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Rencontre avec Blanca Li : Elektrik’ au Théâtre 13ème Art

Rencontre avec Blanca Li, artiste aux multiples talents, à l’occasion de la présentation de son dernier spectacle ‘Elektrik’ au Théâtre 13ème Art, Place d’Italie dans le 13ème arrondissement de Paris.

Avec Elektrik, Blanca Li signe sa troisième production autour de la danse electro, style urbain survolté, concentré d’énergie mais ô combien précis. Un style bien français, puisque né en région parisienne dans les années 2000, et qui depuis a beaucoup évolué, enrichissant sa gestuelle, pour essaimer dans le monde entier. Blanca Li fut l’une des pionnières dans le domaine, repérant de jeunes danseurs (amateurs à l’époque), donnant ses lettres de noblesse à la danse électro qui a inspiré sa première création ‘Elektro Kif’ en 2010 puis le film ‘Elektro Mathematrix’ en 2015.

Mowwgli : Blanca, quelle est la trame de cette nouvelle création? Quelle(s) émotion(s) cherchez vous à créer auprès du public?

B.L. : Je ne suis pas sûre des émotions « à créer » chez le public. En revanche, j’ai une intention très claire, très simple : communiquer la joie que j’éprouve moi-même en regardant ces danseurs; partager le plaisir de danser, l’énergie que cela génère. En fait, j’ai juste envie de partager ‘mon’ émotion et donner envie au public de ressentir ce même contentement communicatif.

Mowwgli : Comment avez vous recruté ces danseurs qui ont l’air de prendre beaucoup  de plaisir à danser sur scène? Comment se passaient les répétitions? 

B.L. : Vraiment? (Rires de Blanca).

Les danseurs d’abord: À la base, ce sont tous des lycéens, jeunes danseurs amateurs. Issus pour certains d’entre eux de milieux moins favorisés que d’autres ou aux origines familiales, scolaires et sociales parfois compliquées. Mais tous dans la partage de la culture électro, passionnés et qui ont beaucoup travaillé leur style. J’ai pu leur donner la chance de se faire connaître, d’ouvrir des portes et les laisser éclore dans le milieu de la danse. Par leur travail personnel, leur engagement et leur volonté, ils ont aussi su attraper des opportunités et gagner en maturité, chacun avec ses spécialités et sa gestuelle propre.  Pour devenir, aujourd’hui, des danseurs professionnels complets collaborant dans divers groupes. Ils ont toutefois gardé une habitude propre à ce style de danse urbain: le goût du challenge et de la compétition. Et une très forte individualité.

Conséquence pour la chorégraphe que je suis : la difficulté de conjuguer l’individualité et l’esprit de groupe; préserver des moments où le soliste s’exprime et est fier de montrer ses spécialités,  mais sans que le goût du défi et du challenge ne prenne le pas sur l’appartenance à la troupe.

À cet égard, vous aurez noté qu’Elektrik s’ouvre sur une musique classique, tous les danseurs portent le même costume ainsi qu’un masque. On ne sait donc pas qui est qui; et cela a peu d’importance. La fin du spectacle est tout autre, mais, là, je vous laisse découvrir.

Mowwgli : Elektrik s’inscrit-il dans une suite logique du spectacle Elektro Kif de 2010 et du film Elektro Mathematrix de 2015?

B. L. : Il n’y pas vraiment de trame ou de suite. Juste trois spectacles qui accompagnent la progression des danseurs. Ils ont beaucoup grandi vous savez, et aussi gagné en technique et maturité. Comme je le disais, je les ai aidés à émerger, à passer d’amateur à professionnel, à être reconnus dans le milieu. Cela aussi est un plaisir et un partage, une grande joie; avec pour lien commun, la danse. Ma passion, notre passion.

Mowwgli : Une suite à Elektrik, un nouveau projet bientôt, Blanca ? 

B. L. : (long rire de Blanca) … un millier de projets. Après le 13ème Art, Elektrik devrait partir en tournée, à l’instar de ce qu’avait eu la chance de faire Elektro Kif avec une tournée mondiale de 2011 à 2014. Il rejoindra mon précédent spectacle ‘Solstice’ créé pour le Théâtre National de Chaillot qui est en tournée actuellement tout comme ‘ROBOT’ – mon autre spectacle qui fait danser sur scène robots japonais et danseurs en chair et en os – et qui connaît de beaux succès dans le monde. Je pars d’ailleurs à Taïwan dans 10 jours présenter ROBOT à Kaoshiung à partir du 25 avril. Et puis il y a aussi ‘Déesses & Démones’ que je présente fin juin au Festival International de musique et de danse de Grenade – retour dans mon pays natal.

Pour la création, plein d’idées en-tête mais pour l’heure je me concentre sur la création d’une pièce classique commissionnée par le Ballet National de l’Uruguay pour fin 2018 et aussi un autre grand projet; mais là, chut: trop tôt pour en dire plus. Mes danseurs m’appellent d’ailleurs pour le spectacle …

Mowwgli : chère Blanca, avant de vous laisser partir rejoindre vos danseurs pour la représentation de ce soir, si vous deviez résumer Elektrik en 5 mots ou chiffres? 

B. L. : 3 (3ème spectacle de danse électro) – 8 (8 super beaux danseurs) – Électro – Énergie – Joie & Plaisir … D’ailleurs, ça fait 6 non? Merci et à tout à l’heure dans la salle!

Blanca Li est une artiste franco-espagnole. Elle est chorégraphe, danseuse, réalisatrice de films et comédienne. Née à Grenade (Espagne), Blanca Li est tout d’abord gymnaste et rejoint l’équipe nationale à douze ans. Elle part à dix-sept ans à New York et étudie pendant cinq ans à l’école de Martha Graham; elle vit ainsi là-bas, en direct, la naissance du hip hop. De retour en Espagne, elle monte sa première compagnie de danse contemporaine à Madrid. Etablie en France à partir de 1992, elle crée la Compagnie Blanca Li en 1993 et poursuit depuis une carrière riche, multiforme et internationale, inscrivant de nombreuses créations à son répertoire et connaissant maints succès dans ses tournées mondiales.

Blanca Li a vu sa carrière internationale récompensée par de nombreux prix et décorations, avec notamment la Médaille d’Or des Beaux Arts (2009) décernée par le Roi d’Espagne aux vingt personnalités marquantes des arts et de la culture. Blanca Li est aussi, en France, Chevalier de la Légion d’Honneur (2014), Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres (2007) et Chevalier dans l’Ordre National du Mérite (2004). Blanca Li est mariée et mère de deux garçons.

ELEKTRIK
Une production Blanca Li; soutenue par Access Industries
Du 27 mars au 14 avril 2018
www.blancali.com
Théâtre le 13ème Art
Place d’Italie, Paris 13ème
www.le13emeart.com

Carte blanche à Jeanne Mercier : Robyn Orlin, chorégraphe

Pour sa deuxième carte blanche, notre invitée de la semaine, Jeanne Mercier, co-fondatrice et rédactrice en chef d’Afrique in Visu, a souhaité nous parler de Robyn Orlin, chorégraphe sud-africaine et plus particulièrement son spectacle de danse « Daddy, I’ve Seen this Piece 6 Times Before and I still Don’t Know Why They’re Hurting Each Other…

J’ai vu ce spectacle dans la Grande Halle de la Villette en 2010. Cela avait été un moment très fort pour moi. Si vous avez l’occasion de le voir, vraiment courez- y. C’est dérangeant, ironique ( comme le souligne le titre), tout en contraste avec le solo puissant de Neli Xaba ( Nelisiwe Xaba, l’une des danseuses qui me touche le plus et dont j’ai découvert le travail au festival Dense Bamako Danse au Mali) parodiant le Lac des Cygnes et les chorégraphies collectives drôlissimes à coup d’assiettes sur cette superbe cumbia : Soledad de Los Galleros ( Depuis je l’ai d’ailleurs beaucoup écouté).
Ce spectacle créé en 1999 tourne en dérision le ballet classique, importation coloniale soutenue durant l’Apartheid par le gouvernement blanc nationaliste.

Danse, théâtre, vidéos, voies off omniprésentes, même la traduction fait partie du show.  C’est pour moi, un spectacle d’une telle intelligence sur la complexité d’un « vivre ensemble » en Afrique du sud aujourd’ hui ( c’est à mon sens une question universelle et qu’on peut lire à différents niveaux en fonction de notre contexte) qu’il devrait être présenté dans les écoles. Cela rendrait peut etre le monde meilleur, qui sait ? Enfin, cela le rendra certainement plus drôle.

http://www.paris-art.com/daddy-ive-seen-this-piece-6-times-before/ 

Carte blanche à Pierre Leotard : Luigia Riva, chorégraphe et performeuse

Pour cette deuxième carte blanche, notre invité de la semaine, Pierre Leotard, fondateur des revues Corridor Éléphant.com et Niepcebook, nous présente la chorégraphe et performeuse Luigia Riva au travers d’une courte interview.

Chorégraphe et performeuse, Luigia Riva interroge à travers ses créations autant les rapports humains que les règles qui les régissent.

Quelle est votre actualité ?

Je travaille actuellement sur une production “IN/CONTRO” qui est fruit d’une collaboration entre Alioune Diagne, directeur du centre Choregraphique de Saint Louis au Senegal, Clay Apenouvon, artiste plasticien Togolais vivant à Aubervilliers et moi-même .

Ce projet sera présenté en mars 2019 au théâtre le Tarmac à Paris et au festival Duo/solo à Saint Louis du Sénégal en juin 2019.

On retrouve dans toutes vos chorégraphies la notion de contrainte (des corps, des déplacements, etc.. ). Pourquoi ?

La contrainte permet de trouver la liberté. je suis convaincue que plus nous sommes “contraints”, plus nous sommes obligés de trouver des solutions mais aussi de nouveaux espaces de liberté. Une contrainte est un face à face avec soi-même.

Pourquoi avoir choisi la danse contemporaine ?

J’ai une formation classique. pour moi la danse est un langage, un mode d’expression qui permet de dire, de révéler, de motiver un propos ou une opinion. Il m’est apparu, dès le début, comme un évidence que je me devais de m’exprimer dans un “langue” contemporaine.

Quelle est votre scène fétiche ?

Le palais de Chaillot, Elle est aujourd’hui la scène nationale de la danse mais également un lieu chargé d’histoire. On ne peut s’y produire sans y penser.

Quel est votre plus beau souvenir ?

Avoir dansé une première fois “Inretita”, performance féministe, au Sénégal, et avoir vu un public, pourtant très éloigné de l’art contemporain, être touché par le spectacle.

Qu’est-ce que la danse ?

Une forme d’écriture.

INNESTI teaser :

Inedito Extrait :

INFORMATIONS PRATIQUES
http://www.luigiariva.com

Isabelle Adjani pour le coup d’envoi de la 4ème saison « Monuments en Mouvement » à la Villa Cavroix

Après trois éditions couronnées de succès, « Monuments en mouvement » est de retour en 2018 pour une 4ème saison de performances et pièces chorégraphiques présentées dans les monuments nationaux, partout en France.

Le 12 février s’est tenu une nocturne exceptionnelle à la Villa Cavrois, chef d’œuvre d’art total de Robert Mallet-Stevens, Opening Night, lecture-performance inédite par Isabelle Adjani et Cyril Teste,
sous l’impulsion du Centre des monuments nationaux, associé au Théâtre du Nord (Lille).

A titre inaugural, dans le cadre d’une courte et libre mise en espace, ils entament à deux cette aventure commune. Leur dialogue pose les premiers jalons d’une sorte d’autoportrait rêvé d’une actrice face aux fantômes du rôle qui l’attend.

Cette lecture-performance marque le début d’un voyage vers un projet en cours de création, et qui s’intitulera Opening Night.

Conçue par Robert Mallet-Stevens de 1929 à 1932, la villa Cavrois est un remarquable exemple d’architecture civile de la première moitié du XXe siècle construite à Croix, à côté de Roubaix. Elle est habitée jusqu’en fin 1939 par la famille Cavrois, obligée de quitter alors le Nord devant l’avancée des troupes allemandes. Après certaines vicissitudes elle est finalement acquise en 2001 par l’Etat, celui-ci engage immédiatement des mesures de sauvegarde, puis de restauration. Le Centre des monuments nationaux, qui a achevé la restauration suite à l’intervention de la DRAC Nord-Pas-de-Calais, l’ouvre et l’anime depuis le 13 juin 2015. Plus de 220 000 visiteurs ont été accueillis depuis, ce qui témoigne de l’engouement du public pour le patrimoine du XXe siècle.

INFORMATIONS PRATIQUES
Villa Cavrois
60 avenue du Président Kennedy
59170 Croix
http://www.villa-cavrois.fr
Programmation Monuments en mouvement :
https://www.monuments-nationaux.fr

L’Empire : Kubilai Khan investigations et les violences mexicaines

D’une intensite peu commune, la nouvelle création du Toulonnais Frank Micheletti nous amène sur les routes du Mexique. Des violences permanentes envers les migrants plongent la réalité en une atrocité humaine insoutenable. Des non-dits que la création artistique fait sortir et expose. L’Empire est un ballet de sens où danse, musique et dessins se lient et s’allient dans une chorégraphie poétique, oubliant la brutalité et rêvant de jours meilleurs. Les nouvelles technologies s’invitent dans le discours théâtral et propose un spectacle d’une grande modernité. Création de dessins informatiques par Hildegarde Laszak, musique électronique live par Frank Micheletti, danse de Gabriela Ceceña, les arts s’entrechoquent comme autant de corps bousculés et errant vers la Terre Promise, celle de l’espoir. Un espoir qui se conjugue au féminin avec ce dessin  représentant une femme, le bras vers l’horizon, montrant la voie vers ce chemin tant souhaité: vivre!. Un spectacle d’une forte fragilité.

INFORMATIONS PRATIQUES
L’Empire
Durée 50 min
Représentations tous les soirs à 20h jusqu’au 19 janvier 2018
Le Liberté – Scène Nationale de Toulon
Place de La Liberté
83000 Toulon
Plus d’infos ici

Chorégraphie et conception Frank Micheletti
Avec Gabriela Ceceña
Dessins Hildegarde Laszak
Musique en direct Frank Micheletti

Le temps qui reste au théâtre de la Madeleine

Philippe Lelouch et ses compagnons (Christian Vadim, David Brecourt et Noémie Elbaz) sont de retour dans un spectacle réjouissant en ce début d’année au théâtre de la Madeleine.

Un trio de quinquagénaires se retrouve à l’occasion de l’enterrement de leur meilleur copain Max dans la maison de campagne de ce dernier. Bientôt rejoints par la veuve (joyeuse) de celui-ci, ils se découvrent des secrets sur leur défunt camarade. Les répliques fusent et sous ce jeu de ping pong bien rôdé se cache des révélations pas toujours simples à assumer.
C’est l’heure des confessions et bientôt des bilans pour ces « quinquas aux préoccupations somme toute très contemporaines : la virilité, le sexe, la réussite..
Comme des équilibristes sur un fil, chacun tend un miroir à l’autre dans un registre tour à tour léger et grave, comique et tragique. Qu’en est-il de vos rêves de jeunesse ? Que sont vos talents devenus ?
Doit-on tout dire en amitié ?
Jusqu’aux confidences : l’homosexualité de l’un, l’adultère d’une autre, la passion sublimée et inassouvie pour la femme d’à côté, les masques tombent et les nerfs soumis à rude épreuve. Le côté incongru des circonstances rajoute un piment supplémentaire aux aveux.
Si cela sonne juste c’est notamment dû au talent du très discret Christian Vadim, fils de Catherine Deneuve, venu à la comédie malgré sa mère. Il associe à la technique du jeu, le charme et l’élégance de la retenue.
Après le triomphe de « Boire, fumer et conduire trop vite »cette bande d’amis sur scène et à la ville nous invite à relire nos choix et profiter du bonheur quand il frappe à la porte.

Un début d’année placé sous le signe de la fidélité à soi-même et aux autres avant qu’il ne soit trop tard.
En cette période si instable rien de mieux que de dire à ceux que l’on aime l’essentiel…

INFOS PRATIQUES :
Mise en scène de Nicolas BRIANÇON
Avec Philippe LELLOUCHE, Christian VADIM et David BRECOURT
et Noémie ELBAZ
Théâtre de la Madeleine
19 rue de Surène
75008 Paris
Evénement terminé
Prochainement au théâtre de la Madeleine, Victoria Abril dans « Paprika » à partir du 27 janvier.
https://www.theatre-madeleine.com

 

Au But, la pièce de Thomas Bernhard en représentation au Liberté

Quel but? Sommes-nous un jour arrivés au but? De notre métier, de nos relations, de notre vie? Existe-t-il un but dans la pièce de l’autrichien Thomas Bernhard? Depuis trente-trois ans, à date fixe, une mère et sa fille obéissent à un rituel immuable : elles partent pour leur maison au bord de la mer à Katwijk, en Hollande.

« J’entends la mer  et ce sont les bravos le bruit de la mer ce sont les applaudissements à votre pièce, vous êtes au but Monsieur« 

Voici le but de leur année, celui de retrouver cette villégiature en y espérant passer un séjour agréable et heureux. Mais cette année, elles dérogent aux habitudes en invitant un auteur dramatique, dont elles ont vu il y a peu la pièce, à les accompagner. La fille a été enchantée de la pièce « Sauve qui peut » alors que la mère a été sceptique puis l’a chaleureusement félicité. Enfin, sur un coup de tête, elle décide de l’inviter avec elle à Ktawijk.

au but

« Une heure entière sur les acteurs et pas une seule fois il n’a pensé à moi, que je suis vieille et entends mal et qu’au fond rien ne m’intéresse plus en tout cas pas l’art dramatique en tou cas pas le théâtre […] Je n’ai pas résilié notre abonnement et maintenant voilà les conséquences ce n’est plus qu’une habitude il y a longtemps que nous n’aimons plus le théâtre nous faisons semblant de l’aimer, nous le haïssons par ce qu’il est devenu pour nous une habitude et nous nous haïssons nous-mêmes quand nous y allons avant même que ce soit commencé, nous avons tout compris […] Nous voyons quelque chose que nous ne pardonnons pas que nous haïssons et puis nous applaudissons, je n’avais d’abord pas applaudi je n’ai pas pu faire autrement mais ensuite quand nous sommes sortis du théâtre j’ai eu honte j’applaudissais quelque chose d’éhonté et puis ce visage arrogant « .

A travers les long monologues de la mère paraît un caractère morose, inculte, cynique et cruelle, qui déteste tout et refuse tout. Sauf celui d’imposer sa voix et de se raccrocher à l’existence à sa fille, jusqu’à l’étouffement mutuel. « La mère qui serre son enfant contre elle et ne la laisse plus partir jusqu’à ce qu’elle étouffe […] Mon occupation favorite la torture infligée à soi-même en te torturant en te défigurant depuis des dizaines d’années, je me suis moi-même défigurée dans l’amour tu comprends enchaînées l’une à l’autre dans l’amour dans l’amour maternel vrai mon enfant […] La mère ne veut pas donner son enfant elle l’enchaîne à elle et ne la lâche plus et si elle s’arrache à elle elle est punie de mort l’arrachement est suivi de la peine de mort tu me comprends n’est ce pas ? Tu es faite pour moi je t’ai mise au monde pour moi tu n’es pas Richard (le bébé qui est mort) qui a échappé tu es pour moi pour moi toute seule tu ne doutes tout de même pas que tu m’appartiennes à moi seule rien qu’à moi seule tu m’appartiens de la tête aux pieds ».

Portée par Dominique Valadié, le personnage de la mère cynique et blessante dévoile dans ses longues tirades où rien n’existe sauf ses propres paroles, la question du « but » sur les choses de l’existence.  A la manière d’un « A quoi bon »? Une mise en abîme aussi où l’auteur se représente lui-même, incarné par Yannick Morzelle, formidable en auteur dramatique fier et sûr de lui. Le seul qui arrive -un temps- à tenir une conversation avec cette mère si incohérente, si folle!

La mère: « Vous mettez aussi à vos personnages une épouvantable camisole à tous vos personnages et ils ne peuvent pas enlever leurs camisoles comme vous qui avez enlevé votre camisole vous enfermez tous vos personnages dans d’épouvantables camisoles ».

L’auteur : « En effet, ce sont des camisoles d’épouvantables camisoles où j’enferme mes personnages mais en fait ils s’y glissent volontairement ce sont des acteurs […] Au dernier moment tous ces personnages glissent hors de leur camisole avant d’être étouffés jamais encore un acteur ne s’est étouffé dans la camisole que l’auteur lui a mise la camisole mortelle non ».

La pièce est forte de ces interrogations et de l’image de cette femme, aigrie, dont les longs monologues révèlent une philosophie crue de l’existence: « Mais nous ne vivons qu’en questionnant nous n’existons qu’en questionnant bien que nous sachions que nous ne recevons pas de réponse nous ne recevons pas de réponse, qui puisse être acceptée par nous c’est bien çà[…] A la fin de la vie nous constations que nous n’avons toute notre vie que poser des questions mas pas reçu une seule réponse […] Mais nous recommençons toujours à nous faire des illusions, nous ne croyons pas que tout soit aussi désespéré que tout soit si mauvais alors que ce n’est que mauvais pensez-vous que tous soient morts de çà parce tout est si mauvais parce la nature est si mauvaise. »

Quant à la fille, jouée par Léna Bréban, elle est inexistante, oubliée, démolie par une mère possessive et oppressante. Mais finalement, serait-ce elle qui aurait trouvé la réponse à ces pensées obscures? « C’est toujours quelque chose de nouveau, c’est toujours entièrement nouveau si nous en avons la volonté si nous voulons voir le nouveau ».

INFORMATIONS PRATIQUES
Au But de Thomas Bernhard
Représentation au Liberté jusqu’au 09 décembre à 20h.
Mise en scène: Christophe Perton
Avec Dominique Valadié, Léa Bréban, Yannick Morzelle et Manuela Bertrand.
Théâtre Le Liberté
Grand Hôtel – Place de la Liberté
83000 Toulon
http://www.theatre-liberte.fr/evenements/2017-2018/749/au-but

Vous n’aurez pas ma haine – Le roman d’Antoine Leiris porté au théâtre

Les mots ont cette faculté de véhiculer toutes sortes d’émotions. De l’amour à la haine, de la passion à l’angoisse, les mots pansent les maux. Avec leur limite aussi parfois. Lire la lettre qu’Antoine Leiris, journaliste, a écrite au lendemain des attentats du Bataclan, dans lesquels il perdit son épouse,Hélène Muyal-Leiris, maman de leur bébé Melvil, était déjà un choc émotionnel. Antoine, meurtri, promit que la terreur n’envahirait jamais son coeur.

Quelques mois plus tard, cette lettre s’est transformée en un roman éponyme. Chaque page lue fut un instant de plus pour retenir ses larmes. Antoine Leiris y raconte sa vie bouleversée; son quotidien enchanté, le trio vital qu’ils formaient, détruit par des gens obscurs, avides de noirceur, de terreur et d’inhumanité.  » Hélène est là-bas  » : le roman se déroule du soir du 13 novembre 2015jusqu’à l’enterrement d’Hélène quelques jours plus tard. On referme l’ouvrage, rempli de ce message d’espoir. Rien ne peut céder à la haine.

« Vous n’aurez pas ma haine » est l’adaptation au théâtre de ce poignant roman. Mise en scène par Benjamin Guillard, c’est le comédien Raphaël Personnaz qui porte les paroles d’Antoine Leiris, seul sur scène, accompagné de quelques notes de musique jouées par Lucrèce Sassella. La première de cette pièce fut jouée le mercredi 08 novembre 2017 au Liberté, scène nationale de Toulon, après une résidence de création in situ. L’interprétation de Raphaël Personnaz fut bouleversante, forte, magistrale. Le comédien sublime le message d’espoir et de résilience. Présentée à Toulon du 08 au 11 novembre 2017, la pièce est reprise du 14 novembre au 10 décembre 2017 au Théâtre du Rond-Point à Paris.

« A l’instant où je prononce ces mots, je comprends qu’il n’y a pas d’issue…Elle sera avec nous, là, invisible. C’est dans nos yeux qu’on lira sa présence, dans notre joie que brûlera sa flamme, dans nos veines que couleront ses larmes. »  Sur scène, les mots d’Antoine Leiris prennent une dimension encore plus réelle et troublante. L’interprétation sensible du comédien est juste. Il porte un message d’amour sans tomber dans un mauvais pathos. « Parfois, vous avez du mal à retenir votre émotion, car la difficulté est de ne pas se faire écraser par la charge émotionnelle de ce texte là et d’arriver à le transmettre » confie Raphaël. Les larmes coulent sur les visages des spectateurs, l’émotion gagne le public. Comment faire face à ce drame? Comment garder le courage de vivre pour soi, pour son enfant? « On ne se soigne pas de la mort. On se contente de l’apprivoiser » nous dit Antoine/Raphaël. Et nous prenons en pleine figure une leçon d’amour et de courage. Raphaël donne vie au texte d’Antoine, dans une ode à la vie, un souffle essentiel. L’interprétation théâtrale, toute en pudeur, libère les paroles d’une extrême beauté. Sans haine et avec amour, ces mots deviennent le meilleur rempart contre cette terreur gratuite. Des mots salvateurs pour l’humanité.

INFORMATIONS PRATIQUES

Vous n’aurez pas ma haine
> Théâtre du Rond-Point
2bis Avenue Franklin Delano Roosevelt
75008 Paris
Présentée du mardi 14 novembre au dimanche 10 décembre 2017 – lien ici
 > Le Liberté – Scène Nationale de Toulon
A été présentée du mercredi 08 au samedi 11 novembre 2017 – lien ici

Rencontre avec le chorégraphe Jonah Bokaer, le Mudam Luxembourg

C’est à l’occasion du festival Est Express co-organisé par le Centre Pompidou Metz et le Mudam Luxembourg que nous assistons à la performance du chorégraphe star américain Jonah Bokaer The Disappearance Portraits. Ayant collaboré avec des figures telles que Merce Cunningham, Tino Sehgal et Robert Wilson,Jonah Bokaer développe une oeuvre prolifique, à la croisée des formes artistiques : entre danse, vidéo, dessin, animation et installation interactive.

Centrale à toutes ces facettes, sa pratique de la danse est intimement liée à la question de l’espace. Accompagné d’une composition musicale de Soundwalk Collective, il interprète pour le Mudam sa seule création solo de l’année 2017 qui aborde notamment le thème de la migration des individus et des cultures autour de la mer Rouge.

Il a répondu à nos questions.

Mowwgli : En quoi l’espace du Grand Hall et l’œuvre Stone Collection de l’artiste Su-Mei Tse vous ont inspiré pour ce nouveau volet de « The Disappearance Portraits ? »

Jonah Bokaer : C’est la deuxième fois que je me produits au MUDAM | Luxembourg. J’étais déjà venu en 2012 avec un solo in-situ « Study for Occupant ». J’avais à l’époque exploité l’espace très différemment, avec un focus sur l’architecture de I.M Pei. Cette fois, les œuvres de Su-Mei Tse étaient d’une telle majesté, que j’ai décidé de tirer avantage du lieu ainsi que principalement des pièces installées dans le Grand Hall. J’ai été très ému par l’œuvre de cette jeune artiste. Et nous partageons une sensibilité et une vision commune. Avant tout, cela a été un honneur pour moi de collaborer avec une artiste de cette profondeur et de cette ampleur.

Mowwgli : L’univers des musées que vous investissez à l’occasion possède des caractéristiques particulières, en quoi est-ce un terrain d’expérimentation fertile ?

J. B. : En tant que chorégraphe je m’intéresse à deux éléments visuels : l’art et l’architecture. Une chorégraphie est avant tout un geste visuel, écrit. Le rapport corps/ habitat me fascine depuis toujours. Pour toutes mes performances, qu’elles soient traditionnellement présentées sur une scène de théâtre ou in-situ dans un espace ouvert et public, comme un musée par exemple, je collabore avec des artistes visuels pour la scénographie, comme c’est le cas avec Anthony McCall, Lee Ufan par exemple, ou pour rentrer en dialogue avec eux, comme cela a été récemment le cas avec Su-Mei Tse.

Mowwgli : Quels sont ces grands mythes qui traversent votre œuvre ?

J. B. : Je m’intéresse à la mythologie en général. Les mythes anciens me visitent. Selon mes projets et mes pièces je vais puiser dans certaines légendes du monde entier, et le plus souvent du pourtour méditerranéen. La recherche de mes racines me hante, et je suis en quête permanente. Je m’intéresse aussi aux mythes contemporains, ceux que nous fabriquons par le prisme de flot d’informations et d’images qui nous pénètrent au quotidien. Bien-sur le rapport au temps, à l’espace, sont des thèmes récurrents et que vous retrouverez en fil rouge dans l’ensemble de mon œuvre.

Mowwgli : Daniel Arsham actuellement exposé à la galerie Perrotin à Paris est un plasticien avec qui vous collaborez souvent, en quoi ces nouvelles technologies influencent-elles votre vocabulaire plastique ?

J. B. : A titre de chorégraphe je travaille souvent sur de nouvelles approches, et j’essai de repousser les frontières le plus possible. J’ai réalisé, créé et mis en œuvre plusieurs applications pour iPhone et tablettes en collaboration avec l’institut de Georgia Tech ou avec l’agence Pentagram par exemple. L’ensemble de ses applications sont téléchargeable sur Apple Store ou sur via mon site internet : http://jonahbokaer.net/apps/

Sur le plan artistique je n’intègre que rarement les nouvelles technologies dans mon travail. Daniel Arsham est un collaborateur de longue date et propose des instruments de design et scénique purement plastiques et nous avons développé un langage commun depuis maintenant dix ans de collaborations.

Mowwgli : Sur quels futurs projets travaillez-vous en ce moment ?

J. B. : Je travaille sur une nouvelle création, qui est l’opéra NEITHER, signé par Morton Feldman, et Samuel Beckett. Il s’agit d’un projet qui me tient fort à cœur. Cela fait plusieurs années que je travaille sur ce projet. Par ailleurs, je travaille sur d’autres pièces chorégraphiques mais pour le moment je préfère ne pas en dévoiler la teneur car ces projets ne verront le jour qu’en 2019. Bien-sur l’ensemble de mon répertoire continue de tourner aux Etats-Unis et à l’international, avec la participation de Julie George, bureau de diffusion à Paris.

INFORMATIONS PRATIQUES
The Disappearance Portraits
De Jonah Bokaer
11.11.2017, 20h00
50 min, Mudam Grand Hall
Danse solo et installation in situ
Accès libre sur présentation du billet couplé EST EXPRESS ou d’un billet d’entrée au musée
Chorégraphie et éléments de design par Jonah Bokaer (USArtists, Ford Foundation). Musique : The Bessarabia Ghost Tapes par Soundwalk Collective
(Evènement terminé)

Charles Berling, la passion en Liberté

Volubile et généreux, Charles Berling ne résiste pas à parler de sa vocation . Une vocation d’homme de scène qui l’amène sur tous les fronts : à la télévision, avec la série « Glacé » diffusée sur M6. Puis au cinéma avec le film « Elle » de Paul Verhoeven avant de le retrouver l’an prochain dans un film d’Erick Zonca. Sur laes planches enfin où son jeu pour Vu du Pont d’Arthur Miller lui a valu un Molière.

Commandeur de l’Ordre des Arts et et Lettres, il est aussi romancier, chanteur et surtout directeur du Liberté –scène nationale de Toulon, fonction qu’il partage avec Pascale Boeglin-Rodier, notre invitée de la semaine. Actuellement en tournée pour la pièce qu’il a produit Dans la solitude des champs de coton , d’après l’ouvrage de Bernard-Marie Koltès, Charles Berling s’est entretenu avec nous.

D’où provient cette boulimie de travail ?

J’ai de nombreux désirs et j’ai la chance de faire un métier passionnant. Quand j’ai étudié l’art dramatique au Lycée Dumont d’Urville à Toulon, on explorait toutes les facettes du métier : on écrivait les pièces, on mettait en scène, on jouait, donc pour moi, acteur, écrivain…c’est mélangé. J’accomplis beaucoup de choses passionnantes avec cette chance inouïe de pouvoir les faire comme je le sens. Cependant, un projet en entraînant un autre,, je m’en veux parfois de faire tant de choses mais que faire, je ne vais pas me changer! J’aime travailler depuis toujours et à chaque fois qu’un projet me vient, je m’y lance avec passion. C’est merveilleux ! Et pour la gestion du Liberté, je peux m’appuyer sur une équipe dynamique qui nous aide au quotidien.

Comment arrivez-vous à passer d’un rôle à l’autre ?

Il m’arrive de tourner en journée et de jouer une pièce le soir ! Mais ce fonctionnement est salvateur parce que tous ces rôles se complètent et  permettent de ne pas s’enfermer dans une seule chose. Avoir plusieurs activités en même temps me nourrit et, fait étrange, c’est ma façon de me concentrer! Il faut dire que chaque projet se prépare souvent longtemps en amont. En même temps  que je vous parle et que je répète la pièce de Bernard-Marie Koltès, je suis déjà en train de penser à un projet que je mènerai en 2019, à la pièce que je répète dans 2 mois que je relis chaque soir, ainsi qu’un scénario pour mai prochain. C’est le même métier d’écriture donc complémentaire. Quant au Liberté, j’ai toujours eu à cœur de de diriger une institution. Défendre les outils que nous possédons afin que des personnes puissent voir des spectacles permet de faire exister notre civilisation. Mon rôle de directeur est de défendre ces outils auprès des publics, auprès des politiques, qu’ils correspondent à notre société…Finalement, toutes mes fonctions vont dans le même sens.

Êtes-vous sensible aux différentes formes d’écriture ?

Je pratique un métier où l’écriture prend de multiples formes : romanesques, comiques, dramatiques…Je lis beaucoup, j’interprète des textes, cette confrontation à l’écrit m’a donné envie de  m’y atteler aussi.  J’écris depuis que je suis tout petit et on ne peut pas être acteur sans être insensible à l’écriture des autres. Je  dis toujours  : « Même si vous écrivez mal, écrivez quand même parce que vous lirez mieux ».  L’écriture et la littérature sont merveilleuses. L’écriture vous structure vous donne à penser les choses sauvages que vous avez à l’intérieur de vous-même ; elle nous civilise plutôt que d’être juste dans un rapport de force ou un rapport d’incompréhension par rapport à nos propres pulsions, parfois si mal utilisés.

Dans la programmation actuelle du Liberté, vous abordez la folie humaine sous tous ses aspects. « Vous n’aurez pas ma haine  » et « Lettres à Nour  » sont deux témoignages de la folie terroriste.

Vous n’aurez pas ma haine  est l’adaptation au théâtre du livre éponyme d’Antoine Leiris. Le soir du 13 novembre 2015, son épouse Hélène a été tuée au Bataclan. Antoine Leiris raconte les jours qui suivent ces évènements, l’absence, l’apprentissage de la vie entre un père et son fils sans la femme qui avec qui ils formaient un trio vital. Lettres à Nour  est une discussion épistolaire entre un père, musulman, et sa fille qui est partie en Syrie rejoindre son mari, lieutenant de Daech. Ces 14 lettres sont bouleversantes, violentes. Le sujet est très en prise avec ce qui se passe aujourd’hui et parler de Daech à travers l’amour intime est assez percutant. Cette relation épistolaire a duré deux ans. Au Liberté, nous ne nous interdisons rien et surtout pas de travailler avec des sujets à vifs actuels. Le théâtre, et l’art en général, est là pour tendre un miroir à la société. J’ai fait la lecture des Lettres à Nour en Avignon l’été dernier, enregistrées pour France Cultureet on sent qu’il y a une matière dramatique très forte. Je suis un homme sensible aux histoires bien racontées, aux bons textes et pas forcément parce que ce sont des sujets d’actualité mais quand c’est le cas, cela donne à réfléchir. Le Liberté est un lieu d’expression où s’opère une ouverture d’esprit.

Est-ce le rôle du théâtre ?

Le théâtre peut être divertissant. Nous pouvons procurer du plaisir mais les spectacles sont aussi des outils pour partager des expériences, comprendre le monde…L’art de manière général est une chose vitale. Parfois, on lit un bon bouquin, on découvre une œuvre, cela sauve votre journée, votre mois, parfois votre vie.  J’ai découvert Albert Camus à 13 ans, çà m’a sauvé la vie. L’artiste nous apporte une perception qu’on ne voit pas du monde. Trop de gens sont dans des rails alors il faut des endroits où l’art et les êtres se disent: nous pouvons exister! Notre rôle aussi est aussi de faire vivre des spectacles, c’est pour cela que nous soutenons des résidences et que nous produisons des pièces. Le Liberté est porté sur le monde méditerranéen. On essaye de comprendre comment fabriquer une production qui soit à la fois attirante pour tous les publics et en même temps qui nous corresponde car c’est çà une direction. Nos choix passent par le regard de Pascale et moi-même, mais aussi par l’équipe du Liberté.

Quelle est votre actualité?

Je serais au Théâtre Antoine à Paris dès le mois de décembre pour répéter la pièce Art  de Yasmina Reza(représentations dès le 30 janvier 2018). C’est une pièce à la fois très drôle et très populaire, qui  raconte quelque chose de fascinant sur l’amitié, sur le rapport à l’art, entre questionnement et divertissement. Mais avant, je participerai à la table-ronde « Tous les artiste sont-ils fous  » du Liberté le 23 novembre. Dans le spectacle de Zabou Breitman que nous avons reçu en résidence et produit, Logiquimperturbabledufou , on voit bien que les soignants sont aussi fous que les soignés, les médecins devenir aussi fous que les patients et on ne sait pas qui est atteint de folie. Zabou participera aussi à ce questionnement. Il n’y a pas de normalité, je dirais qu’il y a autant de manière d’être fous que d’être humain. On a souvent une image de l’artiste pris par la folie mais je pense qu’à un moment donné, certains osent exprimer ce qu’ils sont et d’autres préfèrent mettre des masques. La folie peut être vécue comme une grande souffrance. Enfin, je suis en tournée pour Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, qui prendra fin le 24 novembre au Théâtre Le Forum de Fréjus. L’écriture de Koltès est fascinante. Cette pièce est extraordinaire et met en opposition un dealer noir et un client blanc dans un quartier mal famé. A la suite de leur discussion s’engage une sorte de combat verbal et physique. Il y a des évidences, des zones sophistiqués mais d’une grande force poétique. Koltès est un grand dramaturge et je suis ravi de l’avoir retrouvé.

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Liberté – Scène Nationale de Toulon
Tous les artistes sont-ils fous?, table-ronde, 23 novembre à 20h
Grand Hôtel Place de la Liberté
83 000 Toulon
Lien internet ici