Tous les articles par Hervé Le Goff

Venu à l'enseignement et au journalisme après des études d'architecture et de cinéma, Hervé Le Goff a enseigné à L'Institut Français de Photographie, à l'Université Paris-Descartes, à l’Ecole Efet, à l'École nationale supérieure Louis-Lumière, à l'Université de l'Océan Indien de Saint-Denis de La Réunion ; il a écrit pour plusieurs revues et magazines, notamment l'Officiel de la photo et du cinéma, Le Photographe, Photo Journal, Zoom, Vogue Hommes International, Photographie, Photo Reporter, L'Événement du jeudi, Les Inrockuptibles, Télérama, Images magazine. Il collabore actuellement à l’encyclopédie Universalis et publie dans les pages événement-culture du magazine Chasseur d'Images.

Thibault Lévêque, Passion Assumée

« Ici nulle part », son précédent livre, nous avait emmenés un peu partout, sur ses photos d’amateur inspiré et de voyageur peu organisé, où se mélangeaient les brumes du Havre et les brouillards de Prague, les sentiers des Alpes et la jungle malaise, les cours de Paris et les parkings du Wyoming.

Avec « Passion »,  son troisième livre si on compte « Amonide Vegas », le recueil de textes paru en 2013, le poète chanteur photographe continue la route en la resserrant sur le continent américain, en compagnie de deux copains, Emmanuel Rosario et Théo Gosselin, comme lui beaux gosses hirsutes et barbus, que la trentaine devra attendre encore un peu. En parlant avec Thibault Lévêque, on comprend que les pays dans lesquels il se sent le mieux chez lui se trouvent en extrême-Orient, et qu’il trouve là-bas la vacance des choses, le repos total. Les États-Unis lui sont au contraire un espace d’intranquillité, une source intarissable de questionnement et de mystère, la permanence de l’inconnu.
Le livre suit l’itinéraire  tracé par les trois copains du 29 mai au 30 juin 2017 : Detroit, Chicago, Kansas City, Denver, Los Angeles, puis l’Arizona, l’Utah, le Nouveau Mexique, le Texas jusqu’à Austin. Les photos rejoignent l’imagerie appréciée dans « Ici nulle part », portraits ou autoportraits, paysages traversés, chambres en foutoirs, visages des filles rencontrées, autrement dit, nul reportage, pas plus de documentaire, simplement le carnet de route d’un artiste sans étiquette fixe, écrivain par fragments, philosophe par intuition, photographe par passion, comme le rappelle si simplement le titre du livre, sur fond qui ose le rose. Road Book comme il y a des Road Movies, cette passion-là reste fidèle au paradis que Thibault Lévêque a décidé de limiter à notre globe et aux heures à portée de main, évitant autant que possible les poussières du passé et plus encore les pesanteurs de l’avenir quand on lui souhaiterait une carrière. Quoi qu’il en soit et à son corps défendant, une œuvre se construit autour de ces photographies inconditionnellement argentiques, tissée de textes amoureux, révoltés, dispersés à travers les pages d’une maquette aussi élégante que déjantée. Autant d’actes d’une écriture faite de couleurs et de mots imprégnés d’une beauté abrupte et non léchée, comme si cette langue vivante avait d’autres chats à fouetter.

A LIRE : 
Thibault Lévêque, son usage du monde

INFORMATIONS PRATIQUES
• Passion
Thibault Lévêque
80 Photos inédites et 120 textes
Ouvrage composé avec Thibaut Ceasar, édité en 200 exemplaires numérotés
124 pages, 20x25cm
En vente à la galerie Fisheye ou à commander sur http://passion.thibaultleveque.com/produit/passion/
30€
« Swim at Your Own Risk »
Thibault Lévêque 

Du 9 mars au 21 avril 2018
Vernissage le jeudi 8 mars
Galerie Fisheye
2 Rue de l’Hôpital Saint-Louis
Paris 75010
Du mercredi au samedi de 14h à 19h
http://fisheyegallery.fr
• Thibault Lévêque
27 avril au 20 mai 2018
Gallery Moser
Grand Rue 48
1820 Montreux

Garçons de Joie au Bonheur du Jour

D’Albert le chauffeur, Proust faisait Albertine, l’aguicheuse héroïne de la Recherche du temps perdu. Les souvenirs travestis du petit Marcel remontent déjà  à plus d’un siècle, contemporains qu’ils sont des relations amoureuses entre hommes, aussi discrètes qu’omniprésentes dans la société, le roman, les évocations poétiques ou les plaisanteries grasses. Ce Temps perdu proustien partagé par les Charlus et les Jupien, aristocrates, bourgeois ou prolétaires, vous le retrouverez en images et sans fard dans les murs de la galerie Nicole Canet, entre les dessins et les photographies chevauchant les 19e et 20e siècle, toutes pièces proposées aux amateurs et collectionneurs.

Où l’on voit que les peintres, dessinateurs et photographes ne s’embarrassent guère des précautions des littérateurs et chansonniers qui se rangeaient derrière un choix de mots à faire flotter les jaquettes : entre le « bougre »  de l’ancien régime,  le « queer » mondialisé ou le militant LGBT, le catalogue reste haut en couleur comme en demi-teintes, qui propose les enjoués « bardache », « jésus », « mignon », les savants « ganymède », « giton », « uraniste » et « zerbin », le politique « anticoniste », les inusables « tante » et « tapette » et le fameux « pédéraste » aujourd’hui classé « vieux » (vx) ou « littéraire » (litt.) dans les dictionnaires, familièrement abrégé en « pédé », pudiquement remplacé par « homo » ou universellement préféré « gay ».

L’exposition de la galerie Au Bonheur du jour fait fi de ces cinquante nuances du vocabulaire : avec ou sans légende, l’image prime par le dessin d’Ernst Hildebrand, de Roland Caillaux ou de René Bolliger, pour citer les trois artistes les mieux représentés. Les photographes, souvent amateurs, rejoignent le contexte d’une sexualité clandestine et d’une sensualité consentie entre garçons costauds ou graciles, marins, travestis et voyous, ou du rapport vénal entre un joli tapin à casquette et un homme fait, pas toujours beau, a priori riche. Les « Garçons de joie », ancêtres des gigolos et des modernes escorts, vaillants acteurs de la mâle geste du plaisir et de la prostitution, ont plein droit de cité dans cette galerie  délicieusement hors-norme, bastion de l’érotisme que Nicole Canet défend comme un des beaux-arts au milieu de la morne plaine des effarouchements de notre 21e siècle.

L’exposition s’accompagne d’un épais beau livre, qui s’ajoute à une bibliographie déjà copieuse, solide anthologie du libertinage d’époques réputées belles, de latitudes plutôt chaudes où les odalisques d’Afrique du Nord croisent les garçons de Sicile, où la chair, la peau et les membres se frottent sans vergogne à la littérature, à la chanson réaliste et aux arts plastiques.  Document érudit et festif, somptueusement illustré, joliment écrit et préfacé par un ex-ministre de la culture, ce « Garçons de Joie » diffère du précédant opus « Hôtels garnis, garçons de joie » en ce qu’il traverse les chambres, les buissons et autres enceintes de plaisir pour aller droit à ces mâles qui s’aiment, se paient ou se punissent avec la même impudeur, absolument joyeuse.

INFORMATIONS PRATIQUES
Garçons de joie, Prostitution masculine, 1860-1960
Exposition du 21 février au 12 mai 2018
Galerie Au bonheur du jour
1 rue Chabanais
75002 Paris

Garçons de joie, Prostitution masculine, 1860-1960
352 pages – relié, 290 illustrations pour la plupart inédites.
Textes de Nicole Canet et Marc Devirnoy, préface de Frédéric Mitterrand.
Editions Galerie Au bonheur du jour
Ouvrage disponible à la Galerie, 1 rue Chabanais, Paris 2e, à la librairie Les Mots à la Bouche, 6 Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, Paris 4e, et sur le site de la galerie : http://www.aubonheurdujour.net
ISBN : 9791093837017
79€

Les Années W de Cédric Dordevic

Quand il se fait embaucher comme assistant de photographe par le bureau parisien des publications Fairchild, Cédric Dordevic ne connaît pas grand chose du milieu de la mode. Le jeune homme de 22 ans qui annonce une courte expérience dans le portrait d’artiste se voit bientôt  absorbé par la chronique de la vie parisienne, découvrant l’univers d’un certain journalisme, peuplé de créateurs, de mannequins et de célébrités.

Titulaire d’une carte de presse, admis partout où se produit l’événement, Cédric Dordevic photographie dès lors pour les colonnes du Women’s Wear Daily et de W magazine tout ce qui brille et compte à Paris. John Fairchild qui impose ses vues sur une illustration qu’il veut originale, s’interdisant  le recours facile aux agences, savoure en son bureau ces images qui parlent de la haute couture comme les podiums ne la montrent pas,  et qui offrent au lecteur l’extravagante intimité de ceux qui la font.

L’aventure qui voit la reconnaissance répondre au talent durera de 1990 à 1998, huit ans au terme desquels Cédric Dordevic estime avoir fait pour Women’s Wear Daily et W magazine le tour de la scène parisienne de la mode, la plupart du temps avec Natasha Fraser, écrivain et journaliste. . Il s’expatrie en Inde, pour changer d’air sinon de métier. A Bombay, il participe à l’édition des premiers numéros de ELLE India dont il suit le développement  pendant deux ans, avant d’entreprendre une carrière de reporter qui le mènera en Asie et en Afrique.

John Fairchild est mort en 2015, emportant avec lui sa passion pour la représentation de la mode. En numérisant ses négatifs de la période parisienne pour l’élaboration de son site internet,  Cédric Dordevic réalise que toutes ces images dépassent l’anecdote et le gossip, et quelles évoquent ensemble  une époque singulière, à la fois proche et révolue. Suivies par le regard subtil et décalé d’un paparazzi mal à l’aise dans cette fresque perpétuellement festive, ces huit années libèrent  aujourd’hui leurs contrastes d’élégance et d’outrances, d’arrogance et de tendresse, avec une incursion dans l’atmosphère fébrile des ateliers quand approche le moment des défilés.

La galerie Patrick Gutknecht présente du 27 février au 28 avril 2018 une sélection de trente tirages argentiques 24×36 ou 30×40 tirés d’après les négatifs originaux et dix tirages numériques 13x19cm exécutés d’après les scans de planches contact.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Années W
Cédric Dordevic
Du 27 février au 28 avril 2018
Galerie Patrick Gutknecht
78, rue de Turenne
75003 Paris
http://www.gutknecht-gallery.com

Sophie Calle, Des Histoires vraies

Des Histoires vraies, livrées derrière le masque d’un bélier aveuglé par ses cornes. Faut-il connaître les manipulations de Sophie Calle autour de la l’authentique fiction et des fausses preuves pour mettre le joli titre en doute ?

Au contraire, il faut tout prendre, les yeux ouverts : ces histoires qui traitent de la rencontre, de la relation qui se noue, de celles qui se défont, de l’amnésie du corps des hommes, du sein et de l’érection, du père et de la Californie, de la mort de la mère écrite par la mère rejoignent un rayonnage de nouvelles mythologies intimes et brèves, délicieusement couchées sous la tête du prodigieux ovin. Posées entre les textes, les photographies  arrivent quant à elles comme un bonus dont le lecteur fera ce qu’il voudra : les garder comme une cravate offerte, ou les jeter comme le sommier calciné d’un suicidé au feu. C’est profond, c’est amer, c’est drôle, c’est fin, c’est tout Calle.

INFORMATIONS PRATIQUES
Des Histoires vraies (6ème édition)
Sophie Calle
128 pages
10x19cm, relié, éditions
Actes Sud
19,50 €

Jean-Claude Gautrand, Retour sur images

Ils étaient nombreux à le presser de penser enfin à sa propre monographie, lui qui en a tant signées. Auteur de livres incontournables sur Doisneau, Ronis, Brassaï, Dieuzaide et des plus anciens nommés Hippolyte Bayard ou Louis Désiré Blanquart-Evrard, Jean-Claude Gautrand publie aux éditions Bourgeno le grand et beau livre qui invite le lecteur à s’immerger dans la longue et riche production d’un promeneur infatigable, cheminant de Paris vers d’autres hauts-lieux  de l’Histoire du 20e siècle.

Impliqué dès ses débuts dans les querelles esthétiques suscitées par l’Allemand Otto Steinert, Gautrand adhère à l’élan humaniste des  poètes de la seconde moitié du 20e siècle. Co-fondateur en 1963 du groupe Libre expression, membre actif du club des 30×40 en 1964, compagnon et chroniqueur des Rencontres d’Arles en 1969, l’homme milite pour la défense d’une photographie qui se respecte, surmontant la tendance contemporaine de la série et d’une vision désincarnée pour sauvegarder la rhétorique pure d’un noir et blanc qui conserve un large public.

Le livre et l’exposition qui le présente suivent donc cet itinéraire qui part de l’abstraction esthétique de l’école allemande de l’immédiat après-guerre pour évoluer vers la méditation d’un artiste sensible à la trace du passage des hommes : l’entreprise massive de mort  qui érige les blockhaus sur le littoral, aligne des baraques concentrationnaires ou massacre un village entier dans son incendie, la force nourricière des Halles de Baltard et des entrepôts de Bercy, à terme condamnés par un urbanisme sans âme . Entre tout cela, en chroniqueur de ses propres émotions, le photographe parvient à poser son regard sur ce que le temps recouvre de sa poussière, ressuscitant les outils d’un père jardinier à ses heures, sans jamais passer à côté de la beauté absolue, fût-elle éphémère, comme l’équilibre d’un galet ou le rehaut de la neige sur un corps de bronze.

> Jean-Claude Gautrand signera son livre ce samedi 27 janvier à la galerie Argentic de 14h30 à 18h30.

INFORMATIONS PRATIQUES
• L’exposition
Jean-Claude Gautrand, Itinéraire d‘un photographe

Du 18 janvier au 3 mars 2018
Galerie Argentic
43 rue Daubenton
75005 Paris
• Le livre
Jean Claude Gautrand, Itinéraire d’un photographe
200 pages 26×30,5cm
158 photographies
Préface d’Anne Biroleau-Lemagny
Entretien de Sylvie Hugues
Editions Bourgeno
39 €
Tirage de tête signé et numéroté 1 à 100, avec un tirage 18 x 24cm, 250 €
http://www.argentic.fr

David Nicolas Parel : Le Muscle, en scènes et coulisses

Deux raisons de vous rendre au 50 Foch : vous inscrire comme bodybuilder ou voir l’exposition du travail que David Nicolas Parel mène depuis quatre ans sur l’univers musclé des compétitions internationales du culturisme. Époustouflant.

Le culturisme ? David Nicolas Parel l’a pratiqué dès l’âge de 20 ans pour venir à bout de l’obésité que lui avaient laissée les fastfoods de son adolescence. Pendant cinq ans, le jeune homme qui le soir se fait abdos et triceps en salle passe ses journées d’un job à l’autre : serveur, agent de sécurité, réceptionniste d’hôtel, caissier d’une salle de cinéma sur les Champs-Elysées, moniteur de fitness dans le Marais, employé de banque à Genève, critique de cinéma, ouvrier de manutention, sélectionneur de films, vendeur en sex-shop, toutes activités qui ne l’empêchent pas de se tourner vers l’écriture de scénarios et de réaliser en 2007 un  court-métrage, « Le Seuliste », dont il est l’unique interprète.

Son deuxième film, « Body » revient au culturisme tel que le vit son jeune frère Gary qui, dix ans après lui, s’engage dans le cycle tendu de l’entraînement et des compétitions. Le décalage entre le sport-spectacle et la tension de l’entraînement conduira à une investigation photographique du culturisme, dans sa parité hommes-femmes. La visibilité offerte par ses parutions en presse finit par aider David Nicolas Parel à forcer des portes réputées. Le reportage de la session européenne de l’Arnold Classic de Madrid  en 2014 lui vaut de suivre l’équipe organisatrice de l’événement dans le circuit international des compétitions initiées par Arnold Schwarzenegger. Il y en aura huit, d’abord à Columbus, Ohio, USA, siège officiel de l’événement, en Afrique du Sud et jusqu’à Hong Kong.

La rencontre avec l’acteur-bodybuilder-gouverneur de Californie, perpétuellement entouré d’une garde rapprochée de conseillers et d’agents, n’a cependant lieu qu’en février 2017 à Columbus. La figure mythique de Schwarzenegger participera à la consécration artistique du jeune photographe : exposée à Zurich et à Paris à l’hiver 2016-2017, la série finaliste du Swiss Photo Award 2016 sera présentée à Arles en 2017 à la fondation Manuel Olivera Ortiz. Saga noir-et-blanc d’une beauté nommée puissance, mélange édifiant d’effort et de sensualité, Most Muscular devrait bientôt trouver l’éditeur assez avisé pour monter la première monographie du travail d’un photographe suisse désormais suivi par le demi-dieu du culturisme.

INFORMATIONS PRATIQUES
Most Muscular
David Nicolas Parel
Jusqu’au 28 février 2018
50 Foch
50, avenue Foch
75016 Paris
http://www.davidnicolasparel.com

MAIIAM, L’art contemporain au Nord de la Thaïlande

À tout juste une année d’existence, le MAIIAM remporte le prix prestigieux des Leading Cultural Destinations Awards, devant la  Fosun Foundation de Shanghai et le Jiangsu Art Museum de Nanjing. Situé à Baan Ton Pao, dans le district de Sankampaeng, à dix kilomètres à l’Est du centre de Chiangmai, deuxième métropole de Thaïlande, le musée d’art contemporain est né de la volonté du Français Jean-Michel Beurdeley, fils et petit-fils de spécialistes en art d’extrême-Orient, de sa femme Patsri Bunnag et de son fils Eric Booth Bunnag, liés à la famille royale de Siam, de partager leur collection avec le grand public.

Le MAIIAM qui doit son nom à la contraction du vocable thaïlandais Maï Iam, pour « tout neuf », se signale par une façade majestueuse de simplicité, faite d’une mosaïque de milliers de miroirs et procède  de la conversion réussie d’un entrepôt de 3000 mètres carrés en espace d’exposition sur deux niveaux, au parcours agréable, lumineux et aéré. L’ensemble, signé par le bureau d’architecture All Zone de Bangkok, ajoute un large patio, une librairie-boutique, un restaurant et une salle de projection.

Un musée privé donc, comme il en existe quelques uns par le monde, mais aussi le vecteur de l’élargissement d’une passion de collectionneur à une vocation de mécénat : côtoyant la collection permanente des acquisitions, les expositions temporaires répondent à la volonté assumée d’offrir une visibilité à l’art contemporain thaïlandais, à ses grandes signatures comme aux jeunes créateurs repérés pour les promesses de leur talent.

L’ouverture du MAIIAM s’est faite en juillet 2016 avec « The Serenity Of Madness », ou « Sérénité de la folie »,  d’Apichatpong Weerasethakul. L’installation du réalisateur d’Oncle Boonmee, Palme d’or à Cannes en 2010, portait le symbole d’un projet assez fou et assez serein pour affronter ses sceptiques, recevoir l’adhésion d’un public local et la récompense d’un prix international.

Conversation avec Jean-Michel Beurdeley.

“Il faut donner de l’émotion à nos visiteurs, faire en sorte qu’ils ne restent pas passifs.”

Hervé Le Goff : À partir de quel moment vous être vous senti collectionneur ?

Jean-Michel Beurdeley : Je viens d’une famille de collectionneurs, j’ai toujours aimé l’art, beaucoup plus que les études, c’est dans les gènes. J’ai  commencé à collectionner vers dix-sept ans, j’ai eu ma galerie à dix-neuf. Dès les années 1970-80, il m’est arrivé de prêter des œuvres aux musées de la Ville de Paris et en France,  et aussi pour des expositions aux États-Unis.

H. L. G. : Comment s’est passée cette transition d’une galerie à Paris à un musée à Chiangmai ? 

J. M. B. : J’aime découvrir ce qui n’est pas à la mode, ce qui a été  le cas de l’art contemporain thaïlandais, trop méconnu. A Paris, je vendais de l’art ancien d’Extrême-Orient, mais ma dernière exposition, en 1999, était consacrée au grand artiste thaïlandais Montien Boonma, comme un clin d’œil qui annonçait ce que je ferais après. Patsri, ma femme, pensait à un projet en mémoire de sa grand-tante Chao Chom Iam, épouse consort du roi Rama V. Nous avons préféré réaliser ce projet nous-mêmes,plutôt que de faire une donation à une fondation de Thaïlande. Nous avions l’idée d’un musée dont le fonds serait constitué de notre collection et de nos acquisitions. Chiangmai est une ville d’artistes et nous pouvions les rencontrer sur place. Les services culturels de l’ambassade de France nous ont confortés dans nos goûts, notamment Francine Méoule, spécialiste d’art contemporain en Asie du Sud-Est. Il faut reconnaître que sur le plan de la culture, la France reste un grand pays.

H. L. G. : Comment établissez-vous votre programme d’expositions?

J. M. B. : Il faut être franc, il s’agit de préférences. C’est aussi un  peu comme ça vient, mais il y aura toujours des présentations d’artistes thaïlandais. C’est ce qui arrive avec Shone Puipia, un garçon qui sort de l’école de mode d’Anvers et dont le travail est renversant ; j’adore la vidéo de son livre et l’installation avec ses esquisses, ses patrons. Nous avons actuellement une exposition intitulée “Patani Semasa”. Peu de gens connaissent l’école des beaux-arts de Patani, une province du sud de la Thaïlande un peu abandonnée sur le plan artistique et nous souhaitions lui donner une visibilité. Nous exposons aussi des artistes étrangers comme en ce moment la femme peintre franco-chinoise, Lalan, dont je collectionne les œuvres depuis les années 1980, de plus en plus appréciée en Chine, ou encore l’Espagnole Pilar Albarracín dont nous espérons montrer les vidéos, qui ont toutes la force de la culture andalouse. Ce sera, nous l’espérons, une véritable découverte pour le public thaï.

H. L. G. : Sur quels critères décidez-vous d’accompagner une exposition par un catalogue ?

J. M. B. : Tout dépend des donations que nous recevons, mais avant tout, le catalogue doit rester la mémoire de l’exposition.

H. L. G. : Quelle part faites-vous entre l’acquisition d’œuvres et la mission de promouvoir l’art contemporain ?

J. M. B. : De préférence, nous exposons des artistes dont nous possédons déjà quelques pièces. Comme collectionneur, vous pouvez acheter à de jeunes artistes, si ce qu’il fait vous plaît. Pour un musée, il faut attendre, car présenter un artiste qui débute et qui va peut-être arrêter, ça rend les choses difficiles. J’ai assez souvent remarqué qu’en Thaïlande, les artistes acquièrent une bonne technique, sans toujours savoir quoi en faire ensuite.

H. L. G. : Quel retour avez-vous des visiteurs et avez-vous les moyens de les identifier ?

J. M. B. : Oui, absolument. À l’entrée, on demande aux visiteurs s’ils veulent recevoir les informations sur les expositions, on constitue un fichier informatique, avec les adresses mail, et je dois dire que jusqu’ici, on a eu toujours énormément de monde à nos vernissages. Je crois que sans Internet, nous n’aurions pas pu faire ce musée. Ici, c’est instantané, les réseaux sociaux fonctionnent très bien. Un grand nombre d’expatriés et de diplomates résidant à Chiangmai viennent à toutes nos expositions. La municipalité de Chiangmai est aussi reconnaissante de nos efforts. Maintenant que le musée s’est monté et que ça marche, tout le monde dit bravo, mais on rencontrait un peu moins d’enthousiasme à l’origine du projet. Le MAIIAM fait revivre Sankampaeng, cette partie de Chiangmai réputée pour son artisanat. Pour l’exposition « Mon art du style », par exemple, j’ai pu observer l’intérêt des dames des petites échoppes de couture pour le détail et la finition des robes, cela faisait plaisir à voir. Dans l’artisanat, il y a toujours le savoir faire, mais pas encore vraiment de design; il faudrait essayer de faire des choses de meilleure qualité.

H. L. G. : Imagineriez-vous pareil projet en France ? 

J. M. B. : Nous n’en aurions jamais eu les moyens. Cependant, le financement des expositions reste difficile.

H. L. G. : Que pensez-vous de l’habitude mondialement répandue du selfie que plusieurs musées interdisent ?

J. M. B. : Bien sûr, le selfie désacralise le lieu de culture mais en même temps, je ne veux pas décourager les personnes qui n’ont pas l’habitude des musées. Quand ils font un selfie, ils choisissent les œuvres, ça veut d’abord dire qu’ils les regardent, et ça ne me dérange pas du tout qu’ils se photographient devant.  85% des gens qui viennent ici on moins de trente-cinq ans, alors que c’est la génération dont on dit communément qu’elle ne s’intéresse à rien. Certaines jeunes femmes arrivent à dix heures du matin habillées pour l’occasion, se prennent en selfie devant la façade de miroirs, c’est pour elles un honneur d’exprimer leur élégance en rapport avec l’art contemporain ; on n’imagine pas s’habiller pour aller au Louvre ou à Beaubourg. Nos visiteurs ne sont pas forcément riches, mais la jeunesse thaïe montre beaucoup d’enthousiasme.

H. L. G. : Quelle relation entretenez-vous avec les écoles ?

J. M. B. : Nous avons énormément d’écoles qui viennent, en particulier du Nord-Est. On ne souhaite pas trop les enfants du primaire qui pourraient vouloir  toucher les œuvres, mais les universités, les lycées, oui; ils sont assidus et bienvenus.

H. L. G. : Que pouvez-vous attendre d’une distinction comme le Leading Culture Destination Awards ?

J. M. B. : C’est un bonheur et un honneur. Cela crée une sorte d’électrochoc dans toute la société thaïlandaise. De voir que des particuliers arrivent à faire des choses aussi conséquentes, juste en achetant un entrepôt et en lui donnant une façade, au point de passer devant deux grands musées de Chine. Le ministère de la culture nous apprécie, la ministre du tourisme nous adore, elle nous envoie des hordes de journalistes, tout cela nous donne confiance. Nous attendons une biennale des arts à Bangkok avec Thai Bev comme sponsor qui a prévu un budget sur trois éditions, soit sur six ans, avec le soutien d’Apinan Poshyananda qui a défendu l’art contemporain au Ministère de la Culture pendant les vingt dernières années ; également une biennale à Krabi, une ville du sud, organisée par le gouvernement. Nous ne serons pas partie prenante, mais nous sommes heureux de participer à cet élan, où sont invités des artistes comme Marina Abramovic ou Huang Yong Ping. On découvre maintenant que la jeunesse s’intéresse à l’art contemporain, que le Bangkok Art & Culture Center bouge, alors qu’on n’en entendait pas beaucoup parler dans le passé.

H. L. G. : Comment a été conçue l’exposition « Mon art du style » ? 

J. M. B. : L’idée nous est venue à Madrid, quand nous visitions une exposition Givenchy à la fondation Thyssen. Le commissaire avait eu le droit de prendre n’importe quelle pièce de la collection Thyssen à condition de la mettre en relation avec la mode. Le principe nous avait semblé intéressant et nous avons immédiatement pensé que cela pourrait faire partie du programme du musée de Chiangmai qui était encore en projet. Mon épouse est décédée un peu avant l’ouverture du MAIIAM et j’ai demandé à sa nièce Pring Bunnag, critique d’art, ce qu’elle pensait de la garde-robe de Patsri. Elle a jugé que cette collection de vêtements conviendrait à merveille pour une telle exposition dont elle a accepté d’assurer le commissariat. On y a vu un hommage à mon épouse, mais, vraiment, je trouve que le dialogue entre l’art contemporain avec la mode est très fort. Lorsque vous vivez entre des œuvres d’art, est-ce que les tableaux influencent votre façon de vous habiller ou bien est-ce la mode qui oriente vos acquisitions d’œuvres d’art ? Je crois que ça vient des deux côtés. J’aime le dialogue mode/art contemporain comme le dialogue antique/contemporain.  J’ai absolument adoré l’exposition Carambolages au Grand Palais qui ne semble pas avoir eu un grand succès.  Un sceptre de roi africain et une statue étrusque, la juxtaposition était forte.

H. L. G. : Vous avez alors dû apprécier les installations de Jeff Koons,  de Murakami  ou d’Anish Kapoor au château de Versailles ?

J. M. B. : J’aime l’idée, même si je peux être parfois choqué. Cela présente déjà le mérite d’inciter les jeunes à aller voir Versailles, qui est l’exubérance, comme l’art contemporain qu’on y introduit. Il ne faut pas rester dans les choses ennuyeuses.

H. L. G. : Quelles qualités peuvent partager le collectionneur et le directeur de musée que vous êtes tout à la fois ?

J. M. B. : Je pense qu’il faut avoir le courage de ce qu’on aime, regarder une œuvre d’art avec les yeux et pas avec les oreilles. Rien ne m’agace plus que les commentaires que j’entends encore maintenant, de la part de personnes réputées expertes, qui ne voient en  Lalan que l’ex-femme du peintre Zao Wou-Ki. Je crois qu’il faut donner de l’émotion aux gens, j’ai besoin d’émotion quand j’achète une œuvre, quand je l’accroche, quand je l’expose. Si j’arrive à la communiquer, j’ai joué mon rôle.

H. L. G. : Quel futur voyez-vous pour le MAIIAM ? 

J. M. B. : Nous avons deux fondations, la Chao Chom Iam  Foundation et la Patsri Bunnag Foundation. Mon fils s’en occupe déjà plus que moi, il continuera après moi. Je pense que nous avons  un rôle à jouer. Si, le plus vite possible, d’ici cinq ou vingt ans, Chiangmai se dote de musées d’art contemporain plus importants, on pourra alors arrêter, je n’ai aucun problème avec ça. Je ne suis pas non plus contre la contribution des collectionneurs. Nous avons peut-être trois ou quatre cents pièces d’art contemporain, ce qui n’est pas énorme. Le problème, quand vous donnez des œuvres à un musée, il y a le risque de les voir enfermées dans une réserve dont elles ne ressortiront que cent ou deux cents ans plus tard, ou peut-être même jamais. La vie des œuvres d’art est assez incertaine. Je rêve de construire une grande maison sur une rizière, où j’aimerais vivre entouré des œuvres que j’aime.

Propos recueillis par Hervé Le Goff

INFORMATIONS PRATIQUES
MAIIAM
Contemporary Art Museum
122, Moo 7 Tonpao Amphoe San Kamphaeng
Chang Wat Chiang Mai 50130, Thaïlande
http://www.maiiam.com

Dates des expositions :
Apichatpong Weerasethakul, « The Serenity Of Madness », 030716-100916
Kamin Lertchaiprasert « Timeless Present Moment » 250916-060217
« Mon art du style » 250217-250617
Patani Semasa « 190717- 140218 »
Lalan, « The Cosmic Dance of the Paintbrush » 230917-140218

Jean-Michel Beurdeley est, avec William Warren, co-auteur du livre « Jim Thompson La maison sur le Klong », (éditions du Pacifique 2004)

 

Le Calendrier de l’Avent Spécial Edition Photo : 11 Décembre

Chaque jour Mowwgli vous propose d’ouvrir la case du jour de votre calendrier de l’avent. Difficile d’y inclure des petits morceaux de chocolat, alors nous avons décidé de vous faire découvrir quotidiennement un livre photographique publié cette année. Idées cadeaux, suggestions pour compléter votre collection de livres photo ou juste pour le plaisir des yeux… voici 24 sélections !

Aujourd’hui, lundi 11 décembre, nous vous présentons un petit guide pratique réalisé par Mathieu Oui intitulé « Réussir sa communication artistique », ouvrage publié aux éditions Pyramyd.

Mathieu Oui : L’artiste et ses cibles

Bien faire ce qu’on est censé savoir faire n’est pas toujours facile, et tout ce qu’apprennent les écoles ne suffit pas à donner le talent. C’est une affaire entendue, comme dirait l’auteur du « Voyage au bout de la nuit ». Tout ce que vous propose le petit livre aussi dense que précieux de Mathieu Oui, c’est de savoir mettre du jour sur votre parcours et sur ce qu’il en ressort : votre œuvre ou tout simplement votre travail, en espérant que cela produise un retour en notoriété, en commandes et pourquoi le dissimuler, en argent.

Or, Mathieu Oui ne se paie pas de mots, encore moins de conseils et d’astuces usées : en huit sections (six blocs basiques et deux états des lieux exhaustifs), il passe au peigne fin les leviers et les failles qui permettront, au bout du compte, de fendre les murailles des sociétés commanditaires, des agences de com, des éditeurs, bref, des clients. Où il est question de la préparation d’un book, de l’usage d’internet, de la presse et de la parole, de la manne souvent contournée des concours, des bourses et résidences d’artistes.  Manuel du Savoir faire connaître comme il existe un code du Savoir vivre, le livre de Mathieu Oui opère sur trois registres, magistral, illustré, vécu. Chacun des six chapitres se décline en sections savantes, on peut même oser « universitaires », pour une approche intelligente et raisonnée des choses. Là, il faut peut-être s’accrocher un peu, acquérir le vocabulaire qui servira, sonder les contenus qui orienteront. Pour clore chacune de ce qu’il faut bien appeler des leçons, deux conseils de pros et un témoignage d’artiste, tous connus et dûment nommés éclairent le propos, sans langue de bois. Tout sérieux et pertinent qu’il est, le livre d’Oui se démarque  comme les bons profs qui savent faire passer les choses avec l’humour et les mots justes : « être au net », « avoir bonne presse », « passer l’oral », autant de tournures familières pour stimuler le potentiel du lecteur qui trouve là un guide pour l’exploiter.

Mathieu Oui nous le dit en 150 pages : c’est tout com.

INFORMATIONS PRATIQUES
Réussir sa communication artistique
Mathieu Oui
Editions Pyramyd
Sortie en novembre 2017
ISBN : 2350174174
16,5 €

Olivier Grossetête à Chiangmai, Thailande

Les Parisiens ont pu, en juillet dernier, évoluer dans sa Ville éphémère, érigée aux abords de la Grande Halle de la Villette. Buildings grandeur nature, élégants et puissants, mais tout en carton, scellé et recouvert d’adhésif d’emballage. Quand Christo enveloppe le monumental de ses toiles ficelées, quand Georges Rousse maquille  de jeunes ruines en trompe-l’œil, Olivier Grossetête reconstruit le patrimoine architectural sur un mode à la fois savant et ludique.

Artiste contemporain qui ne court pas après les collectionneurs, le jeune plasticien né à Paris en 1973, diplômé en 1998 de l’Ecole des Beaux-arts de Valence, aujourd’hui installé à Marseille, commence sa carrière par la réalisation en 2000 d’un court-métrage. « Le bateau ivre 1 » raconte l’histoire d’un bateau de papier grandeur nature, capable d’embarquer un rameur dans ses divagations d’histoire du cinéma.

Olivier Grossetête s’attaque à la troisième dimension deux ans plus tard avec ses constructions monumentales collectives et éphémères, impliquant une participation locale. Plusieurs villes de France  et d’Europe financeront  ces performances aux dimensions éducatives et culturelles, capables de mobiliser des habitants de tous âges, en les impliquant dans la réalisation de ces citations cartonnées en taille réelle de leur héritage, conçues d’après relevés, répliquées à travers l’informatique, façonnées en ateliers préliminaires avec la participation d’étudiants d’écoles d’art, élevées enfin sur le terrain avec l’aide spontanée et musclée des badauds : il faut en effet des bras pour soulever, fussent-ils en carton,  une cathédrale, un arc de triomphe ou un aqueduc afin de glisser les derniers blocs de leur soubassement. Du 6 au 10 décembre, c’est au tour de la ville thaïlandaise de Chiangmai d’inviter Olivier Grossetête à ériger sur l’esplanade festive de Pratu Tha Phae la réplique d’un temple Lanna : mille deux cents cartons totalisant une tonne et demie, soudés et recouverts par vingt kilomètres d’adhésif, mis en forme par une centaine de participants. L’opération montée avec le soutien de l’Institut Français se déroule dans le cadre de la semaine internationale du Design 2017, hébergée par la deuxième mégapole de Thaïlande.

https://www.facebook.com/olivier.grossetete.9

Philippe Morillon : Son Palace

Non, juste un rêve, le Palace n’existe plus, du moins celui que Philippe Morillon a photographié dans la jeunesse des années 1970-1980, quand le beau jeune homme hantait en feu follet l’antique cinéma Gaumont que Fabrice Emaer avait ressuscité pour accueillir tout ce qui comptait sur la scène des arts et de la mode.

Connu pour ses illustrations d’un monde idéal de beautiful people évoluant comme des dieux sur les plages californiennes ou au néon des boîtes branchées, Morillon devenait le soir ce paparazzo enchanteur auquel personne ne refusait son portrait, trop heureux de figurer dans son étincelante chronique. Ces photos, les musées, les festivals, les rétrospectives savent les convoquer en figurantes pour se donner une note précieuse, un ton juste. La galerie de la Clé a eu la bonne idée d’en faire enfin une exposition monographique, aussi brillante qu’une soirée du Faubourg Montmartre, où vous croiserez dans leur éclat Diane de Beauvau-Craon et Jacques de Bascher au bal de l’Opéra de Paris, Yves Saint Laurent au Moulin Rouge, Inès de la Fressange, Loulou de la Falaise et Fred Hugues au Club 7, Mick Jagger emperruqué, Djemila Khelfa la sublime, Edwige Belmore sacrée « Reine des Punks » et le génie d’Andy Warhol, puissance trois.

INFORMATIONS PRATIQUES
Philippe Morillon, Au Palace ce soir
Du 7 Décembre au 13 Janvier 2017
Vernissage Jeudi 7 Décembre de 18h à 22h.
Galerie de La Clé
23 rue Michel le Comte
75003 Paris
https://www.galeriedelacle.com