Archives de catégorie : #Littérature

Carte Blanche à Agnès Guillaume

Pour sa dernière Carte Blanche, notre invitée Agnès Guillaume nous entraine dans son univers litteraire et nous présente les derniers livres qui l’ont accompagnés ces derniers temps.

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Depuis quelques années, je lis de très gros livres que je dévore en très peu de temps : c’est ma meilleure évasion. En voici trois parmi les derniers.

Jeune homme Mon Combat (Tome 4) de Karl Ove Knausgaard

J’ai lu les deux premiers tomes d’une traite, puis il m’a fallu attendre un an la traduction du troisième et encore un an celle du quatrième. Et je patiente en attendant les deux derniers. Ce que j’aime chez lui ? les descriptions extraordinairement détaillées (ses souvenirs d’enfance dans le tome trois !), une pertinence psychologique post-psychanalyse, l’humilité de se présenter tel qu’il est sans enjoliver ni empirer le tableau quotidien, et soudain des fulgurances intellectuelles.

Vie et Destin de Vassili Grossman

Le Guerre et Paix du 20e siècle comme on l’appelle souvent. Bouleversant –la lettre de la mère est un sommet d’humanité-  et tragique, absolument tragique dans sa description de la guerre et des régimes totalitaires. Comment peut-il parler aussi juste pour autant de personnages d’âge, de sexe et de conditions aussi différentes ?

« L’amie prodigieuse » de Elena Ferrante

Elena Ferrante. Je la boudais jusqu’à ce qu’un ami m’offre  récemment les deux premiers -merci Victor –  dévorés et les deux suivants lus dans la foulée. Ce qui , pour moi, fait la force et l’attraction de l’histoire des deux amies, c’est qu’Elena Ferrante nous parle des femmes  -chacune de nous pourra s’y reconnaître- de nos vies au quotidien, de nos relations avec les hommes,  mais elle le fait dans une langue et un mode de pensée de femme.  Un grand écrivain, à lire par les hommes aussi !

Carte blanche à Carine Dolek : Le Maître de Feng Shui

Pour sa deuxième Carte Blanche, Carine Dolek, co-fondatrice et membre du comité artistique du festival Circulation(s) dédié à la jeune photographie européenne a choisi de nous parler littérature. Et c’est avec une série de romans de Nury Vittachi : Le Maître de Feng Shui, qu’elle dédie son coup de cœur.

Nury Vittachi est un célèbre auteur et chroniqueur de Hong-Kong. Son personnage phare, CF Wong, est Maître de Feng Shui à Singapour. Flanqué de son assistante occidentale qui lui a été imposée par son plus gros client, qu’il choie obséquieusement, terrorisé à l’idée de le perdre, il travaille comme consultant pour résoudre des problèmes de Feng SHui qui se révèlent souvent des enquêtes criminelles ou domestiques. Tout le délice est dans la communication plus que relative des personnages: CF Wong est maître de feng shui certes, mais il parle un anglais laborieusement sorti d’un guide de conversation, bourré de faux amis. Misogyne, cupide, raciste, il aime passionnément l’argent, se cacher de sa secrétaire caractérielle qui ne vit que pour se vernir les ongles, manger, si possible des petits animaux vivants ou des plats brûlants, au sens thermique comme au sens épicé, tandis que son assistante, outrageusement occidentale, est une jeune végétarienne, branchée et citoyenne du monde. De la reine d’Angleterre, aux militants vegans, skateurs, clubs de voyants fin gourmets et aux peseurs d’os, de l’énigmes des mètres carrés manquants dans un garage de millionnaire à la traversée de la ville en toute discrétion de l’éléphant avec une bombe dans l’estomac sur une planche à roulettes, les romans humoristico-policiers de Nury Vittachi posent un univers en équilibre entre le Yi Jing et l’absurde, où, à l’exclamation de son assistante « Mais vous êtes cupide! », le héros peut, le plus naturellement du monde, répondre « Oui, merci. »

Le blog de Nury Vittachi
http://www.mrjam.org

Françoise Sagan : La vie en liberté, l’écriture en exigence

Depuis le 10 février Deauville présente la première exposition consacrée à Françoise Sagan. Conçue par Denis Westhoff, son fils, qui en est le commissaire, l’exposition, co produite par la Ville de Deauville avec Bibliocité, (nouvelle appellation des bibliothèques de la ville de Paris), reconstitue le parcours littéraire et les moments les plus marquants de la vie de l’auteur de Bonjour Tristesse, disparue en septembre 2004.

La photographie tient une place essentielle dans cette restitution. De larges cadres blancs reprennent de nombreux extraits de l’œuvre de Françoise Sagan, illustrés par les archives photographiques de l’agence Roger Viollet et des archives de France Soir, léguées à la Ville de Paris. Près d’une centaine de photographie de presse, telle l’ écume des jours de Sagan, ont été sélectionnées par son fils, comme un parcours de vie en photographies, tel un album photo qui ici fait écho aux collections du futur musée et de la médiathèque de Deauville. Particulièrement les exemplaires originaux de Paris Match, légués par Benno Graziani à la Ville de Deauville. Deux parcours photographiques mis en parallèle pour témoigner, en noir et blanc et en couleurs, de la popularité de l’écrivain et de l’attention portée à Françoise Sagan par les deux principaux organes de la presse populaire des années 55 à 80.

On y retrouve comment Willy Rizzo, Philippe Vals, Philippe Le Tellier, … et toute une génération de photographes reporters étaient habiles dans le portrait, souvent pensé comme visuel de couverture et comment ils procédaient à des mises en scènes inspirées.

Deux portraits de Francoise Sagan, réalisés par Robert Doisneau à trente ans d’écart ponctuent cette exposition qui se conclue avec une série de photographies associant l’ écrivain à Deauville. L’occasion de revoir un portrait réalisé dans les tribunes de l’hippodrome, par Yul Brynner.

L’ exposition s’achève par deux photographies et deux autoportraits de Françoise Sagan, qui après avoir si souvent composé avec nombre de photographes, se réserve pour elle même une restitution et des expressions sans fards face au rétroviseur de sa voiture ou dans un miroir.

INFORMATIONS PRATIQUES
Françoise Sagan : La vie en liberté, l’écriture en exigence
Du 10 février au 11 mars 2018
Le Point de Vue – Boulevard de la Mer / angle rue Tristan Bernard
14800 Deauville
Des visites guidées tous les mercredis et samedis à 15h30 (Durée 1h)
5€ (entrée comprise) – Gratuit pour les moins de 18 ans, étudiants et demandeurs d’emploi…
Réservations : Deauville Tourisme 02 31 14 40 00 ou http://www.indeauville.fr

Carte blanche à Pierre Leotard : Cécile Reyboz, auteure

Pour cette troisième carte blanche, notre invité de la semaine, Pierre Leotard, fondateur des revues Corridor Éléphant.com et Niepcebook, nous parle de l’auteure et avocate française Cécile Reyboz au travers d’une courte interview.

Clientèle son quatrième livre est sorti début janvier chez Actes Sud. Un quatrième conte moderne emprunt d’humour et d’un réalisme que certains percevraient à tort comme du cynisme. Paris devient au fil des pages le décor d’un théâtre mettant en lumière les rapports humains si chers à l’auteur.
Cécile Reyboz ne se contente pas d’écrire ou de narrer, ses mots disent autant que son style, et ce quatrième ouvrage confirme, si besoin était, un écrivain.

https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/clientele

  • Que cherchiez-vous à décrire dans Clientèle?

Une réalité humaine dans toutes ses nuances, ses reliefs, ses ambiguïtés. Ne rien escamoter, donner à voir et à entendre les minuscules chocs d’un quotidien professionnel banal et pourtant étonnant.

  • Sommes-nous tous le client de quelqu’un ? Nos relations à l’autre sont-elles constamment “tarifées” ?

Nous sommes inévitablement clients d’un rêve, d’un espoir, d’un programme politique. Quoiqu’on achète, quel que soit le prix : un conseil, une fringue, un sandwich, un ticket pour une exposition. On pense choisir mais on est cherche surtout une place dans l’immense roue avec laquelle il faut tourner.

  • Pourquoi écrire ?

Il me semble toujours et partout voir autre chose que ce que les autres voient. Que ce soit vrai ou non. Décrire, nommer, qualifier cette vision sauve mes journées d’une sensation d’engloutissement.

  • L’action de votre livre se déroule à Paris, quel regard portez-vous sur la ville ?

Amour et dépit, attachement et tentatives d’éloignement, joies et vexations…c’est passionnel… J’aime Paris, malgré ses travers et ses clichés, j’aurais du mal à me passer de son agressivité indolente. Mais je me suis toujours demandée qui je serais devenue en vivant ailleurs… la même ou pas?

  • Y a-t-il pour vous un parallèle entre la photographie et l’écriture ?

Bien sûr! Mes mots sont des pixels, des points d’encre, et la ponctuation est la trame du papier photo. Ecrire c’est aussi choisir un cadrage, un angle, scène d’ensemble ou portrait, couleur ou noir et blanc. Comme dans la photo, il faut doser les effets pour qu’ils n’écrasent pas le sujet, pour que quelqu’un apparaisse.

  • Si vous n’aviez pas écrit, quel media auriez-vous choisi ?

L’instantané Polaroïd, la peinture, la sculpture, la danse. Je mets tout ça dans mes pages, dans ma bagarre avec le texte, dans les versions successives du travail.

INFORMATIONS PRATIQUES
Clientèle
Actes Sud
Sortie Janvier 2018
11,5 x 21,7cm, 208 pages
ISBN 978-2-330-09242-9
19, 00€
https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/clientele

Don Delillo,  L’homme qui tombe

Mais c’est bien pour ça que vous aviez construit les tours, non ? N’ont-elles pas été conçues comme des fantasmes de richesse et de puissance, destinées à devenir un jour des fantasmes de destruction ? C’est pour la voir s’écrouler que l’on construit une chose pareille. La provocation est évidente. Quelle autre raison aurait-on de la dresser si haut et puis de la faire en double, de la dupliquer ? C’est un fantasme, alors pourquoi ne pas la répéter deux fois ? C’est ce que vous dites, c’est : La voici, démolissez-la” – Don Delillo — L’homme qui tombe

Ce sont surtout des lignes verticales, du gris, du noir, du gris, du noir. Puis du blanc et encore du gris, etc… L’ombre d’un immeuble à gauche, le reflet du soleil à droite. Il faisait beau ce jour là. Une matinée douce, la routine bien ficelée. Au milieu de cet ensemble vertical figure une masse, un point lui aussi de noir et de blanc. Il s’agit d’un homme, la tête en bas. Figé, défiant les lois de la gravité. Cet homme tombe. Il est mort depuis. Nous ne savons toujours pas qui il est. Mais la photographie de Richard Drew, prise à neuf heures quarante et une minutes et quinze secondes a fixé pour l’éternité cet homme fuyant l’horreur et la peur.

Même si très probablement, ce monsieur a du tourner de l’œil dans sa chute, ou même plus certainement eu un arrêt cardiaque, qu’a-t-il ressenti pendant ces quelques secondes en pleine conscience ? A-t-il été soulagé ? A-t-il vu un quelconque espoir dans cette fuite ? ou était-ce un acte totalement résigné ?

Le temps de ce cliché, devenu tabou aux Etats-Unis, nous prenons toute la pleine mesure de l’horreur de la situation. L’acte d’une nation se répercutant sur l’individu. Un homme probablement sans histoire, ou au contraire, mais très certainement rien à voir avec les Afghans. Un homme qui faisait son travail, qui devait certainement penser à ce qu’il allait faire durant sa pause, ou le soir. Une routine volant en éclat.

De sa distance de spectateur, il a du voir ce qui se passait de l’autre côté du monde. Entre deux spots publicitaires. Peux être même d’un seul œil. Mais de sa relative distance de spectateur, toujours, à aucun moment il aurait conçu que ça puisse arriver sur le sol de sa nation.

Ce cliché est aussi dramatique que serein. Car il marque autant la fuite par le jeter dans le vide que cet instant, où dans ce ciel, il était à l’abri des flammes du World Trade Center et du sol. Il avait encore une vie, encore des amis, encore un avenir — très court — quelques secondes de rab’ .

Ce matin la magie des réseaux sociaux m’a rappelé cette image. Me renvoyant au souvenir de sa découverte et du ressenti que j’avais eu alors. Une photo qui ne m’avait pas marqué plus que ça à l’époque. Une photo qui m’horrifie aujourd’hui. Car là aussi je suis spectateur et ça se passe de l’autre côté du globe. Là aussi je ne crois pas que ça puisse se produire sur mon lieu de travail. Mais cette photo finalement est là pour nous montrer que nous pourrions être ce monsieur. Que nous pourrions vivre ça et comment agirions-nous ce jour là ?

Cette photographie compte parmi les 100 photographies les plus influentes de tous les temps publié par le Time.
http://100photos.time.com

Go, un essai sur les meufs écrit par une meuf : Alice Durel

Dans Go (comprenez le féminin de gars, pas Go en anglais), petit essai écrit avec une précision remarquable et un slang parfaitement adapté, Alice Durel dissèque les icônes féminines du monde d’aujourd’hui.

En 160 pages, la jeune femme, diplômée d’histoire de l’art et d’art plastique, aborde Nicki Minaj, Nabilla, Nia Hall, Beyonce, Orlan, ou Marina Abramovic sans discrimination et avec la même verve, car chacune d’elles, avec des plastiques et personnalités différentes occupent une place de choix dans le panthéon de la pop culture actuelle. Pas facile pourtant, de prendre du recul dans une société remplies d’images, de décrypter les vrais messages derrière une superficialité ambiante où tout se traduit en clip, en gif et en très peu de mots.

C’est là que Durel est forte : en ratissant les mass media, Internet et l’art contemporain, elle décrypte avec acuité les nouveaux codes du féminisme, le sens caché d’un clip de Miley Cyrus ou l’émergence du black feminism et nous montre à quel point les frontières entre haute et basse culture, élite et vulgarité, vrai talent et visibilité opportuniste sont devenues poreuses.

Un mois après la sortie Go, on a posé quelques questions à Alice :

Quel est le rapport entre ORLAN et Lady Gaga ?

 

Born this way ! Cet album et ce clip m’ont fait vriller parce que toute son esthétique puisait dans l’œuvre d’ORLAN, au point de croire à une collab’ ou un hommage. Bosses sous la peau, accouchement de soi-même, baroque et futurisme kitsch, les emprunts étaient très nets. Au final, l’affaire n’est que pur plagiat, déguisé en « appropriation » devant la justice. Après avoir écrit le livre, j’ai travaillé presque un an pour ORLAN, notamment sur l’exposition « ORLAN EN CAPITALES » à la Maison Européenne de la Photographie. ORLAN développe un féminisme subversif, ses premières œuvres étaient incroyablement atypiques et novatrices. C’est intéressant de voir qu’une pop star s’autorise à piquer ça pour vendre un disque ! Dans un sens très ambigu, elle participe aussi à transmettre ce travail féministe, à le démocratiser.

Entre Catherine Millet (directrice de la revue Art Press et auteure de La vie Sexuelle de Catherine Millet) et Samantha Jones de Sex and the city ?

 

Le sexe, incontestablement ! Et une liberté totale d’expression à ce sujet. Ça dérange tout le monde, la société dans laquelle elles vivent, les proches, les femmes et les hommes. À posteriori, j’ai la sensation que Samantha Jones (personne fictive, 45 ans) jouit bien plus que Catherine Millet (vraie go, la trentaine dans son récit). Pour autant, seule Catherine Millet décrit une expérience sexuelle réelle et constructive. Qu’il soit fantasmé ou véridique, le sexe vécu par une fille n’est pas dicible : on le suggère, on l’enrobe, on le détourne, comme si le témoignage devait rester sexy et excitant. En attendant, on n’apprend rien ! Catherine Millet et Samantha Jones, dans leur discours, m’ont dit beaucoup sur mon corps, mon désir et mon plaisir ; et vu leur spectre de diffusion, je ne dois pas être la seule.

Entre Nabila et Zahia ?

 

Même âge. Sans rire, elles n’ont que 20 jours d’écart et une ascension médiatique fulgurante. L’une révélée par un scandale de prostitution alors qu’elle était mineure, l’autre par une punchline clamée dans une émission de télé-réalité. On bouffe ces infos, on nourrit le buzz, c’est presque normal, mais moi ça m’a vraiment ébranlée. Je n’ai qu’un an de moins qu’elles et je grandis dans le même pays, dans le même système. Ça me questionne que Zahia perce dans le luxe, que Nabila schlasse son mec, qu’elle fasse de la taule, puis une nouvelle émission avec ce même compagnon. C’est encore plus zinzin de regarder ça en temps réel et dans le détail. Leur corps, leur style, bien que différents, cette manière de vivre et de dérouler l’histoire, c’est un truc de maintenant, tout de suite ! C’était nécessaire d’analyser le phénomène lui-même, et pas la taille de leurs seins.

C’est un classique, mais puisque tu traites des deux dans ton livre : préfères-tu Rihanna ou Beyoncé ?

Franchement, kif-kif ! Perso, j’écoute les deux mais vraiment pas dans le même mood.

 

Et pourquoi ?

Rihanna a vraiment le truc badass, blasé mais quand même bien énervé. Lourd style vestimentaire, célibat / majeur en l’air, gros blunt…elle insuffle clairement un truc galvanisant. T’as envie de mettre une fourrure et de faire des gros sourires à l’envers. Beyoncé est plus calibrée musicalement, on sent qu’elle taffe vraiment dur, que c’est une machine. Au contraire, elle donne envie de réussir, de grandir.

Deux industries, deux mesures, deux boîtes à fantasmes. Oui, elles filent aussi des complexes, mais je trouve ça dommage de passer à côté. Ce qu’elles créent est rarement un état précurseur ou innovant, à mon avis, c’est toujours conséquent à l’humeur de notre société, ce qu’on demande d’elles.

Il s’est passé un certain temps entre le moment où tu as fini ton ouvrage et le moment où il a été publié, y a-t-il des femmes que tu aurais aimé ajouter à ton étude depuis ?

Mille ! Tous les jours, tout le temps, je suis entourée de femmes que j’admire. Dans mes écouteurs, dans les livres, au cinéma, dans la rue, sur mon phone, mes potes. Bref, j’ai vite compris que c’était un délire infini chez moi.

Lesquelles ?

Virginie Despentes cristallisait un vrai dilemme. Je la lisais beaucoup en écrivant « GO », et je pense qu’au final, ça se ressent largement dans le livre. J’écoutais l’EP de Lago2feu, une rappeuse parisienne qui m’inspire encore aujourd’hui. En fait, c’était la période « Lean on » de Major Lazer, et je ne sais plus pourquoi, je me refaisais tout l’album AAliyah. J’ai aussi découvert Bonnie Banane à cette époque.

Je suis fan d’actrices comme Marina Foïs, Emmanuelle Bercot, Sara Forestier, Adèle Haenel, Maïwenn, et j’aurais adoré dire quelque chose d’elles et de leur manière de fondre leurs personnalités dans une fiction. Elles révèlent une intensité actuelle, quelque chose de très fort.

J’aurais aimé parler de Cecilia Azcarate, Amalia Ulman et Chloe Wise, artistes hyper intéressantes et plus qu’influentes sur le marché de l’art contemporain ; de pionnières comme Nan Goldin et Tracey Emin car leurs œuvres sont des traces essentielles.

Récemment, j’étais en transe sur un set de Louise Chen, elle mixait des gros sons de Sefyu !

 

Ta définition du féminisme ?

Je n’ai jamais perçu le féminisme comme une recherche d’égalité homme-femme. Déjà parce que je doute que cela arrive vraiment un jour, et si c’est le cas, est-ce qu’on s’en contentera ? (Rires) Nan, sérieux, on n’a pas le même corps ni le même sexe. Je veux que nos droits soient les mêmes, mais je veux exister en tant que femme. Je ne suis pas un homme. Être féministe, c’est protéger et soutenir la liberté des femmes, quel que soit son sexe. C’est donner une visibilité : un micro, un écran, un stylo. C’est parler, écouter, diffuser. C’est considérer la place de l’homme et son évolution, partager autant que possible, trouver l’équilibre.

INFORMATIONS PRATIQUES
Go
Alice Durel
Mediapop Editions
Date de publication : octobre 2017
120 x 180 mm, 160 pages
ISBN : 978-2-918932-62-8
13€
https://mediapop-editions.fr/catalogue/go/

La « Playlist » littéraire de Dominique Vautrin

Pour cette dernière intervention cette semaine, notre invité de la semaine, Dominique Vautrin, bouscule un peu le protocole. En effet, au lieu de présenter une playlist musicale, il a souhaité partager une liste de livres fondateurs de son univers de photographe.

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

Les anges vagabonds de Jack Kerouac

Mon chien stupide de John Fante

Karoo de Steve Tesich

Le dernier stade de la soif de Frederick Exley 

Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq 

Souvenirs d’un pas grand-chose de Charles Bukowski

Mort à crédit de Céline

La supplication de Svetlana Alexievitch

De sang-froid de Truman Capote

Molloy de Samuel Beckett

Carte Blanche à Pascale Boeglin-Rodier : Eric Reinhardt

Dans le cadre de sa nouvelle carte blanche, notre invitée de la semaine, Pascale Boeglin-Rodier, directrice du Liberté-Scène Nationale de Toulon, nous parle du romancier et éditeur français Eric Reinhardt. Il y fera une lecture samedi 18 novembre à l’occasion de la 20ème Fête du Livre du Var.

C’est au Théâtre national de Chaillot que nous nous sommes croisés, puis un peu plus tard vers les jardins du Palais Royal, pour chacun de nous un lieu ô combien inspirant (pour Chamfort aussi, réécouter sa chanson Palais Royal !).

C’est alors que j’ai commencé à lire ses romans et découvert une écriture d’une finesse incroyable, au service d’un regard aiguisé et troublant sur nos sociétés modernes. La construction de ses romans est d’une telle audace ! Et les femmes, ce qui ne gâche rien, occupent toujours la place de choix, belles et puissantes à la fois et si désirables …

Nos chemins se croisaient parfois alors que je me rendais à l’Opéra-Comique, tout proche du Palais-Royal, où je travaillais. C’était l’occasion d’une brève conversation (je suis toujours pressée !) et d’un café.

Sa curiosité le conduisait de temps en temps au Comique où il découvrait les opéras que nous présentions.

La scène et le spectacle vivant le passionnaient ! Un jour je lance, péremptoire  « le jour où tu te lances dans le spectacle,  viens me voir ! ».

Ce jour arriva, j’étais « descendue » à Toulon pour ouvrir un nouveau théâtre avec Charles Berling, et c’est tout naturellement que nous avons accueilli la création d’Élisabeth ou l’Équité, adapté de son roman Le Système Victoria, puis une lecture de L’Amour et les Forêts sur une musique de Feu ! Chatterton, puis l’adaptation théâtrale de L’Amour et les Forêts, puis des rencontres, des dédicaces, une sortie bateau mémorable … une belle relation s’est peu à peu construite avec Le Liberté.

Eric revient nous voir le samedi 18 novembre pour lire, accompagné de la comédienne Mélodie Richard et de la flûtiste Marion Ralincourt, des extraits de son dernier roman, La Chambre des époux, quelle joie !

Un conseil : lisez tout de cet immense écrivain !

INFORMATIONS PRATIQUES
La Chambre des époux
Lecture musicale d’Éric Reinhardt
Dans le cadre de la Fête du Livre du Var
Samedi 18 novembre à 20h30
Durée : 1h15
Le Liberté Scène nationale de Toulon
Grand Hôtel – Place de la Liberté
83000 Toulon
http://www.theatre-liberte.fr

Le Dirty Realism en dix livres

Le terme sensationnaliste n’était finalement qu’un grand coup de marketing selon certains auteurs. Terme né dans la revue littéraire de la maison d’éditions Granta dans les années 70, ce mouvement se veut être un écho de tout ce que l’on peut trouver de plus dérangeant et désenchanté dans notre quotidien. Ce fut un mouvement en réponse au génération Beatnik qui se veut être la voix du pauvre, de l’alcoolique ou du clochard céleste (désolé pour kerouac).

Ici, point d’héroïsme à outrance, de fantaisie ou de fantastique, pas de complot ni de coup monté, le contexte est très souvent social et en prise avec son époque. Ce qui fascine en revanche, c’est la sincérité crue, les mots sortant des tripes, le tempo proche d’un morceau de jazz ; ça bouscule, percute, boxe et met chaos n’importe quel lecteur. Il y a dans chaque page, chaque phrase, chaque mot de la vie, du vécu, du vivant, et l’on se surprend à se délecter des mésaventures du protagoniste et à en redemander.

« Toujours avec le livre j’ai fait une centaine de pas vers le sud-est, là où tout n’était que désolation. De toutes mes forces je l’ai jeté le plus loin que j’ai pu dans la direction qu’elle avait prise. Sur ce, je suis monté en voiture, j’ai fait démarrer le moteur, et je suis rentré à Los Angeles. » – John Fante, Demande à la poussière

Il ne s’agit pas ici, de parler des meilleurs romans du genre, mais plus tôt de ceux qui ont le plus marqué le genre. Une sorte de « booklist » pour s’initier au genre. Après si vous aimez, ce sera à vous d’explorer et de trouver les nombreuses pépites estampillées « Dirty Realism ».

1/ John Fante – Demande à la poussière : les errances d’un jeune écrivain dans le Los Angeles des années 30, la rage au ventre, l’envie d’être à la hauteur de ses prétentions et puis il y a les femmes… enfin, La femme. Sublime, indispensable.

2/ Dan Fante – Rien dans les poches : tel père tel fils, un premier roman percutant et poignant, de la fureur à chaque page, une urgence dans l’écriture. Un roman court qui file à deux cents kilomètres heures. Vous refermez le livre complétement vidé et avec l’irrépressible envie de le relire.

3/ Charles bukowski – Contes de la folie ordinaire : le titre en v.o est assez parlant « Erections Ejaculations, Exhibitions and general tales of ordinary madness and the most beautiful woman in town ». Rien que ça. Tout est dit, juste nous pouvons préciser qu’il s’agit d’un des plus grands auteurs américains du vingtième siècle.

4/ Mark SaFranko – Putain d’Olivia : publié chez feu 13e Note éditions, en un seul roman, l’auteur pulvérise tout sur son passage. Récit d’un auteur en devenir et de sa relation toxique avec une certaine Olivia. Une écriture incisive et percutante.

5/ Raymond Carver – l’ensemble de son œuvre : désolé mais là, c’est un passage obligatoire. Cet auteur fait partie des piliers du genre et a donné, au passage, ses lettres de noblesses au format « nouvelle » en littérature américaine. Un auteur qui arrive à vous faire rentrer totalement dans une histoire en quelques mots.

6/ Russell banks – Sous le règne de Bone : dans un style plus romancé, empruntant autant au Dirty Realism qu’à Faulkner ou Steinbeck. Un roman plus classique dans la forme, un roman noir par moment, une grosse claque à l’arrivée. Vous allez succomber aux aventures de Chappie.

7/ Larry Brown – Joe : Le sud des Etats-Unis, les terres de McCarthy, Harry Crew ou Faulkner. Le rythme est plus lent que les auteurs précédemment cités, il y a énormément de code du roman noir dans ses histoires. Ici le décor n’est autre que l’état du Mississipi, et nous allons suivre un certain Joe Ramson et ce que sa rencontre avec le jeune Gary Jones va impliquer !

8/ Henry Miller – Jour tranquille à Clichy : le précurseur, une influence pour bon nombre d’auteurs comme Jack kerouac ou Mark SaFranko, un franc parlé incroyable, des obsessions toutes masculines et une obstination pour l’écriture. Un classique intemporel.

9/ Hubert Selby Jr. – Le démon : il y a Retour à Brooklyn ( requiem for a dream pour les cinéphiles), ou encore Last Exit to Brooklyn, qui sont les deux titres les plus connus. Mais Le Démon est à part, récit d’une obsession poussant le protagoniste aux limites de la folie. Toujours pour les cinéphiles, si vous avez vu et aimez « Shame » de McQueen, alors jetez-vous sur ce livre.

10/ F.X Toole – De Sueur et de Sang : un recueil de trois nouvelles sur la boxe. Trois nouvelles qui vous mettront Chaos. Par l’auteur de Million Dollar baby.

Carte Blanche à Marin Karmitz : Une odyssée. Un père, un fils, une épopée de Daniel Mendelsohn

Aujourd’hui, notre invité de la semaine, Marin Karmitz, nous présente sa carte blanche littéraire. Il nous parle de l’ouvrage sorti en septembre dernier aux éditions Flammarion : « Une odyssée. Un père, un fils, une épopée » de Daniel Mendelsohn.

Pour ceux qui ont lu son précédent ouvrage « Les disparus », une enquête sur une partie de sa famille disparue pendant la Shoah et dont il reconstruit l’existence avec méthode, on comprend que Daniel Mendelsohn est un enquêteur, qu’il procède par recoupement, par témoignage jusqu’à se placer au plus proche de la vérité.

Dans « Une Odyssée. un père, un fils, une épopée », son père Jay raconte par séquence son enfance, sa vie d’homme, ses choix qu’il justifie, comme celui par exemple de ne pas poursuivre sa thèse pour devenir mathématicien.  Son ami Nino, que Daniel Mendelsohn fait intervenir vient les éclairer, les expliquer, pour proposer un récit de son existence.

Pour parler de son père, Daniel Mendelsohn, dresse des parallèles avec l’oeuvre d’Homère. Une chute, à priori anodine, se transforme en arkhe kakôn et vient modifier la trajectoire du récit, de l’existence même de ce père terrible et de son rapport à l’autre.

« Un père sait tout de son fils, mais un fils ne peut jamais connaitre son père » écrit Mendelshon. Sa connaissance n’en est que plus intuitive, plus sensible dont surgiront des questions existentielles. Découvrir son père au travers de ce qu’en savent les autres pour le rencontrer et le connaitre, tisser des liens entre l’ordinaire d’une existence à Long Island et le légendaire de l’épopée.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Une odyssée. Un père, un fils, une épopée
Daniel Mendelsohn
Editions Flammarion
432 pages
http://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/litterature-etrangere/une-odyssee
• Etranger Résident

La Collection Marin Karmitz
Du 15 octobre 2017 au 21 janvier 2018
La maison rouge
10 boulevard de la bastille
75012 Paris
http://lamaisonrouge.org
• Paris Photo lance un cycle de films et de vidéos qui se tiendra au mk2 Grand Palais (situé dans l’enceinte du Grand Palais).
Le Jeudi 9 Novembre
Marin Karmitz proposera une sélection de films de cinéma.
Du Vendredi 10 au Dimanche 12 Novembre
La programmation des films et vidéos sera confiée à Matthieu Orléan, collaborateur artistique à La Cinémathèque française.
http://www.parisphoto.com