs habille un des murs du stand par ses demi-teintes glissant entre le lavis et la mine de plomb, obtenues par le savant mélange de techniques numérique et argentique, mâtinées de l’antique collodion. Procédé noble aussi pour le tragique et sublime sujet de Pascal Convert dont Eric Dupont expose deux des quinze tirages contact Platine Palladium 166 x 105 cm formant ensemble le monumental panoramique de la Falaise de Bâmiyân photographiée en 2017. Fidèle à son angle Sud-Est de Grand Palais, la galerie ON de Pékin associe à l’Oceanus Procellarum, peintures à l’encre sur papier froissé de Phenix Varbanov, le travail particulièrement sensible de Shen Wei, né à Shanghai et qui commence son activité de photographe avec son installation en 2000 à New York. L’œuvre qui navigue entre une douce nostalgie de la Chine et le temps qui passe sur le corps d’un homme encore jeune résonne de cette musique des chambres de rencontres qu’abritent les pages sensuelles et glacées d’un cinquième livre paru aux éditions L+l /ON Gallery, « Undefined time of Intuition ».

http://artparis.com