Tous les articles par Patrice Huchet

Passionné depuis son enfance par toutes les formes d’expression artistiques, il débute sa carrière dans le monde du tourisme où il pratiquera la photographie de voyage. Il rejoindra ensuite une agence photo où il occupera des fonctions marketing/communication pendant plus de 15 ans. Il y organise quelques expositions et crée à partir de 2009 un magazine trimestriel  réCréation. En 2015, il devient consultant en communication par l’art et de brand content en proposant notamment des événements artistiques et des contenus éditoriaux ou artistiques.

FRAC des Pays de la Loire : A la frontière entre deux mondes, Makiko Furuichi (2ème partie)

Le Frac des Pays de la Loire de Nantes nous invite à voyager dans deux mondes fantastiques et totalement différents. Celui  de la culture populaire américaine revisitée par l’esprit transgressif d’Armen Eloyan. Convoquant à la fois l’esthétique du street art et de l’expressionisme allemand, il réalise des œuvres au parfum de désenchantement. Et celui de Makiko Furuichi qui ré-enchante les histoires et les personnages qui flottent dans sa tête, issus des réminiscences de son enfance, d’une iconographie manga fortement métissée d’influences européennes. Deux expositions qui  remettent avec brio la peinture à l’honneur.

Makiko Furuichi  « KAKI Kukeko »

Dans l’espace dédié à la scène émergente, le Frac Pays de la Loire présente le travail d’une jeune artiste d’origine japonaise amoureuse de la France. On entre dans la galerie qui lui est consacrée par une porte magique dont le cadre est entièrement peint et dans lequel on aperçoit des végétaux, des têtes et bouts de corps d’animaux fantastiques. On entre ainsi dans le monde poétique de Makiko Furuichi qui navigue entre féérie et cauchemar.

Les personnages et les décors des œuvres Makiko Furuichi semblent tout droit sortis d’un rêve, d’un souvenir ou d’un conte. Ils en conservent le flou, une certaine fluidité impalpable.

Le Kaki du titre de l’exposition fait directement référence au fruit qui a marqué l’enfance de Makiko Furuichi. A l’automne, des arbres laissaient tomber ces fruits sur son chemin de l’école. Elle les évitait en zigzaguant entre ces morceaux de pulpe écrasée et gluante. Zigzaguer entre fiction et réalité, souvenirs et présent, rêve et cauchemar, c’est exactement ce que propose Mikako Furuichi.

L’artiste nous invite de façon poétique dans le monde de son enfance, le japon, dont elle plante le décor par petites touches avec des aquarelles aux teintes tendres et pastelles, ou des huiles sur toiles qui font resurgir ses peurs ou la violence, comme cette scène représentant le parlement. Un groupe de personnages se disputent. Ici dans l’installation, cette peinture joue le rôle de poste de télévision.

Tout se mélange. Les  souvenirs de son enfance japonaise ; la table basse au centre de la pièce qui nous invite à partager un repas, un panneau représentant une végétation luxuriante, des nénuphars peints à la fenêtre, une cours de récréation, une vidéo spectrale dont le son diffuse une conversation de Makiko avec sa grand-mère, un dessin d’inspiration manga… recréant vingt ans après son univers d’enfance. Les références liées à ses études et son parcours artistique aux Beaux Arts de Nantes et à son rapport à la culture occidentale ; une reprise d’un personnage de Boticelli, des sculptures en pate fimo  représentant des pieds ou des mains. Main comme objet de fascination. Forme complexe, capable de faire un dessin et d’exprimer des choses aussi différentes que la force, le travail, le langage, l’union, l’entraide mais aussi de faire le mal…

D’une enfance très timide, très complexée, sa rencontre avec la culture européenne a fait tout exploser et a permise à Makiko Furuichi de se libérer. Dans une frénésie, elle a une production foisonnante d’aquarelles et de peintures à l’huile. Elle peint de façon automatique comme certains auteurs ont une écriture automatique. Elle crée ainsi un univers sans frontière où se côtoient réel et contes car, pour Makiko Furuichi, le monde qui existe n’est pas forcement visible, il apparait de temps à autre par bribes. Il est autant matériel qu’immatériel.

A LIRE : https://www.mowwgli.com/41537/2018/07/31/frac-pays-de-loire-a-frontiere-entre-deux-mondes-armen-eloyan-1ere-partie/

FRAC DES PAYS DE LA LOIRE
Makiko Furuichi
Kaki Kukeko
Aussi : Armen Eloyan
Du 23 juin au 7 octobre 2018
La Fleuriaye, 24bis boulevard Ampère
44470 Carquefou
www.fracdespaysdelaloire.com

FRAC des Pays de la Loire : A la frontière entre deux mondes, Armen Eloyan (1ère partie)

Le Frac des Pays de la Loire de Nantes nous invite à voyager dans deux mondes fantastiques et totalement différents. Celui  de la culture populaire américaine revisitée par l’esprit transgressif d’Armen Eloyan. Convoquant à la fois l’esthétique du street art et de l’expressionisme allemand, il réalise des œuvres au parfum de désenchantement. Et celui de Makiko Furuichi qui ré-enchante les histoires et les personnages qui flottent dans sa tête, issus des réminiscences de son enfance, d’une iconographie manga fortement métissée d’influences européennes. Deux expositions qui  remettent avec brio la peinture à l’honneur.

ARMEN ELOYAN

Chez Armen Eloyan le travail s’élabore dans un rapport très physique avec l’acte de peindre. Il y a quelque chose d’une spontanéité corporelle, proche de l’urgence.  C’est un artiste habité par la culture américaine mainstream, celle de l’Entertainment,  qu’il revisite par le prisme du désenchantement, de la mélancolie et une dose de transgression. Ses sujets de prédilection, la sexualité, la mélancolie, sont traités avec une grande profondeur de pensée et une certaine révolte.

L’univers graphique d’Armen Eloyan est métissé, il va chercher tant vers l’expressionnisme d’Otto Dix ou de De Kooning que vers le street-art, les comics et les fanzines de l’ère punk. D’ailleurs, il y un coté résolument punk chez Armel Eloyan.

L’exposition présente  de puissants grands formats réalisés au cours de ces dix dernières années jusqu’à des œuvres plus récentes exposées pour la première fois. Une série de dessins et quelques sculptures s’ajoutent à cet ensemble et rendent compte de la singularité de l’œuvre d’Armen Eloyan.

Les personnages de Mickey Mouse ou de Donald Duck apparaissent de façon récurrente dans les toiles d’Armen Eloyan sous les traits de personnages grotesques aux mœurs douteuses, dans des mises en scène endiablées où règnent la violence et le sexe et où se dessine en creux la part animale et perverse de l’homme. Il raconte ainsi des récits aux accents de tragicomédies.

Certains de ses dessins prennent des allures de story-boards inspirés par les techniques de mise en page graphique de presse ou d’édition où il place un pseudo texte sous la forme d’une ligne brisée énergique.

Sur une toile de plus de quatre mètres de long, un homme à la tête de lune se détache sur un fond bleu nuit. Une cicatrice fend son visage et dans la pénombre se devine une forme de crâne. Cette gueule cassée intitulé Portrait 1 pourrait être un autoportrait de cet artiste dont les plaies semblent encore à vif.

A LIRE > La seconde partie sera disponible le 1er août !

FRAC DES PAYS DE LA LOIRE
Armen Eloyan
Aussi : Makiko Furuichi
Kaki Kukeko
Du 23 juin au 7 octobre 2018
La Fleuriaye, 24bis boulevard Ampère
44470 Carquefou
www.fracdespaysdelaloire.com

MELLE rend la monnaie de sa pièce à ses mines d’argent

Avec une incroyable biennale d’art contemporain en pleine campagne niortaise, Le Grand Monnayage.

A une trentaine de kilomètres de Niort dans les Deux-Sèvres, une petite ville de 3000 habitants propose une biennale d’art contemporain de qualité. Sous le commissariat de Chloé Hipeau-Disko et  Frédéric Legros cette huitième biennale internationale d’art contemporain prend pour thème le Grand Monnayage. Un clin d’œil à l’histoire de la ville. Melle est unique car elle fut au cœur de l’Europe du VIIe au Xe siècles du fait de la présence de mines d’argent, que l’on peut encore visiter, et de la fabrication de la monnaie des Rois Francs pendant plusieurs siècles.

Cette richesse et sa position sur le chemin ouest du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, a permis à cette petite ville de construire un patrimoine roman important, dont l’église Saint-Hilaire, inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité. C’est dans ce cadre que Le Grand monnayage propose une réflexion sur la création de valeurs, l’argent, les échanges et les éléments constitutifs le minéral, la pierre, la circulation et une notion plus contemporaine, le temps.

Organisée comme une promenade au sein du patrimoine notamment trois églises romanes dont l’une fut une prison, un ancien tribunal, un vieux lavoir, les rues de la villes et bien sûr les mines d’argent, la Biennale présente les créations de pas moins de 23 artistes et fait se côtoyer des artistes de renommée internationale comme Yoko Ono, Jannis Kounellis ou encore Ghada Amer, et de jeunes artistes tels que Jean-François Krebs ou Elsa Fauconnet.

La bonne idée est de débuter cette balade par les mines. Là où finalement tout à commencer. Outre la visite guidées des mines, les galeries brillent de l’éclats des quartz de roche de Parts of a Light House de Yoko Ono (rare en France), et sous la fontaine de cuivre proposée par Christodoulos Panayiotou.

Le magnifique lavoir historique équipé d’une exceptionnelle cheminée devient le lieu d’un rituel  quasi mystique sous l’impulsion de Jean-François Krebs. Installation onirique qui donne des allures gelées au bassin, effet renforcé par une régulière pluie magique de poudre silicone qui transforme le lavoir en bain maternelle, pseudo liquide amniotique dans lequel Jean-François Krebs se régénère dans une performance corporelle et propose aux visiteurs de s’immerger dans le bassin.

Le temps est de l’argent pourrait être paraphrasé dans l’église St Savinien. Pour Robert Samuel il est même monayable en remplaçant les personnes dans les files d’attente à New York. Ici invité par David Brognon et Stéphanie Rollin, il attend sur dans un fauteuil dans cette église, la fin de vie d’une personne qui est partie en Belgique afin d’être euthanasiée. Il s’y est installé au moment où le patient a fait sa demande et il partira au moment de son décès. Dans cette même église qui autrefois fut transformée en prison pendant 125 ans, une autre œuvre du duo Brognon-Rollin fait référence au temps carcéral. Lors d’une résidence dans un centre de détention, un détenu leur confie : « Quand je rentre dans ma cellule, c’est mon temps personnel qui commence ».  Sous la forme d’une horloge les artistes représentent la perception psychologique du temps de ce détenu. L’horloge s’arrête lorsque l’on pénètre dans le cœur, reprend son cours quand on en sort, et rattrape le temps immobilisé. Deux troublantes et fascinantes matérialisations d’un temps que l’on ne peut imaginer.

Ghana Amer plus connue pour ses broderies qui questionne la place de la femme y compris dans l’histoire de l’art abstrait propose ici une installation proche du land art. Des excavations qui dessinent le mot LOVE dans le sol prêtent à accueillir les morts des guerres qui se perpétuent encore aujourd’hui notamment au moyen orient. Celles-ci l. Elle tente ainsi d’enterrer la guerre dans un jardin d’amour. Un jardin pour un soldat inspiré par Le Dormeur du Val ; une œuvre puissante qui a fédéré les habitants de Melle comme un acte de communion.

Céline Baux et  Emma Loriaux présentent des cailloux en suspension dans des bains contenant des nitrates d’argent, un jeu d’électrolyse réagit et le nitrate se fixe sur le caillou qu’il agrège, devenant ainsi une pierre d’argent éclatante. A coté, un autre bain agit avec une réaction chimique totalement différente et l’argent se fixe sur les parties recouvertes de cuivre d’un autre caillou. Ici l’argent prend des allures cotonneuses et mâtes.

Ali Cherri  une installation de briques en terre sèche une méthode ancienne dont étrange coincidence, la fabrication persiste dans la région de Melle. Il s’intéresse à la valeur des objets,  valeur souvent définie par les assureurs. Ici il travaille avec la boue, symbole à la fois d’Adam et du Golem, tous les deux créés avec de la terre. Ali Cherri est fasciné par la transformation des choses. La boue peut devenir une habitation, un pont, un outil, un récipient… Une simple boue par la transformation devient valeur. Ces recherches jouent souvent sur la dualité des choses et leur potentiel de transformation, de destruction, de création… et peut être la résurrection.

C’est en tout cas ce qui s’est passé à Melle qui a réussi à redonner vie à son histoire et à ses mines et propose aujourd’hui une incroyable expérience au sein de cette campagne niortaise.

 

Biennale internationale d’art contemporain de Melle

Le Grand Monnayage

Du 30 juin au 23 septembre 2018

Polygone Riviera : Drôle d’endroit pour une rencontre avec l’art contemporain. Et drôles de mesures

Une exposition d’œuvres démesurées anime les allées d’un centre de shopping à Cagnes-sur-Mer dans lesquelles l’ironie de Lilian Bourgeat sème une bonne dose d’humour et renvoie le visiteur dans un voyage extraordinaire, version Gulliver.

Le Polygone Riviera, un centre commercial atypique de Cagnes sur Mer, propose le quatrième chapitre de sa programmation artistique. Premier centre de shopping à ciel ouvert en France, c’est un lieu de vie alliant le commerce à des espaces de détente et de loisirs. Polygone Riviera s’affirme également comme un pôle culturel unique inscrivant l’art contemporain au cœur de ses espaces et de sa programmation. Construit comme un village au milieu d’une végétation luxuriante, le centre est un lieu de promenade qui permet de croiser des œuvres pérennes d’artistes de renom comme César, Daniel Buren, Céleste Boursier-Mougenot, Antony Gormley, Tim Noble & Sue Webster, Jean-Michel Othoniel ou Pascal Marthine Tayou…

Cet été et jusqu’au 14 octobre, c’est la démesure de Lilian Bourgeat qui est mise à l’honneur. Un artiste connu pour agrandir de banals objets du quotidien, tables, bancs, caddies, porte-manteaux… et qui ponctue de ses bottes de sept lieux les allées de ce village, confrontant le promeneur à une expérience singulière. Les changements d’échelle privent les objets de leur fonctionnalité et les déplacent dans un autre univers, celui de l’extraordinaire.
Orchestrée par Jérôme Sans, le co-créateur du Palais de Tokyo, et directeur artistique de l’événement, l’exposition de l’artiste français Lilian Bourgeat présente un ensemble exceptionnel d’une douzaine de sculptures d’objets du quotidien « augmenté » qui font basculer le monde dans la « des mesures ». Lilian Bourgeat dit rechercher à redonner un peu de spectaculaire au banal objet caché dans la vie de tous les jours. Lilian a encore dans les yeux un soupçon d’enfance et d’espièglerie. Son travail révèle cet humour désinvolte, un peu pince sans rire et malicieux.

Le regardeur devient l’activateur de l’œuvre en l’utilisant et redonne une vision différente du monde. Le visiteur peut ainsi revenir en enfance en s’asseyant sur un banc géant, ou en jouant avec des caddies réactivant ses souvenirs d’enfance de courses effrénées au supermarché. Un porte-manteau surdimensionné prend des allures de réverbère et son piggy bank 2, le moule géant d’un cochon-tirelire, peut laisser croire à une possible fortune. Les bricoleurs auront sans doute du mal à comprendre les deux brouettes qui s’unissent comme dans un acte, peut être sexuel. Elles perturbent surtout le rapport contenant contenu chacune devenant l’un et l’autre. Leurs tailles et le lieu de mise en scène dépossède tous les objets de leurs caractères usuels, et Lilian Bourgeat pousse même le détournement et l’ironie avec une fausse paire de bottes car elle est composée de deux pieds gauche. La malice est poussée à son maximum avec un immense mètre d’ouvrier qui serpente sur la place aux jets d’eau et qui donne la mesure du monde selon Lilian Bourgeat.

Lilian Bourgeat
« Des Mesures »
Du 19 juin au 14 octobre 2018
Polygone Riviera
119 avenue des Alples
06800 Cagnes-sur-Mer
http://www.polygone-riviera.fr

ABC DUCHAMP au Musée des Beaux-Arts de Rouen

Cinquante ans après sa disparition, Marcel Duchamp demeure pour beaucoup une énigme. L’artiste, qui a cassé les codes esthétiques en vigueur au début du XXe siècle, est à l’honneur au Musée des Beaux-Arts de Rouen jusqu’au 24 septembre avec une exposition sous forme d’abécédaire.

Connu du grand public pour ses fameux ready-made, détournements d’objets usuels dont les fameux Porte-bouteilles et son emblématique urinoir, Fontaine, ou encore pour son détournement de la Joconde qu’il représente en 1919 affublée d’un bouc et d’une moustache, pour autant l’œuvre diversifiée et protéiforme de Marcel Duchamp est peu connue… C’est pour la rendre accessible à tous que le directeur du Musée des Beaux-Arts de Rouen Sylvain Amic a choisi de dérouler cet abécédaire tout au long de l’exposition.

L’énigme Duchamp

Comment peut-on aborder le parcours et l’œuvre de Marcel Duchamp ? Un homme et un artiste aussi complexe que l’œuvre qu’il laisse derrière lui et qui a inspiré un grand nombre d’artistes qui rayonnent dans l’art contemporain aujourd’hui. Peut être l’un des artistes les plus décriés en France, il est adulé aux Etats Unis et reconnu dans le monde entier. Son œuvre fait encore aujourd’hui l’objet d’un nombre incroyable de recherches et d’études.

En 1912, refusé au salon des indépendants, il se sent rejeté par les autorités. Un moment fondateur qui rendra la liberté à Marcel Duchamp, libre de tout dogmatisme, libre de créer d’ouvrir le champ des possibles. Avant son départ pour les Etats unis en 1915 ? Il s’affranchi des dépendances financière liées à l’art en devenant bibliothécaire. Métier qui lui laisse du temps pour réfléchir et penser son propre art.

On rentre bien sûr dans cet abécédaire avec la lettre A, pour Armory Show. En 1913, Marcel Duchamp avait secoué le public de l’Armory Show de New York en exposant son fameux tableau Nu descendant l’escalier, 1912, qui décompose le mouvement comme une série de photographies d’Eadweard Muybridge. Le lettre A également pour Anartiste, nom que se donne Duchamp lui-même, subtil jeu de mot dans lequel le préfixe an- signifie non-artiste et résonne le mot anarchiste, anarchiste de l’art. Marcel Duchamp l’est assurément lui qui prétend s’affranchir de toute instance extérieure et ne se légitimer comme artiste que par sa puissance créative ou performative.

La gloire du ready-made 

La lettre R pour ready-made bien sûr et notamment le tout premier de ces objets trouvés transformés en œuvres d’art insolentes qui fut la Roue de bicyclette conçue dans son atelier en 1913. Une idée qu’il peaufina jusqu’en 1915. Mais c’est le Porte-bouteilles, 1914, qui est considéré comme le plus pur des ready-mades duchampiens. L’objet original fut trouvé alors au Bazar de l’Hôtel de Ville. Duchamp se sentit  libre d’en acheter d’autres exemplaires pour ses expositions après que sa sœur eut détruit l’original par accident.

On trouvera à la lettre J, le jeu et notamment le jeu d’échec, la véritable passion de Marcel Duchamp. Jeu qu’il pratiqua notamment lors de compétitions internationales. C’est d’ailleurs en tant que joueur d’échec est annoncée sa mort sur un quotidien d’octobre 1968.

Chercheur, défricheur et précurseur

Initiateur de l’ensemble des formes données à l’art conceptuel, il interroge la forme et la beauté de l’art. Il questionne l’identité et le genre et se crée notamment un double féminin avec Rrose Sélavy dont il signe certaines œuvres et se met en scène sous l’objectif de Man Ray. Proche du mouvement Dada, il interrogera le langage et créera des œuvres textuels faites de jeu de mots afin de se jouer du langage dont il se méfiait. Eternel chercheur, Marcel Duchamp ira vers le cinéma et les arts cinétiques dont les recherches aboutiront à la réalisation d’Anémic cinéma réalisé en 1925. Il s’agit de la concrétisation de plusieurs essais pour filmer ses disques optiques et hypnotiques.

Son œuvre Etant Donnés : 1° la chute d’eau 2° le gaz d’éclairage, exposée de  façon permanente au Philadelphia Museum est considérée comme la première forme d’installation.

L’exposition se termine bien sûr par la lettre Z, pour Georges de Zayas, auteur de caricatures et auteur de la fameuse tonsure sur le crâne de son ami Duchamp, un des premiers gestes du body art.

L’exposition montre la diversité de l’œuvre de Marcel Duchamp (peintures, installations, machines) nourrie par une curiosité sans limite et une liberté qui le place à l’avant-garde.

« Il a été pionnier en tout, résume Sylvain Amic, directeur du musée des Beaux-Arts et commissaire de l’exposition. Même à l’époque où il pratiquait la peinture, puisqu’il a été l’un des premiers peintres cubistes et futuristes. Il a sans cesse été à l’avant-garde dans la recherche parce qu’il était délivré de toutes les contingences du milieu de l’art : il n’avait pas besoin d’exposer puisqu’il avait trouvé d’autres moyens de subsistance. Il a pu se sentir libre et sans cesse inventer. »

Sous la direction de Sylvain Amic, la collaboration d’un collège scientifique d’experts et le concourt de l’Association Marcel Duchamp, l’exposition à travers plus de 150 œuvres de Marcel Duchamp et de ses proches permet d’ouvrir un grand nombre de portes sur l’univers d’un des plus révolutionnaire artiste du XXe siècle.

INFORMATIONS PRATIQUES
ABC DUCHAMP
L’expo pour comprendre Marcel Duchamp
Jusqu’au 24 septembre 2018
Musée des Beaux-Arts de Rouen
Esplanade Marcel Duchamp
76000 Rouen
Accès handicapés : 26 bis, rue Jean Lecanuet
http://mbarouen.fr/fr

« Déluge & retrait », Yvan Salomone inonde le Frac de Bretagne de ses aquarelles chatoyantes

Le Frac de Bretagne présente sous le titre, Déluge & retrait, inspiré de Paolo Ucello, la première monographie de cette envergure consacrée à Yvan Salomone. Des grands panoramiques monochromes de ses débuts jusqu’aux nombreuses aquarelles aux couleurs éclatantes actuelles, cette exposition, dont le titre combine deux actions opposées, propose un voyage dans des paysages singuliers et familiers et pourtant mystérieux.

L’exposition se déploie dans les trois galeries du Frac Bretagne et regroupe plus de 150 œuvres pour certaines d’entre elles exposée pour la première fois.

La galerie Nord, nous plonge dans la genèse du travail d’Yvan Salomone avec de vastes panoramas portuaires. Bateaux, cargos, grues, containers, rythment  les lignes d’horizons. Les ports fascinent Yvan Salomone car ils sont l’essence et la naissance des villes. Ils sont les traits d’union entre le territoire (la terre) et la mer. Ces œuvres panoramiques, quasi monochromes, peintes à l’huile ou au bitume de Judée sur papier, vont petit à petit être abandonnées car ce travail avait trop de contraintes de cadre qui l’obligeaient à une représentation trop descriptive. C’est pourquoi il s’est tourné en 1991 vers l’aquarelle au cadrage plus serré et aux couleurs éclatantes qui annoncent ce qui va devenir la marque de fabrique de la pratique d’Yvan Salomone. Il produit des photographies de chasseurs d’images, des reportages sauvages sur des zones portuaires mais aussi sur toutes ces zones sans véritable valeur ajoutée, qu’il peint  ensuite à plat sur un format toujours identique  95x138mm. Son protocole de production se poursuit sur le rythme de travail qu’il s’impose avec une régularité de 6 séances de travail par aquarelle, pas plus, jusqu’au numérotage systématique de ses aquarelles dans ses titres. Il les compte et affirme en avoir réalisée 984 œuvres. Le titre est complété de la date de réalisation de l’œuvre et se termine par 11 lettres, association de mots ou de concepts dont joue avec malice Yvan Salomone.

L’accrochage de ces aquarelles dans cette galerie est ponctué de photographies d’Allan Sekula et Tacita Dean qui relient ces aquarelles au réalisme critique de pratiques et questionnent la mémoire, la réalité et la subjectivité, voire l’imposture. Dans une vitrine des photographies peintes témoignent du travail préparatoire d’Yvan Salomone.

Dans la galerie Est, l’œuvre d’Yvan Salomone entre en dialogue avec une œuvre de Benoît Laffiché. Un travail sur le territoire et les relations entre le nord et le sud. Dans le film anticolonial, une brève séquence basée sur des images d’archives, présente une vue aérienne d’un nouveau lotissement de Dakar : la Cité Ballons de Ouakam, construite au milieu des années cinquante pour loger des fonctionnaires de la base aérienne voisine appartenant à l’armée française. Benoit Laffiché  a installé sa caméra dans ce village et revient sur ces maisons ballons habitées aujourd’hui par des femmes. Le style et la forme narrative sont empreints à Chris Marker et Alain Resnais.  Un dispositif vidéo particulier de la prise de vue en plan fixe à la mise place de la projection elle-même. Pour accentuer la mise en scène, un filtre orange a été collé sur la fenêtre voisine donnant des teintes saturées au paysage de bocage extérieur dans lequel paissent des vaches, loin des terres desséchées d’Afrique.

Dans la galerie Sud, la grande galerie, Yvan Salomone a recouvert un mur de 51 mètres de long, de 144 aquarelles accrochées bord à bord. Abondance de couleurs, d’œuvres, un déluge étourdissant !

L’univers maritime et portuaire de ses débuts laisse place à des vues de chantiers et plus généralement à des paysages urbains et périurbains provenant du monde entier, de Shanghai à New York, qui se caractérisent là encore, par l’absence de références géographiques et de présence humaine. La thématique est un peu toujours la même, des zones portuaires, des zones en friche, des zones commerciales… dans lesquelles un élément architectural résiste. Paysages, architectures, objets ou structures basculent en aplats de couleurs abstraites et saturées, laissant planer une certaine ambiguïté quant à l’existence de ces lieux. Ponctuellement des formes géométriques noires ou blanches s’invitent sur l’aquarelle et interviennent comme des masques. Elles font directement référence aux œuvres de Malevitch, Carré noir sur fond blanc en particulier, ainsi qu’aux « pharmacies » de Duchamp et l’idée de guérir une image. Comme une nécessité de corriger, de rejeter, de refuser un élément, il le contraint alors avec une forme. Des objections qui sont devenues un outil pour aller au bout d’une image. Cette mise à distance du réel s’opère aussi par le choix des couleurs, vives et contrastées ainsi que par l’absence d’humain qui créer des hiatus. Un décor sans personnage c’est aussi laisser la place au regardeur.

Yvan Salomone crée ainsi tout un univers qui oscille entre réalité documentaire et fiction. Il avoue avoir été fortement fasciné et influencé par le film documentaire Fata Morgana de Werner Herzog. Ce film de 1974 faisait se succéder des impressions documentaires, dont certaines étaient mises en scène, sans chercher à développer un récit classique. Un film qui se partage en trois parties la création, le paradis et l’âge d’or. Pour Yvan Salomone, l’aquarelle est une zone à explorer, cette sérialité de près de 1000 œuvres confirmerait sa quête d’absolu.

Yvan Salomone
Déluge & retrait
Du 15 juin au 26 août 2018
FRAC Bretagne
19 avenue André Mussat
CS 81123
35011 Rennes Cedex
www.fracbretagne.fr

Le MAMC de Saint-Etienne Métropole fête ses 30 ans : Valérie Jouve

Pour son trentième anniversaire, le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole explore la diversité de sa collection à travers deux expositions et deux expositions monographiques consacrées à deux grands artistes de la région.

Tout d’abord, Face à l’obscurité  de Jean-Michel Othoniel qui voit les choses en grand et nous gratifie d’une immense vague en brique de verre noir. Splendide ! Nous avons déjà fait paraître un article sur cette exposition de l’enfant du pays (voir https://www.mowwgli.com/40928/2018/06/26/tsunami-mamc-de-st-etienne-jean-michel-othoniel-produit-vague-geante-feu/). Une autre artiste de la région, Valérie Jouve présente Formes de vies, un itinéraire photographique monté comme une installation qui démarre chez des ouvriers brésiliens et nous emmène jusqu’au cœur des grands ensembles. Elle s’attache à rendre compte des puissances de vie qui animent des lieux industriels, des quartiers ouvriers ou les cités. Une très belle exposition introduite par Vues Urbaines, une petite exposition photographique collective avec des œuvres issues de la collection.

Ensuite, le musée présente ses collections à travers deux autres expositions :  Considérer le Monde II, une balade chronologique dans la magnifique collection de MAMC. L’occasion de replonger dans les grands courants du XXe siècle et surtout de redécouvrir des chefs d’œuvres. Enfin, à propos de courant, une dernière exposition se consacre exclusivement à l’Art conceptuel et nous projette dans les différentes réflexions et questionnements menés par les artistes de ce mouvement.

Un programme riche, didactique, exaltant et passionnant, digne des trente années d’existence de ce très beau musée.

Valerie Jouve :
« Formes de vies »

19 mai – 16 septembre 2018

L’artiste photographe expose pour la première fois dans sa région natale à l’occasion des 30 ans du Musée. L’exposition est introduite par un petit prologue collectif « Vues urbaines »,  une exposition des photographies de la collection, qui donne à voir des œuvres offrant un regard sur la ville et ses habitants, à travers les époques et les lieux, de Londres à Chicago, en passant par Saint Etienne et sa région. Elle témoigne du regard toujours vif, voire politique, que les photographes portent sur les paysages urbains et leur évolution au cours du XXe siècle. Avec  notamment des œuvres de Nigel Henderson, Wolf Vostell, Erik Dietman, Ito Josué, Rajak Ohanian…

L’exposition proposée par Valerie Jouve n’est pas une rétrospective, elle a privilégié une série de montages photographiques qui invite au dialogue favorisant la mise en relation au-delà de toute chronologie. En cela l’accrochage est vraiment remarquable, variant les petits formats et les grands avec en alternance des grands « dos bleus » tirages contrecollés directement sur le mur. Valérie Jouve raconte une histoire avec un parti pris de mise en images, de mise en scène avec des chapitres.

Le premier se passe au Brésil, dans un secteur lié à la production de caoutchouc. Là bas, les ouvriers, pauvres, se sont appropriés les restes d’une usine, actuellement inactive, car elles font dorénavant parti de leur patrimoine. Résistance et revendication culturelle. Le récit se poursuit dans le milieu industriel et les espaces bétonnés. Au-delà d’un aspect descriptif de la réalité dans les grands ensembles, l’esthétique documentaire est mise au profit d’une narration prompte à enrichir notre imaginaire. L’exposition s’apparente à une installation, c’est la construction des images entre-elles qui fait œuvre. Les images alternent, noir& blanc et couleur, prises de vue avec humain ou d’éléments architecturaux vide d’humanité, des images sans origine identifiée ni lieux légendés. Elles questionnent notre temps, nos sociétés humaines, nos êtres vivants. Et comme par une certaine prise de conscience très contemporaine, l’exposition se termine avec la présence de troncs d’arbre en gros plan dans ces espaces bétonnés et une petite vidéo d’un plan fixe sur une feuille agitée par le vent jusqu’à son décrochage de l’arbre paternel. Elle s’étonne encore d’avoir tourné pendant si longtemps autour des arbres dans les cités sans jamais les photographier. Ils font finalement écho à la nature brésilienne luxuriante du début de l’histoire. L’appel de la nature, probablement inconscient et pourtant si sensible aujourd’hui est à l’œuvre.  Avec Valérie Jouve, le musée fête magistralement les 30 ans de la création du département photographique au sein de ses collections.

30 ANS
Considérer le Monde II

Jusqu’au 16 septembre 2018

L’exposition est plutôt organisée de façon de chronologique. Elle débute avec des œuvres de Picabia ou Fernand Leger montrant ainsi l’intérêt que portent les artistes du début du XXe siècle pour les nouvelles évolutions techniques. Elle se poursuit sur les courants qui ont animé la vie artistique d’après guerre, l’Abstraction, on peut voir notamment une œuvre de l’inventeur de l’outrenoir, Pierre Soulages. L’expressionisme abstrait, version « color Field » de Morris Louis, la Nouvelle Figuration de Rancillac et Monory, le Pop Art de Warhol, les minimalistes, Donald Judd, Ellsworth Kelly, Sol Lewitt… jusqu’à des artistes plus contemporains comme Valentin Stefanoff ou encore Thomas Hirschhorn avec une énorme installation. Un parcours au milieu d’œuvres majeures qui ravira les néophytes et que les connaisseurs pourront suivre comme un jeu de piste au milieu d’une très belle collection.

Vue art conceptuel © Charlotte Pierot

ART CONCEPTUEL 

19 mai – 16 septembre 2018

Après Narrative Art, Art Conceptuel est le nouveau focus proposé par le MAMC afin de valoriser ses collections. A l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Marcel Duchamp, père de l’art conceptuel, Alexandre Quoi, commissaire de l’exposition, nous propose un itinéraire dans l’univers de ce courant artistique majeur des années 60 et 70 et permet de redécouvrir les multiples modes d’expression des héritiers de Marcel Duchamp. Dans le monde conceptuel, l’art est défini non par les propriétés esthétiques des objets ou des œuvres, mais seulement par le concept ou l’idée de l’art, ce qui n’empêche en rien à certaines œuvres d’avoir une grande beauté plastique. Le parcours thématique s’organise autour de quatre méthodes principales à l’aide desquelles le conceptualisme a mené une réflexion approfondie sur la nature de l’art : le langage, la sérialité, l’identité et le programme.

Artistes présentés :  Eleanor Antin, Terry Atkinson, Michael Baldwin, Ian Burn, John Baldessari , Robert Barry, Bernd et Hilla Becher, Marcel Broodthaers, Stanley Brouwn, Alighiero Boetti, Victor Burgin, Hanne Darboven, Valie Export, Dan Graham, Douglas Huebler, Yves Klein, On Kawara, Joseph Kosuth, Sol LeWitt, François Morellet, Olivier Mosset, Tania Mouraud, Bruce Nauman, Roman Opalka, Mel Ramsden, Ed Ruscha, Claude Rutault, Philippe Thomas, Niele Toroni, Bernar Venet

INFORMATIONS PRATIQUES
MAMC Saint-Etienne Métropole
Rue Fernand Leger
42270 Saint-Priest-en-Jarez
www.mamc-st-etienne.fr
JUSQU’AU 16 SEPTEMBRE 2018
• Valerie Jouve –  « Formes de vies »  avec « Vues Urbaines » (exposition collective)
• 30 ANS Considérer le Monde II – Collections du Musée
• ART CONCEPTUEL – Commissaire Alexandre Quoi
• Jean- Michel Othoniel – « Face à l’Obscurité »

Lois Weinberger dévoile l’envers du décor de son enfance au Frac Franche-Comté

Le Frac Franche-Comté propose une exposition aux airs de rétrospective et dévoile le travail d’un artiste jardinier, archéologue et poète.

Pour Lois Weinberger, il n’y a pas de hiérarchie. Les plantes rudérales, celles qui poussent dans les espaces en friche, ont autant d’importance que celles que l’homme tente de domestiquer, de sélectionner, de hiérarchiser.  Il compare le monde végétal avec le monde des humains et s’attache à glorifier les laissés pour compte. Il se définit comme un homme de terrain et aime jouer avec l’environnement, les espaces naturels.

Epris de liberté, poète, fasciné par l’étymologie et les choses cachées, il lui importe de créer les conditions de germination de tous les possibles qui peuvent prendre différentes formes : peintures, vidéos, installations, jardins, interventions dans l’espace public…

Dans la première salle, les médiums sont variés. Peintures, sculptures et photographies se côtoient et montrent toute la diversité et la liberté de Lois Weinberger. Une série de photographies immortalise une performance, réalisée non loin de la ferme parentale autrichienne. Dans celle-ci Lois Weinberger accrochait des sacs plastiques aux branches des arbres. Il s’agit d’une célébration inspirée par les arbres qui bordaient la rivière Inn qui étaient régulièrement recouverts de sacs et d’objets plastiques après les crues. Un peu plus loin une œuvre textuelle prend  la forme d’une forêt de panneaux recouverts de mots que l’artiste associe ou dissocie en s’amusant avec leurs sonorités, leurs sens et leurs étymologies. Toujours avec les mots, l’artiste crée un immense paysage topographique. Le territoire choisi est en fait déserté, vidé de sa population. Lois Weinberger a décidé de combler ce vide par des mots lus par sa femme. Des passages littéraires choisis de façon aléatoire qu’il sème dans les lignes topographiques du paysage. En face, un mur semble saigner. Des tâches rouges sont peintes sur le mur et reprennent, en version démesurée, les traces laissées par un coléoptère xylophage dans l’écorce d’un arbre. Reprenant ce motif, il crée sur le mur un archipel d’un univers habituellement invisible. C’est une composition inspirée par les chemins. Lois Weinberger, originaire d’un lieu de pèlerinage, aime le concept du chemin et mettre en parallèle le monde végétal , animal et bien sûr humain. Pour lui, une grande partie de son travail est une construction poétique. Il considère que son travail est libre lorsqu’il le réalise et donc, par nature, libre d’interprétation.

Il joue ainsi avec les éléments comme avec les mots en créant des composites, des formes hybrides ethno-poétiques.

Dans une autre salle, un sol desséché, craquelé laisse apparaitre dans ses craquelures des sacs plastiques, restes d’un non-lieu tel que défini par Marc Augé ; un espace interchangeable où l’être humain reste anonyme. Il s’agit par exemple des moyens de transport, des grandes chaînes hôtelières, des supermarchés… mais aussi des camps de réfugiés. Ici, cet espace en serait la trace, la représentation après l’anthropocène.

La salle suivante est toute entière consacrée à une installation géante, intitulée le champ des décombres, qui nous transporte dans le lieu d’enfance de Lois Weinberger. L’installation ressemble à un musée archéologique qui présente en fait les restes du sous sol du plancher de la ferme familiale, la ferme d’un monastère, lieu de pèlerinage important dans cette région de l’Autriche. Une archéologie impressionnante de ce lieu de vie agricole et de vie monastique où se mélangent objets de ferme et ceux laissés par les pèlerins.

La plupart des objets sont apotropaïques (censés prémunir contre le malheur) ou des offrandes à caractère religieux (ex voto), on y trouve même la momie d’un chat. Le titre de l’exposition prend ici tout son sens « l’envers du paysage ». Du paysage sensé représenter une ferme et un lieu de dévotion, sa face cachée prend tout à coup des allures de temple voué au paganisme.

Pour anecdote, lorsque quelqu’un mourrait on gardait une chaussure en mémoire du mort. La croyance locale voulait que s’il on gardait les deux chaussures le mort pouvait revenir. Lois Weinberger s’intéresse à l’histoire de ces objets et tente de comprendre leur fonction, d’ailleurs ces incroyables fouilles sont aussi l’objet d’études et de recherches de la part de spécialistes et scientifiques.  Chez Lois Weinberger, les sous-sols sont des lieux invisibles qui recèlent une charge historique et culturelle ainsi que des graines en sommeil. Ce sont des espaces créateurs de tous les possibles et cette installation est le jardin d’un imaginaire que chaque visiteur peut inventer.

Lois Weiberger rappelle que la vie est mouvement et diversité, entropie et transformation et qu’aucune société ne saurait survivre dans l’immobilisme, le protectionnisme ou l’exaltation de la pureté. Son œuvre hautement métaphorique et poétique nous invite à ne pas oublier l’envers du paysage.

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Le Frac propose également une exposition d’Olivier Vadrot , Minimo

Cette autre exposition est consacrée au travail du designer Oliver Vadrot. Chantre du design nomade et de l’auto-construction, ces créations couvrent plusieurs champs d’intervention : lieux de conférences, de performances, kiosques à musique… Il crée des lieux et des architectures favorisant la parole et l’échange. Lorsqu’il travaille sur des projets, il apprécie le stade de la maquette qu’il considère comme une sculpture créatrice de discussion.

Ses œuvres rappellent les théâtres en bois construits en Grèce avant le IVe siècle (av. J.C.). Son œuvre fait écho au travail de Lois Weinberger, profondément démocratiques ses réalisations refusent elles aussi les hiérarchies.  L’exposition est organisée sur une table de près de 20 mètres de long sur laquelle s’étale une impressionnante collection de maquettes.

Olivier Vadrot qui avait déjà créé l’espace accueil-librairie du Frac prouve une nouvelle fois que la simplicité des formes et des matériaux requière une très grande exigence.

Lois Weinberger
L’envers du paysage
Olivier Vadrot
Minimo
Jusqu’au 30 septembre 2018
FRAC Franche-Comté
Cité des arts
2, passage des arts
25000 Besançon
www.frac-franche-comte.fr

Tsunami au MAMC de St Etienne ! Jean-Michel Othoniel produit une vague géante avec du feu

Grand (dans les tous les sens du terme) retour de Jean-Michel Othoniel sur ses terres d’origines. C’est la troisième exposition que le musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole consacre à l’artiste. Avec cette exposition « Face à l’obscurité » Jean-Michel Othoniel franchit une autre dimension dans son travail, celle du gigantisme comme le prouve sa nouvelle œuvre The Big Wave spécialement réalisée pour l’occasion.

De l’obscurité à la lumière

De la noirceur de la ville de son enfance, St Etienne. Noirceur de la houille. Noirceur de la dureté de travail dans une ville de production métallurgique. Tout cela a profondément marqué le jeune Jean Michel Othoniel qui a eu son premier choc dans le musée de St Etienne. Cette rencontre avec l’art à eu un effet déclencheur. La lumière sera en suivant la voie de la création artistique. De cette ville autrefois noire et dont le paysage était sculpté par les terrils, il a souhaité s’extraire. La découverte de l’art lui a permis d’élargir ses horizons pour mieux y revenir aujourd’hui avec une exposition lumineuse.

L’exposition proposée par Jean-Michel Othoniel est vraiment un parcours autobiographique.

Elle est introduite par trois petites peintures au phosphore, réalisées en 93 en hommage à son œuvre préférée le fiancé de Francis Picabia. 3 petits fiancés grattoirs d’allumette  fut d’ailleurs la première œuvre en soufre à rejoindre les collections d’une institution.

Dans la grande salle suivante, The Big Wave provoque un tsunami émotionnel. Une énorme vague noire projetant des reflets verts dans le sol déferle sur les visiteurs. L’idée de la vague lui est venue lorsqu’il était au Japon au moment du tsunami. Un travail a long terme de l’aquarelle au montage final. Un travail d’équipe aussi, dans lequel sont intervenus des dessinateurs industriels, des ingénieurs, des monteurs… Un projet sur deux années, évolutif, avec différentes étapes pour mettre en œuvre cette mise en volume. Jean-Michel Othoniel se rend compte qu’il aborde une nouvelle étape dans son travail, le monumental.

Cette vague a vraiment des dimensions impressionnantes, elle est trois plus grande que celle présentée au Crac de Sète lors de sa rétrospective en 2017. Elle est composée de briques de verre noir soufflées en Inde. Ce qui l’intéresse c’est que la brique est habituellement pleine et permet des constructions qui durent. Ici elles sont vides et fragiles, c’est comme une anti brique. Au-delà de la vague elle peut représenter aussi une grotte. L’obscurité qui cache et protège et qui permet avec un œil accoutumé de deviner des choses. Le noir pour Jean-Michel Othoniel n’a pas qu’une dimension négative.

Il avoue être très fier de cette œuvre et aimerait que celle-ci trouve son sanctuaire, un lieu où elle pourrait s’installer de façon pérenne. Les contraintes d’installation et de mise en place sont telles qu’il imagine devoir créer un lieu spécifique autour de l’œuvre.

Six divinités totémiques font face à cette vague. Des diamants noirs en guise de tête. En fait, des blocs d’obsidienne, roche née dans les volcans et des forces telluriques. Pierres dont la littérature prête des vertus magiques et les mexicains des vertus curatives. Ces têtes d’obsidienne, restes d’un  énorme bloc découvert en Arménie, sont sertis dans des socles en bois.  Six totems qui rendent hommage aux gueules noires de son enfance.

Entre les deux œuvres une vidéo représente une performance qui transforme un crassier (terril) en volcan, grâce à l’apport de fumigène. Une œuvre réalisée en 97.  Et une miniature photographique qui illustre une performance de jeunesse dans laquelle Jean-Michel Othoniel se met en scène en robe de prêtre face au mur d’un barrage dont les cascades d’eau sont gelées et qu’il essaie de gravir.

L’eau et le feu

On retrouve tout l’univers de Jean-Michel Othoniel, son goût pour les métamorphoses, les sublimations et les transmutations. Du noir de son environnement natal, il crée la couleur avec ses grands colliers de perles qui ont fait sa renommée. D’une ville ouvrière, il rejoint les ors de Versailles et invente des jets d’eau en verre. Du feu de vulcain (ou des hauts fourneaux), il crée aujourd’hui une vague susceptible de l’éteindre. De ses grattoirs d’allumettes à la lumière du verre. De cette première vague gelée qu’il essayait de franchir à ses débuts, à l’étape qu’il vient de franchir pour réalisée celle-ci. Jean-Michel Othoniel joue des opposés et des paradoxes. Il a finalement un rapport très intime avec les éléments de son enfance et les éléments naturels et n’hésite pas à fusionner l’eau et le feu. L’alchimie d’un grand magicien.

Jean-Michel Othoniel

Face à l’obscurité

Du 26 mai au 16 septembre 2018

Le MAMC propose trois autres magnifiques expositions dans ses murs. Une belle façon de fêter les 30 ans de cette institution de renommée internationale.

Valérie Jouve

Formes de Vies

du 19 mai au 16 septembre 2018

Une exposition photographique doublée d’une exposition collective intitulée « Vues Urbaines » en guise de préambule.

Art Conceptuel

du 19 mai au 16 septembre 2018

Un focus sur les œuvres d’art conceptuel de la collection du MAMC orchestré par Alexandre Quoi.

30 ans

Considérer le Monde II

Jusqu’au 16 septembre 2018

Une très belle exploration dans la remarquable collection du MAMC, orchestrée par celle qui assure l’intérim à la tête de cette institution depuis 2 années, Martine Dancer-Mourès.

Musée d’Art Moderne et Contemporain Saint-Etienne Métropole

Rue Fernand Léger

42270 Saint-Priest-en-Jarez

www.mamc-st-etienne.fr

Philippe Pasqua, Nouvelle exposition au Domaine de Chamarande

Six mois après l’exposition « Borderline » au Musée Océanographique de Monaco, Philippe Pasqua dépose ses valises et ses œuvres en région parisienne, au Domaine de Chamarande dans l’Essonne.

Philippe Pasqua, célèbre pour ses vanités aux papillons sculptées, pratique aussi la peinture qui l’a fait connaitre, le dessin et le collage. « ALLEGORIA » au Domaine de Chamarande est l’occasion de replonger dans son univers et de découvrir ses sujets récurrents :  La stigmatisation face à la différence, l’intimité des êtres, notamment celle de ses proches dont il dresse les portraits. Presque toutes ses toiles dévoilent un handicap, une différence, une obscénité, un amour fraternel. Des œuvres saisissantes par leur taille et leur message, tantôt émouvantes, tantôt brutales. L’exposition révèle également sa sensibilité à la protection des océans et bien sûr son goût pour le monumental.

L’exposition est à l’échelle du domaine, monumentale !

Par où commencer ? Peut-être par l’allée principale du château où le visiteur est accueilli par un énorme portique en acier Corten supportant un immense requin argenté reluisant, dont la brillance renvoie les reflets verts d’une « mer » nature environnante. Ce fameux requin icône de l’exposition « Borderline » de Monaco prend une toute autre dimension dans la perspective de l’allée qui mène au château.

La thématique de protection des océans se poursuit dans le parc avec Santa Muerte, le squelette d’une tortue géante en bronze prises dans des filets. Elle est créée à partir du moule d’une véritable carcasse d’une tortue préhistorique. Dans le château, une benne déborde de méduses en verre dans un des salons. L’œuvre intitulée Le Chant des méduses a un effet saisissant, grave et d’une grande beauté plastique.

Poursuivant dans le château le visiteur ira à la rencontre de la famille de Philippe Pasqua avec des portraits peints, mais aussi toute une série dans le salon blanc d’œuvres mixtes qui mêlent la peinture et le collage. Une manière étonnant de rentrer dans l’intimité de l’artiste au milieu d’un salon feutré aux moulures d’or. Dans ses salons, l’artiste y sème également quelques provocations et ironie comme une autruche empaillée dans un lit d’enfant tenant dans son bec un préservatif.

Coté orangerie, un crâne aux papillons géant très connu dans l’œuvre de Philippe Pasqua accueille le visiteur. Cette fois l’œuvre est réalisée avec des poutres anciennes, faisant échos à l’histoire des lieux, des branches et du bois récupérés ça et là. Cette vanité, dernière réalisée, a fait l’objet d’une performance filmée dans laquelle Philippe Pasqua y met le feu. Le film sera présenté très prochainement dans le cadre de l’exposition qui devrait s’enrichir pendant le mois de juin et de septembre de nouvelles œuvres. Dans l’orangerie, deux portraits géants encadrent une vitrine posée au centre. Dans cet « ossuaire », trois véritables crânes humains recouverts de peaux de tanneurs tatouées sont disposés dans une coupe à fruit en céramique. Ils ont été brulés et la magie du feu a préservé une partie du tatouage sur l’un des crânes. L’ensemble donne une dimension rituelle et chamanique et transforme l’orangerie en sanctuaire païen ou chapelle à reliquaire. Philippe Pasqua aime déciment semé le trouble.

Avec ces deux œuvres brulées réunies, Philippe Pasqua fait cérémonie et enterre sa série des crânes aux papillons dont il dit que c’est les derniers.

Pour terminer, une dernière œuvre monumentale est située au centre de l’ancien jardin à la française. Une énorme tête de jeune fille trisomique dont l’un des profils est éclaté et révèle le crâne. Cette tête aux yeux fermés, appuyée sur des poings serrés affirme avec autorité « regardez-moi ». D’ailleurs l’œuvre se nomme Face Off que l’on pourrait traduire par faire face. Un œuvre déchirante qui dénonce la stigmatisation face la différence et le handicap.

« ALLEGORIA » joue sur les paradoxes et révèle, sous une apparente brutalité et démesure, l’intimité et la grande sensibilité de Philippe Pasqua.

Cette « ALLEGORIA » ouvre la saison estivale au Domaine de Chamarande. Une saison culturelle qui sera enrichie de concerts et spectacles, d’une programmation de cinéma en plein air, de rencontres et d’ateliers.

Commissariat : Julie Sicault-Maillé et Henri-François Debailleux

Philippe Pasqua est présenté en France par la Galerie RX

Exposition ALLEGORIA Philippe Pasqua
31 mai – 30 décembre 2018
Domaine départemental de Chamarande
http://www.chamarande.essonne.fr