Archives de catégorie : #Fashionista

La Maison Guerlain et la Photographie fêtent leurs 190 ans

On avait déjà pu apprécier, l’été dernier, l’écrin si singulier que la maison Guerlain offrait à la photographie pour le plus grand bonheur des visiteurs venus du monde entier déambulant sur la célèbre avenue. Elle proposait, dans la boutique des Champs Elysées une sélection d’oeuvres issues des collection de la Maison Européenne de la Photographie choisies par le personnel féminin de la marque.

Pour fêter ses 190 ans, Guerlain invite de nouveau le médium en ses murs.

Autour de 8 parfums phares, huit photographes ont réinterprété les fragrances et composé leur oeuvres en s’inspirant des pratiques et techniques contemporaines des icônes de la Maison.
Ainsi, Joan Foncuberta s’improvise enquêteur et propose une rencontre inédite entre Daguerre et Pierre-François-Pascal Guerlain, fondateur de la maison quand Vasantha Yogananthan inspiré par Shalimar s’inspire des tirages peints des années 20.
Dans le bel escalier qui mène au salon, c’est un grand portrait de Delphine Diallo qui invite à se laisser transporter dans l’univers de la maison de parfum tout autant que dans celui des artistes.

Car c’est bien un voyage que Guerlain vous propose: un voyage à travers le temps et l’évolution des techniques, à travers les différents pays qui ont inspiré les parfum de la Maison.

INFORMATIONS PRATIQUES
CXC
Echos contemporains
La Maison Guerlain et la Photographie fêtent leurs 190 ans
Jusqu’au 26 août 2018
Maison Guerlain
68, avenue des Champs-Élysées
75008 Paris
https://www.guerlain.com/fr/fr-fr/maison-guerlain

Rencontre avec Vanessa Schindler, l’alchimiste de la mode

Dans une semaine, le 33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoires de Mode (FIMPAH) ouvrira ses portes sur les hauteurs de Hyères dans le Var. La Villa Noailles accueillera les dix lauréats dans chaque catégorie, en compétition pour remporter le Grand Prix ou un des nombreux autres prix ou mentions délivrés par les partenaires du festival. Catégorie historique à l’origine de sa fondation en 1985 par Jean-Pierre Blanc, directeur de la Villa Noailles,  la catégorie Mode sera présidée cette année par Haider Ackermann, directeur artistique de la Maison Berlutti, maison qui fête ses 20 ans de partenariat avec le festival. Parmi les jurés figure la créatrice suisse Vanessa Schindler.

Lauréate du Grand Prix Première Vision 2017 et du Prix du Jury de la Ville de Hyèresla jeune femme de 30 ans, qui travaille à Lausanne, a su conquérir à la fois le public et les professionnels de la mode grâce à sa collection femme, Urethane Pool, Chapitre 2, une collection qui révolutionne le monde du prêt-à-porter avec des vêtements sans surpiquage ni coupé mais en les moulant directement. En découvrant le matériau uréthane, elle explore une voie expérimentale de la mode. Rencontre avec une alchimiste.

Marlène Pegliasco: Vanessa, pouvez-vous nous parler de votre création?

Vanessa Schindler: J’ai obtenu un Bachelor à l’HEAD (Haute Ecole Superieure d’Art et de Design) de Genève en 2016 pour lequel j’ai réalisé le projet d’études « Uréthane Pool, Chapitre 2 ». L’idée était de créer une collection dont la conception même du vêtement serait différente, en les montant sans couture, comme s’il avait été directement moulé sur le corps. Les prémices de cette recherche étaient de proposer une radicalité dans la conception, sans passer par un patronage et par la couture classique. Ainsi, je cherchais une matière qui mettrait en forme le tissu. Dans mes recherches, j’ai rencontré un homme qui possède de nombreuses connaissances sur les polymères et c’est ainsi que j’ai découvert l’uréthane. Ce polymère, qui possède la faculté de sécher rapidement, est absorbé facilement par le tissu et fige ainsi les fibres. Je me suis lancée dans une véritable expérimentation, travaillant à la fois comme plasticienne et styliste. Au gré de ces fascinantes observations, j’ai ainsi développé une technique très particulière où les créations se montent sans couture puisque l’uréthane vient souder les différentes pièces.  J’aime jouer avec cette idée de contraste entre la platitude de la matière plastique et la noblesse du tissu délicat pour en faire émerger une féminité. Ce sont ces pièces qui ont été montrées au 32e FIMPAH au printemps 2017.

M.P.: Pouvez-vous travailler toutes les matières?

V.S.: Il est difficile de travailler des tissus trop synthétiques ou lisses comme la soie ou le plexiglas. La laine également est trop épaisse et provoque une certaine rigidité. J’aime jouer avec les transparences sur un corps de femme, que le vêtement garde une certaine fluidité, aussi, j’évite des matières qui alourdiraient les looks. Je cherche à obtenir une certaine rondeur, de la mouvance. Avec l’uréthane, les lignes sont nettes. J’essaye d’inventer une nouvelle forme d’artisanat en créant un vêtement de A à Z avec un côté ludique mais toujours avec raffinement.

M.P.: Vous avez remporté le Grand Prix Première Vision ainsi que le Prix du Public de la Ville de Hyères. Parlez-nous de l’année qui vient de s’écouler.

V.S.: Le Prix du Public est une consécration touchante. Durant le festival, j’ai énormément apprécié ce contact avec le public et toutes ces occasions de discuter avec eux. J’ai eu de nombreuses visites sur mon stand, des contacts chaleureux, bienveillants et motivants. Aussi, de nombreuses femmes se sentaient concernées par mon travail, cela m’a touché et m’a apporté une énergie supplémentaire dans ma création.

Quant au Grand Prix du Jury, le partenariat avec les Métiers d’Art de Chanel et la Maison Lesage m’a permis d’intégrer tout ce qui se rapporte à l’ornementation. L’an passé, pour le festival, j’avais travaillé avec des cristaux Swarovski. Je me suis amusée à créer des pièces, des boucles d’oreilles, à incruster de objets dans la matière. La Maison Lesage brode directement sur le vêtement aussi, cela m’a poussé à explorer une autre piste afin de répondre à la question de comment inclure l’artisanat dans ma pratique? Les brodeurs sont venus ennoblir et souligner la gestuelle. Cette interaction avec l’accessoire va m’amener à travailler le bijou, le métal, à développer des prototypes de joaillerie en uréthane.
J’ai aussi créé une collection capsule avec Petit Bateau qui sera disponible à partir du 25 avril 2018 sur l’e-shop, dans une série de magasins de la marque et bien entendu, à la Villa Noailles durant le festival . Confronter nos deux univers était très intéressant. Je me suis inspirée de ma manière de travailler plus que de l’intégration de l’uréthane. J’ai suivi toutes les étapes de la production, des dessins au shooting des vêtements. Une revisite des pièces icononiques de la marque représentait un défi exaltant.
M.P.: Une nouveauté, cette année, les lauréats des Grand Prix du Jury figurent parmi les jurés. Comment allez-vous vivre cette expérience?
V.S.: Cette proposition m’a surprise. Etre jurée seulement un an après avoir été lauréate est une expérience inattendue mais séduisante. C’est passionnant de voir le processus de désignation du lauréat, de donner son avis, de savoir ce qui se passe derrière en coulisses. C’est une très grande chance de converger les intérêts, quand chaque membre étudie les collections, les projets. Je pense que cela sera fascinant. Je veux être surprise. Je l’ai déjà été dans la sélection des 10 candidats mais là, de voir leurs créations en mouvement lors des défilés, de connaître leurs propos est ce qui fera la différence.

M.P.: Quels sont vos projets futurs?

V.S.: Je me laisse un peu surprendre. Aujourd’hui, je suis focalisée sur la collection à boucler et sur sa présentation. Ensuite, je continuerai d’exploiter l’uréthane dans mon atelier en Suisse et aussi en résidence à Paris à la Cité des Arts. Je voudrais garder un certain artisanat en produisant mes pièces à la main, dans mon atelier avec de petites éditions et en adoptant une démarche différente des designers classiques, sans lookbook ni silhouettes à rallonge. Je veux éditer des pièces de cette façon, jongler entre l’ornement et la fonction, ce que je peux faire grâce à l’uréthane. Je veux que le geste de la main compte, c’est essentiel

M.P: Comment définiriez-vous le Festival de Mode, de Photographie et d’Accessoire de Mode de Hyères?

V.S.:Le FIMPAH est une plate-forme rare, un endroit passionnant où les créateurs sont mis en avant. Nous rencontrons des personnes bienveillantes qui soutiennent la jeune création par des projets, des collaborations, des aides … C’est merveilleux! C’est une expérience tellement riche. Le festival en un mot? Générosité!

33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoire de Mode de Hyères
Villa Noailles
Montée de Noailles
83400 Hyères
Festival et concours du 26 au 30 avril 2018
Expositions du 26 avril au 27 mai 2018
Site internet de Vanessa Schindler ici
Plus d’infos ici

Hyères : Rencontre avec la fashion designer Cécile Gray

Dans quelques semaines, le 33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoires de Mode ouvrira ses portes sur les hauteurs de Hyères dans le Var. La Villa Noaillesaccueillera les dix lauréats dans chaque catégorie, en compétition pour remporter le Grand Prix ou un des nombreux autres prix ou mentions délivrés par les partenaires du festival. Initiée l’an passé, la catégorie Accessoires de Mode a été créée comme l’évidence d’un prolongement de la fashion sphere.

Elle sera présidée cette année par Chistelle Kocher, directrice artistique de la Maison Lemarié, fondatrice et directrice de sa marque éponyme Koche. Parmi les créateurs sélectionnés à concourir pour le Grand Prix Accessoires de Mode Swarovski, nous retrouverons Cécile Gray et ses « bijoux-vêtements ». Des créations uniques et extraordinaires, surprenantes, aussi séduisantes que la personnalité de la créatrice. Cécile Gray a accepté de s’entretenir avec nous sur son parcours et sa création. Interview.

Marlène Pegliasco: Cécile, pouvez-nous parler de votre parcours?

Cécile Gray: Enfant, j’ai toujours voulu être styliste car le vêtement m’a toujours vivement intéressé. J’ai appris à coudre avec ma mère d’abord, puis je me suis perfectionnée en regardant des tutos. Une fois le bac en poche, je me suis dirigée vers le métier d’architecte qui semblait être un bon compromis entre la raison et le cœur. En parallèle, j’ai continué à faire de la couture, j’étais inscrite aux cours du soir de la Mairie de Paris qui proposaient une formation sur le dessin de mode, le décryptage des tendances, le style … Cela a bien complété ma formation autodidacte.

Et puis un jour, la passion m’a complètement rattrapée. J’ai pris une année sabbatique pour faire un Master Ià l’Atelier Chardon Savard. Avoir eu la possibilité d’intégrer directement la 4e année a été une expérience incroyable! Les étudiants sont en atelier et travaillent chacun sur leurs propres collections. On y développe nos matières, et progressivement, on construit une collection autour d’un thème de notre choix, reflétant notre univers personnel. Cette formation a duré de septembre 2016 à juin 2017 et a donné lieu à un défilé de fin d’année suivi d’un showroom. De plus, grâce à cette collection, j’ai eu la chance d’être invitée à la Vietnam International Fashion Week  où j’ai pu faire défiler ma collection à Hanoï en novembre 2017. Après cette année intense et quelques mois où je suis retournée dans l’agence d’architecture où je travaillais, j’ai décidé de me lancer en tant que fashion designer.

M.P.: A quel moment avez-vous commencé à créer vos bijoux-vêtements?

C.G.: J’ai toujours aimé travailler le métal mais le déclencheur a été l’année de création à l’Atelier Chardon Savard. J’ai développé une matière en maille métallique dorée et c’est là qu’est né ce bijou que j’appose sur les looks. Bien qu’il s’agisse alors d’un accessoire, ces « bijoux-vêtements » constituaient l’ADN de ma collection qui apportent directement une identité. Le défilé de fin d’année de l’Atelier Chardon Savard était le bon lieu pour montrer mes créations, ces objets si particuliers.

M.P.: Parlez-nous justement de vos bijoux, le concept et la conception.

C.G.: Ces bijoux sont constitués de fils en acier, teintés en doré, et recouverts d’une gaine en nylon. Une fois tissés, cela donne une matière à la fois souple, pour être confortable et se mouvoir avec la personne qui les porte, et rigide, afin de la travailler en volume. L’accessoire ainsi créé épouse le corps tout en suivant ses mouvements. Ce qui est intéressant est d’étudier la caractéristique de ce matériau qui garde sa forme par rapport à sa force de gravité. Quant à sa confection, je prends des fils que je sertis avec des pinces métalliques. La jonction de deux câbles donne un point. Chaque assemblage est réalisé artisanalement à la main, chez moi, par mes soins. Après avoir passée sept ans devant un ordinateur pour les besoins de mon travail d’architecte, j’ai eu envie de revenir à la création manuelle. Grâce à la pratique, mon geste est de plus en plus précis et rapide. Ces bijoux ne sont pour l’instant que des prototypes. J’aimerais vivement les développer par la suite avec des matériaux plus précieux.

M.P.: Est-ce que votre formation d’architecte influe votre travail en tant que fashion designer?

C.G: Bien sûr! En plus de nombreuses références liées à l’architecture, j’applique les méthodes de conception apprises pendant ma formation. Les architectes font peu appel à des inspirations de champs différents de celui de l’architecture ou de la sociologie. Il s’agit principalement d’étudier un contexte et des besoins, de travailler avec les matériaux, les volumes et les proportions, et enfin, à l’aide de maquettes et de dessins, de créer un espace qui génère de l’émotion. C’est ainsi que j’ai créé mes bijoux-vêtements. Le matériau a poussé ma curiosité, j’ai expérimenté mes bijoux avec leur environnement pour voir comment ils réagissent comme un architecte pense son bâtiment en adéquation avec les espaces autour. Dans cette collection, je travaille avec des matériaux liés au bâtiment comme le métal ou le verre en intégrant des cristaux dans la maille métallique (grâce à Swarovski qui est partenaire du festival). Cette conception de l’objet s’est enrichie de références historiques et c’est quelque chose de très nouveau pour moi. Récemment, je suis allée au Louvre et je suis tombée sur une statuette égyptienne vieille de 4000 ans qui portait une résille de perles dorées sur un buste noir. Le lien avec mes bijoux était évident. C’était très troublant. Ce rapport à l‘Histoire de l’Art et des Civilisations vient enrichir mes inspirations.

M.P: Vous avez toujours cousu des vêtements mais finalement, vous avez candidaté au Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoires de Mode de Hyères  (FIMPAH) dans cette dernière catégorie. Pour quelles raisons?

C.G.: Je suis actuellement en stage de fin d’études chez Hermès et cet objet, qui avait émergé lors de ma formation à l’Atelier Chardon Savard, continuait de me poursuivre. J’ai eu envie de prolonger mes recherches autour de cet objet et d’en faire un projet à part entière. Ces bijoux-vêtements viennent réellement accessoiriser une tenue. En ce sens, j’ai pensé que leur place était dans la catégorie Accessoire du concours. Mes bijoux comportent des codes empruntés au vêtement. Je joue également sur les échelles. Le bracelet devient une manche, le collier devient un plastron … La collection comporte ainsi des pièces de plus d’un mètre de haut! Sans être massifs, cela reste fin et précieux, ce qui les rend singuliers.

M.P.: Comment avez-vous connu le FIMPAH?

C.G.: Je pense en avoir entendu parler pour la première fois aux cours du soir de stylisme. Je cherchais des opportunités de faire des collaborations pour intégrer le monde de la mode. Mon projet de reconversion avait un certain coût: redevenir étudiant, autofinancer mon projet, assumer ces choix, subir la pression sociale … Je suis très heureuse d’avoir pu le concrétiser. Enfin, le Festival de Hyères est très connu, il fait partie des évènements incontournables dans ce milieu. Je vis ma sélection comme quelque chose d’incroyable, je ne réalise pas trop encore mais je suis si contente et si fière de faire partir des finalistes! J’y présenterai sept pièces  où j’explore le champ de la joaillerie : boucles d’oreilles, manches, plastrons…Quatre grandes pièces et trois plus petites mais je n’en dis pas plus. Les bijoux seront exposés à la Villa Noailles jusqu’au 27 mai. Il faudra venir les voir!

33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoire de Mode de Hyères
Villa Noailles
Montée de Noailles
83400 Hyères
Festival et concours du 26 au 30 avril 2018
Expositions du 26 avril au 27 mai 2018
Site internet de Cécile Gray ici
Plus d’infos ici

Margiela l’anonyme célébré dans deux grandes institutions de la mode parisienne : Galliera et le MAD

L’envers du décor, la nudité comme une couleur à part entière, l’art du détournement et de la citation historique, le trompe l’œil, l’oversize, le blanc de Meudon comme signature, Martin Margiela (né en 1957 à Louvain) reste une énigme à plus d’un titre. Le Palais Galliera propose une rétrospective de l’ensemble de sa carrière (1989-2009) tandis que le Musée des Arts décoratifs reprend l’exposition du MoMu, musée de la mode d’Anvers, sur ses années de collaboration avec la maison Hermès (1997 à 2003). Deux approches servies par des scénographies différentes mais complémentaires pour tenter de percer le mythe.

Diplômé de l’Académie des Beaux Arts d’Anvers il arrive à Paris et devient l’assistant de Jean-Paul Gaultier avant d’ouvrir rapidement sa propre maison.
Des lieux underground et improbables pour des défilés (cimetière de Montmartre, station de métro, squat, Armée du Salut..), des bottines lunaires, les « tabis » inspirées du Japon, la discrétion jusqu’au bout des étiquettes, le refus du système, le recyclage permanent et une approche très conceptuelle de la silhouette. Dès le départ il marque une rupture dont il n’aura de cesse de repousser les limites.
Comme si la leçon d’académie des maîtres flamands rencontrait le scalpel d’un plasticien de l’épure et de la déconstruction du XXIème siècle.

C’est pourquoi le Palais Galliera adopte une mise en scène en état de chantier à l’esthétique taguée et transitoire. Autour de 10 collections manifestes et quelques 130 silhouettes, les collections Stockman et autres immanquables (le manteau couette,le body chair, le bolduc blanc, la veste perruque, le trench-coat cône..), des « chambres de fan » jalonnent ce parcours chaotique, conçues à partir de la série des « Happy Victims » de la photographe japonaise Kyoishi Tsuzuki.
De destroy, punk, à minimaliste le créateur va jusqu’à utiliser des photographies en négatif de vêtements qu’il imprime ensuite sur des surfaces fluides, pratiquant le sampling, le fragment avant l’heure. Une esthétique du dissemblable, du non fini, de l’imparfait qui peut choquer de prime abord et implique d’avoir une forte personnalité pour oser de telles silhouettes à l’époque alors que maintenant les jeunes ne jurent que par le jean décousu ou l’oversize de la carrure. Les fripes trouvées aux puces, le rebut de notre société de consommation, le vulgaire, le dissonant, autant de notions qu’il impose à notre regard.

Le Musée des Arts décoratifs, désormais MAD réussit l’habile défi de faire dialoguer les collections créées à la demande de Jean-Louis Dumas président et directeur artistique de la Maison Hermès à partir de 1997, avec les propres créations de sa marque. La scénographie joue sur les deux couleurs emblématiques l’orange pour Hermès, blanc (et nuances) pour Margiela dans un damier asymétrique à partir de 12 collections consécutives et plus de 100 silhouettes. L’aspect volontairement brut et nu des murs donne une sensation froide qui fonctionne moins bien ici, malgré les vidéos d’anciennes mannequins qui ont défilé pour lui, « les gestuelles ».
Ce qui semble assez paradoxal est l’implication du créateur dans ce projet Hermès parisien, alors qu’il s’est déjà retiré de l’univers de la mode et apparaît quasiment jamais dans les medias, comme le souligne la commissaire de l’exposition, Marie Sophie Carron de la Carrière, conservatrice au musée.
Si l’épure est une vertu que partage également la Maison Hermès le choix pour ce créateur iconoclaste créé la surprise d’autant qu’il impose vite le monochrome loin des codes des imprimés emblématiques du sellier. Mais le sens des matières, la quête de la perfection, le goût du détail opèrent autour de motifs qu’il duplique de l’une à l’autre des maisons aux histoires singulières. Comme un numéro d’équilibriste dont lui seul a le secret.

Deux facettes d’une même exigence, deux mondes et toujours ce même regard, radical et subversif, résolument intemporel.

INFOS PRATIQUES :
« Saison Margiela 2018 à Paris »
• Martin Margiela
Jusqu’au 15 juillet 2018
Palais Galliera
10 avenue Pierre Ier de Serbie
75116 Paris
http://palaisgalliera.paris.fr
Catalogue Martin Margiela, Collections Femme 1989-2009, éditions Paris Musées, 160 pages, 35€
• Margiela, les années Hermès
jusqu’au 2 septembre 2018
MAD
107 rue de Rivoli
75001 Paris
http://madparis.fr
Catalogue Margiela les années Hermès, éditions Actes Sud, 280 pages, 52€

J-1 : Showroom privé Viviane de Paris – Guest Christine Gabriele (NY)

A l’occasion de la Fashion Week Prêt-à-Porter Femmes de Paris, Mowwgli organise un showroom privé de deux stylistes indépendantes et talentueuses le jeudi 1er et vendredi 2 mars à Paris.
Venez découvrir l’univers rétro chic de Viviane de Paris et l’invitée new yorkaise 
Christine Gabriele avec sa collection This Light Garment.

Vous aimez la mode, les jeunes créateurs, bienvenue au Showroom privé organisé par Mowwgli !
Pour vous assurer une meilleure visite et rencontrer les deux créatrices, merci de bien vouloir envoyer un email pour confirmer votre présence : info@mowwgli.com

Viviane de Paris, Retro Clothing

Virginie Parakian vous proposera en avant-première quelques nouvelles pièces de sa nouvelle collection, vous pourrez notamment y voir sa célèbre petite robe noire. La couture, c’est une histoire de famille pour Virginie, ses grands parents étaient tous deux tailleurs, c’est donc tout naturellement que pour ses études, elle se dirige en stylisme modélisme. D’abord costumière pour des spectacles, elle devient styliste en bijouterie fantaisie en 2004. C’est en 2010, que Virginie renoue avec le vêtement et créé ainsi Viviane de Paris. Marque de vêtements rétro directement inspirée de la mode des années 40.

http://viviane-de-paris.com
https://www.facebook.com/vivianedeparis.couture/

This Light Garment

Christine Gabriele arrive spécialement de New York pour ce showroom, elle nous dévoilera une partie de sa collection.

Basée dans le quartier ultra trendy East Village, elle présente sa nouvelle collection « This Light Garment ». Une proposition chic et pratique, imaginée dans un tissu super léger, idéal pour le voyage. Tout ce qu’une femme peut avoir besoin pour un week end ou quelques jours tient dans un minuscule sac en toile lui aussi hyperléger. Un style chic et moderne pour les femmes chic et contemporaines. La ligne de conduite de la styliste: résoudre les problèmes des femmes qui voyagent.

Christine Gabriele a longtemps travaillé sur les sets  de photoshoot comme styliste. Il lui fallait imaginer des vêtements super chic mais aussi confortables et pratiques. Et de ces expériences sont nées les lignes en tissus hyperléger qui ont fait sa renommée. Christine s’inspire de la mode de la rue, de ce qu’elle capte dans son entourage et surtout, elle garde en tête qu’il s’agit avant tout de trouver des solutions aux voyageuses modernes. Christine Gabriele travaille seule, mais partage ses projets et ses modèles avec ses amies pour prendre leur avis et faire évoluer sa ligne. Elle réalise elle-même ses prototypes et ses modelages à la main et rêve un jour de vendre ses créations dans les aéroports et les hôtels , là où se trouvent ses clientes. La première collection est sortie il y a six ans et s’enrichit chaque année de nouveaux modèles.

Christine Gabriele présentera pour la première fois ses modèles en France à l’occasion de la fashion Week prêt-à-porter 2018.

http://christinegabriele.bigcartel.com

INFORMATION PRATIQUES
Showroom Viviane de Paris
Guest : This Light Garment
Dates : Le 1er et 2 mars 2018 de 14h à 18 heures
36 rue Keller
75011 Paris
http://facebook.com/events/145037356193555/

Showroom privé Viviane de Paris – Guest This Light Garment

A l’occasion de la Fashion Week Prêt-à-Porter Femmes de Paris, Mowwgli organise un showroom privé de deux stylistes indépendantes et talentueuses les jeudi 1er et 2 mars à Paris.
Venez découvrir l’univers rétro chic de Viviane de Paris et l’invitée new yorkaise 
Christine Gabriele avec sa collection This Light Garment.

Viviane de Paris, Retro Clothing

Virginie Parakian vous proposera en avant-première quelques nouvelles pièces de sa nouvelle collection, vous pourrez notamment y voir sa célèbre petite robe noire. La couture, c’est une histoire de famille pour Virginie, ses grands parents étaient tous deux tailleurs, c’est donc tout naturellement que pour ses études, elle se dirige en stylisme modélisme. D’abord costumière pour des spectacles, elle devient styliste en bijouterie fantaisie en 2004. C’est en 2010, que Virginie renoue avec le vêtement et créé ainsi Viviane de Paris. Marque de vêtements rétro directement inspirée de la mode des années 40.

http://viviane-de-paris.com
https://www.facebook.com/vivianedeparis.couture/

This Light Garment

Christine Gabriele arrive spécialement de New York pour ce showroom, elle nous dévoilera une partie de sa collection.

Basée dans le quartier ultra trendy East Village, elle présente sa nouvelle collection « This Light Garment ». Une proposition chic et pratique, imaginée dans un tissu super léger, idéal pour le voyage. Tout ce qu’une femme peut avoir besoin pour un week end ou quelques jours tient dans un minuscule sac en toile lui aussi hyperléger. Un style chic et moderne pour les femmes chic et contemporaines. La ligne de conduite de la styliste: résoudre les problèmes des femmes qui voyagent.

Christine Gabriele a longtemps travaillé sur les sets  de photoshoot comme styliste. Il lui fallait imaginer des vêtements super chic mais aussi confortables et pratiques. Et de ces expériences sont nées les lignes en tissus hyperléger qui ont fait sa renommée. Christine s’inspire de la mode de la rue, de ce qu’elle capte dans son entourage et surtout, elle garde en tête qu’il s’agit avant tout de trouver des solutions aux voyageuses modernes. Christine Gabriele travaille seule, mais partage ses projets et ses modèles avec ses amies pour prendre leur avis et faire évoluer sa ligne. Elle réalise elle-même ses prototypes et ses modelages à la main et rêve un jour de vendre ses créations dans les aéroports et les hôtels , là où se trouvent ses clientes. La première collection est sortie il y a six ans et s’enrichit chaque année de nouveaux modèles.

Christine Gabriele présentera pour la première fois ses modèles en France à l’occasion de la fashion Week prêt-à-porter 2018.

http://christinegabriele.bigcartel.com

INFORMATION PRATIQUES
Showroom Viviane de Paris
Guest : This Light Garment
Dates : Le 1er et 2 mars 2018 de 14h à 18 heures
36 rue Keller
75011 Paris
Pour vous assurer une meilleure visite et rencontrer les deux créatrices, merci de bien vouloir envoyer un email pour confirmer votre présence : info@mowwgli.com

Burberry par Christopher Bailey se pose à Paris !

Qu’est ce qui fait la singularité du peuple britannique et son incroyable photogénie ? En quoi son excentricité est une source d’inspiration inépuisable pour un créateur ? C’est l’une des questions que soulève la formidable exposition itinérante « Here we are » qui après Londres et Hong Kong choisit Paris dans les anciens locaux de Libération, rue Béranger.

Christopher Bailey (Président et Directeur général de la création Burberry) accompagné de Lucy Kumara Moore (Ecrivain, curatrice et Directrice de Claire de Rouen) et du photographe britannique Alasdair McLellan signent un hommage à leur nation, à partir de 90 clichés emblématiques signés Shirley Baker, Ken Russell, Colin Jones, Daniel Meadows, Karen Knorr, Martin Parr, Charlie Phillips, Andy Sewell, Mark Power, Jo Spence..

Au fil de cette architecture brute en spirale offrant des échappées sur les toits de Paris on voyage des Highlands écossais au Nothing Hill Gate de la diaspora africaine, du très sélect Eton aux cabanes de pêcheurs du nord est de l’Angleterre.
La question de l’étiquette, des clans et leurs tartans, des gardes à cheval, des garden party borderline, du sens de la fête (« Revelry »), des pique-niques sur la pelouse ou la plage que l’on soit de la haute société ou de milieu populaire, des terrains de foot immaculés, de la météo et ses caprices, du culte des jardins et de ce tempérament britannique difficilement définissable, entre causticité et flegmatisme, tendresse et rugosité.

Ce cri du cœur de Christopher Bailey se retrouve dans la Collection de septembre 2017 homme et femme, également présentée comme en miroir à ces instantanés.
Des combinaisons de couleur et de matières, du street life (la casquette) associé à un vestiaire très aristocratique, le trench oversize ou en plastique, le tartan en bandoulière..

Alors que Christopher Baily a annoncé quitter la maison en 2018 après 17 ans de bons et loyaux services cette opération pourrait raisonner comme un testament spirituel. Il laisse une empreinte définitive de renouveau sur la griffe.
Le choix de ce lieu atypique dans le paysage parisien n’a rien d’anodin et incarne son flair et sens de l’innovation.

Programmation autour de l’exposition :
Talk sur la photographie britannique entre Sam Stourdzé et Brian Griffin le mercredi 31 janvier à 18h30.

INFOS PRATIQUES :
Here We Are Paris
Du 26 janvier au 4 février 2017
11 rue Béranger
75003 Paris
Entrée libre et gratuite
Here We Are
Participez à Art of the Trench
https://fr.burberry.com/london-fashion-week/show-septembre-2017/l-exposition/

Hyères, les finalistes du concours mode, photo 2018 dévoilés au MAD

C’est dans l’élégant paquebot de la rue de Rivoli, nouvellement baptisé MAD (musée des Arts décoratifs), alors que la Fashionweek battait son plein qu’une foule de fashionistas se pressait pour connaître la nouvelle génération de talents primée par Hyères.

Le jury mode, présidé cette année par Haider Ackermann et la Maison Berluti a choisi 10 finalistes de 8 nationalités différentes sur 300 dossiers reçus.

Les finalistes du concours mode 2018 sont :
Marie-Eve Lecavalier Collection Femme Canada
Ester Manas Collection Femme France
Linda Kokkonen Collection Femme Finlande
Jef Montes Collection Femme Pays-Bas
Ela Fidalgo Collection Femme Espagne
Antonia Sedakova Collection Homme Russie
Rushemy Botter Collection Homme Pays-Bas
Regina Weber Collection Femme Allemagne
Anna Isoniemi Collection Femme Finlande
Sarah Bruylant Collection Femme Belgique

Le jury photographie, présidé cette année par Bettina Rheims a sélectionné dix jeunes photographes  de 8 nationalités différentes.

Les finalistes du concours photographie 2018 sont :

Pascale Arnaud France
Laetitia Bica Belgique
Teresa Eng Canada
Sarah Mei Herman Pays-Bas
Allyssa Heuse Philippines, France
Jaakko Kahilaniemi Finlande
Csilla Klenyánszki Hongrie
Sanna Lehto Finlande
Eva O’Leary Irlande, Etats-Unis
Aurélie Scouarnec France

La 33e édition du Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de mode à Hyères se tiendra du jeudi 26 au lundi 30 avril 2018 à la villa Noailles.
Les expositions seront ouvertes au public jusqu’au 27 mai 2018.

En savoir plus :
http://villanoailles-hyeres.com/festival-2018/

LOOV KULTUUR, l’Estonie débarque à la Cité de la mode !

Saviez-vous que l’inventeur de Skype est estonien ? et que le Wifi est en diffusion dans tout ce pays de l’ex-bloc soviétique qui vient de décrocher la présidence de l’Union Européenne en 2017. Si la nature est omniprésente (îles, forêts et lacs) elle semble faire bon ménage avec le 100% numérique depuis l’indépendance du pays en 1991 qui pratique la dématérialisation à marche forcée pour l’administration et les actes quotidiens, de quoi donner des ailes à notre premier ministre lors du dernier sommet de l’UE.

Au delà de cette fierté nationale, qu’en est-elle de la scène culturelle estonienne ? C’est tout l’enjeu de la nouvelle saison imaginée avec le Ministère estonien de la Culture à la Cité de la mode et du design. Street art, photo, cinéma d’animation, mode, design colorent le vaisseau de Jakob+MacFarlane dans une saison hivernale qui correspond bien à la rudesse du climat sur place.
Heureusement que les saunas existent ! Un rituel ancien mais bien présent dans les foyers estoniens contemporains. « Iglusauna » dont vous verrez une version concept développé par la société Creative Woodworks met en avant une finition intérieure et extérieure entièrement en bois dans une esthétique d’esprit nordique. Il est à noter que la tradition du sud de l’Estonie d’un sauna sans cheminée est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité selon les critères Unesco.

Les sculptures vagabondes et « invasives » de la designer Sophie Larger et l’artiste paysagiste Stéphanie Buttier investissent l’architecture de béton de la Cité de la mode. Une installation végétale déployée à la filature de Mulhouse en 2016 composée de fils de coton, lierre, osier, ronces..qu’elles réactualisent en clin d’œil à la richesse de la flore estonienne.
Le design estonien a atteint une certaine visibilité, proche de l’esthétique scandinave minimaliste avec une préoccupation constante pour le développement durable. Mais à l’ère de la mondialisation en quoi se distingue t-il de ses voisins ?

C’est l’objet de l’exposition proposée par l’Association estonienne de designers « Size doesn’t matter », un slogan pour dire le contraste entre la petite taille du pays et le nombre élevé de ses designers. Une forte tradition de design de meubles a eu une influence sur la jeune génération de designers. Un savoir faire exceptionnel en artisanat et le peu de frontières entre design et arts appliqués explique une vogue en faveur de produits sur mesure de grande qualité pour une clientèle privilégiée.
L’industrie textile et l’habillement fascinent les jeunes designers qui expérimentent des solutions innovantes comme des textiles parlants ou luminescents.
Parmi les innovations technologiques on remarque le e-roll, scooter électrique monoplace, le Stigo scooter électrique portatif, le vélo Viks pour citadin branché ou le lecteur de carte à puce format carte d’identité à puce.
Les arts graphiques estoniens s’émancipent également de l’influence hollandaise et le graphisme estonien s’impose à travers la typographie, l’accent mis sur l’utilisateur (le côté fonctionnel toujours) et les interfaces.
La première exposition internationale « Estonian Design in focus » au musée d’Helsinki en 2000; suivi par la Biennale de St Etienne ou Berlin et Copenhague a contribué à accroitre sa renommée internationale.
L’association estonienne des designers (AED) a lancé en 2006 le festival la Nuit du Design de Talinn, aujourd’hui devenu un évènement international sur une semaine rassemblant des designers de plus de 25 pays.

Ce panorama atteint une dimension plus intime et personnelle à travers le regard du photographe Raphaël Gianelli-Meriano. « Un printemps en Estonie » est le titre d’un projet réalisé en plusieurs voyages. Autodidacte, c’est l’artiste estonien Navitrolla qui lui fait découvrir Tallinn en 2002. Il participe alors à l’aventure du festival de cinéma ambulant Kinobuss dont il devient le reporter officiel. Un premier coup de foudre matérialisé par son premier livre de photos, About Estonia diffusé chez Colette à Paris en 2005. Fasciné par le poète Jaan Kaplinski il lui consacre un film en 2011. La phrase célèbre d’un de ses poèmes « De la poussière et de la couleur naissent les papillons » est inscrite au centre de l’exposition. Tout autour des archipels de visages, de paysages, gravitent, créant une ambiance singulière. Des sensations atmosphériques et émotionnelles subtiles.

A l’aube d’une société numérique sans frontière plongez dans cette esthétique estonienne durable, sensorielle et éthique. Un voyage aux confins du street art et de la réalité augmenté se déploie également au niveau du Quai de Seine.

INFOS PRATIQUES :
LOOV KULTUUR
Jusqu’au 21 janvier 2018
Les Docks, cité de la mode et du design
AUTOUR DE L’EXPOSITION :
• Soirée de projection de films d’animation
Samedi 13 janvier 2018, auditorium de l’IFM, de 17h à 20h, sur inscription en ligne ou sur place, 5€ de frais de participation
• Atelier de création de jouets en feutre pour jeune public
Les 7, 13 et 14, 20 et 21 janvier 2018, à 15h chez DAD hotdog, en coursive de la Cité, sur inscription en ligne ou sur place, 12€ de frais de participation, à partir de 5 ans
http://www.citemodedesign.fr

Raphaël Gianelli-Meriano, The Kaplinski System, film documentaire, vidéo, 2011, 54 min :
http://raphaelgianellimeriano.com

L’exubérance mesurée de Christophe Lhote

Né en 1980, ce Toulonnais de cœur et Parisien d’adoption nous propose une collection novatrice, des accessoires entre le bijou et l’objet décoratif , dans un esprit qui se démarque dans la planète mode. Ses créations allient savoir-faire traditionnel et nouvelles technologies et apportent un vent de modernité absolue au bijou d’apparat. Découverte.

Présentation

Le cursus de ce créateur est assez classique. Après l’obtention d’un Brevet des Métiers d’Art des joyaux, Christophe entre à  l’école des Beaux-Arts de Toulon pour une année propédeutique et termine ce parcours par une école d’Arts Appliqués, l’AFEDAP (Association pour la Formation et le Développement des Arts Plastiques) à Paris. Diplômé en création de bijoux contemporain, Christophe ouvre sa première entreprise à Paris à 22 ans. Cette expérience dure deux ans dans la capitale puis se poursuiva trois ans à Ollioules, près de Toulon. Au cours des années suivantes, Christophe devint designer de bijoux pour différentes marques. Puis en 2014, il entre en résidence aux Ateliers de Paris. Ces deux années passées dans ces lieux ont été déterminantes dans sa carrière. Cela lui a apporté un cadre de travail , très bien placé dans la capitale, un accompagnement économique, individuel, sans parler des rencontres et de la stimulation créatice permanente avec l’échange des savoirs-faire avec les autres créateurs présents, appartenant à des métiers d’art différents. Véritable incubateur, cette résidence est une carte de visite, apportant de la crédibilité dans le travail de Christophe. En 2014, il crée sa marque éponyme, donne corps à son style et modèle des pièces qui se démarquent dans marché de la mode hyper saturé. Enfin, nous retrouvons chez Christophe Lhote dans plusieurs lignes de création, répondant aux modes de vie de ses clientes.

Volume et netteté

Ainsi,  c’est dans le domaine de la  bijouterie que Christophe Lhote exprimera sa création. Un domaine aussi exigeant que la mode, multiple qui couvre la joaillerie, la bijouterie et l’accessoire de mode, avec des exigences diverses : la joaillerie a un rapport direct avec les matières précieuses et l’intime, tandis que l’accessoire de mode suit les tendances et les courants. Premier aspect novateur, Christophe Lhote va travailler des matières nouvelles,  résolument modernes, jusqu’alors inconnues dans l’univers du bijou. Autre aspect, il alloue au bijou, le statut de véritable objet, plus qu’un simple accessoire complétant une tenue, une véritable pièce de mode,  prêt à (être) porter et à transcender son modèle.La collection « Super Héroïnes » illustre notre propos. Les illustrations qui suivent appartiennent à cette collection datant de 2016. Cette création est un clin d’oeil à ce sentiment d’assurance qu’on éprouve quand on trouve et qu’on porte la pièce parfaite. La collection sous-entend que chaque bijou détient un super pouvoir, possédant la capacité de nous sublimer une fois porté.

Bracelet Mirror ©Ludmilla Armandin

Bracelet Mirror ©Ludmilla Armandin

Soyons attentifs à ces clichés et  remarquons tout de suite la signature de Christophe Lhote: une création géométrique et en volume, très graphique. La couleur est souvent posée en aplat. Les lignes sont nettes. Christophe aime brouiller les pistes et s’amuser sur les formes d’un objet, dans un jeu de constructions multiples. Le bracelet Mirror se joue des effets volumétriques des formes géométriques. La base créative est une sphère, percée de part en part. Deux trous ont été laissé libres pour le passage du bras et les quatre autres fermés par une plaque effet miroir, assez voyant. Ce bracelet, imposant par son volume puissant, fait 11,5 cm de diamètre. Un beau bijou, devenu un bel objet une fois posé, quelque part, sur une table ou dans une vitrine. Nouvel ambigüité ! Le miroir renvoie à un minimaliste à peine suggéré et éclate la perspective de l’objet.

Bracelet Mirror

Bracelet Mirror

Le bijou se meut en fonction de la personne qui le porte et de l’évènement pour lequel il est porté. L’objet va venir s’adapter au corps  et s’ensuit un dialogue inconscient -mais un véritable dialogue- entre le corps et l’objet sous forme d’une double appropriation identitaire. Le créateur aime jouer sur la notion de géométrie variable. La variable est trouvée une fois le bijou portée, où il souligne et amplifie les mouvements. La variable, c’est la cliente, son language corporel. Corps et bijou ne font plus qu’un. Un mariage parfait.

Bracelet Superla

Bracelet Superla

Ci-dessus, nous avons une  manchette en laiton doré et en cuir coloré, noir et bleu. Les tubes colorés apportent de la hauteur et de la légèreté à l’ensemble. Composés de  laiton plaqué or, ils sont tenus par une bande de cuir qui passe de l’intérieur à l’extérieur du bracelet. Le jeu des volumes et des matières donne naissance à un bijou unique et gracieux.

Bracelet-kineticBracelet Kinetic  ©Diane Dufraisy

Bracelet Kinetic © Onur Deda

Bracelet Kinetic © Onur Deda

Nous sommes sur une idée de générosité du mouvement lié à la forme géométrique de l’objet. L’objet ne va plus faire de bruit, clinquer, on ne l’entend plus, on le voit, il ne s’impose pas par sa sonorité mais devient omniprésence silencieux.  Ici, la sphère se détaille comme un éventail. Le volume exubérant de ce bracelet nous amène à nous interroger sur  le poids de ces bijoux. C’est une question technique au coeur de la création de Christophe Lhote, qui mène une réflexion sur le poids et l’encombrement de chaque bijou. Un bijou d’apparat, marqué d’une forte présence, ne doit pas gêner nos mouvements, ni nous dénaturer. Il va nous révéler. Pour éviter que le poids ne soit un obstacle, le créateur a recours à des matières plastiques et ose utiliser l’impression 3D pour innover. Nous en avons l’exemple avec le bracelet Kinetic. L’utilisation de la 3D permet d’avoir des pièces légères, rendues possible par l’emploi du polyamide. La forme noire est imprimée d’un seul bloc. Elle est ensuite emboîtée sur une forme en laiton plaqué or, évoquant un sablier.

Boucles d'oreilles perspective

Boucles d’oreilles perspective

Originalité et modernité s’expriment dans ces boucles d’oreilles. L’effet de volume est simplement visuel puisque les boucles sont plates. Le bijou déborde de son champ pour venir recouvrir le lobe. Il épouse le corps.

Bracelet Contrast © Onur Deda

Bracelet Contrast © Onur Deda

Nous l’avions compris. Christophe Lhote n’a pas de matériaux de prédilection. Il combine tout: les pierres, les matières plastiques, le cuir, le métal….et les associe pour en faire des créations spectaculaires, à l’image de ce bracelet Contrast. Un cyclindre assez volumineux en constitue le coeur. Ces face-cubes en 3D s’entremêlent, formant un anneau ciselé d’ une dentelle noire. Le constraste des couleurs et des matières affecte à l’objet une contemporanéité très importante dans le design mêlée à une forme exubérante. Le polyamide, graphique, volumineux et tout à la fois léger s’associe avec la perle des colliers de nos gands-mères. Un bijou tout à la fois conventionnel et actuel.

Collier Dual ©Ludmilla Armandin

Collier Dual ©Ludmilla Armandin

Collier Dual XXL © Ludmilla Armandin

Collier Dual XXL © Ludmilla Armandin

Dans ces deux clichés, nous sommes bien sur une réinterprétation du collier de perles.  Réalisés de manière traditionnelle, chaque perle des colliers Dual est nouée à part. En cela, Christophe travaille selon l’enfilage joaillerie, ce qui permet un plus joli tombé, mais aussi, démontre qu’on peut être moderne et novateur sans rompre avec la tradition des métiers d’art. Ce collier à l’aspect pesant se répartit sur l’ensemble du corps. Le laiton et le cuir viennent compléter ce bijou, formant un lien presque mécanique mais rompant harmonieusement la lourdeur des perles.

Le temps de la concrétisation

La création géométrique et imposante de Christophe Lhote séduise par son originalité, sa signature et son esprit moderne. Le bijou pose la femme. Des volumes puissants, inhabituels dans un milieu réputée fin et délicat, n’enlèvent rien de la magnificence de chaque pièce. L’aura de chaque bijou-objet inonde son modèle pour rayonner au spectateur contemplant une pièce aussi unique qu’est l’instant créatif. Le but recherché est l’embellissement de notre quotidien, le plaisir de voir et porter un objet qui interpelle car hors du commun. On ose. Un esprit audacieux, affranchi des codes habituels de la joaillerie s’invite dans cette collection. Une exubérance mesurée, à l’image d’un homme passionné, généreux et amoureux de la vie.

L’accessoire de mode souligne une tenue, un vêtement. Il révèle la personnalité d’un look. Ce n’est pas du simple apparat, mais des éléments incontournables. Sans superficialité, les créations de Christophe Lhote possèdent des facultés régénératrices. Chaque bijou, chaque accessoire possède une personnalité propre incomparable. Il s’en dégage une énergie généreuse, révélatrice. En accord avec sa devise  « Soyons légers mais faisons-le sérieusement », Christophe Lhote montre que sa folie créatrice ne corrompt pas les exigences du métier. Son travail traditionnel tend vers de la création pure, vers  une ligne contemporaine, moderne et révolutionnaire. On adore !

Christophe Lhote compose deux collections par an, que vous pouvez voir sur son site www.christophe-lhote.com et dans sa boutique au 3 bis Rue de Budapest dans le 9ème arrondissement de Paris. Si aujourd’hui Christophe Lhote dessine pour une clientèle exclusivement féminine, il n’exclue pas, dans un futur proche, d’intégrer des capsules homme.