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Bubble lance sa campagne de levée de fonds sur ULULE

Chaque semaine, nous vous faisons découvrir l’univers de la BD avec notre partenaire Bubble, de la sortie d’un nouvel album inédit aux coulisses de l’écriture d’un scénario.
Bubble lance sa campagne de levée de fonds sur ULULE pour developper de nouvelles fonctionnalités de l’app et financer le nouveau site web. Avec plus de 100 000 utilisateurs et collectionneurs, Bubble est devenu en moins de deux ans la référence des collectionneurs et des passionnés.
Soutenons-les dans leur nouvelle étape de croissance!

La saga d’un album. Tout savoir sur la création d’un album de l’idée au lecteur

Un album de bande dessinée, c’est en moyenne une année de travail entre le scénariste, le dessinateur, le coloriste et plusieurs mois pour l’édition, la fabrication et la diffusion.
Sur le groupe des Amis de Bubble Paper vous avez plébiscité ce sujet, mais vous êtes nombreux également dans le chat de l’application à nous demander quand sortent certaines suites, pourquoi c’est si long… alors voici notre dossier sur les coulisses d’un album.

Note : Tous les métiers parlent des autrices et des auteurs bien entendu. Et vous pouvez retrouver les termes techniques dans le lexique.

1. L’origine, une histoire de rencontres

Il y a l’envie puis l’idée. Jeune auteur ou vieux briscard, chaque album démarre par un besoin de raconter, une envie de partager un sujet, une vision, des émotions. Et très souvent c’est une histoire de rencontres. Rencontre entre un scénariste & un dessinateur, rencontre entre un auteur & son sujet, rencontre entre un artiste & un commanditaire, entre une idée & un dessin.

👤 (Focus) Scénariste : Le scénariste formalise l’histoire (qui peut être décidée avec le dessinateur ou complètement à son initiative) puis rédige les backgrounds des personnages et de l’univers avant de proposer un découpage narratif assorti de didascalies. Il écrit également les dialogues.

👤 (Focus)Dessinateur : Le dessinateur s’occupe des recherches graphiques, du découpage du scénario et de la mise en scène puis des planches proprement dites. Crayonnés, encrage et parfois couleur.

👥 (Variante) L’auteur complet : Certains auteurs réalisent entièrement l’album du scénario au dessin en passant par la couleur (ou délègue seulement cette partie).

👤 (Focus) Coloriste : Le coloriste est en charge de la mise en couleur de l’album. Soit de manière traditionnelle à l’encre soit le plus courant assisté par ordinateur. Le nom du coloriste est souvent absent des couvertures, mais pas mal d’éditeurs et d’auteurs changent cette donne en l’ajoutant au générique.

Les auteurs constituent alors un dossier d’intention qui comprend
– le synopsis,
– des planches de test
– des recherches graphiques, des essais de personnages, de décors
– un mot sur l’univers, les volumes suivants s’il y a, les intentions.

🗽 (Ailleurs) Pour les comics : Aux USA c’est un peu différent. Le marché est dominé par deux majors Marvel et DC comics qui concentrent la plupart de la production. Il a de nombreuses maisons indépendantes (dont des importantes comme Image comics qui publie Walking Dead par exemple), mais la majorité des auteurs fonctionnent en équipe au sein de ces maisons et sont missionnés sur des séries régulières ou peuvent proposer des titres de créations s’ils sont assez reconnus. Il s’agit souvent d’un travail de commande et les auteurs sont souvent attachés à une série ou un personnage sur une période.

👤 (Focus) L’encreur : Artiste à part entière sur les planches, comme le dessinateur & le coloriste, aux USA l’encrage constitue une étape importante. Le dessinateur crée l’univers, découpe les pages et les dessine sous forme de crayonnés puis les confie à l’encreur qui donne le trait final aux planches. Certains encreurs suivent au plus prêt possible le trait du dessinateur, d’autres ont une patte tellement reconnaissable qu’ils sont devenus aussi célèbres que les dessinateurs auxquels ils étaient associés.

👺 (Ailleurs) Pour les mangas : Au Japon, le plus souvent le mangaka est un auteur complet qui emploie des assistants. Il s’occupe du scénario (avec son tantô) et du dessin avec plusieurs dessinateurs. Là aussi l’éditeur joue un rôle important dans la création d’une nouvelle série.

👤 (Focus) Le tantô : C’est l’assistant éditorial attaché à un auteur. Il conseille le mangaka au nom de l’éditeur qu’il représente et joue très souvent le rôle de partenaire dans l’élaboration du scénario. Certains finissent par être crédités comme co-scénaristes.

👤 (Focus) L’assistant : Jeunes dessinateurs, aspirants mangakas, mais aussi dessinateurs de l’ombre plus anciens (certains en font une carrière), ils accompagnent le mangaka sur sa série. Parfois ils l’assistent dans tous les domaines, mais le plus souvent, ils sont organisés en studio avec des dessinateurs spécialisés dans les décors, les recherches, les trames, la préparation des planches…


2. Une année de création

Le projet a été présenté à un éditeur qui leur propose un contrat d’édition. Après négociation et signature, les auteurs passent alors en phase d’écriture et de création. S’en suivra des échanges sur l’œuvre en court, non pas des obligations, mais des conseils pour que l’œuvre soit la meilleure possible.

👤 (Focus) L’éditeur : En France la notion d’éditeur regroupe deux fonctions que les Anglais distinguent bien : publisher et editor. L’editor, repère puis conseille les auteurs, mais s’occupe aussi du développement artistique. Le publisher lui finance la publication, la partie technique et commerciale. Enfin, c’est sa marque qui sera imprimée sur le livre. Un éditeur emploie plusieurs éditeurs qui sont les editors de la maison (qui dirigent des collections, ou sont attachés à des auteurs en particulier ou encore des indépendants qui apportent des projets).

📌 (Focus) Le contrat : Chaque structure d’édition possède son modèle de contrat. Il conclut un accord entre les auteurs et l’éditeur sur la cession des droits d’exploitation de l’œuvre et peut également couvrir ses droits dérivés.
Le SNAC, le syndicat national des auteurs compositeurs, propose des exemples de contrats sur leur site, et un contrat commenté & illustré pour les auteurs de bande dessinée (jeunes auteurs, lisez très attentivement ceci).

🎓 (Focus) Le droit d’auteur : En France le droit d’auteur distingue le droit moral et le droit patrimonial. Le droit patrimonial permet à un éditeur de publier et vendre l’œuvre de l’auteur. Cependant ce dernier conserve son droit moral de manière incessible et jusqu’à sa mort (puis 70 ans pour ses ayants droit). Autrement dit personne ne peut modifier, raccourcir ou céder l’œuvre sans son accord.

Les auteurs se sont engagés pour une année de travail (parfois plus, rarement moins) et écrivent, découpent puis dessinent les planches. Le crayonné, mise au propre et l’encrage puis la couleur précédant le lettrage, la maquette et les essais de couverture. La couverture est un enjeu important, c’est la vitrine du livre. C’est l’un des éléments couverts par le contrat qui autorise l’éditeur à demander aux auteurs plusieurs versions, il a un droit de regard très fort qu’il n’a pas sur l’œuvre elle-même où il joue un rôle de conseil.

👤 (Focus) Le lettreur : Très souvent le dessinateur lettre lui-même ses textes dans les bulles et cases, certains ont dessiné des polices d’écriture manuelles qu’ils utilisent sur l’ordinateur pour plus de confort. D’autres font appel à des lettreurs qui inventent des polices, ou s’adaptent à celle d’origine dans le cas de traduction. Certains éditeurs ont un studio dédié à cette étape souvent invisible, mais très importante.

👤 (Focus) Le graphiste : Les auteurs confient très souvent la couverture et les planches aux studios graphiques des éditeurs. Les graphistes vont “cleanner” les planches ou les scanners, faire la maquette intérieure et de la couverture, sur la base du dessin proposé par le dessinateur. Ils créent l’objet final dans son format imprimé (avec les spécificités de la collection, le paratexte, les logos…)

🤳 (Focus)Variante auto-édition : Depuis quelques années, il est très facile de s’auto-éditer pour un auteur. C’est-à-dire prendre en charge la partie édition de son album sur des plateformes en ligne qui proposent de publier au format numérique, mais aussi d’imprimer ses albums. Il y a des pionniers très célèbres qui ont réussi comme Dave Sim ou Eddie Campbell pour les comics ou, plus récent, en France comme Laurel ou Maliki. Ou encore certains éditeurs font appel pour éditer un projet particulier, comme le prochain album de Richard Corben.

🗽 (Ailleurs) Pour les comics : Ici aussi l’éditeur, les assistants éditoriaux interviennent bien plus dans le processus créatif. Très souvent les scénaristes, dessinateurs, encreurs ne se connaissent pas : et l’éditeur fait le lien entre eux ainsi que ses retours.
Le droit d’auteur n’existe pas sous la même forme, il est remplacé par le copyright (le fameux ©) : ce qui implique que l’auteur cède TOUS ses droits (autant patrimonial que moral). Le cas qui illustre le mieux ce cas est la vente des droits du personnage de Superman (et son univers) par ses auteurs Siegel & Shuster pour 130 dollars. Aujourd’hui la franchise rapporte des milliards de dollars…
Côté couvertures, autre particularisme, elles sont généralement réalisées par d’autres artistes pour augmenter leur attrait sur le marché très concurrentiel.

👤 (Focus) Le cover-artist : Dessinateur spécialisé dans la réalisation d’illustrations de couverture. Certaines séries ont leur cover-artiste attitré, sur d’autres plusieurs auteurs qui se succèdent en fonction de l’actu ou de leurs styles. Souvent l’éditeur propose des variantes avec plusieurs couvertures pour un même titre, il existe également des recueils dédiés pour celles qui ont particulièrement marqué les esprits…

👺 (Ailleurs) Pour les mangas : L’éditeur à un rôle bien plus important comme nous l’avons dit plus haut. Il valide chaque étape de la création à travers les nemus. Le mangaka, même célèbre, lui envoie de manière hebdomadaire ce document avant d’attaquer le dessin.
Côté droit d’auteur au Japon, il ressemble assez au droit français (avec quelques exceptions bien entendu !), mais avec la particularité d’utiliser simultanément le copyright sur le modèle américain.

📌 (Focus) Les nemus : Story-board poussé, avec les dialogues et les indications graphiques : ils sont l’étape clef du scénario pour un mangaka qui le fait valider à son tantô.


3. Naissance d’un album

Alors que l’album avance bien, l’éditeur présente le futur album aux équipes commerciales et au diffuseur. Les équipes de l’éditeur vont gérer la partie marketing et publicité pour le titre alors que les commerciaux du diffuseur vont vendre l’album aux libraires. Selon les éditeurs ou les projets, il peut être prépublié dans un journal ou magazine. Enfin, l’album est prêt, la maquette est envoyée à l’imprimeur pour la fabrication du livre puis pris en charge par le distributeur qui va assurer le stockage, la distribution dans les points de vente selon les commandes. Ces deux entitées gèrent les factures, les réassorts et les retours.

👤 (Focus) L’imprimeur : L’éditeur a acheté le papier souhaité, indiqué ses façonnages et envoyé ses maquettes. Le fichier est lancé sur les machines d’impression qui vont imprimer séparément les cahiers et la couverture avant de les assembler pour fabriquer le livre proprement dit. L’imprimeur réalise cette impression et contrôle la fabrication avant de livrer les palettes d’albums au diffuseur. Historiquement la France, l’Italie et la Belgique ont des imprimeries très importantes qui sont encore en activité dans le domaine de la bande dessinée, mais beaucoup d’éditeurs impriment aujourd’hui en Europe de l’Est et en Chine.

👤 (Focus) Le diffuseur : C’est la force de vente avec les commerciaux : les représentants, qui vont vendre les livres aux libraires dans leurs tournées. Il est l’intermédiaire clef entre l’éditeur et les libraires.

👤 (Focus) Le distributeur : Énormes centrales d’achat, le distributeur gère les stocks, les envois et les retours. Les livres retournées sont réinjectées dans le circuit ou envoyés au pilon (détruits) selon la politique de l’éditeur. Tout passe par lui, l’approvisionnement les factures et les comptes clients.

👤 (Focus) Le libraire : Librairie spécialisée ou généraliste, librairie membre d’un réseau comme Canal BD, librairie en ligne (c’est nous 👋) ou géant de la distribution, il est le lien entre le livre et ses lecteurs. Il choisit les nouveautés, ordonne son fond et conseille les albums au milieu du flow de nouveautés (environ 5000 par an rien que pour le 9ème art) sans oublier le fond & les classiques. Coup de cœur, mise en avant, invitation d’auteurs et dédicaces, il est l’acteur de la chaine du livre que vous connaissez le mieux.

📌 (Focus) Droits dérivés, droits étrangers : L’éditeur ou les auteurs, selon les terme du contrat, peuvent vendre les droits du livre à l’étranger. Idem pour les droits dérivés comme les adaptations ciné ou le merchandising par exemple. À l’inverse, les éditeurs achètent aussi beaucoup de droits pour traduire et publier des mangas, comics, BD en langue étrangère… Certains éditeurs sont même spécialisés dans l’achat et la traduction.

🗽 (Ailleurs) Pour les comics : Aux USA, les comics sortent sous forme de fascicules très régulièrement dans le réseaux des librairies ou grande surfaces, avant de paraitre sous forme de recueil en dur (appelés TPB, c’est l’édition de référence pour les traductions chez nous).

👺 (Ailleurs) Pour les mangas : Au Japon la grande majorité des mangas sont prépubliés dans un magazine. Il en existe beaucoup, ils ne coutent pas cher et sont souvent abandonnés par leurs lecteurs dans les lieux publics. Avec un système de votes et de questionnaires aux lecteurs, les séries sont en constante compétition dans les grands journaux. Les mangas plébiscités sortent sous forme de recueil en librairie (qui servent de point de départ pour les éditions françaises).


4. Vie du livre

Le livre est arrivé sur les tables des libraires ou dans les stocks. Les attachés de presse et les équipes marketing en font maintenant la promotion. Publicité dans les lieux de vente, dans la presse ou sur internet, interviews des auteurs dans les médias, séances de dédicaces organisées en librairie ou dans des festivals… Parmi les dizaines de sorties de la semaine, il faut se démarquer et toucher le lecteur.

👤 (Focus) L’attaché de presse : Il accompagne l’auteur dans la promotion de son œuvre, mais aussi tout au long de sa carrière dans la maison d’édition, l’attaché de presse gère son planning de dédicace, les interviews, les demandes de la presse en termes de visuels… Il est le référent pour tout ce qui touche sa carrière en complément de l’éditeur qui gère ses albums.

Il arrive entre nos mains, nous les lecteurs. Que vous ayez vu la couverture en vitrine d’un magasin, une bonne chronique sur Bubble, entendu l’auteur à la radio, lu un compte rendu de lecture sur Facebook, ou feuilleté lors d’un Festival, l’album vous a touché : vous l’avez acheté. À votre tour d’en parler autour de vous, de le prêter, de l’offrir ou encore de le noter. ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ pour en faire part à la communauté.

📌(Focus)#AuteursEnColère : Devant les différents projets de réforme de leur fiscalité, retraite et statuts, les auteurs se mobilisent pour faire entendre leur voix auprès du gouvernement. Une pétition importante rassemble plus de 25 000 personnes au moment de la rédaction de cet article, vous pouvez participer ici pour les aider à se faire entendre.
En mars dernier, lors du Salon du livre de Paris, ils s’étaient mobilisés autour du #PayeTonAuteur pour que le salon rémunère leurs interventions alors qu’il ne le souhaitait pas, et la direction de Livre Paris a finalement plié devant cet élan sur les réseaux. Visitez le site #AuteursEnColère pour en savoir plus ici.

Les auteurs se penchent sur une suite ou d’autres projets, de votre côté vous ne regarderez peut-être plus vos albums de la même manière.

N’hésitez pas à me poser des questions sur Twitter si vous voulez en savoir plus sur la question ou me faire préciser certains passages.

À très vite,
Thomas

Illustration principale © Moebius
Chap 1 : Illustration extraite de L’art Invisible de Scott McCloud, Delcourt
Chap 1 bis: Illustration ©Chris Ware
Chap 2 : Illustration extraite de L’Art du 9ème Art d’Emmanuel-Reuze, Fluide Glacial
Chap 2 bis : Illustration © Pascal Jousselin
Chap 3 : Illustration extraite de Moi, BouzarD de Guillaume Bouzard, Fluide Glacial
Chap 4: Illustration extraite d’Animal lecteur de Libon & Sergio Salma, Dupuis

Les sorties d’avril 2018 : Notre oeil sur les sorties en 10 essentiels

🔮 Gros plan sur les albums qu’il ne fallait pas manquer au mois d’avril dernier. On a lu une grande partie des nouveautés BD, comics et manga et on vous propose les 10 essentiels.

Au sommaire d’avril (l’ordre suit la chronologie des sorties) :
#BD ● Le Dernier voyage de L’Amok, Les aventures de Théodore Poussin T13 de Frank Le Gall, Dupuis
#Comics ● Infinity war de Jim Starlin & Ron Lim, Panini comics
#Manga ● Atomic(s)trip de Atsushi Kaneko, Pika
#Comics ● Black Hammer T2 de Jeff Lemire, Dean Ormston & Stewart, Urban Comics
#BD ● Animal Lecteur T7 de Libon & Sergio Salma, Dupuis
#Comics Strangers in Paradise intégrale T3 de Terry Moore, Delcourt
#Manga ● Blue de Kiriko Nananan, Casterman
#Comics Avengers d’Allan Heinberg & Jim Cheung, Panini comics
#BD ● Imbattable T2 de Pascal Jousselin, Dupuis
#Manga ● À l’intérieur des Yokaï de Shigeru Mizuki, Cornélius

Ce sont bien sûr des suggestions, n’hésitez pas à compléter ces propositions avec d’autres albums que vous avez lus et aimés ce mois-ci.

📚#BD
Le Dernier voyage de L’Amok, Les aventures de Théodore Poussin T13 de Frank Le Gall, Dupuis

Le capitaine Poussin revient pour une ultime (pas si sûr) aventure après dix ans d’absence. Si vous aviez loupé les épisodes précédents, voici de quoi vous rattraper (extraits et coup de cœur).
Ce nouvel épisode tient compte de ce décalage temporel, où les lecteurs ont perdu de vue leur personnage préféré. Théodore Poussin a lui aussi perdu un peu le fil : il s’est perdu lui-même. Usé, dépossédé de ses biens, Théodore rumine dans un tripot en compagnie du fidèle Novembre et on découvre que les héros aussi peuvent avoir une fin peu glorieuse… Mais c’est sans compter l’appel de l’aventure. Il va trouver un nouveau navire puis reprendre la mer pour sa dernière bataille. Fini de se laisser faire, le personnage contraste avec le jeune Théodore que l’on avait rencontré dans le premier épisode. On sent le danger & la brutalité des hommes perdus dans ses paradis éloignés de toute civilisation, la noirceur s’infiltre derrière les lunettes rondes du marin aux mille secrets.
Assez rare ces dernières années, Frank Le Gall est un dessinateur passionnant dans son approche du dessin. À la fois proche de la ligne claire, son style tend vers le réalisme à chaque nouvel opus. Et ce nouveau volume est encore plus réussi, fort de ce trait hypnotique l’auteur joue avec ses personnages et les fait évoluer graphiquement autant qu’intellectuellement. Si le dessin est sublime, les dialogues qui les accompagnent ne le sont pas moins. Très poétiques & enchanteurs, on sent que Frank Le Gall n’a rien perdu de sa patte si unique en bande dessinée.


🗽#Comics
Infinity war de Jim Starlin & Ron Lim, Panini comics

Réédition des grands classiques de Jim Starlin à l’occasion de la sortie du blockbuster Infinity war au cinéma. Nous avons consacré un dossier spécial ici. Je suis Thanos fait aussi parti des belles sorties d’avril. Après le Gant de l’infini qui inaugure cet univers mystique au sein de l’écurie Marvel, l’auteur Jim Starlin à creusé une piste métaphysique en utilisant les personnages classiques (et ce, dans le sillon de Jack Kirby & Steve Ditko qui avaient ouvert la voie). Sa vision des super-héros les sort du “quotidien héroïque” habituel et les pousse dans une série de combats qui ne se résoudront que par l’esprit. Malgré le casting toujours de haut vol, peu de personnages arrivent à la cheville des super-vilains et comme dans tous les comics de Starlin, c’est Thanos qui se taille la part du lion. Galactus, Wolverine ou Cap’ (et on ne parle même pas des autres…) personne ne rivalise avec le Titan qui est à la fois l’un des méchants les plus puissants, mais aussi les plus malins -peu peuvent en dire autant. Ron Lim signe la partie graphique de cette nouvelle quête, il était déjà aux crayons d’une partie du Gant de l’infini aux côtés de George Pérez. Un peu moins virtuose que Pérez dans les scènes de foules ou les batailles cosmiques, il fait le job et on est assez vite embarqué dans cette histoire improbable. Réservé aux lecteurs du Gant de l’infini qui aimeraient prolonger l’expérience, aux fans de Starlin bien sûr, mais aussi aux curieux de super-héros qui ne sont pas surpuissants.


👺#Manga
Atomic(s)trip de Atsushi Kaneko, Pika

La nouvelle mouture de Pika Graphic est vraiment stimulante. Après la réédition de Dragon Head, et le Tayô Matsumoto (sur lequel on s’arrêtera le mois prochain) voici un étrange et beau recueil d’histoires courtes signées par Atsushi Kaneko. Nous avions parlé en détail de son chef d’œuvre Wet Moon, ici, un peu moins de Soil qui était aussi une grande réussite, mais cette fois ce sont des histoires de jeunesse, des premiers travaux qui prennent place dans cette anthologie. Plus proches de Bambi, sa première grande série, ces micro-fictions déjantées mettent en place une série d’univers à la limite de l’absurde et du grotesque. Ces histoires tendent toutes vers la destruction, le nihilisme ou l’humour noir. Souvent déstructurées, ces courtes fictions sont autant de pépites graphiques où le dessinateur explore les possibilités du médium et détourne les codes habituels du manga. La bicromie, les effets 3D, les alternances de pleines pages et de cadrages hyper serrés donnent à ce recueil des allures d’OVNI. Grand connaisseur du comics américain et de la bande dessinée européenne, ses influences sont nombreuses et transpirent dans ce medley survolté. L’album s’ouvre sur une série de “Tattoo girls”, proposant des histoires improvisées autour d’un tatouage, de son histoire ou de sa propriétaire. Envolées lyriques, songes d’un instant ou anecdotes qui auraient pu être réelles on plonge dans un moment burlesque. Puis on passe aux contes barjos qui dynamitent les attentes et les habitudes du lecteur avec beaucoup de plaisir. Des histoires courtes sous forme de fuites en avant qui disent beaucoup de notre monde en partant d’idées loufoques. Pour les fans du plus occidental des mangakas contemporains ou les curieux de la culture pop.


🗽#Comics
Black Hammer T2 de Jeff Lemire, Dean Ormston & Stewart, Urban Comics

Deuxième livraison du feuilleton le plus excitant de ces dernières années, Black Hammer continue de dévoiler ses secrets dans ce nouveau volume. Le toujours très étonnant Jeff Lemire se fait plaisir en proposant des récits de super-héros sous un angle très différent de la production actuelle. Histoires de familles et de filiations au premier plan de ce récit (et de ses créations en général) ses personnages semblent appréhender leurs pouvoirs comme une malédiction plus qu’un don. Chaque héros essaie, à sa manière, d’échapper à son destin. Mais pour leur plus grand malheur, ce groupe de héros reste coincé dans une réalité alternative qui leur propose une vie dans une petite ville du Midwest, au cœur de l’Amérique rurale. Dean Ormston a un don, et un gout pour les créatures et les mondes horrifiques et son trait tire le récit tout entier dans ce sens. Il donne un souffle ésotérique et inquiétant à cette histoire de super-héros qui n’utilisent pas leurs pouvoirs, ce récit de justiciers qui ne font rien, cette fable de prisonniers qui ne cherchent pas à s’enfuir… Les auteurs déploient ici un univers complet à la manière de Hellboy ! Les inventions et les enjeux sont de la même trempe, ils nous proposent un univers complexe et cohérent qui sera bientôt complété par des spin-off et des séries annexes. L’enquête continue, mais le mystère prend de l’ampleur au fil de la lecture. On comprend mieux comment nos héros sont arrivés là, mais toujours pas comment ni pourquoi. Un traitre fait son apparition, un allié aussi, l’équilibre des forces n’est pas simple pour le dernier rempart de l’humanité en exil dans le trou du cul du monde.


📚#BD
Animal Lecteur T7 de Libon & Sergio Salma, Dupuis

“On ferme !” Dernier volume, dernière ouverture de BD Boutik la librairie la plus connue ou presque des amateurs de bande dessinée. Les lecteurs du Journal de Spirou avaient le droit à leur gag chaque semaine, mettant en scène un libraire et ses clients. Pour les autres, il fallait attendre ces recueils allongés. Une occasion pour les auteurs de parler de tout ce qui touche à la bande dessinée et son commerce sans complexe, sans tabou et avec beaucoup de justesse derrière un sens de l’humour acéré. Beaucoup de situations à peine exagérées dans les relations étranges avec ses clients, la surproduction, la manutention, les éternels retours, la politique éditoriale des éditeurs vis-à-vis de leurs licences et leurs patrimoines, la concurrence. Certains volumes s’attachaient aux auteurs, aux jeunes et aux vieux, aux prix et à Angoulême, aux éditeurs et aux équipes… En filigrane c’est toute une industrie qui est passée au crible, avec jeux de mots, chutes improbables et running gags bien entendu, mais avec un regard franc et lucide sur cet écosystème si atypique. Il n’y a pas que le rire, la série invite à la réflexion et offre un bel hommage à ceux qui ont fait l’histoire de ce riche médium. Réinterprétations délirantes et trognes d’andouilles, Libon a donné une âme particulière à cette série dont les dessins se reconnaissent entre tous. À la fois épuré, mais bourré de détail, impossible de résister à ses dessins décapants. La série s’arrête faute de lecteurs, les ventes ne poussent pas l’éditeur à continuer l’aventure aussi les auteurs font un dernier baroud d’honneur en mettant en scène cette situation dans certains des derniers gags. Une manière de boucler la boucle, de remercier les fidèles ou de montrer la réalité de cet univers magique qui reste aussi une industrie.


🗽#Comics
Strangers in Paradise intégrale T3 de Terry Moore, Delcourt

Ultime volume de l’intégrale de cette série incontournable des comics indés. Ce vaudeville réussi, entre polar et soap opéra, a tenu presque quinze ans ses lecteurs autour d’un trio amoureux et plus particulièrement son héroïne Katchoo. La force de ce comics est d’avoir su proposer une histoire très ancrée dans le réel et les préoccupations de société pour de jeunes adultes tout en laissant une place énorme à la créativité. Une couche apparente de normalité qui recouvre une recherche graphique et narrative réussie. Le découpage, les récitatifs, la mise en scène ou les dessins évoluent tout au long des pages et proposent des épisodes expérimentaux comme on peut en retrouver dans Sandman (Terry Moore convoque des références bien précises dans ses planches, de Frank Miller à Dave Sim ou Alan Moore) ou encore des pastiches réussis de Superman et j’en passe. Ce qui est assez exceptionnel, en plus des qualités du scénario, c’est cette facilité à proposer des nouvelles approches graphiques ou narratives sans perdre son lecteur. À aucun moment, on ne décroche ou on est perdu dans ce récit-fleuve qui change de style tous les chapitres ou presque. Idem pour la chronologie qui joue d’avant en arrière régulièrement avant d’avancer d’un coup et de voir vieillir les personnages. Cette troisième conclut la série, donc il vous faut lire les précédents, mais cela vaut le détour, plus de 2 000 pages de bande dessinée qui raconte la vie de ce qui devient de vieux amis.


👺#Manga
Blue de Kiriko Nananan, Casterman

La réédition de cette pépite nous donne l’occasion de faire un focus sur Kiriko Nananan et son travail. Tous ces livres évoquent l’amour, l’amitié et ces moments éphémères qui conditionnent toute une vie. Avec beaucoup de finesse, elle propose une série de fictions sur le quotidien et les relations humaines qui balaye clichés et subterfuges pour ne garder que l’essentiel. Blueraconte une histoire d’amour adolescente entre deux jeunes filles qui vont devenir amies puis amantes dans un moment charnière de leur vie. Un moment à la fois mélancolique et plein de promesses, une échappée hors du monde pour les deux héroïnes. Jouant sur les cadrages, le découpage met en avant les détails et empêche le lecteur d’avoir une vision d’ensemble. Le style de Kiriko Nananan nous renvoie à la perception de nos émotions en exagérant certains moments courts ou en éclipsant plusieurs parties du décor, des corps : elle travaille chaque case comme un tableau unique, les imbriquant ensemble pour construire son histoire. Son trait fin, presque suggéré nous invite à nous projeter et à recomposer le puzzle avec ses souvenirs. Ce travail sur la perception est particulièrement souligné au cœur du livre avec une scène incroyable d’inversion des personnages, de sorte que le lecteur en ressort aussi troublé que nos héroïnes. La mangaka à conçu son histoire de sorte que les lecteurs soient obligés de relire plusieurs fois l’ensemble pour tout saisir, comme un souvenir que l’on ressasse encore et encore. Cet album est à la fois son chef-d’œuvre et la porte d’entrée parfaite dans son univers.


🗽#Comics
Avengers d’Allan Heinberg & Jim Cheung, Panini comics

Intégrale augmentée des épisodes de Young Avengersd’Allan Heinberg qui a donné une suite inattendue et réussie à House of M. Si le prologue est un peu gentillet, ce run est très réussi : partant sur de nouveaux personnages, des jeunes qui se déguisent en Avengers pour suivre les traces de leurs héros, la saga anecdotique va peu à peu proposer un arc solide à la suite des grands cross-overs Marvel. Après un récit de formation et la constitution de cette équipe nouvelle où l’humour et les hommages de bon goût pullulent, on passe à la Croisade des enfants, le cœur de l’intrigue où nos Young Avengers partent à la recherche de la Sorcière rouge qui a privé une grande partie des mutants de leurs pouvoirs. Une quête bien menée dans la continuité qui se permet de réunir pas mal de héros, des Vengeurs aux X-Mens en passant par Jessica Jones ou Captain Marvel, sans artifices. Jim Cheung assure la création graphique des looks de ces nouveaux héros, entre hommage aux anciens et propositions nouvelles, mais aussi de mettre en scène les personnages les plus connus de l’univers Marvel avec sa patte. Avec beaucoup de talent, il alterne les scènes de dialogue et les batailles rangées sans que les corps ne soient figés et excelle dans les doubles pages très graphiques qui offrent des respirations dans ces planches où tout va très vite. Les auteurs en profitent pour insérer pas mal de diversité dans le monde Marvel, assez naturellement sans qu’on sente d’effet quota, et cela contribue à faire de cette saga une réussite. Pour les fans Marvel, c’est un beau jeu de pistes pour rassembler tous les clins d’œil et poursuivre les grandes heures des Avengers. Pour ceux qui voudraient s’y mettre, c’est une belle introduction qui ne nécessite pas de pré-requis particulier (c’est écrit de manière à expliciter les passages qui font référence au passé) et qui vous donnera envie de creuser pour comprendre toutes les implications.


📚#BD
Imbattable T2 de Pascal Jousselin, Dupuis

Ah le héros favori du moment sur les réseaux sociaux et dans les librairies. En quelques gags et un premier album, Pascal Jousselin a installé un personnage incroyable.
On en parle plus en détail ici. Il est le PREMIER super-héros de bande dessinée. En réalité, il est le premier qui utilise les codes de la bande dessinée à son propre compte (et ses adversaires, alliés aussi), son pouvoir réside dans cette capacité à utiliser les cases, les bulles, les gouttières et tout ce qui est propre à ce médium. Un pouvoir qui ne peut pas marcher en dehors d’une bande dessinée… L’univers urbain, quotidien de notre héros masqué qui passe son temps au marché, chez sa grand-mère ou a étendre son linge contraste avec les responsabilités héroïques de l’homme en jaune.
Avec son trait « classique » proche de la ligne Marcinelle et de l’âge d’or du Journal de Spirou, le dessinateur à également opté pour un gaufrier simple (la planche à 6 cases régulières, avec quelques variations à l’intérieur de cette grille, qui est devenue le standard de la BD franco-belge) afin de donner plus de force aux gags et à cette utilisation atypique, par le personnage, de l’espace. Soyez des lecteurs iconiques, lisez Imbattable.


👺#Manga
À l’intérieur des Yokaï de Shigeru Mizuki, Cornélius

Le dernier livre de cette sélection est un beau livre. Les éditions Cornélius continuent de mettre en avant les œuvres de Shigeru Mizuki et cet album de planches anatomiques de yokaï coïncide avec la grande exposition ENFERS ET FANTÔMES D’ASIE au musée du Quai Branly à Paris. L’auteur de NonNonBâ (indispensable chef d’œuvre) à travailler une grande partie de sa vie sur le folklore japonais et plus particulièrement sur les yokaï. Difficile à traduire sans périphrase, ce mot désigne à la fois les fantômes, les esprits et les monstres -bons ou mauvais- qui peuplent les campagnes et les villes japonaises. Le mangaka a été l’un des principaux artisans de leur remise au goût du jour en créant des dictionnaires, des planches comme celles présentées ici et surtout ses fictions, NonNonBâ bien sûr, mais surtout la série Kitaro qui met en scène toutes ces créatures (mais aussi celles de l’imaginaire occidental) dans une ballade sans fin au cœur des forêts de l’archipel. Ultra populaire au Japon, ce personnage qui concilie les deux mondes, celui des fantômes et des vivants, est le héros de plusieurs séries animées, de revues, d’un musée… Les dessins sont sublimes, enchanteurs et nous laissent rêveurs. Chaque monstre invite au voyage et les textes les situent sur une carte et une époque que l’on aimerait visiter. L’humour s’infiltre dans les détails et les commentaires derrière cette présentation scientifique ; et il ressort de l’ensemble un univers joyeux et tendre à l’image de ses mangas.

Découvrir les manhwas — Corée nord & sud

Hors-série spécial : rencontre des deux Corées

C’est l’un des grands événements internationaux de 2018, le rapprochement des deux Corées. Kim Jong-un a visité Séoul pour la première fois et rencontré le nouveau président sud-coréen Moon Jae-in pour élaborer un accord de paix, les deux pays sont officiellement en guerre depuis 1953.
Symbole de cette ouverture, les deux états ont aligné leurs fuseaux horaires décalés depuis presque 70 ans. Et pour remettre toutes les pendules à l’heure, j’avais envie de vous proposer une sélection de manhwas (bandes dessinées coréennes) mais aussi de bandes dessinées qui traitent de la Corée du Nord & de la Corée du Sud, pour que vous puissiez vous faire une idée.

🇰🇵 Corée du Nord

Contrairement à la Corée du Sud, les albums présentés ci-dessous ne sont pas l’oeuvre d’auteurs nord-coréens qui ne sont pas édités en français, mais vous pouvez en trouver plusieurs extraits et commentaires dans le très bon livre de Paul Gravett, Mangasia (je vous en parlais en détail ici).

Pyongyang de Guy Delisle, L’Association

Le témoignage le plus marquant d’un auteur en voyage au coeur du pays le plus secret au monde. On connait peu le poids de la Corée du Nord dans l’industrie du dessin animé, mais il est énorme : la dictature, via sa société de production la SEK, à ouvert ses frontières au business de l’animation et produit des séries comme les Simpsons, Futurama, Avatar : le dernier maitre de l’air ; mais aussi Simba : The King Lion & Pocahontas : Princess of the American Indian pour Disney ; Corto Maltese en Sibérie pour la France… Et la liste est longue.
Le jeune animateur Guy Delisle nous livre un carnet de bord de ses découvertes et de sa vie sur place alors qu’il est envoyé là-bas pour superviser une production française pour une filiale de TF1, qui est un gros client. Après un passage à Shenzhen en Chine, où il a mis au point sa technique de carnet de bord narratif, il va décrire son quotidien pour nous livrer un reportage à travers des anecdotes ou des moments particuliers de son voyage, toujours avec humour et un grand sens de l’observation.
Le dessin minimaliste et très juste de Guy Delisle colle bien avec le ton un peu distant de son narrateur. Avec une véritable recherche sur le mouvement et sur comment transmettre avec le moins possible, son dessin est complètement au service de la narration sans occulter le travail sur l’aspect “carnet de route”. Il arrive à trouver, comme pour la caricature, des lignes clefs pour incarner ses personnages et décors : ce qui lui donne l’aspect assez intemporel et universel qui ont probablement fait une partie de son succès. Dans un pays où tout est contrôlé, il s’amuse de cette fenêtre réduite pour nous proposer une bande dessinée documentaire sur ce voyage hors normes.


Le Visiteur du Sud de Oh Yeong Jin, Flblb

Avec une approche pas très éloignée de celle de Guy Delisle, Oh Yeong Jin raconte au travers d’anecdotes et de rencontres sa visite en Corée du nord en tant qu’ouvrier. Mais lui est sud-coréen. Et à travers son regard & ses dessins on assiste à une série de découvertes, de comparaisons, d’interrogations et de rencontres entre lui et les habitants de ce pays, à la fois proches et éloignés. Sans parti-pris et avec beaucoup de second degré, le dessinateur regarde cet état voisin sans céder à la propagande (de l’un ou l’autre côté). Les histoires sont vivantes dans ce style cartoon et prises sur le vif. Le trait très jeté et improvisé dédramatise beaucoup le récit et permet à son auteur de rester léger dans ce périple. Peut-être plus proche du dessin de presse que de la bande dessinée dans son trait et ce découpage déconstruit reste très immersif et efficace. Ce documentaire dessiné suit une logique improvisée, mais régulièrement entrecoupé de pages explicatives sur la vie quotidienne. On reste à hauteur d’homme, et on sort de cette lecture avec le sentiment que la bande dessinée est un genre étonnant tant il arrive à nous rapprocher de l’auteur & ses personnages.
Un bon complément à l’album précédent pour voir les campagnes et les travailleurs là où, dans Pyongyang, le dessinateur canadien était surtout resté dans la capitale et ses bureaux.


La Faute, une vie en Corée du Nord de Michaël Sztanke & Alexis Chabert, Delcourt

Cet album reprend, sous forme de fiction, le voyage du journaliste Michaël Sztanke qui s’est rendu en Corée du Nord à plusieurs reprises pour réaliser un documentaire pour la TV. N’ayant pas pu filmer ce qu’il voulait il décide d’en faire une bande dessinée, une fiction inspirée de son voyage avec un sujet percutant : l’impact du tourisme sur les citoyens de cette dictature impitoyable. Des gestes qui paraissent sans importance pour les voyageurs qui sortent un peu de clous en faisant valoir “leur liberté”, mais avec souvent des conséquences très graves pour les accompagnateurs ou les habitants, qui sont les victimes collatérales de ces actions. Un ethnocentrisme que l’on retrouve sur tous les continents, mais qui prend des proportions immenses ici. Dans cette fiction, un “guide touristique” vient de perdre son badge obligatoire avec les portraits du « Soleil du XXIe Siècle » & son fils ; et sa vie va sombrer dans une spirale kafkaïenne de répression et d’intimidation sur le principe de “culpabilité par association” (qui existe vraiment : une faute personnelle est répercutée sur toute la famille, mais aussi sur 3 générations). Un détail donc qui va prendre des proportions gigantesques et pousser Chol Il a regarder le monde autrement et de collaborer avec son hôte étranger Michaël Sztanke.
Seule déception, le dessin et la mise en scène un peu hésitante. Ce projet n’était pas destiné à être une BD et ça se sent un peu. Les codes du médium ne sont pas maitrisés et on a un peu de mal à entrer dans cette histoire pourtant passionnante. Un dossier vient compléter l’album et éclaire les raisons de ce choix, mais le livre reste un des bons albums pour découvrir ce pays même s’il n’a pas la force des deux précédents.


L’Anniversaire de Kim Jong-il d’Aurélien Ducoudray & Mélanie Allag, Delcourt

On quitte le terrain du reportage pour celui de la fiction avec cet album amusant (et effrayant quand même). Le sujet est moins le pays qu’une réflexion sur la propagande et l’embrigadement : comment douter de la bonne foi d’un dirigeant dans le pays le plus heureux du monde. Un jeune garçon de huit ans qui a la particularité d’être né le même jour que le “Général invincible et toujours triomphant” va découvrir l’envers du décor d’un monde qu’il croyait connaître. Contrairement aux autres livres présentés plus haut, ce n’est pas une personne extérieure qui va nous faire voir ce qui se passe en Corée, mais quelqu’un qui y vit, et c’est très fort.
La couverture est particulièrement réussie dans le sens où on voit bien cette brèche inquiétante qui s’ouvre derrière le masque souriant du leader parfait. Le trait rond et les couleurs proposées par Mélanie Allag renforcent ce dispositif et donnent une tonalité encore plus profonde à ces découvertes. Les scènes feraient presque penser à un Petit Nicolas version nord-coréen dans la bonhomie des héros et leurs mouvements. Réussite aussi dans la récréation de faux manhwas de propagande comme “Le Monde pourri est malade” qui explique en BD la vie difficile des Coréens du sud ou d’autres sur l’armée américaine. Une fiction réussie qui mérite d’être lue au même titre que les reportages pour se familiariser avec ce pays insaisissable.


🇰🇷 Corée du Sud

Petite sélection parmi des dizaines de titres traduits en France pour vous proposer une vision transversale de la campagne à la ville, de la Corée traditionnelle à la vie de banlieue au XXIe siècle, de l’exotisme aux usines Samsung.

La mal-aimée de Kim Dong Hwa, Casterman

J’ai hésité à mettre en avant la trilogie Histoire couleur Terre ou La Bicyclette Rouge, deux séries pour lesquelles il est plus connu en France. Mais ce recueil d’histoires courtes présente l’essence des thèmes & de la technique affectionnée par Kim Dong Hwa. Il est l’un des auteurs sud-coréens les plus connus en France, et ses fictions s’attachent à décrire la Corée rurale à notre époque, le plus souvent à travers le destin de femmes. Biographies attachantes, histoires d’amour qui finissent bien ou non, récits du quotidien hors du temps, mais rythmés par les saisons… sont sublimés par le trait épuré et chaleureux du manhwaga : ces histoires racontent un monde qui échappe encore à la mondialisation sans verser dans la caricature ou le cliché.
On découvre la Corée & ses traditions à travers le temps qui passe, cette saisonnalité est une des clefs de son oeuvre. Sa technique semble souligner l’aspect éphémère des vies et des personnages en utilisant quelques traits pour les représenter face à une nature immuable, intemporelle qui fait l’objet d’un soin et d’un niveau de détail graphique tout particulier. Un auteur incontournable pour comprendre la bande dessinée coréenne.


Sous l’eau, l’obscurité de Yoon-Sun Park, Sarbacane

Quittons la campagne pour Séoul, le rythme des saisons pour la compétitivité, pour nous plonger dans le quotidien d’une jeune sud-coréenne dans les années 80. Le pays est en pleine mutation et suit le modèle japonais, une croissance très rapide basée sur l’acceptation de toute une nation à accepter l’exode rural et un rythme de travail dévorant. La réussite et l’argent rythment les rues de la capitale du Pays du Matin calme. La dessinatrice évoque cette quête de la réussite, ces sacrifices de tous les instants pour “s’assurer un avenir” à travers la peur de l’eau d’une petite fille. Sortir la tête de l’eau, une belle métaphore qui est distillée tout au long de l’album pour parler de cette société-là.
Le trait est rond et installe son univers à hauteur du regard d’un enfant, mais laisse place à la froideur de cet univers, soutenu par une bichromie blanche et bleue. Elle distille cette vision glaçante des adultes qui l’entoure.
Son dessin va s’adoucir dans les livres suivants et passer en couleur, qui sont plus humoristique, je reste très fan du Jardin de Mimi : un carnet de bord du potager de l’autrice à Angoulême où elle réside depuis plusieurs années, sous forme de conte décalé où son chat s’occupe des récoltes, passe au bistro… quelque part entre The autobiographie of me too de Guillaume Bouzard et les Contes du Chat perché d’Aymé. Mais on s’éloigne de la Corée.
Sous le titre En Corée, les éditions Misma viennent de publier ses fanzines qui racontent ses différents voyages où elle revient au pays sous forme d’anecdotes et d’observations un peu décousues. Sous l’eau, l’obscurité reste la meilleure porte d’entrée dans son univers.


Mauvaises filles d’Ancco, Cornélius

Une jeunesse coréenne dans les années 90–2000 et sa crise économique, à travers les portraits de plusieurs jeunes femmes. Un roman graphique fascinant pour son dessin et sa mise en scène composée d’aller-retours temporels que par sa violence. Dans une banlieue anonyme de Séoul, on découvre un quotidien misérable à mille lieues des néons de la capitale, où un père bat régulièrement sa fille, la narratrice. Elle voit le chômage et la délinquance autour d’elle, le suicide et la prostitution non loin… un revers de médaille du capitalisme triomphant (on reviendra sur Samsung juste en dessous avec le manhwa suivant). Très graphique, avec ses grands aplats de noirs et ses surgissements de blanc, qu’on ressent comme un stroboscope : qui figent un instant sans couper le mouvement. Avec ses personnages aux visages marqués, elle imagine ses héroïnes à plusieurs âges de leur vie, le graphisme suit leurs évolutions et les accompagnent. Ancco travaille les matières, les ambiances qui densifient les planches et rendent ces atmosphères crédibles.
Si vous n’avez pas peur du très noir, c’est l’un des albums les plus percutants et attachants de cette sélection.


Le parfum des hommes de Kim Su-Bak, Atrabile

Cette fois nous sommes dans les années 2000–2010 et le dessinateur se fait journaliste pour enquêter sur Samsung, l’entreprise gigantesque qui fait vivre une grande partie du pays. Il dessine des portraits d’anciens employés & familles qui sont tombés malades ou qui ont contracté une leucémie en travaillant chez Samsung. Un drame sanitaire dans les usines qui emploient des produits toxiques et dont les dirigeants tentent d’étouffer l’affaire par l’intimidation ou la corruption. Niant les preuves, refusant d’indemniser les familles des victimes pour maintenir le climat de désinformation, les dirigeants de Samsung sont prêts à tout : conflits d’intérêts avec le gouvernement, falsification dans la presse ou manipulations… autant de preuves mises en scène par le manhwaga qui vont fissurer l’image de multinationale victorieuse qui fait la fierté du pays.
La mise en scène reprend les codes du documentaire en proposant des cartouches importants avec des récitatifs pour contextualiser les scènes ou les personnages de cette enquête. Le trait semi-réaliste reprend les codes du dessin d’après-photo, s’affranchit des décors quand la parole suffit ou intègre des analogies graphiques pour étayer le propos. On serait entre l’Art invisiblede Scott McCloud et Le Photographe d’Emmanuel Guibert.
Un album parfait pour comprendre cette Corée du Sud moderne & contemporaine même si l’histoire racontée par Kim Su-bak n’a rien d’une fiction et présente un récit terrorisant sur cette entreprise qui emploie des milliers de personnes.

Découvrir les comics  : Thanos & Infinity War

Dossier spécial Thanos & Cie à l’occasion de la sortie du film Avengers 4 : Infinity War qui conclut une boucle démarrée il y a 10 ans pour porter les personnages emblématiques de Marvel à l’écran (Spider-Man ou les X-Mens étant à part, car ils avaient déjà leurs propres franchises…)

Et pour vous remettre dans le bain, voici la liste des films qui composent cette fresque :
Phase 1 : Iron man, L’Incroyable Hulk, Iron man 2, Thor, Captain America: First Avenger et Avengers.
Phase 2 : Iron Man 3, Thor : Le Monde des ténèbres, Captain America : Le Soldat de l’hiver, Les Gardiens de la Galaxie, Avengers : L’Ère d’Ultron et Ant-Man.
Phase 3 : Captain America : Civil War, Doctor Strange, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2, Spider-Man : Homecoming, Thor : Ragnarok, Black Panther, Avengers: Infinity War (sortie le 25 avril 2018), Ant-Man et la Guêpe (sortie prévue en 2018), Captain Marvel (sortie prévue en 2018), Avengerssuite (sortie prévue en 2019).

Toutes ces suites sont déjà prévues (sans parler des séries TV) mais ce qui nous intéresse ici est que Marvel ait choisi Thanos comme méchant ultime qui rassemble tout ce beau monde pour la conclusion de cette vague d’adaptation.
Thanos est l’un des anti-héros les plus charismatiques des publications de la Maison des idées : il est le plus complexe dans sa psychologie et son évolution. Il sera en passe de détruire et de sauver l’univers entier plusieurs fois et restera pour les lecteurs l’un des meilleurs adversaires de tous les temps.

Comment être en phase avec ses lectures ?

Plusieurs pistes.
La première est bien sûr de lire les albums conseillés sur les Avengers, Iron Man, Captain America, Thor, Dr Strange,… dans les précédents dossiers.

La seconde : se pencher sur le personnage de Thanos.
Le géant violet apparaît pour la première fois en 1973 dans le titre Iron Mangrâce à Jim Starlin, son créateur, et il deviendra rapidement le héros clef des histoires du scénariste, peu importe le titre sur lequel il officie. Le Titan fou évolue vite et fera l’objet de plusieurs cross-overs bien avant que cette pratique devienne la norme chez Marvel.

Le titre parfait pour faire connaissance est le socle de la saga “de l’infini” de Jim Starlin : Le Gant de l’infini. Cette histoire cristallise le meilleur du personnage, les enjeux les plus fous et un méga cross-over avec les personnages emblématiques de Marvel. J’adorais cette histoire gamin (et découvrir les suites qui n’étaient pas éditées jusque-là est une p**** de madeleine de Proust violette) et le film me donne une occasion de partager cette chouette lecture avec vous.

Ayant réuni les six gemmes de pouvoir (mais si, les pierres qu’on aperçoit 3 millisecondes dans certains films Marvel) Thanos est devenu l’égal d’un dieu. Il a le pouvoir de modifier la réalité et peut enfin offrir un monde de destruction à sa bien-aimée qui le délaisse : la Mort. C’est le coup de génie de Starlin qui propose une histoire d’amour ratée comme moteur de la plus épique des guerres de l’univers. Ça, et l’idée de mettre sur le carreau les plus grands héros : Thor, Namor, Iron Man, Wolverine, Scarlet Witch, Hulk, ou Captain America… Seul le mystérieux Warlock pourra réussir là où les plus grands échouent.
George Pérez assure le dessin de cette saga (puis passera la main à Ron Lim) et il met la barre très haut. Les mises en scène cosmiques ou les destructions dantesques nous emportent et son interprétation des personnages est magique. La meilleure incarnation de Thanos ever.

Suivent La Guerre de l’Infini & La Croisade de l’Infini qui tirent le fil de cette saga en proposant un Thanos encore plus retors et stratège dans un univers encore plus mystique. Un peu moins indispensable pour démarrer, mais si vous avez accroché avec le premier volet, foncez.

En plus des rééditions de la trilogie de l’infini, Panini comics vient de publier une anthologie chronologique autour du personnage : Je suis Thanos,dans sa collection découverte.

Point de départ parfait pour embrasser la carrière du Titan dans son intégralité et mieux comprendre son évolution, je vous le recommande vraiment, car il propose des épisodes inédits en album de ce côté de l’Atlantique. Mais aussi une introduction au film que vous allez découvrir grâce à Brian Michael Bendis & Mark Bagley, qui signaient déjà les nouveaux épisodes des Gardiens de la Galaxie dans cette optique. Vous pouvez aussi vous procurer le recueil complet de ce run Avengers Assemble de Brian Michael Bendis & Mark Bagley, mais ce n’est pas franchement indispensable.


Autre point d’entrée passionnant : L’ascension de Thanos de Jason Aaron & Simone Bianchi. L’un des meilleurs scénaristes contemporains s’est emparé du personnage pour raconter ses origines, nous assistons à l’adolescence fragile et complexée de la créature la plus monstrueuse & machiavélique du cosmos. Très réussi, ce one-shot rend hommage à la vision du personnage de Starlin tout en proposant une piste alternative sur une possible schizophrénie du Titan (il n’est plus à ça près).

Enfin, Jim Starlin a relancé le personnage il y a quelques années avec une nouvelle trilogie Thanos : La révélation de l’Infini, Thanos : La relativité de l’Infini & Thanos : La Fin de l’Infini qui propose une nouvelle croisade aux frontières de la mort et de la destruction totale où le géant violet sera peut être le sauveur de l’humanité…

Cette fois, vous êtes équipés pour faire face à la déferlante Marvel qui va s’abattre sur les réseaux sociaux entre pubs, spoilers et critiques, vous avez de quoi vous faire votre avis.

Un oeil sur les sorties #7 : Les sorties de mars 2018 en 10 essentiels

🔮 Le rendez-vous mensuel où l’on se penche sur les sorties du mois dernier. Un focus sur les albums BD, comics et manga qu’il ne fallait pas manquer ces dernières semaines (l’ordre suit la chronologie des sorties).
Ce sont bien sûr des suggestions, n’hésitez pas à compléter ces propositions avec d’autres albums que vous avez lus et aimés ce mois-ci.

📚#BD Moments clés du Journal de Spirou de François Ayroles, Dupuis

Avec un oeil exercé et un sens extrême du détail, François Ayroles s’amuse à croquer les figures historiques du Journal de Spirou en mêlant la grande histoire aux détails. Le dessinateur n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il avait déjà réalisé 28 Moments Clés de la Bande Dessinée, Nouveaux Moments Clés de la Bande Dessinée et Moments Clés de L’Association, mais cette fois ces “moments” sont complétés d’une légende qui permet de mieux remettre dans le contexte ces événements autour de Dupuis. Sa maitrise de la caricature et du mouvement font de ses vignettes autant de promesses d’histoires qu’on aimerait lire (et pas seulement pour les fans de l’École de Marcinelle).


👺#Manga L’Atelier des Sorciers de Kamone Shirahama, Pika

Et si le dessin, l’acte de tracer des traits et des symboles étaient la source de toute magie ? C’est le point de départ de ce manga d’apprentissage où une jeune fille va se retrouver apprentie sorcière à cause d’un complot qui menace l’univers des Sorciers. Pour une fois que le genre se renouvelle, cela vaut le coup de s’y arrêter. D’autant plus que le dessin et la mise en scène sont assez réussis : on pense aux films du studio Ghibli pour ses décors et son attachement à rendre crédible un monde enchanteur où plane une ombre. Ou encore à Terremer d’Ursula Le Guin qui inspire pas mal de créateurs japonais (une histoire d’archipels peut-être…). Série à suivre, si l’histoire se densifie après une exposition alléchante.


🗽#Comics Oblivion Song de Robert Kirkman, Lorenzo de Felici & Annalisa Leoni, Delcourt

Nouvelle série du prolifique scénariste de Walking Dead et Invincible qui propose une Amérique coupée en deux où une singularité a envoyé 300000 personnes dans une zone cauchemardesque. Survivalisme inversé, un homme se démène pour ramener les survivants dans notre réalité. Le traitement du dessin et de la couleur sont très pop et proposent un univers noir et dangereux derrière quelques charmantes créatures. Seul bémol, les auteurs jouent beaucoup sur l’attente et font durer les révélations pour arriver à un cliffhanger à la fin du volume… On espère que la suite sera plus efficace après cette première approche.


👺#Manga Les Chats du Louvre T2 de Taiyô Matsumoto, Futuropolis

Deuxième partie de ce diptyque fantastique & poétique sur les zones obscures du Louvre où les chats mènent la danse. Le mangaka Taiyô Matsumoto a répondu aux contraintes de cette collection qui permet aux auteurs de bande dessinée d’explorer le musée & ses collections par le prisme de la fiction, en gardant son style et ce ton unique qui ont fait son succès. Un trait délié et acéré qui lui permet toutes les audaces et qui nous entraine aux frontières du fantastique et du rêve. Suivez les personnages mi-félins mi-humains dans les couloirs du musée le plus mystérieux du monde emporté par l’un des auteurs les plus insaisissables du moment.


🗽#Comics B.P.R.D L’enfer sur Terre T7 de Mignola, Arcudi, Roberson, Campbell, Stewart & Norton, Delcourt

Spécial exorcisme pour les ex-collègues d’Hellboy qui sont confrontés cette fois à des monstres quasi lovecraftiens dans une première partie. Et dans la seconde, un nouvel agent s’installe dans l’équipe : Ashley Strode qui a le pouvoir de combattre les démons sur un autre plan de réalité. Une sortie réservée aux fans de la série pour en comprendre tous les enjeux, bien que la seconde partie peut se lire indépendamment.
Si vous voulez en savoir plus, vous avez le guide ici (N°2 de la liste) ou la chronique dédiée avec le détail des différentes séries.


📚#BD Le cœur des Amazones de Christian Rossi & Géraldine Bindi, Casterman

Revivre la Guerre de Troie et ses coulisses à travers le destin d’un groupe d’Amazones, est le pari des auteurs de cet album enchanteur. La scénariste inscrit ses héroïnes au cœur du conflit le plus célèbre de la littérature et propose une relecture du mythe de ce peuple de guerrières en gommant les parties fantastiques pour en proposer une chronique “réaliste”. Un travail mis en lumière et porté par le dessin sublime de C.Rossi qui creuse un peu plus le sillon du réalisme à chaque nouvel album. Dessinant à partir de modèles vivants, les corps et le mouvement sont au centre du livre, et l’auteur s’impose à nouveau comme l’un des grands dessinateurs du moment.


🗽#Comics New Mutants de Chris Claremont & Bill Sienkiewicz, Panini

Et voici l’intégrale du passage remarqué de Bill Sienkiewicz sur les X-Men non seulement pour les innovations graphiques que pour les scénarios fascinants de Chris Claremont qui adapte son écriture au dessinateur. Ces épisodes des New Mutants (les successeurs de l’équipe “classique”, prochainement adaptés au cinéma). L’ambiance est resserrée, parfois plus proche du récit d’épouvante que de la SF ou la fantasy comme c’est le cas habituellement. Ce sera aussi l’invention de Warloke ou Legion qui vont devenirs des éléments importants de l’univers mutant. Cette série lance la carrière de l’un des plus grands dessinateurs contemporains (déjà prisé pour son sens de l’illustration et des couvertures) qui affine & affirme son style dans ces épisodes uniques et nous offre des pages vraiment incroyables.


📚#BD Tyler Cross T3 de Fabien Nury & Brüno, Dargaud

Troisième volet des aventures du tueur solitaire qui quitte la boue et la vie dure des grands espaces pour les hôtels de luxe en Floride peuplés d’hommes d’affaires véreux. Changement d’ambiance qui penche plus vers la littérature hard-boiled que vers le cinéma présent dans les deux premiers volets : le ton devient plus intime, plus resserré autour des retrouvailles entre Tyler et cet avocat qui lui doit beaucoup d’argent. Les ambiances sont plus étouffantes, sombres et on sent que le dessinateur prend plaisir à mettre en scène cette moiteur malsaine. L’action est plus découpée, cadencée et son travail sur les ombres ou les couleurs nous piège dans cette atmosphère envoutante. La série monte d’un cran à tous les niveaux.


👺#Manga Akira T3 (noir & blanc) de Katsuhiro Otomo, Glénat

Glénat continue de sortir au compte-goute la version dite originale d’Akira. Un grand classique du manga (tout savoir sur la série ici) qui n’avait jamais fait l’objet d’une réédition jusque là malgré les défauts des éditions courantes et les attentes des fans. Cette fois, les lecteurs français ont droit à la version “de luxe” japonaise avec une nouvelle traduction, un sens de lecture original, une jaquette… bref, une édition un peu plus proche du manga voulu par son auteur. Malheureusement cette réédition est assez compliquée précise l’éditeur et les sorties sont assez espacées, nous n’avons pas encore de date pour les 3 prochains volumes. C’est toujours une bonne occasion de lire ou relire les premiers tomes.


🗽#Comics Cul de sac intégrale T3 de Richard Thompson, Urban Comics

Dernier tome de ces intégrales des aventures de la famille Otterloop, ces strips qui célèbrent la magie du quotidien. Entre Calvin & Hobbes, les Peanuts ou Mafalda, Richard Thompson a créé un monde mélancolique & joyeux, étrange & attachant. Et chose rare, parmi les préoccupations de ces enfants, l’un d’eux réalise une bande dessinée. Une occasion pour l’auteur de parler boutique à travers le prisme de ses personnages avec son irrévérence habituelle. En tout cas plus sérieusement que dans ses commentaires décalés et absurdes sur chacune de ses propres planches. Une analyse déjantée qui ne déplairait pas à l’espiègle Alice qui mène la danse dans la banlieue de Cul de sac.


🗽#Comics Criminal T7 d’Ed Brubaker, Sean Phillips & Elizabeth Breitweiser

Chaque nouvel album de cette série est une surprise. Une bonne surprise. Polars très noirs, violents et surtout captivants : chaque épisode propose une histoire indépendante qui complète le puzzle autour d’une famille particulière. Si vous lisez la série chronologiquement vous reconnaîtrez pas mal de personnages secondaires qui deviennent les antihéros des volumes suivants. L’autre coup de génie est d’intégrer de fausses pages de comics qui résonnent avec l’histoire de l’épisode. Pastiches de Dick Tracy, Conanou Archie, les auteurs jouent avec nous et poussent les possibilités de la bande dessinée dans ces histoires encapsulées. Une des meilleures séries polar actuelles.

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Le lexique BD Comics Manga

Incollables sur les Shonen ? Vous collectionnez les TPB ? Vous savez mimer au moins trois onomatopées ?
Qu’à cela ne tienne, on vous propose notre lexique maison pour être incollable sur le monde du 9ème art !

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TERMES GÉNÉRIQUES LIÉS AU MÉDIUM BANDE DESSINÉE

Album : Désigne l’objet livre de bande dessinée.
Art-book : Beau livre réunissant dessins, croquis, illustrations ou informations spécifiques sur le travail et l’univers d’une série, d’un auteur ou d’un univers. Utilisé par extension pour les beaux livres sur les animes.
Autrice, auteure et auteur : Depuis quelques années les créatrices de bande dessinée ont proposé de revenir à un mot ancien, autrice, pour lutter contre le sexisme et l’invisibilisation des femmes dans le milieu, plutôt que auteure ou auteur. Vous pouvez lire cet article d’Audrey Alwett qui explique bien cette distinction et son importance & consulter le site du collectif des créatrices de BD contre le sexisme.
BDM : Crée par Michel Béra, Michel Denni et Philippe Mellot qui donnent leurs initiales à l’argus officieux de la bande dessinée. Ouvrage qui donne des cotes qui font référence sur le marché de l’occasion, des tirages spéciaux et des premières éditions. Assez contesté et critiqué sur les cotations indiquées, il est le seul ouvrage de ce genre existant depuis 1978, mais plusieurs sites essaient de proposer des alternatives.
BD numérique (ou Webcomics) : Bande dessinée créée spécialement pour être lue sur écran. Un très bel exemple ici avec Phallaina.
Bédéphile : Mot valise un peu vieilli désignant les passionnés de bande dessinée.
Bédéiste : Terme barbare crée pour designer les auteurs de bande dessinée.
Bulle (ou ballon ou phylactère): Matérialisation de la parole en bande dessinée, généralement représentée par une bulle avec un trait vers le personnage. Le phylactère peut indiquer également la pensée, et sa forme peut changer pour accompagner cette distinction.
Case (ou vignette) : Élément principal d’une page de bande dessinée, la case délimite un espace fini, qui est pourtant lié aux cases attenantes et qui existe difficilement seul.
Coloriste : Artiste qui est spécialisé dans la mise en couleur des albums et des planches. Il est fréquent qu’un dessinateur soit aussi son propre coloriste.
Coffret : Reliure en carton qui peut contenir plusieurs albums pour les protéger ou les mettre en valeur.
Couverture : Première page cartonnée d’un livre qui protège les feuilles et présente l’album. Ce que l’on appelle couramment couverture s’appelle un plat en termes techniques. Par extension ce terme désigne le dessin qui figure sur la couverture du livre. La quatrième de couverture elle désigne le verso du livre.
Crossover : Histoire qui mêle des personnages de plusieurs univers ou qui se déroule dans plusieurs séries.
Cycle (ou arc narratif) : Regroupement de plusieurs épisodes qui forment une aventure complète et qui se développe sur plusieurs tomes sans conclure l’histoire au sens large. Une série peut proposer plusieurs cycles de tailles différentes.
Dos : Appelé tranche par usage, le dos est la partie qui maintient la reliure du livre. C’est également la seule face visible dans les rayonnages de nos bibliothèques.
Ex-libris : Image tirée à part, le plus souvent sous forme de sérigraphie ou d’image imprimée servant à la promotion d’un album. Le caractère inédit du dessin et/ou sa rareté en font un objet prisé des collectionneurs. Il est très souvent numéroté et signé par son auteur.
Fanzine : Mot valise qui contient fan et magazine. Il désigne une publication artisanale, individuelle ou collective, réalisée en marge des circuits de production. Il peut être de nature artistique ou critique.
Fumetti : Designe les bandes dessinées italiennes (et la bande dessinée en général en italien)
Illustré : Terme vieilli désignant les bandes dessinées, issues des journaux illustrés (expression un peu péjorative qui sous-entend le caractère enfantin des BD comme “les petits miquets”)
Intégrale : Regroupement de plusieurs albums destinés à présenter une histoire complète ou un cycle complet.
Jaquette : Couverture imprimée sous forme de couverture souple à rabats qui se rajoute en supplément de la couverture existante.
Ligne claire : Terme forgé dans les années 70 par Joost Swarte pour désigner le style d’Hergé et des auteurs qui s’en réclament, autour d’une volonté de lisibilité et de stylisation du trait.
Neuvième art (ou 9ème art) : Expression popularisée par Morris, le dessinateur de Lucky Luke, pour désigner la bande dessinée parmi les arts classiques. Avec le 7ème art (cinéma), ce sont les seuls pour lesquels on utilise régulièrement l’expression.
One-shot : Désigne un album qui n’appelle pas de suite.
Onomatopée : Matérialisation graphique d’un bruit ou d’un son avec des lettres et des symboles.
Roman graphique : Traduction littérale du terme « graphic novel » inventé par Will Eisner pour désigner une œuvre dont l’ambition est de traiter un sujet à l’égal de la littérature. L’auteur a également donné un canon, avec l’idée de monovolume et de récit en noir & blanc.
Scantrad : Traduction pirate d’un manga ou d’un comics faite par des fans. Disponibles en ligne et souvent avant les parutions officielles, ces traductions sont illégales même si elles sont très populaires.
Strip : Littéralement « bande » il désigne les bandes dessinées issues de la presse quotidienne avec certains titres à suivre ou aux gags indépendants.
Spin-off : Série dérivée ou album tiré de la série principale.
Spoiler : Je n’ose rien dire sur ce mot pour ne pas tout gâcher.
Tirage de tête : Version d’un album légèrement différente de la version classique qui sort en amont de la sortie officielle. Son prix est plus élevé et bénéficie souvent d’un format plus luxe ou d’une numérotation, signature, etc…
Volume (ou tome) : Album numéroté qui fait partie d’une série.


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TERMES SPÉCIFIQUEMENT LIÉS À LA BANDE DESSINÉE ASIATIQUE

Anime (ou japanimation ou japanime) : Terme japonais qui désigne les dessins animés et par extension en France pour désigner toutes les productions animées venant du japon ou d’Asie.
Anime comics : Manga qui est composé d’images en couleurs d’un anime, et non de dessins originaux, auxquelles on ajoute des bulles, un récitatif ou des dialogues.
Bunkobon : Désigne les manga reliés au format poche (format A6 & couverture souple)
Ecchi : Désigne les mangas à connotations sexuelles avec une tendance à viser l’humour plus que la pornographie. À différencier du Hentai (voir plus bas) qui désigne plus les mangas érotiques ou pornographiques.
Fan service : Pratique populaire dans les journaux de prépublication japonais et qui se retrouve dans les albums : où les auteurs font plaisir à leurs fans en ajoutant des détails ou des scènes qui ne sont pas utiles à l’histoire, mais plaisent au public. Une grande majorité de ces fans services proposent des dessins des héros & héroïnes en tenues sexy.
Gekiga : Expression désignant un style de manga réaliste et qui se préoccupe des problématiques de société. Genre apparu dans les années 60–70 en marge du manga dans sa définition de l’époque.
Hentai : Terme désignant les mangas érotiques ou pornographiques.
Manga : Mot générique qui désigne la bande dessinée japonaise en général (et la bande dessinée tout court au Japon). Le terme serait repris des carnets de dessin du peintre Hokusaï au début du XIXe qui faisait des dessins plus libres dans ses carnets.
Josei : Manga pour femmes adultes.
Kodomo : Manga pour enfant.
Mangaka : Désigne un auteur de manga.
Manga-manbun : Manga particulier qui se compose d’un dessin avec légende, ou un strip, inspiré des comics strip américains.
Manhua (et lianhuanhua): Manhua : mot générique qui désigne la bande dessinée chinoise. Lianhuanhua indique lui une forme plus populaire et ancienne que le manhua.
Manhuajia : Désigne un auteur de Manhua.
Manhwa : Mot générique qui désigne la bande dessinée coréenne.
Manhwaga : Désigne un auteur de Manhwa.
Mecha : Abréviation de « mechanical » qui désigne les mangas de genre basés sur les armures et robots de combat.
Seinen : Manga pour adulte.
Shôjo : Manga pour jeune fille.
Shônen : Manga pour jeune garçon.
Shitei : Désigne les mangas humoristiques au sens large.
Story manga : Désigne les mangas qui se suivent sur plusieurs chapitres ou volumes avec une conception de l’intrigue à rebondissement le plus souvent. Genre popularisé par le dieu du manga, Osamu Tezuka.
Tankôbon : Terme générique pour désigner les recueils de publications précédemment prépubliées dans les journaux. Ce sont ces versions qui sont utilisées le plus souvent comme base de traduction pour les éditions européennes et américaines.
Yaoi (ou boys’ love) : Désigne les œuvres qui mettent en scène des relations sentimentales et/ou sexuelles entre personnages de sexe masculin destinées à un lectorat féminin. Il se distingue du Men’s love (ou bara) qui lui, est destiné à un lectorat masculin.
Yuri (ou Girls’ Love) : Désigne les œuvres qui mettent en scène des relations sentimentales (et plus rarement sexuelles) entre personnages de sexe féminin.
Yonkoma : Forme de manga figée en quatre cases, le plus souvent humoristique ou autobiographique.


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TERMES SPÉCIFIQUEMENT LIÉS À LA BANDE DESSINÉE AMÉRICAINE

Annual : Un comics-book hors série avec une forte pagination qui parait une fois par an ou plusieurs fois à des occasions spécifiques.
Cartoon : À ne pas confondre avec le dessin animé (animated cartoon), ce mot désigne aussi la bande dessinée américaine sous forme de strip. Les auteurs de bande dessinée qui travaillent sur ce format sont des cartoonists.
Comics : Mot générique qui désigne la bande dessinée américaine en général (et la bande dessinée tout court aux USA). On parle aussi de Cartoons ou de Funnies, mais ces termes plus marqués sont plus spécifiquement liés à la presse.
Comic book : Recueil ou fascicule qui propose une histoire complète ou une histoire à suivre, à parution régulière. À distinguer du paperback (voir plus bas).
Comic strip : Bande dessinée issue de la presse quotidienne (puis des pages des suppléments du dimanche) avec certains titres à suivre ou aux gags indépendants.
Comix : Déformation de comics, jouant sur la sonorité et le X final pour marquer une rupture avec l’industrie en place. Le terme désigne les comics undergrounds apparus dans les années 60–70.
Cover-Artist : Dessinateur chargé de réaliser une couverture de comic-book ou spécialisé dans ce type de commande.
Creator-Owned : Personnage ou série dont les droits appartiennent à leurs auteurs et non à l’éditeur comme c’est l’usage aux USA.
Golden-Age : Âge d’or du comics, de la naissance de Superman en 1938 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Le moment où tout a commencé pour les comics. Puis le Silver-Age (âge d’argent) suit le Golden-Age dans l’histoire des comics, du milieu des années 50 au début des années 70. Suivrons l’âge de bronze (du début 1970 à 1986) et enfin la période contemporaine.
Relaunch : Relance d’une série au numéro #1 (en précisant l’époque ou la période nouvelle) Un relaunch est souvent accompagné d’une refonte graphique.
Run (ou arc) : Désigne le cycle où un scénariste (ou plus rarement un dessinateur) travaille sur un personnage ou un univers particulier. Son intervention se place le plus souvent dans la continuité, mais peut être lue indépendamment.
Story-arc : Regroupe plusieurs épisodes qui forment une aventure complète ou un run.
Super-héros : Personnage doué de pouvoirs ou de responsabilités exceptionnelles. Le personnage le plus iconique & ancien est bien sûr Superman.
Syndicate : Nom qui désigne les agences de presse qui s’occupent des droits des séries et comics strips et les places dans les différents journaux.
TPB (trade paper back) : Intégrale d’un run ou story-arc en comics-book, format qui est le plus souvent utilisé pour les traductions étrangères.


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TERMES TECHNIQUES

48cc : Terme péjoratif popularisé par JC Menu pour désigner le format d’album le plus classique de 48 pages avec couverture cartonnée et en couleur. Ce standard a dominé le marché de nombreuses années en raison de son rapport qualité/prix. Aujourd’hui, c’est aussi le nom d’une collection chez l’éditeur l’Association.
Autoédition : L’auteur est lui-même éditeur de ses œuvres et s’occupe de l’impression, voire de la diffusion de ses propres livres.
Bleu : Fac-simillé (voir plus bas) de la planche tirée au format de parution où le dessin est imprimé avec un trait bleu pour faciliter l’encrage ou la mise en couleur. Les traits bleus (ou d’autres couleurs) n’apparaissent pas à l’impression.
Bichromie : Technique d’impression en deux couleurs obtenue suite à deux passages d’impression.
Bords perdus : Case qui n’est pas bordée par une marge ou qui touche l’un des bords de la page.
Cartouche (ou récitatif ) : Texte encadré qui commente l’action, indique un lien ou une temporalité. Il peut aussi être utilisé pour matérialiser une voix off.
Crayonné : Première étape effective du travail du dessinateur où il met en place les éléments visuels de la planche et des cases au crayon (ou sous forme numérique) en cherchant et corrigeant jusqu’à trouver le dessin recherché. Ce crayonné sert de base à l’encrage ou à la couleur (plus rare, voir couleur directe.)
Couleur directe : Procédé de mettre directement la couleur sur la planche originale sans passer par le « bleu » ou le numérique.
Découpage (ou storyboard) : Manière de présenter les cases et les séquences visuelles qui servent la narration. Le découpage est la structure de l’album (en japonais cette étape s’appelle Nemu)
Dépôt légal : Obligation de l’éditeur d’enregistrer chaque parution à la Bibliothèque Nationale et d’y déposer deux exemplaires.
Diffuseur : Entreprise représentant plusieurs éditeurs chargée de commercialiser les livres auprès des professionnels, ils gèrent également le transport, les stocks et les retours.
Éditeur : Entreprise qui imprime et commercialise des livres après avoir acheté les droits auprès des auteurs. Il en assure la promotion et la gestion des droits et organise leurs catalogues et collections autour de lignes éditoriales plus ou moins spécialisées.
Ellipse (ou espace inter-iconique) : Espace séparant deux cases et par extension raccourci narratif qui permet de jouer sur la temporalité. La bande dessinée est un art de l’ellipse et sa compréhension repose sur ce principe. À ne pas confondre avec les techniques d’écriture que sont flash-back : “retour en arrière” ou le flash-forward : “bond en avant”.
Encrage : Étape finale du dessin, pour mettre au propre le crayonné. Certains artistes américains se sont spécialisés dans cette technique et forment une profession indépendante au même titre que les coloristes.
Fac-simillé : Reproduction d’une planche à l’identique.
Format à l’italienne : Album imprimé sous « format paysage. »
Gauffrier : Découpage d’une planche sous forme de grille régulière avec le même nombre de cases sans variations ou presque.
Gouttière : Espace entre les cases (le plus souvent blanc). Désigne également la tranche face au dos sur l’objet livre.
Insert (ou incrustation) : Case ou plusieurs cases enchâssées dans une autre.
Itération iconique : Procédé qui permet de raconter une histoire avec une ou plusieurs cases limitées en les dupliquant (et en modifiant les dialogues)
Imprimeur : Entreprise chargée d’imprimer les livres et d’assurer la conception intégrale de l’objet.
Lettrage : Étape qui consiste à écrire le texte dans les bulles ou les cartouches. La plupart du temps, il est réalisé à la main, mais est plus en plus réalisé par ordinateur à l’aide de polices personnalisées.
Médium : Singulier de média qui désigne le support d’une œuvre. On parle de médium bande dessinée au même titre que le médium littérature.
Mise en page : Désigne à la fois l’organisation des cases et de la planche mais aussi le travail de maquette de l’album.
Offset : Technique d’impression la plus courante sur presse, utilisée pour l’impression des albums de bande dessinée.
Planche : Désigne une page de bande dessinée. Une planche originale est la feuille sur laquelle a travaillé directement le dessinateur, objet unique les planches originales font l’objet d’un marché à la mode en ce moment et de spéculations particulièrement attractives.
Pré-publication : Histoire ou partie d’une histoire publiée dans un journal avant sa publication complète en album. Pour le manga ou le comics, c’est une étape plus courante qu’en Europe où les grands journaux de publication ont presque tous disparu.
Récitatif (ou ensemble de didascalies) : Indication de temps ou de lieu que l’on retrouve dans les cartouches le plus souvent.
Séquence : Suite de cases ou d’images formant un ensemble narratif.
Sérigraphie : Technique d’impression qui procède par couches de couleurs alternatives. Une technique un peu plus couteuse que le Offset, la sérigraphie est souvent réservée aux albums luxe ou aux illustrations. Elle peut être faite de manière artisanale pour des illustrations de luxe, des fanzines, des produits dérivés…
Synopsis : Résumé en quelques paragraphes de l’histoire servant de base au scénario.
Tirage : Nombre d’exemplaires imprimés pour un album et une édition. Chaque réimpression donne lieu à un nouveau tirage, indiqué comme une nouvelle édition dans l’album même s’il est imprimé à l’identique. Les collectionneurs recherchent très souvent les premières éditions.

Découvrir les comics  ( ép.3)
#BubbleTips N°9 :  Le renouveau héroïque en 10 essentiels

Après avoir brossé le portrait des super-héros les plus connus, les classiques et les tenants du titre, on vous propose de parcourir les essentiels des héros contemporains, qui ne sont pas si super

🔞 J’en profite pour préciser que contrairement à d’habitude, absolument TOUS les titres présentés ici sont réservés à un public averti. Et cher public averti, jetez-vous sans attendre sur ces noires pépites.

Pour les plus curieux, vous avez également le dossier pour vous mettre à la bande dessinée (les Grands classiques, les BD de genres, les romans graphiques, les maîtres de l’humour, les pépites méconnues ou oubliées & les jeunes auteurs à suivre).

📙 9ème tips pour construire votre bibliothèque idéale avec le renouveau héroïque en 10 essentiels

1SIN CITY
Dès 1991 et pendant presque 10 ans, Marv, Shellie et Miho vont écumer les rues sales de la ville du péché. Après une carrière au sommet chez Marvel et DC comics où Frank Miller a littéralement réinventé Batman et Daredevil, il se lance dans plusieurs comics originaux où il a le plein contrôle et peut assouvir ses envies de violence à travers ses personnages malmenés. Histoires indépendantes connectées par le fil rouge de plusieurs personnages récurrents et surtout par cette ville malsaine, la série offre de grands moments de noirceur et de fragilité souligné par ce dessin unique au noir & blanc qui joue avec la lumière et son absence.
Derrière un dessin dur, très carré et qui tranche avec la production de l’époque, Frank Miller impose son trait novateur et ultra-stylisé dans ses premiers comics. Il va aller encore plus loin dans la stylisation créant des compositions audacieuses et inédites. Ce jeu de lignes et de simplification est rehaussé par une réflexion sur le noir et blanc qui donne une force folle à ces compositions. Le dessinateur explore les possibilités offertes par ce jeu de silhouettes, par ses ombres découpées sur le noir de la page et crée plusieurs séquences muettes, des pleines pages dynamiques ou des illustrations mystérieuses parfois accompagnées d’un récitatif.

J’espère que vous aimez les romans noirs, les histoires qui finissent mal et les chocs frénétiques —affectifs & graphiques— parce que cette série vous prend littéralement aux tripes. Le dessinateur réussit le tour de force de nous faire aimer ses salauds, ses tueurs amoureux et vengeurs dans un monde où la violence est la seule norme. Où la férocité est le langage commun de ce lieu perdu.

Chaque épisode est une histoire de vengeance et s’attache à un crime particulièrement abject, le sulfureux Miller ne semble pas avoir de limite, mais nous garde captifs par la beauté de ses compositions et de sa mise en scène.

💡 (série complète) Les sept recueils peuvent se lire indépendamment même si les personnages se croisent, reviennent le temps d’un flash-back, d’un cameo ou d’une histoire courte… aussi la lecture des albums dans l’ordre de publication est conseillée.

❤️ On conseille l’intégrale donc, qui existe en omnibus (régulièrement épuisé et réédité) ou en sept volumes “blancs” chez le même éditeur Rackham.


2HELLBOY
Le diable en personne ou presque, un démon surgi des enfers suite à un rituel magique initié par des soldats nazis en quête d’artefacts pour gagner la Guerre, un jeune homme qui se lime les cornes chaque matin pour s’intégrer dans la société. Le garçon des enfers est invoqué en 1993 par Mike Mignola et va devenir l’un des héros, hors Marvel et DC comics, les plus populaires de la scène comics contemporaine.
Recueilli par les scientifiques du B.P.R.D ( Bureau for Paranormal Research and Defense) une branche du gouvernement américain qui lutte et tente de comprendre les phénomènes paranormaux et les légendes, Hellboy va travailler pour cette organisation quelques années et croiser bon nombre de créatures et de mythes. À cheval entre le conte fantastique tirant de E.A.Poe et H.P.Lovecraft, le lyrisme violent shakespearien, mais également le polar hard boiled : les enquêtes inquiétantes du monstre rouge, et ses acolytes, les entrainent dans le côté obscur de notre monde où se côtoient démons, vampires, dieux et désseses, les héros arthuriens, et une bonne partie des mythes religieux.
À l’image de beaucoup de super-héros, Hellboy est un être torturé par son passé et ses actes, qui se questionne sur son rapport au monde autant que sa lutte contre les forces du mal. De plus Mike Mignola crée une vraie rupture dans la série quand son héros décide de quitter le B.P.R.D où il travaille suite à un désaccord sur les méthodes employées. Il se recentrera sur une quête des origines qui va le mener plus loin dans l’horreur et la machination mythologique que ce qu’il avait vu jusque-là.

Remarqué pour son style de dessin assez atypique dans l’industrie américaine, il fait partie de ceux que l’on reconnait au premier regard. Ses compositions, son traitement des ombres et des aplats soulignent l’ambiance mystique de ses histoires. Derrière ce trait anguleux se cache un bestiaire fantastique, réinterprétations modernes de figures anciennes, de créatures de contes et légendes traités comme des figures toujours vivantes. Il travaille ses couvertures comme des bas-reliefs et le traitement graphique de chaque héros est tellement caractéristique que le public plébiscite chaque mini-série de leurs aventures solos. Son créateur a mis en place toute une galaxie de personnages et de séries qui densifient le titre et qui en font un univers riche et complet. En plus des trois séries Hellboy (Hellboy, Hellboy Aventures, & Hellboy Histoires bizarres) on trouve B.P.R.D, B.P.R.D Origines, B.P.R.D- L’Enfer sur terre, Hellboy & B.P.R.D, Abe Sapien et Lobster Johnson.
Lobster Johnson
est un peu à part, puisqu’il recrée un super-héros plus classique, en gardant l’univers déjà en place avec un côté vintage : les intrigues se passant avant l’arrivée d’Hellboy. Assez bluffant.

Plusieurs dessinateurs et scénaristes interviennent sur cette licence et même si les dessinateurs invités sont assez prestigieux et doués, le trait de Mike Mignola reste assez unique et on se plait à le retrouver à chaque nouvelle livraison de la série principale.

💡(série en cours) En plus de la série mère Hellboy, je vous conseille de lire B.P.R.D. qui est au moins aussi réussie (et qui reprend le flambeau des enquêtes avec de très bons personnages quand Hellboy part dans sa quête solo). Et j’ai un coup de cœur particulier pour Lobster Johnson et cet univers entre Doctor Stange et La Brigade Chimèrique.

🗿 Consulter la liste des séries de l’univers Hellboy ici.


3PREACHER
Sous le label vertigo de DC comics, apparaitrons plusieurs titres novateurs, presque tous devenus classiques aujourd’hui, mais en 1995 Preacher de Garth Ennis & Steve Dillon casse un peu la baraque avec leur style rebelle et subversif. Le ton libre et provocateur des personnages, les jurons toutes les deux cases et cette histoire autour d’un ange déchu incarné dans le corps d’un prêtre craignos, accompagné par son ex devenue tueuse à gages et un vampire déjanté. Notre prêcheur porte en lui l’enfant d’un ange et d’un démon, recherche Dieu qui a quitté les cieux et est poursuivi par un cow-boy tueur de divinité envoyé à ses trousses. Heureusement que le fantôme de John Wayne est là pour le guider dans cette quête à travers les États-Unis. G.Ennis s’en donne à coeur joie dans cette débauche où son humour noir souligne les scènes vraiment glauques dessinées par son comparse S. Dillon. La réédition récente donne même accès au courrier des lecteurs présent dans les parutions mensuelles où toute la verve potache du scénariste éclate et joue avec ses lecteurs.

Je ne suis pas hyper fan du dessin de Dillon, mais il faut reconnaitre que son sens de la mise en page, ses cadrages et son style nous immerge immédiatement dans l’histoire et l’action. Le trait légèrement cartoon et qui se déforme est parfait pour les scènes assez insoutenables de tortures et de mutilations présentes dans l’album et sans ça, impossible de créer un personnage aussi fort comme Tronchdecul (Arseface) dans l’adaptation en série T.V. sa laideur et détresse est un peu adoucie.

Ce polar mystique à l’humour bien tranché captive dès les premières pages, les auteurs prenant plaisir à distiller lentement les informations sur le passé trouble des personnages en parallèle de cette quête improbable. Et comme tout prédicateur, méfiez-vous des belles paroles, vous risquez d’entrer dans un monde de cauchemars et de folie furieuse.
Le verbe et les mots sont le pouvoir le plus puissant, et notre ami au col blanc en a fait son arme principale, entre une armée d’insultes et de jurons bien sentis.

💡 (série complète) L’intégrale existe maintenant en six volumes, qui comprend également les hors-séries et les épisodes spéciaux sur les histoires secondaires.


4TRANSMETROPOLITAN
Pas de pouvoirs ou de super-héros pour Spider Jerusalem, le journaliste gonzo complètement déjanté qui lutte, à sa manière, contre l’injustice, les médias et plus particulièrement le Président des USA en exercice depuis 1997. Auteur d’articles cinglants dans un monde futuriste abimé, L’homme au tatouage d’araignée réussit à fuir sa propre vie autant qu’il s’implique dans la vie des autres. Cette fuite en avant se double d’une frénésie verbale, d’une agressivité musclée de sa part ou de celle de ses gardes du corps Channon Yarrow & Yelena Rossini. Drogué, alcoolique et accro à tout ce qui est lié à l’autodestruction, il balade ses lunettes caméras partout où il ne faut pas et fouine dans des histoires qui le dépassent.
Warren Ellis est un scénariste atypique qui écrit aussi bien des romans, des nouvelles que des scénarios de bandes dessinées qui s’inscrivent tous dans une veine désabusée et post-moderne. Son héros, directement inspiré de l’écrivain Hunter S. Thompson qui a popularisé le journalisme gonzo, est tout sauf objectif et commente à peu près tout pour notre plus grand plaisir.

Le style réaliste et ultra-détaillé de Darick Robertson donne corps à cet environnement post-cyberpunk bien crade où la technologie semble plus être un pansement pour la société qu’un bienfait pour l’humanité. Le diable est dans les détails dit l’adage, et ces pages en regorge, donnant un équilibre assez subtil entre les dialogues enflammés et percutants du personnage et son environnement dense et qui met un peu mal à l’aise. Le trait, soutenu par l’encrage et la couleur, a quelque chose d’un peu rétro aussi qui donne un charme particulier à cette série qui a tous les codes de la SF, mais qui n’en fait pas son propos.

La nouvelle édition intégrale en cinq volumes regroupe les numéros par année de parution et donne un bon aperçu du personnage et de ses joutes verbales sur presque 300 pages.
Si la vulgarité, l’apologie de la violence ou de la drogue vous dérange : passez votre chemin, vous êtes en présence du pape de l’irrévérence.

💡(série complète) On conseille l’intégrale qui propose une histoire complète qui se boucle au dernier épisode qui aura englobé plusieurs cycles sur près de soixante numéros.

❤️ Si vous aimez son univers, lisez aussi ses romans et nouvelles (traduits au Diable Vauvert) vous y retrouverez un air de famille dans un océan d’idées déjantées…


5TOP10
Le nom d’Alan Moore est associé au qualificatif de chefs-d’œuvre et cette série n’échappe pas à la règle. Après son travail de déconstruction du genre super-héros sur Watchmen en 1986, il se lance dès 1999 dans un projet qui réussit à surprendre encore dans ce domaine. Après une série de conflits avec les grandes majors Marvel et DC comics, il lance une nouvelle collection ABC (America’s Best Comics éditée par Wildstorm) avec La Ligue des gentlemen extraordinaires, Promethea, Tom Strong & Top10. Un renouveau dans le paysage des comics qui propose une alternative aux traditionnels héros masqués, avec humour et esprit, chaque série creusant un sillon bien particulier (malheureusement pour nous Jim Lee céda son label à DC Comics et Moore annonça qu’il s’arrêterait assez vite…)
Top 10 présente un monde où tout le monde possède des pouvoirs (même les animaux n’échappent pas à la règle) ce qui rends les super-héros presque inutiles, et le titre se concentre sur un commissariat de quartier et ses employés qui sont là pour maintenir l’ordre dans Néopolis. L’une des références célèbres de la bande dessinée est le copshow Hill Street Blues, une série du début des années 80 qui s’intéressait au destin, aux interactions entre les personnages ainsi qu’aux questions de société. Pour les flics du 10e district, ce sera la même chose derrière les arrestations spectaculaires, les intrigues se noueront autour de problématiques de la vie en société et de l’acceptation. Il sera question de racisme, de religions et d’exclusion, mais aussi de thèmes plus tabous comme le viol, l’inceste ou la zoophilie. Pour le scénariste anglais tous les humains, mutants ou non restent humains avec ce qu’il y a de meilleur ou de pire. Malgré un humour noir bienvenu, les situations et les émotions sont traitées sans cynisme par les auteurs. Alan Moore, Gene Ha et Zander Cannon ont créé un univers crédible et attachant ; un monde qui ne semble pas avoir de limites dans la démesure sans jamais tomber dans le grotesque ou la parodie.

L’un des grands talents de Moore est de faire intervenir des références, des archétypes ou des motifs haut plus qu’il intègre dans des histoires. Les oeuvres du Barde de Northampton restent politiques sans tomber dans la propagande, les protagonistes de ces histoires sont à la fois des personnages forts que l’on suit autant que les incarnations d’une partie de notre société dépeinte derrière l’illusion du genre. Comme souvent les allusions à des oeuvres classiques ou à l’âge d’or des comics, les propositions méta-textuelles abondent, la réflexion sur la forme et le fond ne quittent jamais le travail du scénariste de Big Number ; idem dans les cases de Gene Ha et Zander Cannon qui parsèment les décors de références cachées et de clins d’oeil à leurs amis Superman, Spider-Man…
Comme souvent dans ses collaborations, Moore s’entoure d’artistes ayant une vision assez moderne et innovante du médium tout en cultivant un style qui rend hommage aux productions plus anciennes. Un travail double souvent accompagné par la couleur qui souligne cette idée.

Le style précis et réaliste de G.Ha donne une dimension réaliste et humanise terriblement les personnages. Les situations tragiques qui sont le lot de ces policiers ou les drames personnels qui parcourent leur histoire sont d’autant plus mis en avant par cette approche extrêmement détaillée et riche, mais qui reste lisible par les néophytes.

💡 (série complète) Pas de questions à se poser sur quoi lire sur ce titre, Urban comics vient de publier toute la série & associées en un monovolume.

❤️ Lisez tout Alan Moore, le scénariste le plus récompensé au monde propose des histoires denses que l’on peut relire à l’infini et toujours trouver de nouvelles idées, de nouvelles émotions.


6 THE AUTHORITY
Entre 1999 et 2002, deux équipes de choc vont se succéder sur ce titre provocateur aux multiples censures avant son arrêt forcé par l’éditeur. Warren Ellis (qu’on a vu plus haut avec Transmetropolitan) & Bryan Hitch (le dessinateur de Ultimate Avengers) puis Mark Millar (Civil War) et Franck Quitely (Superman All★Star) vont inventer leur vision du Super-héros suite à la destruction d’une partie de la Terre. Conduit par Jenny Sparks, l’incarnation du XXe siècle, et épaulé par le couple des surpuissants Midnighter (version alternative de Batman) et son mari Apollo (version alternative de Superman) pour contrer les plus grandes menaces à bord de leur vaisseau conscient. Les héros se placent d’emblée dans un plan un peu supérieur aux aventures “classiques” des Avengers ou de la Ligue de Justice, les auteurs essaient de créer des enjeux qui dépassent les seules préoccupations terrestres, mais en recréant un climat d’intrigues et de conflits internes à l’équipe comme dans les meilleurs runs des X-Mens.
Comme pour Transmetropolitan, Ellis et ses compères explorent des thématiques assez noires, entre ultra-violence, drogue, sexualité et politique qui a conduit à la censure puis à l’arrêt du titre avant sa conclusion chez WildStorm/DC. Très visuelle à travers les dessins modernes et percutants de Bryan Hitch, on plonge avec excitation dans ce nouvel univers complet. Les personnages et les décors sont soignés dans les designs pour évoquer leurs références sans rien retirer de leurs personnalités à ces nouveaux héros. Très cinématographique dans son découpage et la manière de dessiner, le dessinateur anglais alterne entre stylisation et portraits réussis de personnalités pour donner corps à ses créations et ne lésine pas sur les détails pour densifier ses planches et laisser plus de place à l’image.

Ce qui est assez passionnant dans cette série, c’est qu’elle est connectée à deux autres de l’écurie WildStorm : Stormwatchet Planetary. Et Planetary compte parmi les plus réussies, avec son équipe encore plus atypique et ses quêtes “archéologiques”. Plusieurs récits autour de grands mystères dont un cross-over intrigant avec Batman où l’équipe le croise dans plusieurs dimensions et sous différentes versions.

💡 (série complète) Ces deux séries ont été republiées en intégrales augmentées (deux volumes chacune) chez Urban Comics que je vous recommande chaudement.


7FABLES
Pendant plus de dix ans, entre 2002 et 2015, Bill Willingham accompagné par les dessinateurs Lan Medina & Mark Buckingham ont développé l’envers du décor des contes traditionnels, réutilisant les personnages des fables et des histoires du patrimoine commun. Planqués à NewYork ou Fabletown, en marge de notre monde qui garde quelques porosités le Grand Méchant Loup aka Bigby veille sur l’univers des fables aux côtés de Blanche-Neige, le Prince charmant, Jack (avec ou sans ses haricots), Barbe bleue, les Trois petits cochons, Pinocchio,… Un monde assez dur, une percée dans cet univers secret qui s’ouvre sur le meurtre de Rose, la soeur Blanche-Neige. Bigby se transforme en Sam Spade pour mener l’enquête. L’écriture et la mise en scène de ces contes re-visités appuie sur les non-dits, le double langage déjà présent dans ces fables universelles. Il y a un air de famille avec Sandman sur l’écriture ultra-référencée, et la participation des artistes invités, sur ses couvertures et l’univers visuel qui inclue ces clins d’oeil et easter egg.
Visuellement, c’est une série qui marque, pour ses réinterprétations dans le monde moderne de personnages classiques. Dynamique et séduisante, cette recréation des mythes avec un pas de côté est assez enchanteresse. L’artiste James Jean qui réalise les couvertures a également donné un ton particulier, onirique et mystérieux qui a fasciné les lecteurs et contribué au succès du comics. Au point que certaines couvertures sont devenues presque plus connues que la série elle-même sur le net.

Comme toute bonne fable, elle se raconte différemment selon les époques ou les lieux et Bill Willinghan décline son univers dans des hors-séries et un roman qui étoffent l’univers et ses personnages sans faire de redite.

💡(série complète) Complète mais en cours de réédition chez son éditeur français qui propose dix intégrales dont seulement la première est sortie, mais la suite arrive très vite (le T2 arrive début avril, le T3 en juillet…)

Dernière recommandation, pour cette série, si vous voulez chercher les volumes d’occasion méfiez-vous de la numérotation qui a changé entre les différentes éditions pour ne pas avoir de mauvaises surprises.


8Y LE DERNIER HOMME
Toujours chez Vertigo, la même année que Fables, on assiste au lancement du récit post-apocalyptique de Brian K. Vaughan & Pia Guerra qui ne vont pas invoquer les zombies ou la bombe A mais un virus qui prive la Terre de tous les porteurs du chromosome Y, les mâles. Yorick, le dernier homme connu devient la proie de plusieurs factions qui cherchent à le protéger/l’utiliser comme reproducteur/le supprimer/le disséquer… tandis que lui-même cherche la cause de cette épidémie et un sens à sa vie amoureuse. Très bon récit de SF, sous forme de road trip à travers la planète, qui se double d’une réflexion intéressante sur le genre et qui donne à la série un air très contemporain quinze ans plus tard.

Le style assez “classique” et épuré de Pia Guerra donne une ambiance proche des comics d’Archie ou des romances de Jack Kirby. Un côté “normal” là où on devrait être plus dans l’ambiance de l’armée des 12 singes que d’un soap. Ce trait sans fioriture, mis en valeur par un choix de couleur en aplat qui remplace les décors quand l’histoire se concentre sur les émotions des personnages, a permis à la série de toucher un large public et de conserver une identité forte et assez unique dans le maelström de série post-apocalyptique qui débarque chaque année.

La série met un peu de temps à décoller vraiment malgré son point de départ intrigant, mais cela vaut le coup de s’accrocher car la suite vaut le coup d’oeil, le scénariste nous emmène assez loin dans son idée, sans cliché, avec toujours une longueur d’avance. Très référencé et à plusieurs niveaux de lecture, c’est une série qui mérite de s’y attarder plusieurs fois pour en saisir le meilleur.

💡(série complète) Comme pour les autres intégrales mentionnées chez Urban, les cinq volumes contiennent des bonus, inédits …

❤️ On ne peut pas tout mettre dans un dossier avec 10 essentiels, mais lisez Saga, sa dernière série, qui est incontestablement l’un des meilleurs comics du moment.


9WALKING DEAD
En 2003, la série qui allait réconcilier les fans de zombies et les amateurs de comics, qui ne cherchait pas la parodie ou le récit d’épouvante facile. Il y a bien entendu des scènes gores, trash, de la violence gratuite et de la baston, mais aussi pas mal de questions morales, d’histoires d’amour ou d’amitié, d’entraide et de trahison. Au fil des numéros, c’est un ensemble de dizaines et de dizaines de personnages qui évoluent dans cette ambiance de fin du monde Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard ont recréé une comédie humaine là où les humains n’existent presque plus.
Le comics le plus populaire de cette dernière décennie a commencé de manière confidentielle et a mis quelque temps avant de devenir numéro un des ventes propulsant ses créateurs au rang de star —lisez Invincible du même scénariste ! Cette “histoire sans fin” (qui nous entraine sur les traces de Rick, ce héros un peu creux qui essaie de rester droit après l’apocalypse de l’humanité) brille par ses idées et s’est fait remarquer par sa facilité à sacrifier ses personnages principaux.

Les dessinateurs, Tony Moore puis Charlie Adlard ne sont pas en reste dans la construction de cet imaginaire qui est devenu le canon en matière de zombie. Inspirés par le travail de George A. Romero sur ses films, ils ont créé un monde crédible et humain même pour les personnages déshumanisés. Charlie Adlard concentre son trait sur ses personnages : sa technique en plans serrés avec une quasi-absence de décors sert au mieux les émotions des personnages. Il a un vrai talent pour rendre les personnages effrayants et dans cette série, il y a bien plus d’humains dangereux que de zombies…

On lit sur plusieurs sites et interviews que la série durera encore 3–4 ans, mais on ne sait pas. On est parti pour encore pas mal de volumes probablement…

💡(série en cours) Alors c’est assez délicat de vous conseiller ou ne pas vous conseiller toute la série, vu que tout cela se suit. Il y a des épisodes très bons, d’autres très chiants, mais l’histoire, les différents fils rouges se suivent donc assez difficile de sauter un ou plusieurs volumes.
Les premiers épisodes sont très bons et nous accrochent, à vous de voir si vous continuez (moi je fais une grosse pause depuis le T12)


10KICK-ASS
En 2008 Mark Millar arrive avec le titre qui marque le début d’un nouveau genre, où les super-héros se font tout seuls par la seule force de leur volonté et où la violence est omniprésente. Nos héros sont des geeks qui parlent de comics et qui rêvent de devenir des justiciers masqués au point que Dave un jeune garçon de seize ans enfile une combinaison de plongée en guise de costume et sort combattre le crime avant de se faire tabasser et de finir à l’hôpital. De cette première expérience, il en retirera une aptitude à ne pas sentir les coups, ce qui ne le protège pas, mais qui lui permet de foncer dans le tas. Il va rencontrer un duo étrange : un père et sa fille qui ont la même idée, mais plus d’entrainement. Cette remise en perspective de ce que pourrait être un super-héros dans le monde réel est assez jouissive quand on aime les comics : tous ces héros costumés ne sont que des tarés audacieux, qui essaient de rendre leur idée de la justice sans se soucier des dommages collatéraux.

John Romita Jr, l’un des dessinateurs emblématiques de Spider-Man entre autres, donne corps à cette réinterprétation du super-héros. Son trait facilement identifiable avec ses mains et mâchoires très carrées, ses héros baraqués sans dévoiler leur musculature et surtout ses hachures qui donnent une épaisseur et un côté un peu bestial à ses héros. La mise en scène de la force brute sert assez bien cette nouvelle série où les personnages principaux ont l’air assez fragiles avec cet ado un peu fin et la très jeune fille de 10 ans.

La sortie du comics et du film au même moment a fait de ce titre un énorme carton dès sa sortie. Mais pas que, la manière qu’ont eu les auteurs d’ancrer le personnage et ses interrogations dans l’imaginaire de notre époque avec ses codes et ses références ont fait de cette série une référence en quelques numéros.

💡(série terminée ) Disponible en trois intégrales plus un hors-série sur Hit-Girl, je vous conseille surtout le premier volume qui forme un tout cohérent. Indispensable, la suite un peu moins sauf si vous êtes accro à l’univers…


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Le manga garde une bonne longueur d’avance à la tête du marché

«Rien ne garantit que le futur de la bande dessinée soit japonais, mais le manga garde une bonne longueur d’avance à la tête du marché»

#Sélection N°101 Mangasia de Paul Gravett

Petite pause dans notre série de dossiers découvrir la bande dessinée et découvrir les comics(en attendant découvrir les manga bien entendu) pour aborder un ouvrage qui sera incontournable en juin 2018. Une grande exposition de 281 dessins originaux et 200 livres, plus des facsimilés et des objets liés à cette industrie sera à Nantes de juin à septembre prochain.
Lire et feuilleter les trois cents pages de ce catalogue d’exposition impressionnant, sorti en octobre dernier, m’ont demandé un peu de temps pour pouvoir vous en parler, et je vous propose aujourd’hui un tour d’horizon de ce livre très riche.

Riche de son érudition d’une part, car l’auteur Paul Gravett explore l’histoire et les grands thèmes de la bande dessinée asiatique au Japon, en Chine & en Corée les trois principaux producteurs historiques, mais également de Taïwan, de Malaisie, de Thaïlande, d’Indonésie, du Cambodge, du Sri Lanka, des Philippines, du Vietnam, de l’Inde, du Pakistan, du Bangladesh ou encore de la Corée du Nord. Ce travail de curation est doublé de commentaires sur la situation du pays interne ou par rapport à ses voisins qui permettent de mieux comprendre comment le médium a évolué ( distractions, propagande officielle, acte de résistance, questionnement sur la société, porosité des cultures et influences…) Il s’intéresse à la définition du mot manga, de ce qu’il englobe et quelles ont pu être les premières oeuvres qualifiées comme telles ou encore de ses influences dans les différents pays. Et enfin au métier de mangaka et ce que cela implique.

Riche également de son iconographie, c’est avant tout un livre d’images composé de beaucoup de matériel inédit. De couvertures, de dessins et de planche de tout le continent asiatique et territoires associés qui permettent d’avoir un aperçu de la richesse de ce que l’on ne connait pas.
Bien entendu, pour les amateurs éclairés et les grands lecteurs de manga, plusieurs passages leur seront familiers sur les auteurs japonais qui ont fait l’histoire de la bande dessinée, mais vous serez surpris, comme moi, devant l’immensité des histoires auxquelles nous n’avons pas accès.
Pour compléter cette exploration visuelle, on trouvera des chronologies et des cartes ainsi que des sélections sur les objets autour du médium.

La présentation et l’articulation autour de thèmes peut paraitre un peu déroutante à la lecture du livre, il faut garder en tête que l’ouvrage accompagne l’exposition et qu’il est très intéressant de le lire dans le désordre en piochant ici et là en se laissant porter par les images avant de revenir au texte dans sa continuité. Seul livre qui se penche sérieusement sur la question de la bande dessinée asiatique hors manga et donne un éclairage fascinant pour qui aime le genre. En tout cas, cela fait plusieurs semaines que je ne me lasse pas de le feuilleter, vivement l’expo !


Mangasia de Paul Gravett, édition Hors-collection, 2017

+1 album à ajouter à votre BDthèque (one shot)

Retrouvez nous toutes les semaines ici ou chaque jour sur le Twitter de Bubbleoù on vous parle d’albums qui nous ont particulièrement touchés. N’hésitez pas à nous poser des questions. À bientôt ! Thomas

Images extraites de l’album © Paul Gravett/Hors-collection
Illustration de couverture : Kitaro le repoussant ©Shigeru Mizuki

🎁 BONUS 🎁
Juste en dessous des extraits de l’album, je vous propose une sélection de coup de coeur manga ⬇️

On peut lire en complèment le très bon Charlie Chan Hock Chye de Sonny Liew qui présente l’histoire de Singapour à travers une série de planches, recherches et couvertures dessinés dans les différents styles du dessinateur Charlie Chan Hock Chye (personnage fictif qui permet à Sonny Liew de rndre hommage à plusieurs grands dessinateurs et élargir son propos.)

Mais aussi, notre sélection d’indispensables manga :

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#BubbleTips N°8  :  Les nouvelles icônes super-héroïques en 10 essentiels, ép.2

Saison 2 — épisode 2 : previously on BubbleTips vous avez pu lire la première partie du dossier découvrir les comics avec les fondations du super-héros en 10 essentiels (Superman, Batman, Wonder Woman, Spider-Man, Daredevil, etc…)

Pour les plus curieux, vous avez également la première saison pour se mettre à la bande dessinée ( les Grands classiques, les BD de genres, les romans graphiques, les maitres de l’humour, les pépites méconnues ou oubliées & les jeunes auteurs à suivre.)

📙 8e tips pour construire votre bibliothèque idéale avec les nouvelles icônes super-héroïques en 10 essentiels

1 – AVENGERS
On casse un peu l’ordre chronologique (qui reprend juste après) pour évoquer ce groupe de super-héros tellement emblématique de Marvel que sont les Vengeurs. Stan Lee & Jack Kirby crée en 1963 pour concurrencer la Justice League de DC Comics. Constitué à l’origine de Thor*, Iron Man*, Hulk* (Les personnages suivit d’une * ont des articles dédiés), mais aussi The Wasp/Janet Van Dyne, Ant-Man/Hank Pym & Captain America* peu de temps après.
Cette équipe se réuni pour faire fasse aux plus grandes menaces, Loki au tout départ puis Ultron, Kang The Conqueror, Thanos… (et en cela les adaptations au cinéma sont assez fidèles.)
Le groupe très populaire agrégera de nombreux membres comme Black Widow*, Hawkeye*, Doctor Strange*, Daredevil*, Spider-Man*, Black Panther, Scarlet Witch,The Vision,, Captain Marvel/Carol Danvers et plus récemment Wolverine* & certains X-Men*
L’équipe achangé de nombreuses fois de membres, mais c’est aussi dupliquée (West Coast Avengers & Great Lakes Avengers), dissoute (avengers the crossing & timeslide, Avengers Disassembled), reformée (New Avengers au moment de Civil War), réformée (Young Avengers, Mighty Avengers & Secret Avengers), manipulée (Dark Avengers), modernisée (Avengers Academy), cross-overisé (Uncanny Avengers), ou rebooté (All-New, All-Different Avengers)

Alors comment attaquer ces séries sans se venger sur les autres ?

💡 5 conseils pour attaquer : L’anthologie Nous sommes les Avengers de Panini qui permet de couvrir plusieurs décennies d’histoires avec de courtes introductions fait bien le job. Idem pour les intégrales chronologiques Avengers T1 : 1963–64.

Après plusieurs autres points d’entrée. Les New Avengers ( etDark Avengers & Avengers) de Brian Michael Bendis qui reforme et modifie le groupe avec des personnages très populaires comme Spider-Man, Luke Cage & Wolverine.

Puis Civil War qui concentre tous les Avengers (& d’autres) et change durablement leur univers.

Ultimates de Mark Millar & Brian Hitch qui recrée leur équipe idéale sans se préoccuper de la continuité. Le run prend le meilleur des héros et repart du début.

Après, il existe de nombreux titres, mais vous pouvez mieux vous familiariser avec les héros (voir ci-dessous) avant d’aller plus loin.


2 – HULK
Après les succès des 4 Fantastiques et de Spider-Man, Stan Lee & Jack Kirby ne vont plus s’arrêter et enchainer les créations mémorables. Brillant scientifique Bruce Banner devient en 1962 The Hulk sous le coup de la colère ou d’une émotion forte. Réécriture du Dr Jekyll / Mr Hyde de Stevenson à la sauce monstre selon le scénariste, c’est le dessinateur qui va se faire plaisir à en faire une créature puissante et imposante, bien plus que d’ordinaire. Probablement l’un des personnages les plus puissants de l’univers Marvel sous sa forme verte, Banner est également l’un des plus grands génies aux côtés de Red Richard (Mr Fantastic) et Tony Stark (Iron Man). Le titre passe entre plusieurs mains, de gris, il devient vert, de simple d’esprit il devient possédé par l’esprit de Banner, d’allié des Avengers puis des Defenders, il devient une menace trop grande pour la Terre et est envoyé sur une planète inconnue par ses anciens amis membres des Illuminati. Dans les runs Planète Hulk et World War Hulk il découvre son nouvel univers et qui l’a envoyé là et revient mettre des baffes à tout le monde. TOUT le monde.

Alors comment commencer sans s’énerver ?

💡 4 conseils pour attaquer : On vous conseille de mettre de côté les intégrales années par année pour plus tard et de plutôt tester Hulk gris de Jeph Loeb & Tim Sale qui reprennent les bases du personnage, à l’époque où il était encore gris.

Puis la période moderne qui a développé le personnage vers un Hulk qui n’est plus un simple d’esprit, mais un héros à part entière Planète Hulk orchestré par Greg Pak où le monstre vert va se tailler une place au firmament après avoir été gladiateur et meneur de la révolte sur une planète guerrière. Puis World War Hulk qui est une suite directe où Hulk va se venger de plusieurs héros qui l’ont condamné. Un cross-over pour fêter son retour sur Terre.

Puis Hulk, la séparation de Jason Aaron &Marc Silvestri qui propose un run intéressant où Bruce Banner et Hulk se sont séparés et ils se cherchent l’un, l’autre. Le scientifique pour réintégrer ses deux personnalités, le Titan Vert pour éliminer sa part humaine.


3 – THOR
Après Wonder Woman, il incarne l’alliance entre mythologie et récit de super-héros. Il débarque en Amérique en 1962 grâce à Stan Lee, Larry Lieber & Jack Kirby. Il va vite s’affranchir du mortel Donald Blake qui partage sa personne suite à une punition de son père Odin. Une grande partie de ses pouvoirs proviennent de son marteau de guerre, Mjöllnir, qui a souvent une place centrale dans les récits, car il ne peut être manipulé que par des individus dignes de le porter (des heures de fun chez les Avengers.)
Des Avengers, il en sera un des membres fondateurs et choisit de protéger la Terre avec les autres super-héros en plus d’Asgard son monde d’origine.
Le titre connait plusieurs évolutions et refontes au fil des ans et passe par des périodes de creux avant de retrouver un sursaut dans les années 90 puis 2000 avec d’excellents auteurs qui se succèdent sur le personnage. Avec une renaissance graphique grâce aux talents d’Olivier Coipel puis au niveau du scénario avec Jason Aaron plus tard entre le Massacreur de dieux et le Thorféminin de Mighty Thor et d’All-new Thor.

Alors comment peut-on être digne de Mjöllnir ?

💡 4 conseils pour attaquer : L’intégrale Panini Je Suis Thor regroupe les meilleurs moments du personnage pour comprendre son évolution au fil des décennies (mais ne contient pas les histoires complètes bien sûr) Comme pour Hulk mettez de côté les intégrales chronologiques pour plus tard.

Après passez à Thor : renaissancede J.M. Straczynski & Olivier Coipel, une saga qui a relancé le personnage et sa mythologie. Les dessins de Coipel valent le détour.

Puis le très bon Massacreur de dieux de Jason Aaron et Esad Ribic qui vient de sortir en intégrale deluxe où Thor doit plonger dans le futur à la recherche de celui qui a tué presque tous les dieux.

Enfin tentez l’aventure All-new Thor où Jason Aaron & Russel Dauterman qui recrée l’identité de Thor puisque c’est Jane Foster et non Donald Blake qui trouvera Mjöllnir. Handicapée par un cancer avancé, elle devient la puissante Thor dès que le monde à besoin d’elle, et débarque dans un conflit planétaire entre dieux où elle est traitée de voleuse et d’imposteur…


4 – IRON MAN
En pleine Guerre froide, Tony Stark marchant d’arme et scientifique peu scrupuleux qui luttent contre la menace communiste échoue dans une prison vietnamienne après avoir été blessé par une mine antipersonnel. À l’aide d’un scientifique asiatique Pr Yinsen, il va concevoir une armure de fer et utiliser les transistors pour ralentir la progression des éclats de métal vers son coeur. Crée en 1963 par Stan Lee, Jack Kirby, Larry Lieber & Don Heck, il abandonnera très vite son activité anti-communiste pour devenir l’un des héros de l’Amérique moderne. De même que son puis ses armures vont évoluer et seront pilotés de concert avec une I.A nommée J.A.R.V.I.S un majordome virtuel.
Playboy, milliardaire décontracté il sera aussi alcoolique et dépressif avant de devenir le leader des super-héros dans plusieurs formations ou le lien entre le gouvernement américain et les sur-hommes. Connu pour être l’un des fondateurs des Avengers, le groupe de super-héros le plus connu et célébré au cinéma, son histoire est très liée aux autres personnages. L’un des esprits les plus brillants de l’univers Marvel est aussi cabotin et assez décomplexé ce qui le rend extrêmement populaire auprès des lecteurs, mais il cache une personnalité plus complexe où sa vision du contrôle l’emporte sur l’amitié et le bon sens. Excellent point de départ à la saga Civil War où il s’oppose à Captain America dans le but de recenser et contrôler tous les héros.

Alors comment commencer sans l’aide de J.A.R.V.I.S. ?

💡 5 conseils pour attaquer : Pour les amateurs de vintage, il est possible de commencer par les intégrales chronologiques, comme Iron-Man Intégrale 1963–1964, mais je vous conseille plutôt d’attaquer directement par les intégrales chronologiques des Vengeurs Avengers Intégrale T.01 1963–1964 où le personnage est plus intéressant et plus proche de la vision contemporaine.

Puis Iron-Man, le diable en bouteille de John Romita, Jr. & Carmine Infantino, pour vous frotter au Tony Stark alcolo et terrible, pas du tout leader comme on le connait aujourd’hui.

Puis Iron Man — Extremis de Warren Ellis & Adi Granov qui correspond au personnage que l’on connait au cinéma, puisque le scénario est celui du 2e film et le dessinateur est le prodige de la palette qui signe la plupart des design des héros au cinéma.

Et bien entendu Civil War dont j’ai déjà beaucoup parlé (voir le coup de coeur en lien) où il partage la “vedette” avec Captain America.

Et tout ce qui touche aux Avengers, avec comme point d’orgue Avengers — La Séparationde B.M.Bendis & David Finch qui marque la fin des Vengeurs historiques, et avec tous les personnages au maximum de leurs capacités face à un ennemi mystère.


5 – X-MEN
Difficile d’aborder la franchise la plus lucrative et étendue des créations Marvel. En créant ce groupe de mutant en 1963, Stan Lee & Kirby vont inventer un univers dans l’univers et mettre en place une mythologie autosuffisante qui vont faire de ce groupe et ses remplaçants successifs : les emblèmes du genre. Comme dans Spider-Man, Stan Lee intègre son ingrédient secret, parler d’amitié et d’amour dans cette école qui deviendra une véritable famille, sous couvert de super pouvoirs. L’autre tour de force est d’avoir introduit leur ennemi Magneto dès le premier épisode et de lui avoir donné une importance presque égale au Pr Charles Xavier tout au long des histoires. Le groupe trouve son véritable envol au milieu des années 70 avec le scénariste Len Wein qui introduit une troupe de nouveaux mutants internationaux dont le Canadien Wolverine qui va devenir la super-star du gang (on y revient en détail, voir chap suivant)
Puis surtout Chris Claremont (avec le dessinateur John Byrne) qui en feront un titre de 1er plan. Plusieurs histoires mémorables comme Days of Future Past en 1981 ou Dieu crée, l’homme détruit en 1983 restent encore des références aujourd’hui.
Impossible de parler des X-Men sans mentionner le cross-over House of M de Brian Michael Bendis & Olivier Coipel. Très réussi, ce run mettant en scène une grande partie des héros Marvel va impacter toutes les séries et les X-Menen particulier.

Alors comment entrer au Manoir X ?

💡 11 conseils pour attaquer : Nous sommes les X-Men, l’anthologie habituelle proposée par Panini qui permet d’avoir un aperçu des moments clefs des personnages sur la durée avec introductions. Puis les intégrales chronologiques X-Men : L’intégrale qu’on vous conseille d’attaquer aux périodes 1975- 82 surtout où Claremont excelle.

Épuisé pour le moment en titre simple, mais à retrouver dans les intégrales, le très réussi X-Men : Dieu crée, l’homme détruit. Une des plus belles histoires de Claremont où les mutants affrontent l’intégriste Révérend William Stryker.

Plus proche de nous, en 2001, les New X-Men de Grant Morrison & Frank Quitely qui reprend les personnages classiques et les entraine dans une série d’aventure plus tournées vers la SF.

Puis House of M de Brian Michael Bendis & Olivier Coipel en 2005. La Sorcière rouge crée une réalité alternative pour tous les héros. Seul Wolverine se souvient de la réalité et va “réveiller” les autres. “No More Mutants” une phrase dont vous allez vous souvenir longtemps.

Suivrons Le Complexe du Messie, La Guerre du Messie, Le Retour du Messie, mais surtout Schism etWolverine et les X-Men où Jason Aaron et Associés vont conclure des suites de House of M avec la fin de l’équipe telle qu’on la connait pour déboucher sur la reprise en main du groupe par Wolverine.


6 – Hawkeye
Stan Lee & Don Heck créent l’archer “couteau suisse” en 1964 : il endossera pas mal d’identités, de pouvoirs et de techniques, mais aussi changera plusieurs fois de camps jusqu’à mourir et être remplacé par une jeune femme. Membre des Avengers à la demande d’Iron-Man après une courte carrière de méchant et une love-story avec la Veuve noire à ses débuts ; il deviendra un piller moral et intègre dans le groupe qui se pose beaucoup de questions au fil des années et des menaces. Sans autre pouvoir que sa précision incroyable à l’arc (et tout ce qui peut se lancer), Clint Barton ne doit sa place dans le cénacle des plus grands héros qu’a sa capacité d’adaptation. Membres de plusieurs groupes (Avengers, West Coast Avengers, Thunderbolts, Avengers Secrets & sous l’identité de Ronin dans New Avengers) et a fait équipe en solo avec Black Widow, mais aussi avec Mockingbird avec qui il va partager une publication régulière et enfin Kate Bishop qui a pris sa place en temps que Hawkeye (il reste son mentor et un “Hawkeye de secours”) Avec beaucoup d’humour aujourd’hui, le personnage à bien évoluée et à trouvé sa voix grâce à l’excellente reprise de Matt Fraction & David Aja en 2012 peu avant son apparition dans les films qui vont le remettre en lumière.

Alors comment viser bien, viser juste ?

💡 2 conseils pour attaquer : À la différence de tous les héros présentés sur cette page, il est difficile de se procurer en français les origines du personnage. Et même il est presque plus intéressant de le retrouver dans les grandes séries où il partage la vedette avec d’autres héros.

Mais ce n’est pas grave, car dans le sobrement intitulé HawkeyeMatt Fraction, Annie Wu & David Aja on réussi le pari de moderniser le personnage et d’en faire une série très intéressante à la fois graphiquement (les pages fourmillent d’idées et de trouvailles), mais aussi scénaristiques avec la relation entre Clint et Kate, les deux Hawkeye. Plusieurs épisodes assez incroyables, dont un, vu à travers les yeux d’un chien.

À la suite de cette relance éclatante, Jeff Lemire & Ramón Pérez continuent sur cette base dans All-New Hawkeye, mais intègrent des personnages mutants là où Matt Fraction lorgnait sur des histoires du quotidien à Hell Kitchen.


7 – BLACK WIDOW
Comme pour Clint Barton, Natasha Romanoff aka Black Widow n’est pas le personnage le plus connu de l’univers Marvel (et encore moins en France) ; comme lui, elle aussi ne possède pas de pouvoir particulier, mais des aptitudes au combat et une intelligence exceptionnelle, mais également un attirail de gadget qui donnerait presque envie à Batman ; comme lui, elle commencera sa carrière en tant qu’adversaire avant de changer de camp et de devenir une Avengers. Crée en 1964 par Stan Lee, Don Rico & Don Heck, l’espionne russe formée par le KGB apparait dans Iron Man (en même temps ce dernier était obsédé par les communistes à ses débuts) et fera équipe avec Hawkeye puis rencontrera Captain America et le S.H.I.E.L.D. (l’agence d’espionnage des super-héros pilotée par Nick Fury ou Tony Stark entre autres) Elle vivra une histoire avec Matt Murdoc (Daredevil) avec qui elle fera équipe un moment avant de se mettre avec Steve Rogers (Captain America) puis Bruce Banner (Hulk) comme on le voit dans les adaptations en films.
Il existe un second personnage de Black Widow : Yelena Belova, qui reste du côté des vilains et qui entretient parfois la confusion avec son homologue (en fait il y en a beaucoup plus mais c’est la seule qui revient régulièrement et qui fait partie d’un groupe.)

Alors comment passer inaperçu sans super-pouvoirs ?

💡 3 conseils pour attaquer : Reportez-vous à l’article Avengers juste au-dessus où vous la trouverez en bonne compagnie et surtout dans ses histoires les plus passionnantes.

Je n’ai pas trouvé de titre solo publié en français qui me plaise vraiment. Le Black Widow deMark Waid & Chris Samnee explore le passé de l’héroïne et tentent de revoir le personnage façon espionnage, mais ce n’est pas une lecture indispensable contrairement à la quasi-totalité des albums cités dans ce dossier, mais on a pas mieux pour le moment.

Vous pouvez sinon attaquer Avengers Assemble de Brian Michael Bendis & Mark Bagle qui s’intéresse au moment où les Avengers font équipe avec les Gardiens de la Galaxie pour vaincre Thanos (en gros ce que vous allez voir sur écran ou presque dans le prochain film Avengers : La guerre de l’Infini qui sort en avril)


8 – WOLVERINE
Voici la rock-star des mutants. Avec à la fois le pouvoir de se régénérer plus un squelette en adamantium invulnérable qui de plus lui permet de sortir des griffes rétractiles, mais aussi des instincts animaux de son totem le glouton…
Celui qui est désigné comme l’Arme X est un personnage à part chez les X-Men. Et justement, ce n’est pas avec les X-Men que Logan démarre sa carrière, mais avec Hulk qu’il combat dans les neiges canadiennes grâce à Len Wein & Herb Trimpe qui inventent ce perso à part en 1974. Très peu de temps après, il intègre l’équipe des mutants de Charles Xavier et ne la quittera que pour mieux revenir. Chris Claremont le prendra en main et le dessinateur John Byrne lui donnera son look et le ton qu’on lui connait aujourd’hui. La violence et la noirceur caractérisent les histoires dont il est la vedette : le sauvage Weapon X gardera son statut indépendant et sans concessions.

Très populaire, il quitte le groupe dans les années fin 80 pour vivre ses aventures seul dont les points d’orgue seront la mini-série Je suis Wolverine par Claremont & Frank Miller déjà en 1982 et toute la romance avec Mariko Yashida au Japon qui révéleront l’attachement de Wolverine à Rogue(Malicia) ou encore avec Jean Gray. Et le run Wolverine — Les Origines en 2001 de Joe Quesada, Bill Jemas, Paul Jenkins, Andy Kubert & Richard Isanove qui pour la première fois racontent d’où viennent le personnage et ses pouvoirs.

Alors comment se greffer de l’adamantium sans passer par le Canada ?

💡 4 conseils pour attaquer : Toujours l’intégrale Panini Je Suis Wolverine qui regroupe les meilleurs moments du personnage pour comprendre son évolution ( à ne pas confondre avec l’histoire de Claremont & Frank Miller)

Ensuite, je vous conseille Je suis Wolverine par Claremont & Frank Miller qui est à nouveau disponible dans la collection 20 ans avec une couverture de Mathieu Lauffray

Puis Wolverine — Les Origines si vous voulez en savoir plus sur le perso même si je trouve que c’est un peu mou et larmoyant quand même. Préférez Wolverine: Ennemi d’État de Mark Millar qui lâche le fauve privé de mémoire, mais pas de pouvoirs.

Toujours de Mark Millar avec Steve McNiven : Old Man Loganqui dépeint le futur de Marvel où Logan devenu pacifique est le seul rempart contre la menace des Hulks consanguins et des super-vilains qui ont tué tout le monde.


9 – DOCTEUR STRANGE
Après avoir créé ensemble le héros le plus aimé de l’univers Marvel, Spider-Man, Stan Lee & Steve Ditko proposent une autre création totalement différente en 1963. Stephen Strange, le Maître des arts mystiques, fait son apparition dans un monde où tous sont liés à la science ou presque. L’irruption de la magie et tout ce qui va avec est assez nouveau dans les publications de super-héros aussi le personnage conservera une double ambiguïté de héros unique, mais également difficile à vendre. Les parutions seront beaucoup moins fréquentes que celles des créations de la même époque et en France, c’est un héros qui a été complètement mis de côté : les histoires étaient traduites sporadiquement dans le désordre. Le personnage est mal connu, pourtant terriblement intéressant et ce n’est que grâce à la sortie du film en 2016 qu’il est remis au goût du jour. Néanmoins il est très familier des lecteurs de comics, car il apparait dans de nombreuses autres séries, à commencer avec Spider-Man dès les premières histoires, et intervient chez les Défenseurs qu’il fonde, chez les Avengers ou plus récemment les illuminati. Les premières histoires de Ditko sont brillantes et les trouvailles graphiques valent le détour.

Alors comment s’y retrouver sans passer par le plan astral ?

💡 4 conseils pour attaquer : Je suis Doctor Strange, l’anthologie de Panini qui dévoile la première apparition du héros et les grandes heures de la période Ditko. Comme le nombre de publications autour de ce personnage est plus maigre, les anthologistes ont pu se faire plaisir en incluant pas mal d’histoires du créateur d’origine.
Et je vous conseille fortement l’intégrale chronologique, le premier volume Doctor Strange 1963–1966 pour découvrir les histoires originales.

Puis un Doctor Strange : Le Serment de Brian K. Vaughan, Marcos Martin qui rend hommage au personnage et son créateur dans une histoire alambiquée où il enquête sur son propre meurtre. Un bon point d’entrée pour appréhender son univers même s’il est un peu à part.

Enfin, la nouvelle série Doctor Strange : Les voies de l’étrange en 3 volumes de Jason Aaron & Chris Bachalo qui relancent le titre avec la fin de toute magie sur Terre, Strange doit monter une équipe de sorcier pour se défendre et découvre l’inavouable secret de son ami Wong (excellente trouvaille qui explique bien des choses.) Un docteur plus moderne, limite désinvolte avec sa nouvelle acolyte.


10 – WATCHMEN
Dr Strange
offre une bonne transition, car on change de dimension avec cette série qui marquera le genre à tout jamais. En guise de conclusion provisoire puisque dans le prochain dossier, on se penchera sur les comics indés, ce titre est parfaitement adapté pour faire le pont entre les genres.
Alan Moore, l’un des plus grands scénaristes contemporains a utilisé un groupe de super-héros qui étaient mis de côté pour écrire le cross-over qui allait marquer un avant et un après dans l’histoire des comics et leur conception. En 1986 Alan Moore & Dave Gibbons créent un monde de super-héros vieillissants et mis au ban par le gouvernement américain où certains doivent reprendre du service, car un tueur assassine “les masques”, les anciens héros costumés. Les personnages de cette uchronie seront construits à partir des oeuvres de Ditko (dont on parlait plus haut pour son travail sur Spider-Man et Dr Stange) qui donneront les très réussis Dr Manhattan (mix de Hulk et Superman), mais aussi l’inquiétant et tenace héros de cette saga : Rorschach.

Récits dans le récit, plusieurs histoires entrechassées, épisodes en palindromes, jeux de symboles et de correspondances, carnet intime, extraits de journaux… Extrêmement construite avec un découpage et un scénario qui frise la partition, toute l’oeuvre est une invitation à réfléchir au médium et au genre autant qu’une série passionnante façon polar hard-boiled. Le parti pris graphique de Dave Gibbons associé au coloriste John Higgins rendent cette atmosphère pesante et glauque, un univers sombre avec son horloge qui rappelle à chaque chapitre qu’on se rapproche de la 3e Guerre Mondiale.

Comme pour V pour Vendetta, un de ses précédents ouvrages, Alan Moorereprend la thématique du flicage étatique, de la justice et ses dérives et de la liberté que prenne les justiciers masqués sans rendre de comptes à personne. “Who watches the watchmen ?” qui garde les gardiens eux-mêmes ? est le leitmotiv qui traverse l’oeuvre. Une réflexion qui transpire dans pas mal de comics, mais qui est mis en lumière de plusieurs manières ici.

Entre secrets mal gardés du passé, ambition démesurée, projets secrets et détermination sans faille, plus de 400 pages de noirceur et de vision pessimiste sur ambiance de fin du monde.

Le livre commence par la mort d’un super-héros, qui plus est un salaud, un corrompu, pourtant l’homme qui se fait appeler Rorschach, tenace et adepte de la violence pour faire régner la justice, se penche sur son cas — et reste persuadé que le tueur frappera à nouveau. Une course contre la montre s’engage. Nixon menace de l’arme nucléaire ses énnemis et l’horloge tourne aussi de ce côté-là.
Le Dr Manhattan, seul héros avec des pouvoirs réels (les autres n’ayant que de super aptitudes à la manière de Batman) qui pourrait mettre un terme à ce conflit est tellement puissant qu’il s’éloigne de plus en plus de l’humanité…
Difficile d’en dire beaucoup plus sans faire de spoilers, mais si les super-héros étaient de notre monde, on imagine bien que cela ressemblerait à cette vision sombre et réaliste.


Nous aurions pu parler de Hellboy ou Invincibles, mais vous pouvez consulter les coups de coeur déjà disponibles. Rendez-vous avec les essentiels du comics indé pour le prochain dossier.

Et vous pouvez lire nos coups de cœur pour aller plus loin

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