Tous les articles par Thierry Forien

Passionné d’art et de culture sous toutes ses formes, Thierry Forien est collectionneur d’art classique et contemporain. Il soutient plusieurs associations d’amis de musées : membre du Conseil d’Administration des Amis du Palais de Tokyo et Président depuis deux ans du Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo, membre de l’ADIAF et mécène de la Maison Rouge. Thierry s’engage dans la gouvernance d’institutions culturelles comme membre du conseil d’administration du Centre de Création Contemporaine Olivier Debré à Tours et de Thalie Art Foundation à Bruxelles. Thierry est membre de différents jury et comités de sélections, les plus récents sont le jury de YIA Art Fair 2016 et le Comité de Sélection de l’association caritative Les 111 des Arts. Thierry a suivi un cours de commissariat d’exposition à Central St Martins à l’issue duquel il a organisé une exposition à Londres sur le thème « Unlimited Bodies ». Il est en charge du commissariat du « Degree Show 2017 » du Bachelor of Arts « Textile Design » de Central Saint Martins. Thierry a tout récemment animé une conférence sur le thème « Art et Big Data » organisé par Axa Art et Happening Art. Diplômé en sciences (ingénieur), il a complété sa formation par un certificat d’administrateur de société et un diplôme de médiation des conflits. L’objet de son mémoire a porté sur la médiation en tant que réponse aux différends liés aux retours et restitutions des biens culturels. Thierry Forien est père de 4 enfants. Il travaille à Paris et rejoint sa famille le week-end à Londres.

Henry Moore s’installe en Bretagne pour l’été

Le Fonds pour la Culture Hélène & Edouard Leclerc propose cet été une exposition consacrée à Henry Moore, l’un des sculpteurs les plus influents du XXème siècle. Une grande exposition consacrée à la sculpture est une chose assez rare en France. Elle s’inscrit dans la continuité de la programmation du Fonds avec Miro, Dubuffet et le succès de la rétrospective Giacometti.

L’institution bretonne récidive donc en plus grand, plus courageux, plus inédit. Henry Moore, c’est presque du jamais vu en France à cette échelle depuis l’exposition de la Fondation Maeght en 2002. Cette exposition confirme la dimension internationale du Fonds puisque construite en partenariat avec la Henry Moore Foundation de Perry Green en Angleterre. On murmure même que ce projet pourrait voyager en Europe et même plus loin.

Pour la première fois, le Fonds pour la Culture Hélène & Edouard sort de ses murs pour investir les villes de Landerneau et Brest avec des oeuvres monumentales. De nombreuses pièces jamais montrées en France mais surtout parmi les plus remarquables notamment l’exceptionnelle maquette en plâtre peint par Moore de la Reclining figure: Festival qu’il réalise en 1951 pour le Festival of Britain.

C’est grâce à Jean-Louis Prat que cette exposition a été rendue possible en ouvrant les portes de la Henry Moore Foundation de Perry Green. Les deux commissaires, Christian Alandete et Sebastiano Barassi nous proposent de nous guider à travers l’œuvre du sculpteur, à travers ses mondes. Le visiteur découvre tout d’abord l’apprentissage du sculpteur et ses premières recherches. Les commissaires nous proposent ensuite un parcours thématique : Surréalisme, Guerre, Célébrations, Atelier des maquettes, Stonehenge, Figures debout, Mother and Child et enfin Monumental. C’est plus de 100 sculptures (plâtres, bronzes, bois, pierres) et 80 dessins qui sont ainsi réunis. On peut admirer des œuvres réalisées dès les années 1920-1930 lorsqu’il est encore étudiant à l’Ecole d’Art de Leeds avec Barbara Hepworth jusqu’à l’une des plus remarquables sculptures de la dernière période, la Reclining Figure: Holes (1967-78), réalisée en bois d’orme, qui clôture l’exposition.

Marie-Pierre Bathany, la directrice du Fonds, et son équipe ont réalisé des prouesses. Ils ont fait traverser la Manche à de nombreux très très gros camions conduits par des équipes hyper spécialisées qui connaissaient parfaitement les œuvres et les nombreuses difficultés qui sont liées à leur installation. 4 semaines de montage ont été nécessaires avec toute une partie de l’accrochage rythmée par l’arrivée du camion grue avec son précieux chargement le matin, les manipulations et le déballage d’une oeuvre monumentale, son installation sur site et le départ du camion avec sa caisse libre de son précieux contenu dans la foulée… et ainsi de suite… des moments spectaculaires!

Ayant séjourné longtemps en Grande-Bretagne, je pensais bien connaître le travail d’Henry Moore très présent dans l’espace public et les grandes institutions britanniques. Cette visite m’a réservé de très belles surprises.

INFORMATIONS PRATIQUES
Henry Moore
Du 10 juin au 04 novembre 2018
Fonds pour la Culture Hélène & Edouard
71 Rue de la Fontaine Blanche,
29800 Landerneau
http://www.fonds-culturel-leclerc.fr/

Art Paris, le Printemps de l’Art

L’édition 2018 de Art Paris Art Fair est lancée avec 142 galeries représentées. Le vernissage s’est déroulé hier dans une belle effervescence dans le cadre toujours magnifique du Grand Palais. La foire incontournable du Printemps se veut généraliste et la pluralité de l’offre peut être parfois déconcertante. J’ai particulièrement aimé la mise à l’honneur de la Suisse. C’est une véritable déferlante avec une centaine d’artistes modernes, contemporains et émergents qui sont proposés aux visiteurs par les galeries. Une découverte enrichie par la présentation des dernières acquisitions de la Collection d’Art Helvetia. Helvetia est un groupe d’assurance qui a constitué depuis presque 80 ans une collection de plus de 1700 oeuvres représentant 400 artistes. Pour compléter le dispositif helvète, un programme de vidéo dans la Project Room qui nous fait découvrir une vingtaine de femmes artistes suisses dont Pipilotti Rist, mon artiste suisse préférée. Enfin, les projections numériques sur la façade du Grand Palais (un incontournable de toute bonne foire) mettent en avant une génération d’artistes très innovants comme Camille Scherrer, Alan Bogana, Yves Netzhammer (qui représentait la Suisse à la Biennale de Venise 2007). Art Paris accueille les visiteurs jusqu’à 19h00 ce dimanche pour découvrir l’offre des galeries et aussi profiter de la fraicheur suisse.
Art Paris Art Fair
Grand Palais
Horaires d’ouverture
Jeudi 5 avril de 11h30 à 20h
Vendredi 6 avril de 11h30 à 21h
Samedi 7 avril de 11h30 à 20h
Dimanche 8 avril de 11h30 à 19h
A LIRE

Foujita, peintre et dandy

La rétrospective que lui consacre le Musée Maillol est passionnante pour deux raisons. La première raison est évidemment la qualité et la large palette du travail de l’artiste japonais. La deuxième raison est la vie même de Foujita qui se découvre comme un roman tant elle a été singulière.

Après avoir étudié la peinture occidentale à l’école des Beaux Arts de Tokyo, le jeune homme francophile de 26 ans arrive à Paris pour s’installer dans le quartier de Montparnasse. Il y rencontre immédiatement tous les artistes qui feront l’Ecole de Paris à partir de 1918, Soutine et Modigliani seront ses amis. Foujita connaît la gloire dès sa première exposition en 1917, il est célébré par la presse internationale et son travail est montré jusqu’aux Etats Unis. Infatigable travailleur, il est aussi de toutes les fêtes. On sourit à la petite vidéo d’une soirée particulièrement débridée des années folles. Il est nommé chevalier de la légion d’honneur en 1925 et est certainement à cette époque, l’artiste le mieux payé ce qui lui vaudra un redressement fiscal sévère. Il se mariera plusieurs fois, retournera au Japon pendant la deuxième guerre mondiale (ce qui suscitera une violente polémique à son retour en France), obtiendra la nationalité française, se fera baptiser dans la cathédrale de Reims pour devenir Léonard Tsuguharu Foujita et enfin décorera la chapelle Notre Dame de la Paix construite à cette occasion avant de s’éteindre en 1968.

Avec sa coupe au bol, sa petite moustache, ses lunettes rondes, ses boucles d’oreilles et son goût pour la mode parisienne, Tsuguharu Foujita aura été l’archétype de l’artiste dandy des années folles. Comme Andy Warhol, Foujita aura aussi été le maître de sa propre mise en scène et auto promotion. On le découvre dans ses nombreux autoportraits et les photographies de l’artiste au travail dans une mise en scène soigneusement pensée. Comme Warhol aussi, il réalisera de nombreux portraits (très lucratifs) des commanditaires ou influenceurs du monde de l’art. Le succès de Foujita tient beaucoup à son style original et novateur, synthèse des inspirations et des techniques de l’Orient et de l’Occident, s’inspirant et respectant autant les grands maîtres japonais que le classicisme européen.

Les plus belles pièces exposées sont certainement, à mon sens, les deux dyptiques Combat I et Combat 2 réalisée en 1928. Ces tableaux énigmatiques représentent des lutteurs et des couples enlacés et alanguis. Ces œuvres ont été considérées perdues, stockées dans un garde meuble. Elles sont réapparues en 1992 à l’occasion du don de ces pièces par la veuve de l’artiste au Conseil Général de l’Essonne.

INFORMATIONS PRATIQUES
Foujita, peindre dans les années folles
du 7 mars au 15 juillet 2018
Musée Maillol
61 rue de Grenelle
75007 Paris
http://www.museemaillol.com
Ouvert de 10h30 à 18h30

Isabelle Lévénez, lauréate du prix DDessin 2018 / Institut Français de Saint-Louis du Sénégal

Isabelle Lévénez se considère comme une artiste plasticienne. Elle est plus connue pour son travail vidéo et ses installations. Elle s’inspire, pour mieux se les réapproprier, des performances filmées des années 1970 (Acconci, Nauman, Abramovic, Pane). Elle s’auto-filme et restitue ainsi directement une expérience sensible pour le spectateur. Le corps ou plutôt sa présence est omniprésent. Il s’invite dans le travail de l’artiste, suggéré jusqu’à l’effacement.

C’est son travail de dessin qui a été récompensé cette fois-ci, un travail qui accompagne très souvent ses productions vidéos comme des diptyques indissociables. Le corps est encore présent, plus imaginé que représenté pour laisser la place à des translations subtiles. « Je désire que le spectateur me suive là où je l’emmène. Pour aller ailleurs », dit Isabelle Lévénez.
L’artiste se joue aussi de l’écriture. Elle convoque Perec, Beckett et Kafka pour tracer, selon Isabelle Lévénez, l’insensible écart entre la pensée et les mots devenus symboles. Ses lignes sont alors plus des graffitis (on pense à Cy Twombly), des incantations magiques. L’association des images et de l’écriture entraînent une nouvelle fois le regardeur à s’évader ailleurs.
On aura compris que le travail d’Isabelle Lévénez, d’une grande maîtrise technique, est de l’ordre de l’intime, de l’invisible et de l’impermanence.
Isabelle Lévénez, lauréate du prix décerné conjointement par le salon DDessin et l’Institut Français de Saint-Louis du Sénégal voit son travail récompensé par trois semaines de résidence d’artiste à l’Institut. Une édition numérique personnelle sera consacrée au travail de la lauréate. Cet eBook sera édité par Tribew dans la collection WorkOf.
Isabelle Lévénez est représentée par la H Gallery (Hélianthe Bourdeaux-Maurin)
Pour plus d’information sur le travail de l’artiste

DDessin : Annina Roescheisen, Le coup de coeur de Thierry Forien

J’ai découvert pour la première fois le travail d’Annina Roescheisen à Londres il y a déjà presque 3 ans. Je retrouve aujourd’hui Annina avec beaucoup de bonheur au salon du dessin contemporain DDessin. Annina Roescheisen est le coup de coeur d’Eve de Medeiros, la directrice du salon, et c’est aussi mon coup de coeur.

Profondément engagée dans la société, le travail d’Annina Roescheisen ne peut se dissocier de ses combats que sont la paix (#whatbringspeace) et les personnes en fragilité. Rien de surprenant alors que l’onirisme soit très présent dans la démarche artistique d’Annina. « Mon dessin au trait est la traduction la plus directe et la plus pure de mon émotion, la simplification du moyen permet cela. » Cette citation d’Henri Matisse résume parfaitement la démarche d’Annina, un trait qui semble simple d’un premier abord pour laisser le temps au regardeur de plonger dans l’univers de l’artiste. On perçoit alors de petites figures biomorphiques, de petites formes dans des espaces vides. Le travail d’Annina nous interpelle assurément, est-ce un sentiment personnel, un souvenir ou alors ces couleurs, les couleurs de la poésie ? Les dessins exposés sont faits de rêves et d’apesanteur, notre rencontre avec l’oeuvre prend naturellement la forme d’une contemplation et du désir de mieux connaître son auteur.

Annina Roescheisen est née en Allemagne en 1982 et vit entre New York et Genève. Annina a étudié à Munich l’histoire de l’art (avec un focus sur le monde médiéval) et la philosophie politique. Inspirée de ses engagements sociétaux, sa démarche artistique explore les émotions humaines entre réalité et onirisme. Son travail  a été exposé lors de la 56ème biennale de Venise à la GAA Foundation dans le cadre du Pavillon Européen (2015) et à la Studio Vendome Gallery (New York) dans un partenariat avec Samsung (2016). Annina Roescheisen a aussi collaboré avec Xavier Veilhan dans sa performance « Systema Occam » (2013-2016).

INFORMATIONS PRATIQUES
DDessin 2018
Du 23 au 25 mars 2018
Vernissage le 22 mars 2018
Atelier Richelieu
60 rue Richelieu
75002 Paris
http://www.ddessinparis.fr/2018/

DDessin, sortir du cadre

J’ai toujours beaucoup de plaisir à découvrir chaque nouvelle édition de ce salon singulier et chaleureux. Sa directrice, Eve de Medeiros, a réussi à créer un salon hors norme, bien loin de l’alignement des stands traditionnels de la plupart des foires.

DDessin accueille pour sa sixième édition une vingtaine de galeries françaises et étrangères dans un espace, l’atelier Richelieu, en lui-même étonnant avec ses deux étages et ses verrières. La déambulation de pièces en pièces, sans séparation physique entre les galeries, rend facile l’échange avec les galéristes et les artistes.

Au delà des artistes présentés par les galeries participantes, Eve de Medeiros a voulu que le salon soit un lieu de rencontres, de découvertes et d’expérimentations. DDessin a d’ailleurs été le premier a accueillir des auteurs de bande-dessinée. Des espaces « Solo shows » mettent en avant les artistes Harnold Guérin, Kokou Ferdinand Makouvia et Brigitte Lurton. Le corner « Illustrateurs » est quant à lui investi par Agathe Roman, Pierre de Bonneuil, David Scrima, et, pour la deuxième année consécutive, Popy Loly de Monteysson qui déploie cette année un carnet de voyage sur un mur de 3,50 mètres.

La salon héberge aussi des projets spécifiques comme le dessin et le smartphone. Enfin, la pépinière d’artistes est une nouvelle initiative d’Eve de Medeiros. Cet espace a pour objectif de présenter le travail de très jeunes artistes et de mettre ainsi en lumière une scène du dessin avant-gardiste. Des performances, dont l’une proposée par Lydie Toran, complètent la riche palette des propositions.

Chaque année, DDessin présente son coup de coeur. C’est l’artiste Annina de Roescheisen qui est le coup de coeur d’Eve de Medeiros pour cette édition. Elle est aussi mon coup de coeur.

Enfin, DDessin et l’Institut Français de Saint-Louis du Sénégal désignera un lauréat parmi les artistes présentés par les galeries. Le lauréat, qui sera annoncé pendant la soirée de vernissage, verra son travail récompensé par trois semaines de résidences d’artiste à l’institut.

INFORMATIONS PRATIQUES
DDessin 2018
Du 23 au 25 mars 2018
Vernissage le 22 mars 2018
Atelier Richelieu
60 rue Richelieu
75002 Paris
http://www.ddessinparis.fr/2018/

Les années 80 vous donnent rendez-vous à Landerneau

Libres Figurations succède à l’exposition Picasso de l’été dernier au Fonds Hélène et Edouard Leclerc. Picasso a attiré en seulement 4 mois plus de 200’000 visiteurs à Landerneau. C’est à Pascale Le Thorel que le fonds a confié la mission difficile de traiter d’un mouvement artistique qui s’est développé dans les 80 en Europe et aux Etats-Unis. On parle de Figuration Libre en France, de Graffiti aux Etats-Unis, de Neue Wilde Malerei en Allemagne et des Nouveaux artistes en URSS.

Tous ces mouvements ont la particularité d’être nés dans la rue, dans les clubs et de s’être inspiré de la culture populaire, de la bande dessinée et des scènes musicales rock et punk. On comprend immédiatement que l’on est loin de tout académisme et que la provocation est souvent présente.

L’originalité de cette nouvelle proposition du Fonds Hélène et Edouard Leclerc est d’avoir réussi l’exploit de réunir plus de 50 artistes internationaux de toutes ces scènes. Nous connaissons bien la scène française avec Robert Combas, les frères Di Rosa, Rémi Blanchard et François Boisrond ou la scène américaine avec Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. Nous connaissons beaucoup moins la scène allemande représentée ici par Salomé, Luciano Catelli et Rainer Fetting et encore moins la scène russe que nous offre Paquita Escofet-Miro avec notamment Afrika, Timur Novikov et Oleg Kotelnikov. La magie de Libres Figurations est de montrer combien , sans souvent se connaître, des artistes issus de cultures et d’histoires différentes ont, à la même époque, ressenti le besoin de s’exprimer dans le même registre. Avec des peintures, sculptures, vidéos, photos, c’est plus de 200 oeuvres qui sont rassemblées pour cette exposition hors norme.

Je vous recommande ce voyage d’hiver à Landerneau pour un feu d’artifice de couleurs, d’impertinence, d’énergie et de provocation.

INFORMATIONS PRATIQUES
Libres Figurations – années 80
Du 10 décembre au 02 avril 2018
Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture & Édouard Leclerc pour la Culture
Aux Capucins
29800 Landerneau
http://www.fonds-culturel-leclerc.fr/

 

Les conquérants de l’inutile de Fabrice Yencko à la Galerie Rabouan Moussion

C’est sous ce titre que la galerie Rabouan Moussion présente le nouveau travail de Fabrice Yencko. J’ai découvert le travail de Fabrice lors de sa participation au projet LASCO au Palais de Tokyo, un étonnant parcours d’art urbain de près d’1 kilomètre qui investit les couloirs, escaliers et passages. Une soixantaine d’artistes internationaux d’art urbain se confrontent à l’architecture brute du Palais de Tokyo. Cokney était un des artistes à participer à ce projet singulier. Il exposait notamment, lors d’une précédente édition, l’original de ses condamnations, le prix de chaque pièce étant le montant de l’amende.

Ce qui caractérise principalement Fabrice Yencko, c’est sa radicalité, sa détermination et la recherche du dépassement. La montagne a été en quelque sorte une forme d’exutoire et finalement de rédemption. Fabrice Yencko est aussi sous le nom de Cokney dans le monde du street art ou du vandalisme selon un autre point de vue, celui de la loi. Après sa deuxième arrestation pour dégradation de matériel d’utilité publique et son placement sous contrôle judiciaire avec une interdiction de quitter le territoire national et une obligation hebdomadaire de pointage, Fabrice Yencko a dû repenser son engagement artistique. Le sommet des montagnes a été de nouvelles limites à atteindre pour celui qui a besoin de danger, d’échappement. « Les conquérants de l’inutile » est le titre de l’ouvrage de Lionel Terray, certainement la plus admirable autobiographie de la littérature alpine, c’est aussi la parfaite illustration de la démarche plastique de l’artiste qui associe ou oppose vandalisme et alpinisme, la loi des hommes et la loi des éléments naturels. Sa nouvelle proposition réussit avec bonheur la synthèse de ces deux univers.

INFORMATIONS PRATIQUES
Fabrice Yencko
Les conquérants de l’inutile
Du 2 décembre 2017 au 6 janvier 2018
Galerie Rabouan Moussion
11 rue Pastourelle
75003 Paris
http://www.rabouanmoussion.com

Première édition de Chaumont-Photo-sur-Loire, la photographie nature

Le Domaine de Chaumont sur Loire a inauguré la première édition de Chaumont-Photo-sur-Loire. Le Domaine de Chaumont sur Loire est internationalement connu pour son festival annuel des jardins. Sous l’impulsion depuis 2007 de sa directrice Chantal Colleu-Dumond, l’art contemporain a investi le domaine….

C’est chaque année 400’000 visiteurs qui ont pu découvrir de grands artistes comme Giuseppe Penone, David Nash, Jannis Kounellis, Gabriel Orozco, Sarkis et beaucoup d’autres. Le fil rouge obligé à Chaumont est la relation à la nature. C’est donc aussi le fil rouge de cette exposition d’hiver qui présente sept grands photographes, sept approches esthétiques et techniques du paysage et de la nature. Un hommage spécial est rendu à Gérard Rondeau et Thibaut Cuisset, deux grandes personnalités du monde de la photographie disparues récemment. J’ai particulièrement été séduit par le travail de François Méchain et celui d’Elger Esser.

François Méchain est un artiste nomade, plasticien et photographe. Il s’oblige à un protocole qu’il a toujours respecté qui veut que toute réalisation in situ soit induite avant tout par la forme et l’histoire du lieu qu’il investit. François Méchain présente à Chaumont sur Loire un ensemble de photographies représentant des installations éphémères souvent monumentales. Il y a quelque chose de la performance dans le travail de l’artiste, la photographie est alors témoin et gardienne de son intervention.

Le photographe allemand Elger Esser est quant à lui issu de l’Ecole de Düsseldorf. Il a été l’élève de Bernd Becher à l’Académie des Beaux Arts de Düsseldorf. Influencé par le romantisme allemand, Elger Esser est lui aussi un artiste nomade. Il s’attache aux paysages étrangers à son pays, la condition nécessaire selon lui pour conserver un regard neuf, une capacité d’étonnement. Il voyage avec sa chambre photographique, un appareil acheté dans une vente aux enchères, choisis des sites isolés, des paysages désolés ou industriels ou l’eau n’est jamais loin. Il peut passer une journée complète seul, sans parler, immergé dans son travail. Il met en perspective à Chaumont une série de paysages, des paysages de l’âme, montrant côte à côte des images du Nil et de la Loire, des fleuves à la fois lointain et si proches. Elger Esser est représenté en France par la galerie RX.

INFORMATIONS PRATIQUES
Chaumont-Photo-sur-Loire, la photographie nature
Exposition du 19 novembre 2017 au 28 février 2018.
Le Domaine Régional de Chaumont-sur-Loire est situé au cœur de la Région Centre-Val de Loire, dans le Loir-et-Cher, sur la rive gauche de la Loire entre les villes de Blois et Amboise.
http://www.domaine-chaumont.fr/

Théo Mercier. Des pièces rapportées au Musée de l’Homme

Le Musée de l’Homme accueille l’artiste Théo Mercier au sein de ses collections. Collectionneur compulsif depuis son enfance, Théo Mercier est un artiste plasticien mais aussi un metteur en scène. Ce sont ces deux compétences que l’artiste mobilisent pour investir les galeries et les vitrines du Musée de l’Homme.

L’atmosphère de cabinet de curiosité du musée se prête admirablement à l’intervention de Théo Mercier. L’artiste brouille les pistes en insérant des pièces de sa collection personnelle dans les vitrines du musée. Le visiteur doute, s’interroge, se raccroche au cartel pour se rassurer. Théo Mercier joue avec le réel et la fiction comme cette vitrine qui ressemble de premier abord à un cabinet de minéralogie mais qui se révèle en réalité être la présentation de sa collection personnelle de roche artificielle d’aquarium.

Ce parcours jubilatoire auquel l’artiste nous convie nous fait penser invariablement à l’ouvrage de Claude Lévi-Strauss « La pensée sauvage » (Plon, 1962), dans lequel l’auteur compare la pensée et le processus de création du bricoleur et de l’ingénieur. Alors que l’ingénieur est tout entier dans la culture, la science moderne qui impose son projet à la nature, le bricoleur est, au contraire, à la frontière indistincte et archaïque entre nature et culture. Le bricoleur manie des signes, l’ingénieur des concepts. Théo Mercier est, dans ce sens, un bricoleur, une sorte d’esthète qui prend plaisir dans la simple combinaison nouvelle qu’il réalise.

La visite de l’exposition de Théo Mercier est complétée par la découverte obligée des vitrines du musée. Le visiteur jongle ainsi en permanence entre l’étrangeté du réel et la fiction proposée par l’artiste.

A ne pas manquer aussi, l’exposition exceptionnelle des oeuvres photographiques de Catherine de Clippel et de Jean Rouch organisée par le Comité du film ethnographique, la Fondation Jean Rouch et le Musée de l’Homme à l’occasion du centenaire de la naissance de Jean Rouch.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Théo Mercier, Pièces Rapportées
Du 5 octobre 2017 au 2 avril 2018
Musée de l’Homme
17 place du Trocadéro
75016 Paris
http://museedelhomme.fr
Le Musée de l’Homme est ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h00 à 18h00.
Dernière entrée à 17h15. Fermé le mardi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre.
• À l’occasion de la célébration du centenaire de la naissance de Jean Rouch, le Comité du film ethnographique, la Fondation Jean Rouch, le Musée de l’Homme organisent une exposition exceptionnelle des oeuvres photographiques de Catherine de Clippel et de Jean Rouch.