Tous les articles par Hervé Le Goff

Venu à l'enseignement et au journalisme après des études d'architecture et de cinéma, Hervé Le Goff a enseigné à L'Institut Français de Photographie, à l'Université Paris-Descartes, à l’Ecole Efet, à l'École nationale supérieure Louis-Lumière, à l'Université de l'Océan Indien de Saint-Denis de La Réunion ; il a écrit pour plusieurs revues et magazines, notamment l'Officiel de la photo et du cinéma, Le Photographe, Photo Journal, Zoom, Vogue Hommes International, Photographie, Photo Reporter, L'Événement du jeudi, Les Inrockuptibles, Télérama, Images magazine. Il collabore actuellement à l’encyclopédie Universalis et publie dans les pages événement-culture du magazine Chasseur d'Images.

Bertholomew, Père et Fils à la Maison Européenne de la Photographie

On penserait à une entreprise familiale, mais non, s’il y a une filiation, elle s’arrête au nom, et en Inde. Richard, le père, fuit la Birmanie de son adolescence au moment de l’invasion japonaise. A  New Delhi, il rencontre Rati, réfugiée du Penjab, qui deviendra sa femme. Les deux jeunes gens, esprits également brillants s’impliquent dans la mouvance intellectuelle qui accompagne les premières années de l’indépendance de l’Inde, dans l’héritage politique et philosophique de Gandhi. L’un et l’autre Aux critiques de théâtre que signent l’un et l’autre, Richard ajoute une activité de commissaire d’expositions et finit par être nommé directeur du développement de la Maison du Tibet, centre culturel et musée du Dalaï Lama.

Comme beaucoup d’intellectuels du 20e siècle, Richard Bartholomew recourt à la photographie pour étayer ses travaux de chercheur et de conservateur, notamment sur tout ce qui touche au Tibet. Comme la plupart des esprits éclairés qui mêlent dans leur pratique d’amateur vie privée et vie professionnelle, Richard Bartholomew soigne sa technique qu’il étend au développement en chambre noire. Pablo, le fils né en 1955, grandit entre ses parents intellectuels réfugiés, préférant le laboratoire paternel à l’école, dont il finit par être renvoyé à l’âge de quinze ans. Libre de son temps, le garçon se livre à la street photographie, s’intéressant aux figurants de la misère. Ses prestations de photographe de plateau sur les tournages des studios de Bombay et de Calcutta  lui permettent de financer ses premiers reportages. Effort récompensé : missionné par TimeNew York Times, National Geographic, Le Figaro ou Geo, Pablo Bartholomew se voit décerner  en 1985 le World Press Photo de l’année sur la tragédie de l’accident industriel de Bhopal. Régulièrement exposé en institutions, musées  et en galeries, sollicité par les festivals internationaux, Pablo Bartholomew est considéré comme le photojournaliste le plus ouvert sur l’Inde contemporaine, auquel son gouvernement a remis en 2013 le Padma Shri, l’une des  plus hautes distinctions du pays, un an avant que la France en fasse un de ses Chevaliers de l’Ordre des Arts et des Lettres.

L’exposition de la MEP n’est pas vraiment la première de Pablo Bartholomew, mais elle prend une dimension singulière quand elle invite la production de son père, beaucoup moins connue malgré des archives riches des quelque 17000 négatifs laissés à sa mort en 1985. Le fonds méritait cette mise au jour, qu’il offre un regard sur le Tibet, sur la New Delhi des années 1960-1970 ou qu’il chronique la vie de famille où grandit le jeune Pablo. On peut penser aux Imsand, également père et fils, dont les œuvres ont été présentées en 1995 à l’Espace photographique des Halles qui accueillait les expositions de Paris Audiovisuel avant l’achèvement des locaux de la Maison européenne de la photographie, accueillait les expositions de Paris Audiovisuel. Mais à la différence de la présentation des deux Suisses dont on avait du mal à distinguer les variations humanistes et pictorialistes, la double exposition des Bartholomew offre en deux factures différentes une vision continue de l’Inde, lissée par le regard porté par un père sur un adolescent de fils en devenir.

INFORMATIONS PRATIQUES
Richard et Pablo Bartholomew, Affinités.
Jusqu’au 15 octobre 2017
Maison européenne de la photographie
5/7, rue de Fourcy
75004 Paris
https://www.mep-fr.org

Michel Butor, Au Temps du Noir et Blanc

Hervé Guibert, Denis Roche, Michel Tournier, Émile Zola aussi, autant d’écrivains qui nous laissent une œuvre entière de photographe. Or, on le sait depuis toujours, encre ou lumière, c’est toujours d’écrire qu’il s’agit. Dernier en date et publié chez Delpire, le livre de Michel Butor annonce la tonalité : « Au temps du noir et blanc ».

Et c’est vrai que les plus anciens d’entre nous revoient leur enfance et leurs jeunes années sur des images sans couleur, quand bien même s’y glisse une touche jaunie de sépia. Presqu’aussi carré que ces images en moyen format précieusement imprimées, le beau livre partage une relation vécue avec un appareil Rolleiflex, acquis en 1951 et promené pendant onze ans à la surface du globe. Butor raconte tout cela en une manière de préface. Ces photographies, il les commente d’un souvenir hors-champ, puisqu’il est vrai qu’il n’est de bonne image sans légende, ni de récit sans mémoire.

Chercherait-on une influence, on n’en trouverait ni chez les grands du temps, Cartier-Bresson, List (on pense au photographe allemand en retrouvant la lumière grecque de Delphes et le marbre solaire de l’Acropole) ou Kertesz, ni chez d’autres grands voyageurs dans leurs appétits exotiques et documentaires. Non, Butor, écrivain acteur du Nouveau roman, poète aux vers expérimentaux, photographie sans prétention d’effet artistique, exactement comme il aime, dans un style sobre et sans faute, quand l’œil séduit par la Méditerranée, les tropiques ou les capitales se rappelle que l’appareil est à portée de main et que tout est à prendre. Michel Butor est mort en 2016, à presque 90 ans, mais il avait depuis longtemps rangé le Rolleiflex et arrêté de photographier, laissant à sa Marie-Jo, sa femme, de documenter les voyages sur des techniques nouvelles, et dès lors en couleurs.

INFORMATIONS PRATIQUES
Au temps du noir et blanc
Michel Butor
Textes Mireille Calle-Gruber et Michel Butor
312 pages 16,5 x 20 cm
Près de 120 photos en noir et blanc
Broché avec rabats
Collection Des images et des mots
Editions Delpire
28 €
http://www.delpire-editeur.fr

Denis Roche, Les Nonpareilles aux éditions Lamaindonne

Sa monographie, chronologique et exhaustive, Gilles Mora l’avait signée en 2001, c’était « Denis Roche – Les Preuves du temps », qui faisait le compte de trente années de photographie, et qui assurait le pendant imprimé de la rétrospective montée la même année à la Maison européenne de la photographie. Pourtant, Denis Roche n’était pas d’abord photographe. Il était un écrivain qui photographiait par pulsion, comme Hervé Guibert, de 18 ans son cadet mais qui l’a précédé de 24 ans dans la mort.

Réunis au musée, Roche et Guibert partageaient la reconnaissance universelle pour un talent double sans qu’aucun des deux, de l’écrit ou de l’image, ne fasse de l’ombre à l’autre : « Nonpareilles », là aussi, les comparaisons ne sont pas de mise. Le titre donné au bel ouvrage posthume rebondit sur la méditation de Denis Roche sur ce mot élégant et peu commun, et qui change encore, selon qu’il est nom ou adjectif. Recueil informel qui ne s’embarrasse pas du cours du temps, le livre de photographie s’enrichit d’extraits de textes, précieux, couchés en inserts sur des demi-pages, déplaçant le hors-texte en hors-image. Images toutes différentes, absolument non pareilles et cependant toutes sensibles comme la surface du corps aimé, le salut complice à l’appareil photo, la résonnance de la Fabrique à Paris, les vibrations des voyages, la révérence lointaine aux Pyramides, même si la plongée sur le dépoli du Mamiya C330 redressant la nécropole royale de Gizeh a été écartée, peut-être par excès de notoriété. La belle introduction de Christian Phéline propose une clef à l’œuvre qui revient au jour, grâce à un éditeur assez avisé pour n’avoir pas laissé passer trop de temps après la disparition de l’écrivain. En replongeant le lecteur dans l’intimité créatrice et cependant non bicéphale de deux personnes amoureuses, en revenant simplement sur la relation, forte, artisanale et fusionnelle que Denis Roche entretenait avec la photographie, Phéline aménage un précieux pallier à l’œuvre au noir-et-blanc de Denis Roche, comme à sa production littéraire.
Hervé Le Goff

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Nonpareilles
Denis Roche
128 pages, 22×29,5cm, 60 photographies
Editions Lamaindonne
33 euros
http://lamaindonne.fr

Saint-Nazaire : 4 photographes pour un V.oyage O.rdinaire

Quand j’ai entendu que l’exposition de Saint-Nazaire traiterait du voyage ordinaire, j’ai d’abord pensé à une évocation minimaliste de paysages intermédiaires de zones industrielles ou de couronnes péri-urbaines comme en produit encore beaucoup la photographie contemporaine, en format plutôt grand. Mais l’affiche comme la couverture du beau livre révélaient une finesse : « V.oyage O.rdinaire », la typo laissait, comme au cinéma, entendre une V.O., c’est-à-dire du pur ailleurs, garanti par les quatre photographes : Charles Fréger, Ambroise Tézenas, Denis Dailleux et Jérôme Blin.

Et le premier des voyages, l’installation nazairienne l’organise dans la partie confortable de certains abri-bus de la ville, à l’intérieur, de manière à changer l’insupportable attente en une bonne compagnie d’images. Le transport en commun devient singulier quand, dans les rues de l’indienne New Delhi, il mène les enfants à l’école en divers covoiturages, à vélo, sur scooter ou en pousse-pousse. Plus qu’une série, le regard de Charles Fréger, sans doute ravi de retrouver là des uniformes, fussent-ils d’écoliers, rend à l’école l’image noble qu’elle perd chez nous, où sécher les cours devient une revanche sur le quotidien : en Inde, comme dans tous les pays qui émergent, on est fier et heureux d’apprendre et d’y aller ensemble.

L’Inde encore, avec le trajet Bangalore-Bombay d’Ambroise Tézenas, qui s’est fait conducteur pour mieux doubler et saisir enfin les bus trop souvent pris, réalise quelques portraits de chauffeurs ou d’agents,  avant de s’immerger dans ce qu’il connaît comme personne, ces quartiers d’une nuit noire dont une constellation d’ampoules électriques vient à peine à bout.

Denis Dailleux qui se plaît aujourd’hui au Ghana ne s’est pas privé de revenir au Caire, d’en parcourir les quartier populaires à bords des pétaradants tuk-tuk, triporteurs domestiques, quitte à les arrêter pour égrener une suite d’ingrates perspectives en tonalité terreuse par magie devenue pastel, devant lesquels posent quelques uns de ces Fils de Rois déjà célébrés par un des photographes occidentaux les plus imprégnés d’Egypte. Très volontairement ordinaire est le voyage de Jérôme Blin qui, oubliant le Sahara et les routes de France et de Navarre, a décidé de faire de Saint-Nazaire le décor d’une fiction à la première personne, réminiscence de ses trajets lycéens d’hiver, quand il ne fait jour qu’en salle de classe. On l’aura compris, ces quatre contributions ont répondu à une commande dont le cahier des charges ne fixait que la règle d’une mobilité universelle sinon perpétuelle, visiblement reçue avec un bonheur auquel les lecteurs du livre sauront se préparer par le beau texte de Christian Garcin, relation d’un autre voyage en Inde, tout à fait à part.

INFORMATIONS PRATIQUES
> Exposition
V.oyage O.rdinaire
Du 26 juillet au 6 octobre 2017
Galerie des Franciscains
16, rue Jacques Jollinier et dans 16 abri-bus
Saint-Nazaire
> Livre
V.oyage O.rdinaire
124 pages, reproductions en quadrichromie, relié
Editions Le bec en l’air
32€

William Gedney, Le livre de ses livres

En projetant de monter au Pavillon populaire de Montpellier la première rétrospective de l’œuvre de William Gedney, Gilles Mora concevait déjà la monographie, tout aussi attendue, qui accompagnerait l’exposition (voir notre papier publié le 11 janvier dernier). Si le photographe américain se passionnait pour la réalisation de maquettes d’ouvrages consacrés aux sujets dont il s’était fait un territoire, aucun de ses projets n’a pu aboutir sur les rayons d’une librairie ou d’une bibliothèque.

Publié chez Hazan, le beau recueil ressemble à la manière dont Gedney concevait la photographie, avec une simple rigueur et directement ouverte sur le sujet, résolument humain, dirait-on même incarné. Gedney, on le sait, partageait ses inclinations entre la littérature et l’image, et il semble qu’il ait pratiqué les deux sans vraiment trancher, noircissant des pages de carnets de notes, de descriptions de photographies non faites ou à faire, de réflexions fragmentaires sur la beauté comme autant de textes instantanés. Dans son essai, Gilles Mora propose quelques clés pour approcher l’œuvre d’un auteur plutôt discret, peu ouvert à l’ambition d’une carrière brillante.

L’obstination de Gedney se retrouve dans la proximité de ses contemporains, dans une confiance qui s’arrête à la connivence et la mise en scène. En plusieurs cahiers, s’élabore le roman d’un photographe fidèle à la facture d’un strict noir et blanc, habile à trouver la juste distance et les bonnes résonances. Ainsi s’égrènent les chapitres des périodes vécues, beaucoup en Amérique profonde urbaine ou rurale, un peu en Irlande et passionnément en Inde, sur deux épisodes. Le dernier cahier de photographies, dédiée aux Parades gays éclaire la face réservée de Gedney, homosexuel guidé par sa quête de rencontres amoureuses, et en l’occurrence contributeur à la visibilité d’une communauté militante. On ferme le volume non sans avoir savouré le parcours des livres « faits à la main », titrés et maquettés avec un plaisir manifeste et auxquels aucun éditeur n’a eu la bonne idée de donner une suite. La maison Crowell, Collier & Macmillan inc. aurait pu faire exception avec la parution de « Portraits. 50 Contemporary American Composers » si Eric Salzman, l’auteur pressenti du texte n’avait fait faux bond, entraînant la rupture du contrat. Nous restent un beau portrait de Leonard Bernstein et le facsimile de la lettre dactylographiée que lui avait envoyée un jeune photographe de 35 ans, aussi fasciné par le mystère de la création que par la beauté sans défaut d’un adolescent de San Francisco.

INFORMATIONS PRATIQUES
> Only the Lonely, 1955-1984
William Gedney
Textes de Gilles Mora, Lisa McCarty et Margaret Sartor
160 pages 27×24 cm
180 photographies
Editions Hazan
ISBN : 9782754110129
24,95€

> Only The Lonely 1955-1984
William Gedney
Du 28 juin au 17 septembre 2017
Le Pavillon Populaire
12, Allée de Jerusalem (Esplanade Charles de Gaulle)
34000 Montpellier
Visites libres
Du mardi au dimanche de 11h à 13h et de 14 à 19h

Des Japonais et un Nomade à la Maison Européenne de la Photographie

Y a-t-il une photographie japonaise comme il y a une cuisine italienne ou une musique française ? Art trop jeune pour revendiquer des racines, la photographie a migré depuis les deux terres que sépare une Manche d’eau de mer pour atteindre l’Extrême-Orient, pour peu qu’il s’ouvrît à l’Occident. À l’orée de la période 1950-2000 que couvre l’importante exposition de la MEP, deux guerres sont passées et deux bombes atomiques ont, à la suite du génocide nazi en Europe, expérimenté au Japon un nouveau versant de l’horreur absolue.

Avec vingt-et-un artistes, l’exposition, particulièrement complète, vient de la collection initiée en 1992 par la donation de la société japonaise d’impression Dai Nippon Printing Co Ltd. en faveur de la Maison européenne de la photographie. L’ensemble constitue à ce jour un fonds riche de quelque 540 pièces.

Les trois photographes anciens qui ouvrent l’accrochage à la salle Hénault de Cantrobe ont fait œuvre dans les deux décennies qui ont suivi la conclusion désastreuse de 1945, posant une vision d’auteurs sur des champs aussi différents que la réalité sociale décrite par Ihei Kimura d’un pays qui se relève, une modernité universelle chez Yasuhiro Ishimoto ou une démarche poétique et solaire avec Shoji Ueda. La reconstruction du Japon vaincu va de pair avec son absorption raisonnée de ce qui se fait en Occident, notamment la démarche singulière d’auteurs rassemblés dans des courants de création, fédérés par des revues de plus en plus nombreuses. C’est le rendez-vous qui est donné au deuxième étage avec Shomei Tomatsu, Eikoh Hosoe et Ikko Narahara, trois des six fondateurs, en 1959, de l’agence Vivo. Si les stigmates de la guerre restent présents dans les villes comme dans les corps, l’interprétation de la photographie dépasse peu à peu la dimension documentaire à laquelle se rattachent Shomei Tomatsu et surtout Hiromi Tsuchida, qu’on retrouve un peu plus loin avec son enquête obstinée auprès des survivants d’Hiroshima. Chez Ikko Narahara, l’objet devient symbole, l’environnement une atmosphère sinon un décor, quand le travail d’Eikoh Hosoe jumelé à l’œuvre de Yukio Mishima imprègne la vision sensuelle et noble qui lui a valu de conquérir tôt les publics occidentaux du milieu des années 1960. Le terrain est alors préparé pour l’arrivée d’une avant-garde photographique contemporaine de l’agitation qui, en 1968, secoue les Etats-Unis et l’Europe. Autour de la revue mythique Provoke, Daido Moriyama révolutionne l’esthétique par des vues crues, volontiers scandaleuses, prises au gré de ses déambulations, servies par un traitement noir et blanc brut de contraste et de grain. Radicalement introspective et autobiographique, la démarche de Nobuyoshi Araki double son cheminement d’homme, ses activités et ses états-d’âme. Avec son « Voyage d’Hiver », l’artiste accompagne sa femme dans ses mois de maladie, et par delà la mort, jusqu’aux obsèques et au vide laissé par le deuil. Ce thème de la séparation douloureuse retrouvé chez Seiichi Furuya est encore présent avec « Solitude of Ravens » de Mahahisa Fukase et dans le travail exécuté par Miyako Ishiuchi sur l’existence hors-norme de sa mère défunte.
Deux autres maîtres contemporains, Hiroshi Yamazaki et Hiroshi Sugimoto, croisent cette évocation sur le terrain même du médium, le premier avec son « Héliographie », écho respectueux à un siècle et demi de distance de l’invention de Nicéphore Niépce, le second avec sa série Theaters, photographies d’écrans de salles de cinéma, sur le temps de pose de la durée du film projeté. L’exposition se termine avec la présentation des travaux des auteurs les plus jeunes, nés après le deuxième guerre mondiale et dont on découvrira les œuvres aux résonnances contemporaines. Parmi eux, Keiichi Tahara, disparu le 6 juin dernier laisse la séquence émouvante de ses vues de fenêtres et de portraits d’artistes, contemporains de ses débuts à Paris.

Faudrait-il un lien pour passer de la photographie japonaise à la rétrospective Bernard-Pierre Wolff, on le trouverait dans les photographies prises en 1981 à Tokyo par l’artiste. Mais on entre avec cette belle rétrospective dans un tout autre domaine, sensible, amoureux et nomade. Les visiteurs fidèles de la MEP connaissent au moins le nom de Bernard-Pierre Wolff, donné à l’auditorium du musée. Ils découvrent aujourd’hui l’envergure d’un homme capable d’entretenir plusieurs passions, en commençant par celle qui l’a conduit à New York après un passage à la Cinémathèque française d’Henri Langlois. Bernard-Pierre Wolff ne quittera New York que pour répondre aux nombreuses commandes de UNICEF ou de l’UNESCO qui le mènent en Europe, en Afrique et en Asie. Curieux de cultures, avide de contacts vivants, parfaitement à l’aise dans la rue, Wolff construit peu à peu, en marge de son travail d’illustrateur missionné, une œuvre personnelle, humaniste et inspirée. Quelques mois avant sa mort survenue le 28 janvier 1985, Bernard-Pierre Wolff a fait à Paris-Audiovisuel la donation de la totalité de son œuvre, aujourd’hui conservée par la Maison européenne de la photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Mémoire et Lumière. Photographie japonaise, 1950-2000
La Donation Dai Nippon Printing Co., Ltd
• Bernard-Pierre Wolff, Photographies, 1971-1984
Jusqu’au 27 août 2017
Maison européenne de la photographie
5/7, rue de Fourcy
75004 Paris

L’Aberration Optique de Steven Pippin au Centre Pompidou

Celui-là aurait peut-être inventé la photographie si personne ne l’avait fait avant lui. Au moment où l’image numérique prend le pas sur la technologie traditionnelle et néanmoins sophistiquée jusqu’à la perfection de la chambre grand format, du Leica et des reflex japonais, Steven Pippin balaie l’ensemble pour arriver à ce qu’il appelle la protophotographie, entendez une photographie encore plus pauvre que l’arte povera érigé dès les années 1960 à l’encontre de la culture subventionnée et formatée et qui a vu le sténopé revenir en force avec les plasticiens et la Lomographie chez les artistes photographes qu’usent les gros budgets et lassent les tests de performances techniques.

Tout cela était encore trop pour Pippin qui décide au début des années 1980 que la photographie devait pouvoir se passer d’appareil ou plutôt que tout pouvait lui servir d’appareil : une baignoire, les toilettes d’un wagon de chemin de fer, pour peu que le volume, l’espace se transforme en chambre noire équipée d’un orifice, et qu’on puisse y faire couler deux produits indispensables et connus : le révélateur et le fixateur. La galerie Photographique du Centre Pompidou expose le travail et les trouvailles de Pippin sur deux registres, épistémologique et artistique, c’est-à-dire la genèse de ses différentes audaces techniques et les images qu’elles ont produites. Faite à la fois de performance et d’invention, l’œuvre de Steven Pippin puise son inspiration dans l’histoire de la photographie, jusqu’aux appareils les plus récents, renommés « philosophiques » auxquels Pippin fait subir les outrages de transformations monstrueuses et spirituelles. Si la camera obscura et le sténopé originels y ont leur place légitime, la citation est aussi de mise, avec la reproduction en laverie automatique de l’expérience fondamentale d’Edward Muybridge : les douze chambres de l’illustre prédécesseur sont remplacées par autant de machines à laver chacune équipée de son objectif monté sur aluminium et dotée d’un obturateur central, sans oublier le châssis de bois chargé  d’une surface sensible, le développement étant assuré par les produits versés dans les réservoirs de  lessive et d’adoucisseur, le mouvement des tambours garantissant l’agitation nécessaire. Le sujet ? Un homme qui marche ou un cavalier et sa monture, Muybridge oblige.  Plus étonnantes que belles, mais on peut là en discuter, les images côtoient les savants croquis préparatoires de Steven Pippin, de même que l’imposant coffre contenant les douze objectifs, les châssis de bois et une pompe à vélo. À voir avec l’émotion que suscitent la rencontre des grandes inventions et de l’exploit humain, Nicéphore Niépce et Houdini, Léonard de Vinci et MacGyver.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Steven Pippin
Aberration optique

Jusqu’au 11 septembre 2017
Galerie de photographie
Centre Pompidou
75004 Paris
http://www.centrepompidou.fr
• Steven Pippin
Aberration optique

Photographies et textes : Steven Pippin, avec un essai de Frédéric Paul
Coédition des Éditions du Centre Pompidou / Éditions Xavier Barral
304 pages 14,5 x 21,5 cm
185 photographies Noir & Blanc et couleur
Prix : 35 €
Avec le soutien de Lafayette Anticipations- Fonds de dotation Famille Moulin et  de la Fondation d’entreprise Neuflize OBC

Les Vanités de Jean-Christophe Ballot

Il aurait pu être architecte, il en a le diplôme d’état. Mais très vite, un premier exercice à la chambre photographique, le détourne à jamais des plans et des maquettes. Depuis une trentaine d’années Jean-Christophe Ballot sillonne le monde en contemplatif et en curieux, pour en donner une interprétation poétique ou savante, en tout cas éminemment personnelle.

L’abbaye cistercienne du Thoronet expose en ses murs le travail réalisé par Jean-Christophe Ballot en 2003, à la faveur du long voyage à travers l’archipel indonésien qui devait conduire cœur de l’île de Sulawesi, à la découverte du peuple Toraja et de son culte des morts. Présentées dans un lieu dédié depuis quatorze siècles à la prière et à la méditation, ces images d’ossuaires disséminés dans les grottes et les arborescences de la Mer des Célèbes, nous renvoient étrangement aux Vanités des peintres classiques. Elles élargissent encore l’univers cerné depuis trois décennies par le photographe, à la convergence de la nature, du génie et su sacré.

INFORMATIONS PRATIQUES
Vanités. Rites funéraires en pays Toraja
Jean-Christophe Ballot
Jusqu’au 17 Septembre 2017
Abbaye du Thoronet
83340 Le Thoronet
http://www.le-thoronet.fr
http://www.jcballot.com

From Tokyo to Kyoto, Marion Dubier-Clark à la Galerie Patrick Gutknecht

Avec ses images en format carré du Polaroid S-70, Marion Dubier-Clark avait déjà parcouru l’Amérique. Le spectacle offert au carrefour des villes et à longueurs de routes suscitait déjà une vision singulière, alternant sans prévenir la vue d’ensemble et le détail, laissant surgir ici un instantané de street photography, là un portrait consenti.

Découvert au printemps 2016 entre Tokyo, Matsumoto, Takayama, Kanazawa, Osaka et Kyoto, pour les villes, Naoshima et Teshima pour les îles, le Japon devait à son tour offrir un vaste espace d’inspirations sur les veines de l’abstraction, de la nature, de l’héritage et de l’humain. Aussi éloignée de la rigueur documentaire que de la ligne du road movie, Marion Dubier-Clark protège la portée évocatrice  de ses pièces uniques pour livrer sa vision personnelle de promeneuse inspirée. Esthétique et sensible, l’évocation d’un exotisme élégant comme une calligraphie, sobre comme un jardin de pierre.

https://mariondubierclark.com

INFORMATIONS
• Expo > From Tokyo to Kyoto
Marion Dubier-Clark
Du 1er juin au 26 août 2017
Galerie Patrick Gutknecht
78, rue de Turenne
75003 Paris
http://www.gutknecht-gallery.com
•Livre > From Tokyo to Kyoto
Marion Dubier-Clark
168 pages
Format 21 x 21 cm
Edition trilingues anglais-français-japonais
Vernissage de l’exposition et signature du livre le jeudi 1er juin 2017

Antoine Schneck, l’esthétique absolue

On connaissait déjà ses portraits d’Afrique rayonnant sur leur fond noir et la manière savante dont il parvient à restituer dans leurs trois dimensions un arbre, un entrepôt industriel ou un gisant royal.

Antoine Schneck surprend encore avec sa dernière production de portraits du Burkina Faso, du Mali et d’Ethiopie, exécutés dans une technique mixte associant la prise de vue sur film, la reproduction sur l’antique procédé au collodion, et le traitement numérique fine art, autant dire un protocole sophistiqué qui recourt à ce que l’image mécanique a su inventer de plus précis et de plus précieux. Où rangerait-on Schneck aujourd’hui ? Parler de photographie ou de photographie plasticienne, serait mal situer cet artiste qui fond les acquis historiques et les révolutions technologiques pour atteindre une facture originale et contemporaine, la sienne.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Beautés singulières
Antoine Schneck
Du 18 mai au 24 juin 2017
Galerie Berthet-Aïttouarès
14 et 29, rue de Seine
75006 Paris
Signature les dimanche 21 mai de 15h à 18h
et le jeudi 1er juin jusqu’à 21h
https://www.galerie-ba.com
http://www.schneck.fr