Archives de catégorie : #Interview

Naissance de la Galerie Corsica Luce
Rencontre avec Julie Canarelli

Le 3 août dernier, vient d’être inaugurée une nouvelle galerie dédiée à la photographie : la Galerie Corsica Luce. Situé à Nonza, au nord de Bastia, ce nouveau lieu culturel a été créé par deux femmes : Hélène Franceschi et Julie Canarelli. A l’occasion de leur première exposition qui regroupe les travaux de quatre photographes qui portent leur regard sur la Corse, Julie Canarelli, commissaire d’exposition a répondu à nos questions.

Mowwgli : La Galerie Corsica Luce vient tout juste d’ouvrir ses portes, pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

Julie Canarelli : La galerie Corsica Luce est à Nonza Cap corse, Hélène Franceschi et moi même sommes nunzichi et passionnées de photographie. Nous avons réalisé un livre paru en 2000 qui s’appelle « Nonza- Albums de Famille » , ce livre retrace les images des habitants de Nonza depuis le début de l’histoire de la photographie.
En ce qui me concerne, j’ai été assistante de Lucien Clergue et j’ai fondé avec Serge Gal, l’école de photographie Image Ouverte et c’est naturellement que j’ai associé Héléne au projet de monter une Galerie…

Mowwgli : Votre première exposition « Fighjula » regroupe 4 photographes autour d’une seule thématique, qui est la Corse (Didier Ben Loulou, Lisa Lucciardi, Anton Renborg et Bernard Plossu), pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

J. C. : J’avais envie de montrer des approches différentes de la photographie. L’exposition inaugurale de Corsica Luce regroupe quatre photographes qui ont travaillé sur la Corse. Cette « mostra » qui aura lieu jusqu’au 31 Août se nomme Fighjula ce mot Corse qui traduit littéralement en français signifie « Regarde » mais aussi « Fais attention ». C’est cette attention à la Corse que portent les photographes comme Bernard Plossu ou Didier Ben Loulou connus des amateurs de photographie , ainsi qu’Anton Renborg photographe suédois qui a publié « Notices de Corse » aux éditions Filigranes ou bien Lisa Lucciardi jeune photographe et vidéaste d’Antisanti qui dans sa série « Au Commencement » nous donne à voir sa vision de la Corse. il m’a paru intéressant qu’au delà d’images de la Corse, se pose aussi la question de la Photographie dans sa dimension historique et esthétique…
Du Noir et Blanc de Bernard Plossu aux couleurs fressoniennes de Didier Ben Loulou à l’objectivité d’une certaine photographie qui se veut non romantique de Lisa Lucciardi et d’ Anton Renborg, le spectateur pourra aussi appréhender une histoire de la photographie contemporaine. Et puis j’ai voulu associer un écrivain à cette «mostra » et c’est sous le regard de Gilles Zerlini et son texte L’Annonciation que le spectateur pourra aussi s’imprégner du lieu ou la galerie Corsica Luce a décidé de s’installer.

INFORMATIONS PRATIQUES
Galerie Corsica Luce
U casale
20217, Nonza
https://www.corsicaluce.com

EN CE MOMENT A LA GALERIE

FIGHJULA, Exposition collective

Les 10 ans du Prix Pictet, Rencontre avec Michael Benson

Cette année, le Prix Pictet célèbre son dixième anniversaire avec une exposition rétrospective des lauréats présentée lors des Rencontres d’Arles. 10 ans et 7 éditions pour le premier prix photographique consacré au développement durable. Le prochain thème a été dévoilé lors de la semaine d’ouverture du festival, « L’Espoir » sera au cœur de cette future et huitième édition.

A cette occasion, nous avons rencontré Michael Benson, le directeur du Prix (Entretien en anglais).

Mowwgli : This year the Prix Pictet celebrates its 10 with a group exhibition in part of Rencontres d’Arles festival. How did you think about this anniversary exhibition ?

Michael Benson : Rencontres d’Arles has a special part to play in the history of the Prix Pictet. It was here that we presented our first shortlist (something we have done with each passing cycle of the prize). The Festival has played a key role in helping to build the International reputation of the award to the point that it is now regarded as one of the world’s most significant photography awards. So, when it came to thinking about how we might celebrate the tenth anniversary this year’s exhibition of work by our seven laureates in Arles seemed a prefect fit.

Mowwgli : What is your view of the evolution of the Prize?

M. B. : The status of prize has risen steadily since we began in 2008 to the point that there is now no artist who feels too grand to accept a nomination for the award. Our global group of expert nominators has grown from 70 in the first cycle to over 300 this year. Our nominators play a crucial part in developing the quality of the prize. The rising quality of the award has allowed us to build important collaborations with major museums – including the Musee d’Art Moderne in Paris and the Victoria and Albert Museum in London. Another important development has been the remarkable growth if our touring programme. When we began our plan was to present the award and then stay silent until the next cycle began. However, the demand for the exhibition of work by our shortlisted artists was so intense that we quickly rethought our plan. In the years since we have staged over 80 exhibitions in over 50 cities worldwide.

Mowwgli : Among the works of the first 7 editions (from laureates or nominees), which one has reached you the most ?

M. B. : That is an incredibly difficult question. With each cycle we see so much great work. Yet if I had to select one I would choose Matthew Brandt’s ‘HoneyBees’ series which was shortlisted for the Disorder cycle. Brandt’s work that reminds us of Einstein’s words « no more bees, no more pollination, no more plants, no more animals, no more man.”

Mowwgli : How do you imagine the future of the Prize?

M. B. : When we started out our mandate was to examine the key issues of global sustainability through the medium of outstanding photography. The Prix Pictet has been most effective in bringing a new focus to the worldwide sustainability debate, whose essential arguments were in danger of disappearing beneath a torrent of words and a sameness of images. But the battle is not won, and with each passing cycle the issues addressed by the Prix Pictet become of greater urgency.

Mowwgli : The next theme of the Prize is « Hope ». Can you tell us about this eighth theme that opens up to positive and hopeful horizons?

M. B. : Yes, we felt that this was the moment to turn to ‘Hope’. As our Honorary President Kofi Annan wrote in his introduction to our latest book
Perhaps in our ability to carry on in adversity lies hope for us all. Hope that, despite the catastrophic damage that we have visited upon the natural world and upon the lives of our most vulnerable citizens, it is not too late

There are a gathering number of hopeful developments – from recycling and rewilding to the international campaign to stem the rising tide of plastic waste. From the initial reactions of our nominators and photographers to this new theme we are anticipating a rich and imaginative response.

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Prix Pictet célèbre ses Lauréats
Du 2 juillet au 23 septembre 2018
La Croisière
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com
https://www.prixpictet.com

Visuelles.art : Entretien avec Fabienne Dumont, Historienne de l’art, critique et enseignante

Marie Docher est photographe, elle milite pour l’égalité des genres dans le milieu artistique (pas que, mais surtout). Après avoir scruté à la loupe les programmations des institutions et autres festivals de photographie afin de mettre en lumière que la visibilité et la présence des femmes photographes est bien trop réduite à travers son blog Atlantes et Cariatides, elle s’est lancée dans la création de MYX pour agir contre les stéréotypes sexués, et aujourd’hui elle présente une nouvelle plateforme intitulée Visuelles.art, pour decrypter ce que le genre fait aux artistes…

Nous avons souhaité partager avec vous quelques une de ses interviews. Aujourd’hui : Fabienne Dumont, Historienne de l’art, critique et enseignante.

Ecrire l’histoire de l’art, aller compléter tous les vides.

Fabienne Dumont est historienne de l’art, enseignante et critique d’art. Elle nous montre qu’une autre histoire de l’art est possible, d’autres méthodologies, d’une histoire où les femmes sont plus présentes qu’on voudrait le laisser croire. Il est question ici d’artistes comme Nil Yalter, Raymonde Arcier et Lea Lublin et de l’importance d’intégrer les travaux d’artistes femmes dans les collections publiques, avant qu’il ne soit trop tard.
Durée : 13 mn

 

Liens utiles

Esquisse d’une épistémologie de la théorisation féministe en art
par Fabienne Dumont : lien
Artistes évoquées
Nil Yalter
Raymonde Arcier
Lea Lublin

A LIRE : 
La place des femmes dans la Culture, table ronde à la Maison des Métallos
MYX : Agir contre les stéréotypes sexués

Mr Mouton : L’Humour noir et corrosif de Lecourieux-Bory

Lors de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles, notre critique, Pascal Therme a rencontré aux détours des rues à deux pas des arènes, une exposition qui a particulièrement attiré son attention…

Lecourieux-bory, plein de malices et de chausse-trappes.
Un esprit autonome et libre qui pratique une image pleine d’humour, qui croque les travers de nos sociétés de consommations en forçant le trait, caricatures et mise en circulations d’un esprit abrasif, qui gratte la surface des choses pour en dénoncer les contours absurdes…. Assez en marge d’un festival qui est de plus en plus soums aux lois des pouvoirs, argents, intérêts et qui s’idéologise un peu trop…

Rencontre :

L’exposition continue son parcours et est aujourd’hui à Marciac à l’occasion du festival de Jazz !

INFORMATIONS PRATIQUES
Les aventures de Monsieur Mouton
Du 23 juillet au 13 août 2018
Galerie Eqart
21, rue Henri Laignoux
32230 Marciac
http://www.lecourieux-bory-photography.com

Rencontre avec Stéphane Lavoué, Patrick Tournebœuf et Patrick Le Bescont sur la sortie du livre Tribu

Tribu est un grand livre rouge publié aux éditions Filigranes et que sera en librairie dès la rentrée. Il rassemble le regard de 3 photographes sur le Château Castigno, un domaine viticole de l’Hérault. Patrick Tourneboeuf, Stéphane Lavoué et Bertrand Meunier y sont venus en résidence pour restituer l’âme des vignes et du domaine sous la bienveillance de Gilles Coulon, directeur artistique du Projet.

Notre critique, Pascal Therme a rencontré Stéphane Lavoué et Patrick Tournebœuf accompagnés de Patrick Le Bescont à l’occasion de la signature de leur livre « Tribu ».

La nouvelle cave de Château Castigno, signée de l’atypique architecte Lionel Jadot, est l’œuvre d’une vie, une promesse tenue, pour le couple de vignerons Tine et Marc Verstraete, propriétaires du domaine à Assignan dans l’Hérault.
Posés au milieu des ceps, ses mille huit cents mètres carrés intriguent. Selon l’angle de vue ou le recul, on croirait, tant le trait qui l’a dessinée est simple, issu d’un premier jet, une cabane géante imaginée par un gamin. Il faut se projeter dans les airs pour voir, en apesanteur, une bouteille, à la fois outil de travail à la pointe de la technologie et véritable sculpture de Land Art.
À Château Castigno, art et vigne font cause commune, c’est entendu. Pendant quatre mois, le temps d’un été, le village vivra dans la vibration singulière de la photographie, accrochée en grand format et en pleine nature, à l’occasion de la restitution des œuvres de trois artistes venus ici en résidence sur proposition du photographe Gilles Coulon, membre du collectif Tendance Floue, directeur artistique du projet « Tribu ». Ce dernier cherche « la complémentarité et la rupture, les couleurs chaudes de l’un et le noir et blanc de l’autre, la précision et l’efficacité du troisième ».

INFORMATIONS PRATIQUES
Tribu
Photographies : Patrick Tourneboeuf, Stéphane Lavoué, Bertrand Meunier
Texte : Magali Jauffret
Editions Filigranes / Chateau Castigno, Assignan
Anglais/Français
53 photographies en couleurs et noir et blanc
88 pages
ISBN : 978-2-35046-451-0
30,00 €
http://www.filigranes.com/livre/tribu/

Rencontre avec Patrick Le Bescont, Olga Kravets, Maria Morina & Oksana Yushko autour de Grozny : Neuf Villes

Le livre vient de sortir aux éditions Filigranes, en co-prodution avec les Rencontres d’Arles, la Fondation Luma et Dewi Lewis. L’exposition, elle, est visible jusqu’au 23 septembre à Arles. « Grozny : Neuf Villes » est un projet photographique collectif mené par deux photographes russes Olga Kravets, Oksana Yushko et une photographe ukrainienne Maria Morina. Depuis presque 10 ans, les trois femmes portent leur regard sur la mutation brutale que subit la capitale Tchétchène d’après guerre.

Le projet Grozny est inspiré du livre de Thornton Wilder, “Theophilius North” et se focalise sur l’idée que 9 facettes d’une villes, 9 cités, sont cachées dans une seule et même ville. Un concept qui nous a permis d’explorer les aspects spécifiques de l’aprés guerre des deux conflits Tchétchène en les considérant comme des cités cachées dans Grozny. Récompensé à Arles l’an dernier par le Dummy Book Award de la Fondation Luma, ce projet d’édition a pu voir le jour.

Notre critique Pascal Therme a rencontré Patrick Le Bescont et les trois jeunes photographes et l’auteur Anna Shpakova pour nous parler de l’ouvrage.

Portrait d’Oksana Yushko et Olga Kravets, Arles 2018 © Pascal Therme

« Nous étions déjà toutes les trois photographe depuis un certain temps quand nous nous sommes rencontré à l’occasion d’un séminaire online organisé par Objective Reality Foundation pour les jeunes photographes en Russie. Aprés cela, nous avons décidé de faire un projet ensemble, ce qui nous a amené à créer le premier collectif de photographes en Russie – Verso – dont la priorité était de couvrir les transitions sociales dans notre pays. Nous venons de différents univers, Olga était journaliste, Oksana était ingénieur et Maria dirigeait le développement de site web. Nous sommes toutes arrivées à la photographie grace à notre passion pour l’image et le témoignage. L’idée est de rendre la petite histoire plus forte. »

INFORMATIONS PRATIQUES
Grozny : Neuf Villes
Olga Kravets, Maria Morina & Oksana Yushko

Livre
Sorti 26 juin 2018
Français, Broché avec rabats
185 photographies en couleurs, 336 pages
Co-production : Rencontres d’Arles – Fondation Luma – Dewi Lewis
ISBN : 978-2-35046-447-3
35,00€
http://www.filigranes.com/livre/grozny-neuf-villes/

Exposition dans le cadre des Rencontres d’Arles
Du 2 Juillet au 23 Septembre 2018
Monoprix
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com

Rencontre avec Olivier Bourgoin de l’agence Révélateur autour de ContreNuit

Notre critique Pascal Therme a rencontré Olivier Bourgoin, fondateur de l’agence Révélateur. A l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles et du festival Voies Off, il présentait huit de ses auteurs au sein d’une seule et même exposition intitulée « ContreNuit ». L’exposition sera visible à l’automne prochain en région parisienne.

L’agence Révélateur, Arles 2018 De gauche à droite : Laure Pubert, Olivier Bourgoin, Damien Guillaume, Christine Delory-Momberger, Michaël Serfaty © Edith Laplane

L’exposition propose une plongée au coeur de la nuit. De l’errance à l’oubli, du rêve à l’insomnie, c’est une véritable matérialité du sombre, du noir. Périgrinations physiques ou mentales, nous abordons avec eux un labyrinthe de réminiscences, de fantasmagories, de mémoires altérées, de vestiges intimes, de peurs ou d’espoirs enfouis.
Visages, figures humaines peuplent les nuits. Yeux grands ouverts dans l’obscurité, les images se construisent autrement. Déambulations nocturnes, paysages, formes s’indéfinissent, s’enveloppent, s’absorbent. Se dévorent en attendant le jour ?

Exposition ContreNuit, Arles 2018
Exposition ContreNuit, Arles 2018

Avec «Fire Game», travail en couleurs toujours en cours, exclusivement réalisé sur le territoire français, Dan Aucante cherche plus à capter un moment qu’à faire un constat d’ensemble, ou dresser le portrait d’un groupe social. Son approche est d’abord de l’ordre du ressenti, laissant une part de subjectivité et de fiction s’immiscer dans ce qui pourrait au prime abord être considéré comme un reportage soigné. Et c’est entre jour et nuit que tout semble ici se nouer. Comme à l’adolescence qu’il capte ici.

Christine Delory-Momberger fouille au plus près de leur surface différents tirages photographiques familiaux et personnels, archéologue d’une histoire enfouie. Dans «exils/réminiscences» elle extrait une matière mémorielle, fragile, derrière l’opacité de l’oubli, du noir volontaire ou inconscient, qui masque et qui cache. Du noir que l’on gratte pour voir ce qu’il y a derrière. La nuit dans laquelle elle est plongée implose, fait surgir, derrière le grain photographique, le début d’une vérité, le résultat d’une obsession du comprendre, l’impérieuse nécessité de sortir d’une nuit qui a couvert une enfance, une adolescence. Le noir comme explorateur de soi.

«One lonely night» présente un extrait d’images puisées dans le grand abécédaire constitué par le travail photographique de Valérie Gondran, à la recherche d’une émotion, d’un sentiment, d’une idée, d’une histoire. De l’association de ses images – avec elles, au-delà d’elles, entre elles – émerge un nouveau récit, avec une composition visuelle dont l’ambiance pourrait être celle d’un polar mystérieux à la David Lynch. Une histoire courte en somme, comme se plaît à en conter l’auteure.

Les photographies de «Femmes et ivresse» ont été réalisées par Damien Guillaume dans des états d’ivresse avancées du photographe et de la plupart des modèles, au coeur de la nuit. Les modèles l’accueillent chez elles, sachant qu’ils vont boire, discuter puis mettre en place une séance de photographies durant laquelle elles devront poser nues au moment où il le décide, au moment où l’ivresse atteint un certain degré. Les photographies sont réalisées en doubles expositions afin de travailler sur la sensation de mouvement incontrôlé et de double personnalité du modèle (entre l’ivresse et la sobriété), captées de manière instinctives, inspirées par l’instant et l’espace. Elles ne sont jamais préméditées.
Les seules retouches des photographies sont liées à un renforcement du contraste.

C’est par la matière, l’adjonction d’huile aux grains photographiques qu’Irène Jonas ancre et encre son «Insomnie». Les images qu’elle associe et densifie deviennent les témoins et les protagonistes de ses nuits sans fin, et nous ramènent à nos propres éveils nocturnes. L’esprit voyage librement, passant d’une sensation à une autre, fait surgir et se mêler souvenirs enfouis et expériences quotidiennes. L’insomnie peuple aussi la nuit de créatures inquiétantes ou amies, hybrides de réalité et d’inconscient. Tout est encore fugace, fragile et l’on sent dans les images l’éventualité d’une disparition totale de ses visions : sont-elles sur le point de s’obscurcir
totalement ou au contraire sont-elles sur le chemin d’une éblouissante clarté ? Elles matérialisent tout à la fois l’épaisseur du temps, son instabilité et son inexorable bruissement.
De cet éveil naissent des énigmes, des chimères qui nous poursuivent parfois la nuit achevée.

Les différents lieux investis par Estelle Lagarde lui permettent de diriger des scènes qui, ajoutées les unes aux autres, racontent une histoire. Avec «De anima lapidum», Estelle Lagarde se livre à la matérialisation d’une intériorité. En plaçant sa chambre photographique dans plusieurs édifices religieux, aux quatre coins de la France, elle met en images une réflexion sur les relations s’établissant entre l’humain et les architectures de ces monuments, entre l’obscurité et la clarté des lieux et des âmes. C’est aussi notre propre mystique qui est ici sondée à travers la mémoire, les souvenirs et l’Histoire qui imprègnent les murs de ces monuments sacrés, témoins et gardiens de secrets, de péchés et d’espérances.

Laure Pubert navigue elle aussi entre le rêve et la réalité dans sa série «J’irai marcher sur tes traces». La sélection faîte dans ce travail réalisé au cours d’un long séjour en Norvège, nous entraîne sur le chemin du roman noir. C’est sûrement l’un des atouts narratifs de la nuit, l’une des libertés que cette dernière permet de construire mentalement. D’un récit et d’une quête photographique personnelle, dans ce choix d’images, Laure Pubert propose de laisser notre propre imaginaire divaguer et bâtir notre propre récit nocturne, de donner chair, âme et histoire aux personnages. Rien n’est figé, tout peut être fin ou commencement. C’est cette incertitude noire qu’explore la photogaphe.

Michaël Serfaty est, quant à lui, l’hôte de visages et de silhouettes qui, peu à peu, s’extirpent d’une noirceur – prison ou refuge. Ce sont peut-être «Ces choses au fond de nous» (titre de sa série) qui tentent de prendre forme à la faveur du calme et de l’indétermination de la nuit. L’imprécision de leurs formes, le flou que leur imprime le grain de l’image, entrouvrent plusieurs questionnements : serait-ce à la faveur de la nuit que ces êtres font leur visites, dans l’espoir d’une rencontre, avant de rejoindre à nouveau l’obscurité dès les premières lumières diurnes ? Ou bien au contraire tentent-ils définitivement de sortir de cette nébulosité et de rejoindre la lumière ? Peut-être bien les deux à la fois.

INFORMATIONS PRATIQUES
agence révélateur
http://www.agencerevelateur.fr
http://www.facebook.com/agencerevelateur
> Expo à venir
ContreNuit
Du 10 octobre au 10 novembre 2018
L’Anis-Gras Le Lieu de l’Autre
55 Avenue Laplace
94110 Arcueil

Rencontre avec Wiktoria Wojciechowska, Prix du Public du Nouveau Prix Découverte 2018

Le Nouveau Prix Découverte a été remis la semaine dernière, lors des Rencontres d’Arles, à l’artiste néerlandaise Paulien Oltheten. Alors que les 11 photographes sélectionnés étaient exposés à Ground Control, les visiteurs ont pu voter pour décerner le Prix du Public et c’est la jeune polonaise de 27 ans Wiktoria Wojciechowska qui remporte les suffrages avec sa série « Sparks ». Elle remporte également Le Prix de la photo Madame Figaro Arles 2018 !

Les galeries françaises à l’honneur de ce cru 2018 !

Le Prix du public récompense l’artiste et sa galerie, la Galerie Confluence (basée à Nantes) à travers une acquisition d’un montant de 5 000 euros. La lauréate 2018 est Paulien Oltheten, présentée par la Galerie des Filles du Calvaire (Paris). Le travail primé est visible jusqu’au 23 septembre à Ground Control, avec les travaux des 10 autres nominés.

Notre critique, Pascal Therme, a rencontré la jeune photographe autour de sa série « Sparks ».

Portrait de Wiktoria Wojciechowska, Arles 2018 © Pascal Therme

Sparks est le portrait multidimensionnel d’une guerre européenne contemporaine, oubliée mais toujours actuelle, la guerre en Ukraine. Wiktoria Wojciechowska est allée à la rencontre des combattants et des victimes de la guerre pour raconter son impact sur la vie de gens ordinaires. Le titre Sparks, étincelles en français, renvoie aux éclats brûlants des missiles qui transpercent sans pitié les murs des habitations. Ce sont les habitants, vivant près de la ligne de front, qui appellent ces éclats d’obus des étincelles, Іскри ou iskry en ukranien. En levant les yeux vers le ciel, en voyant la grêle des fragments brûlants, ils savent qu’ils n’ont plus le temps de trouver un abri. Ces « étincelles » incarnent la mort et la peur. Sparks propose plusieurs perceptions du phénomène de la guerre au travers de photographies, de collages et de films mêlés aux images collectées auprès des combattants, à leurs paroles et à des images symboliques de la guerre.

INFORMATIONS PRATIQUES
Nouveau Prix Découverte 2018
Du 2 juillet au 23 septembre 2018
Ground Control
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com
http://wiktoriawojciechowska.com
http://galerie-confluence.fr

A LIRE
Paulien Oltheten, Lauréate du Nouveau Prix Découverte 2018

Le village Potemkine : Au cœur d’une légende avec Gregor Sailer

Gregor Sailer est un photographe autrichien de 38 ans, son travail a été sélectionné pour être présenter dans le cadre de la 48ème édition des Rencontres de la photographie à Arles en co-prodution avec le Centre de la Photographie Genève. Cette exposition, qui est visible au Cloître Saint-Trophime, s’intitule « Le village Potemkin », il rassemble une sélection de photographies réalisées entre 2015 et 2017 de villes… qui n’existent pas.

Au départ de ce travail, le photographe s’est saisi d’une légende historique, celle du prince russe Grigory Potemkine qui fit construire, en 1787, des villages entiers en carton-pâte afin de masquer la pauvreté en Crimée lors de la visite de l’impératrice Catherine II. C’est ainsi que l’artiste autrichien a parcouru le monde à la recherche de ses fausses villes faites uniquement d’illusion. Des centres d’exercice militaire aux Etats-Unis et en Europe aux répliques de villes européennes en Chine, en passant par des pistes d’essais de véhicules en Suède ou encore des rues entières mises en scène pour la visite de personnalités politiques… La série documente ce phénomène architectural étrange où seul l’apparence fait sens. Gregor Sailer saisit l’absurdité de notre époque et nous pousse à voir et à réfléchir au-delà du visible.

Pascal Therme, notre critique, a rencontré Gregor Sailer lors de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles, voici son interview :

http://www.gregorsailer.com

INFORMATIONS PRATIQUES
• Exposition
Le village Potemkine
Gregor Sailer
Du 2 Juillet au 23 Septembre 2018
Cloître Saint-Trophime
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/237/gregor-sailer
• Edition
The Potemkin Village
Gregor Sailer
Les éditions Kehrer Verlag, 2017
24 x 30 cm, 304 pages
ISBN 978-3-86828-827-8
https://www.kehrerverlag.com/en/gregor-sailer-the-potemkin-village

Les Lauréats de la 10ème édition du Prix Levallois 2018 dévoilés
Rencontre avec les directeurs artistiques Catherine Derioz et Jacques Damez

C’est à Arles, ce jour, que s’est déroulée la remise du Prix Levallois création photographique internationale 2018 en présence de Valérie Jouve, marraine du Prix. Le lauréat de cette édition 2018 est Pierre-Elie de Pibrac avec Desmemoria, photographe de l’agence VU’, la mention spéciale est attribuée à Emmanuel Tussore et enfin c’est Camille Shabestari qui remporte le Prix du public !
A cette occasion, nous avons rencontré Catherine Derioz et Jacques Damez, de la galerie Le Réverbère à Lyon, nouvellement à la direction du Prix.

Mowwgli : Depuis cette année, vous êtes en charge de la direction artistique et du commissariat du Prix Levallois qui fête cette année ses 10 ans, quelle vision avez-vous du Prix ?

Pour nous ce qui est important et remarquable est l’intérêt d’un prix pour la photographie. Cet intérêt est essentiel puisque nous défendons la photographie ; tout ce qui peut la promouvoir et la soutenir nous concerne et motive notre attention depuis toujours.
10 est le premier anniversaire qui compte. En effet, ce temps montre une stabilité et une volonté de s’inscrire dans la durée. Le fait d’être les directeurs artistiques de cet âge symbolique et d’organiser le passage à la prochaine décennie est une responsabilité que nous prenons très à cœur.

Mowwgli : Vous avez reçu près de 700 dossiers venus de plus de 70 pays, vous avez sélectionné 15 dossiers, pouvez-vous nous parler de ce travail de sélection ? Qu’avez-vous découvert au travers de tous ces dossiers reçus ? Quels axes avez-vous privilégiés pour les dossiers des 15 nominés ?

C’est une expérience rare que de dépouiller plus de 700 dossiers, environ 10 000 images. Cela demande une grande concentration et une disponibilité pour regarder et pas juste voir. Ramener à 15 cet ensemble s’est fait au vu de ce que nous y avons découvert. Nous n’avons pas orienté notre choix en direction de quelque intérêt particulier. Les 15 candidats sélectionnés sont les meilleurs travaux représentant les grands courants émanant de l’ensemble. Nos conclusions soulignent une présence très dominante de la photographie documentaire et de la nature morte, une interrogation dialectique entre le noir et blanc et la couleur. Pour conclure, une mélancolie inquiète tisse sa trame au cœur de cette génération ; ces jeunes photographes nous proposent une vision distante et engagée du monde.

Mowwgli : Cette 10ème édition du Prix vient d’être remportée par Pierre-Elie de Pibrac. Et la mention spéciale revient à Emmanuel Tussore. Ils ont été choisis par le jury. Pouvez-vous nous parler de leurs travaux respectifs ?

La série primée de Pierre-Elie de Pibrac, Desmemoria, ou les oubliés du rêve révolutionnaire, est une étude approfondie sur les Azucareros — peuple issu du sucre — à Cuba. Ce travail documentaire explore les sites, villages, usines organisés autour des activités sucrières, et les hommes en activité ou qui le furent. Une utilisation juste du noir et blanc et de la couleur permet de comprendre certains enjeux du pays et de sa culture. Pierre-Elie de Pibrac prend de contre-pied les apparences : il photographie les paysages en noir et blanc pour casser l’exotisme et utilise une chambre et du film couleur pour les portraits des travailleurs posant devant leur façade repeinte, telle que l’impose le castrisme. Il applique ensuite en filigrane une phrase issue de discours de propagande, répétée à l’infini. Ces partis pris conceptuels et esthétiques tressent de nombreux aller-retours qui nous renseignent et témoignent de l’importance emblématique du sucre dans l’histoire de cette île.

Avec Home, Emmanuel Tussore propose un travail de nature morte documentaire. Il sculpte dans des savons les ruines des bâtiments de la cité d’Alep; par la métaphore celles-ci deviennent plus vraies que nature. Ces cubes de couleur, qui varient du jaune au vert bleu, dans la répétition de la forme des écroulements qu’ils reconstituent, dessinent l’image d’une ville sacrifiée. Cet ensemble très maîtrisé a une beauté plastique silencieuse et évoque le souffle assourdissant des bombardements.

Mowwgli : Chaque année, un Prix du Public est attribué, c’est Camille Shabestari qui a remporté les votes. Quel regard portez-vous sur ce choix ?

Camille Shabestari avec Ainsi parlait Zarathoustra, présente une enquête sur le zoroastrisme, religion venue de l’antiquité perse, actuellement pratiquée en Iran, en Inde et au Kurdistan irakien. Zarathoustra fut le prophète du dieu suprême et immatériel Ahura Mazda qui créa le ciel et la terre. Aujourd’hui cette religion se confronte à l’islam et se pratique de façon très secrète dans des lieux retirés. Camille cherche la distance juste afin de nous faire découvrir cet univers de façon respectueuse.

Ces trois séries seront présentées à la galerie de l’Escale de Levallois, dès le 5 octobre ; nous vous invitons à découvrir une génération de photographes qui révèlent leur inquiétude face au monde.

Le Jury était composé de : Sherine Audi (Collectionneuse), Éric Cez  (Directeur des éditions Loco), Héloïse Conesa (Conservatrice du patrimoine à la Bibliothèque nationale de France, en charge de la collection de photographie contemporaine), Stéphane Decreps  (Adjoint à la Culture de la ville de Levallois) et Sylvie Hugues  (Journaliste et consultante en photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les lauréats du Prix Levallois 2018
Exposition
Du 5 octobre au 24 novembre 2018
http://prix-levallois.com
contact@prix-levallois.com