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Insight/Process: une proposition inédite à Drawing Now Art Fair

Drawing Now Art Fair présente, pour sa 19e édition, deux propositions inédites afin de montrer le versant le plus contemporain du dessin. Les deux nouveaux secteurs Insight et Process sont une expérimentation du dessin, poussée par des artistes dont les galeries valorisent le travail. De solo show en installation, les galeries de ces deux secteurs nous offrent des approches novatrices et percutantes dans les techniques graphiques dont les perceptions sensitives se veulent multiples et intenses. La prise de risque, parfois audacieuse, a cependant été saluée puisque le Prix Drawing Now 2018 est revenu à Michail Michailov de la galerie Prokektraum Viktor Bucher, présente sur le parcours Process.

Jan Schmidt, Untitled (1), 2015 © Jan Schmidt, Courtesy Galerie Anita Beckers

Le secteur Insight a été créé pour permettre aux visiteurs de découvrir ou approfondir le travail d’artistes français ou internationaux, moins connus du public, même s’ils sont bien identifiés sur leur territoire d’origine. Pour permettre cette approche, le stand doit présenter un solo ou un duo, mettant en regard le travail de deux artistes. La Galerie Anita Beckers propose un duo, celui de Lena Ditlmann, un travail délicat sur papier bleu, mis en regard avec les formes courbes de Jan Schmidt. A la galerie new-yorkaise Catinca Tabacaru, on expose en solo show l’artiste du surinam Xavier Robles de Medina, une oeuvre conceptuelle faite par superposition d’images. Stelios Karamanolis ,de la galerie néerlandaise Flatland Gallery, dessine sur la toile de fins traits dont les formes s’inspirent des icones cycladiques. Quant à Guy Yanai, on sent l’inspiration enfantine dans ses dessins dont les formes naissent de traits vifs et colorés. Chez nos cousins québécois Galerie Youn, Paul Morstad nous livre des aquarelles sur papier dont les sujets évoquent des contes canadiens et des mythes indiens tandis que Jay Dart use du pastel et du graphite dans des feuilles au style naïf.

Paul Morstad, Les sirènes de Titan, 2017 © Paul Morstad

La galerie belge Geukens & De Vil exposent les artistes Philip Aguirre Y Otegui et Sophie Kuijken. Leurs travails se font écho dans une thématique angoissante, celle des destins tragiques de ces êtres en exil. Les visages représentés en buste, aux regards errants, résonnent avec les dessins évoquant des lieux sans vie. Autre pratique singulière, celle de Bingfeng Shao de la Galerie Paris-Beijing. Cet artiste féminine a attendu la fin de sa vie pour se lancer dans des grandes fresques graphiques sur la vie de famille en Chine. Elle peint d’après photographies des portraits colorés tel une grande fresque historique.

Raquel Maulwurf, Night raid on Germany 1943, 2017© Peter Cox

Mes coups de coeur vont vers les galeries suivantes. La galerie londonienne The Cob Gallery expose deux artistes au travail contradictoires. Cat Roissetter est dans un processus de destruction du support avant d’entamer sa catharsis artistique. Sa tapisserie d’images est mis en relief avec les dessins minimalistes d’Alba Hodsoll dont la ligne donne vie à des attitudes suggestives et érotiques. Livingstone Gallery présente en solo show, le travail impressionnant de Raquel Maulwurf. On pénètre dans ces forêts imaginaires, des paysages grandioses. Sa technique mélangeant pastel, charbon et papier gratté apporte une intensité textuelle et graphique qu’on adore. Enfin, la Galerie Virginie Louvet fait une ovation aux women artists. Habituée à une gamme chromatique colorée, Marion Charlet nous présente la série « Glass Box » où se dévoile un jeu de reflet et de transparence dans des dessins très architecturaux. Un travail très différent de celui gracile et subtile de Giulia Manset. Elle procède par coups de scapel sur papier japonais dans une répétition gestuelle gracieuse et poétique.

Giulia Manset

Le secteur Process propose une expérimentation du dessin contemporain : des vidéos, dessin animé, mise en perspective du travail de dessin de plusieurs artistes, techniques spécifiques. Les galeries présentent un projet conçu soit comme une exposition thématique, théorique, expérimentale et curatée par le galeriste ou un commissaire d’exposition. Dans ces propositions, on note celle autour de l’écriture de la Galerie Martine Aboucaya et le travail de Angela Detanico, un travail vidéo qui met en lumière un texte de Paul Valérypar tronçons de mots, et Claire Morel qui reproduit très fidèlement des couvertures de livres. La Projektraum Viktor Bucher présente des oeuvres très abstraites, minimalistes où le support laisse place à la création. Une formule gagnante puisqu’elle a permis à l’artiste Michail Michailov d’être promu cette année.

Frida, 2017© Roberta Marrero

La Galerie 8+4 présente les artistes Julien Creuset, Roberta Marrero, Claire Trotignon qui s’intéressent à la question du territoire et de l’identité. La galerie Modulab montre trois artistes, Luc Doerflinger, Roxane Lumeret et Antoine Desailly, qui ont chacun un univers singulier couvrant un large spectre de la création visuelle.

Antoine Desailly, De la bombe, 2017 © Modulab

Quelques solo shows sont présentés: la Irène Laub Gallery de Bruxelles où le travail de Gudny Rosa Ingimarsdottir est très conceptuel, un mélange d’écriture dactylographié recouvert de calques, comme un filtre nous invitant simplement à pénétrer vers cette mise en scène comprise. Ensuite, la FL Gallery de Milan expose Franklin Evans qui nous montre un mur de création fait de collage, de scotchs colorés flashy qui encadrent des dessins pixelisés ou d’autres qui mélangent écriture et graphisme. Enfin, la Galerie Claire Gastaud nous livre les dessins subtils faits de collage et d’aquarelle d’Alain Josseau, de grandes fresques historiques avec des effets de diapositives.

Liliane Tomasko, Study #21 17.7.2017, 2017© bechter kastowsky galerie, Vienne

Mes coups de coeur démarrent par la galerie viennoise Bechter kastowsky. Liliane Tomasko nous livre des dessins calligraphiés tandis que Klaus Mosetting ouvre le champ des possibles à force d’abstraction floutée, laissant naître une cosmogonie à travers le médium usé. La Galerie Escougnou-Cetraro expose les installations de Pia Rondé et de Fabien Saleil, ​formant un ensemble de dessins à l’eau forte sur plaques de zinc qui apporte une nouvelle dimension à l’acte graphique en développant une notion d’espace, poussée par l’abstraction de leur travail qui nous plonge dans un univers singulier évocateur de sens. Enfin, la galerie parisienne Backslash ose une grande installation créée par Xavier Theunis, une carte blanche qui propose une relecture de Giorgio Morandi. Pour cela, il a convoqué 17 artistes pour une mise en scène originale et décalée qui met l’accent sur les possibilités offertes par le dessin pour créer un univers formel et onirique.

Pia Rondé & Fabien Saleil, Cité-Fantôme, 2017© Rebecca Fanuele

Deux secteurs novateurs, deux propositions uniques et originales qui doivent pousser le visiteur à découvrir ces créativités singulières. Car c’est bien la force d’une telle foire que d’être à la fois le catalyseur de la création graphique actuelle que le lieu des tendances de demain. A suivre.

INFORMATIONS PRATIQUES
Drawing Now
Du jeudi 22 au dimanche 25 mars : de 11h à 20h (19h le dimanche)
Jeudi 22 mars : Journée dédiée aux Talks et Entretiens d’artistes à l’auditorium
Le Carreau du Temple
4 rue Eugène Spuller
75003 Paris
Entrée plein tarif : 16 euros
Entrée tarif réduit : 9 euros
Catalogue : 16 euros
Entrée + catalogue : 22 euros
https://www.drawingnowparis.com

L’économie du vivant à la MABA (10ème édition programmation Satellite Jeu de Paume)

Dernier volet de la 10ème édition de la programmation Satellite du Jeu de Paume, l’exposition collective présentée à la Maison d’Art Bernard Anthonioz (MABA) intitulée L’économie du vivant, rassemble les quatre artistes invités au long de ce cycle : Ali Cherri, Steffani Jemison, Jumana Manna et Oscar Murillo.

Pour cette 10ème édition le Jeu de Paume renouvelle son partenariat avec la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques (FNAGP) et le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux et a invité Osei Bonsu, commissaire indépendant à concevoir ce nouveau cycle.

Le parcours ouvre sur la vidéo d’Ali Cherri (né en 1976 à Beyrouth) tournée dans les galeries désertes de musées archéologiques ou ethnographiques (Museum d’histoire naturelle, musée du Quai Branly..) « Somniculus » interroge la mémoire occidentale et représentation muséographique. Invitation au « sommeil léger » se veut ressusciter ces objets morts au delà du prisme occidental d’une vision post-coloniale dominatrice.

En écho Oscar Murillo (né en 1986 en Colombie) avec « Estructuras resonantes » part de son récit familial en Colombie dans le petit village de la Paila et ces vies de labeur d’ouvriers comme sa propre mère dans une fabrique de pâtisseries. Entre mondialisation et histoire locale l’artiste tisse des relations et rencontres inattendues. Des destins sacrifiés symbolisés par ces figurines représentant le prolétariat exclus et sans visage, et un titre à double détente « Human Ressources ».

Steffani Jemison (née en 1981 à Berkeley) à mon sens à l’origine de la proposition la plus aboutie, actuellement visible au Jeu de Paume au niveau -1, décrypte le concept de la langue comme économie du vivant à partir du potentiel du geste et du corps noir. A la croisée de la danse vernaculaire africaine et du classique pantomime, l’artiste revêtue de différents accessoires (maquillage blanc, gants et toge de choriste noire) nous livre des performances dans des églises de Harlem et de l’East New York.
« Sensus Plenior » a fait l’objet d’une publication à l’occasion de la double exposition au CAPC de Bordeaux d’une part et au Jeu de Paume d’autre part.
Au cœur du parcours Steffani Jemison rend hommage à Nat Turner, esclave en Virginie et ses hiéroglyphes engagés,dans des dessins muraux qui dialoguent avec les grandes toiles d’Oscar Murillo.

Enfin la dernière partie de l’exposition est dédiée au film de Jumana Manna (née en 1987 aux Etats Unis) artiste palestinienne qui s’est penchée sur les échanges de semences entre la réserve mondiale norvégienne du Global Seed Vault à Svalbard et le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA). Dans un contexte de guerre syrienne ICARDA a souhaité sauvegarder des copies de leurs dépôts dans d’autres succursales. La réserve mondiale de semences du Svalbard abrite à ce jour la plus importante collection mondiale de semences. Une clé essentielle face aux enjeux du changement climatique à travers la variété des plantes cultivées disponibles. Le court métrage « Wild relatives » met en avant l’inventivité des systèmes de reproduction de la nature face aux environnements hautement technologiques, les traditions du Levant et les effets de la modernité.
L’artiste Ali Kazma actuellement exposé au Jeu de Paume s’est lui aussi intéressé au sujet.

Nouvelle publication « Jumana Manna » à cette occasion. Editions : Jeu de Paume/CAPC/MABA.

Programmation en résonnance : Journée d’étude « L’économie du vivant » le samedi 20 janvier au Jeu de Paume
café découverte le dimanche 14 janvier à la MABA.

INFOS PRATIQUES :
L’Economie du vivant
Jumana Manna
avec Ali Cherri, Oscar Murillo et Steffani Jemison
Jusqu’au 4 février 2018
Maison d’art Bernard Anthonioz
16 rue Charles VII
Nogent sur Marne
http://maba.fnagp.fr/

La Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques (FNAGP) est depuis 10 ans le partenaire permanent de la programmation Satellite du Jeu de Paume, dans une logique de soutien à des actions innovantes. Cette programmation expérimentale exigeante coordonnée par des commissaires venus de divers horizons correspond aux enjeux poursuivis par la FNAGP.
https://www.fnagp.fr/
http://www.jeudepaume.org

ARTAGON.III Pourquoi il faut y aller ?

Keimis Henni & Anna Labouze, fondateurs et curateurs d’ARTAGON nous donnent rendez-vous après le Passage de Retz en 2016, dans un ancien site industriel proche de la place Monge, laissé à l’état brut offrant 1500 m2 d’exposition pour découvrir un panorama inédit et renouvelé de la création européenne. Leur travail conjointement à celui du Jury de recherche et sélection d’écoles et d’artistes en France mais aussi au Royaume-Uni, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Italie et en Espagne apporte une vision élargie des enjeux de l’art. Une première mondiale et confrontation stimulante et positive pour les artistes et le public.
La composition du jury de haut vol présidé cette année par Hans Ulrich Obrist nous promet de la qualité.

Le Jury 2017:

Hans Ulrich Obrist – Président du jury
Jean-Jacques Aillagon – Président d’honneur
Colette Barbier – Directrice de la Fondation d’entreprise Ricard, Paris
Camille Blatrix – Artiste, Paris
Ilaria Bonacossa – Directrice d’Artissima, Turin
Julie Boukobza – Curatrice, Paris
Caroline Bourgeois – Curatrice de la Collection Pinault, Paris-Venise
Sadie Coles – Galeriste, Sadie Coles HQ, Londres
Bastien Cosson – Artiste et fondateur de Palette Terre, Paris
Catherine David – Curatrice, historienne de l’art et directrice adjointe du Centre Pompidou, Paris
Aurélie Deplus – Responsable du mécénat artistique et de la collection d’art de la Société Générale, Paris
Jennifer Flay – Directrice de la FIAC, Paris
Sandra Hegedüs – Mécène et fondatrice de SAM Art Projects, Paris
Melike Kara – Artiste, Cologne
Eugénie Lefebvre – Directrice du projet Magasins Généraux BETC, Paris-Pantin
Elizabeth Neilson – Directrice de la Zabludowicz Collection, Londres
Jérôme Pantalacci – Directeur d’Art-O-Rama, Marseille
Mario Pfeifer – Artiste, Berlin-New York
Gea Politi – Critique d’art et rédactrice en chef de Flash Art International, Milan
Thierry Raspail – Directeur du MAC Lyon et directeur artistique de la Biennale de Lyon
Salut C’est Cool – Groupe de musique, Paris
Yulya Shadrinsky – Photographe, Paris
Pieter Vermeersch – Artiste, Bruxelles-Turin
Ben Vickers – Curateur des projets digitaux de la Serpentine Gallery, Londres
Lilou Vidal – Curatrice et fondatrice du Bureau des Réalités, Bruxelles-Turin

Des sensibilités variées et complémentaires favorables à ce genre d’exercice. Et l’on peut dire que le niveau de cette 3ème édition s’en ressent.
Les préoccupations de la jeunesse restent les mêmes qu’elle soit née à Paris, Londres ou Milan : emprise des réseaux sociaux dans nos sentiments et relations, quête identitaire, transgenre et transhumanisme, contrôle et frontières.. mais le langage plastique choisi diffère et c’est en cela que cette initiative est intéressante.

Coups de cœur :

Parmi les 45 artistes présentés je remarque dans la thématique amour à l’ère du digital l’artiste chinoise Yanmeng Zhang (Head Genève) qui dans sa video de deux clones nous offre une vision glacée et impossible de tout contact physique.
Le français Hugo Servanin (ENSAD Paris) avec ses statues qui se déversent et se consument en fluides corporels dérange également nos certitudes.
L’anglaise Hazel Brill (Slade School of Fine Art, Londres) s’attaque au monde de l’entreprise et codes associés dans des montages vidéos fragmentés façon soap opera entre le kitsh et le burlesque.
L’américaine Clio Newton (Zurich University of Art) se saisit du fusain sur papier pour dresser des portraits féminins géants d’une intense profondeur et véracité. On hésite avec la photographie. Une approche volontairement féministe d’un art du portait porté à sa perfection qui revisite les grands moments de l’histoire de la peinture.
La belgo-russe Natalia Skobeeva (Royal College of Art) avec sa vidéo Womb of Time explore la façon dans les références culturelles et l’interprétation des événements modifient la conception linéaire de l’histoire. Dans une période post humaine plusieurs fragments et récits parcellaires viennent parasiter le récit. Un peu comme notre cerveau face au défilement constant des images.
L’allemande Lisa Braun (Universität der Künst, Berlin) se focalise actuellement sur le latex, surface souple et malléable de projection d’un monde étrange et organique.
Le français Adrien Blouët (ENSBA Paris) nous propose un espace d’échanges et de lecture autour de ses romans consultables aux côtés de poteries artisanales du Japon.
L’italien Luca Scavone (Academia di Brera) s’attaque à déjouer l’image photographique, questionnant ses enjeux
La française Anne Perier (ENSAAD Paris) a reconstitué son atelier dans la nature suivant la méthode exploratoire qu’elle s’impose à chaque fois.
La belge Maëlle Dufour (La Cambre) à travers sa sculpture en ruine « les actes bouillonnent sous les strates du sol »nous décrit un chaos à partir de résidus collectés.
Enfin le duo suisse Wittmer & Koenig avec ce mur de séparation en tiges métalliques nous rappelle d »autres frontières, visibles ou invisibles.
Il est difficile de choisir parmi ces propositions pertinentes, chaque univers étant une porte d’entrée il est bon de prendre le temps et de laisser la magie opérer entre ce cadre et les interventions des artistes.

A noter que la Société Générale est mécène officiel de l’événement.

INFOS PRATIQUES :
ARTAGON.III
La rencontre internationale des étudiants en écoles d’art
Exposition de 45 artistes
Du 8 au 17 septembre 2017, tous les jours, de 11h à 20h
Les Petites Serres
18 rue Larrey
75005 Paris
Entrée gratuite (participation libre)
http://www.artagon.co

Slade, School of Fine Art, exposition des jeunes diplômés

La saison des « Degree shows » est lancée. Les expositions des travaux des jeunes diplômés des écoles des beaux-arts de Londres est une véritable institution avec ses « preview VIP » et la mobilisation des écoles et des étudiants pour démontrer aux professionnels et aux collectionneurs l’excellence de leur formation.

Les écoles accompagnent les étudiants en leur fournissant des budgets de production importants, en mobilisant leurs réseaux et éditant parfois des catalogues. Les festivités ont commencé avec les Bachelors of Art de Slade, l’école d’art de University College London. On se perd avec plaisir dans le labyrinthe de ses vieux bâtiments au cœur de Londres, on échange avec les étudiants et on repart nourri de toute cette énergie créatrice. A suivre en juin les « Degree Shows » incontournables de Central Saint Martins, Goldsmiths et Chelsea.

INFORMATIONS PRATIQUES
Slade, School of Fine Art
University College London Gower Street
London WC1E 6BT

http://www.ucl.ac.uk/slade

Felicità 17 : les diplômés félicités et avec mention des Beaux Arts de Paris

Joan Ayrton, plasticienne anglaise et professeur à l’Ecole Européenne Supérieure de l’Image, Angoulême et Poitiers (EESI), est la commissaire de cette exposition annuelle qui regroupe 34 étudiants diplômés de l’année 2016, félicités ou non, ce qui est une nouveauté, de même pour la publication du catalogue qui inclut tous les diplômés de l’année.

Une volonté de ne pas figer l’exercice. Si l’Ecole se distingue par son système d’ateliers dont les étudiants sont les dépositaires l’une des surprise de cette génération post-internet est sa forme de résistance aux enjeux des images et leur circulation en faveur de pratiques d’écriture, de photographie, de peinture où le corps est directement impliqué.
Avec : Dorian Bauer, Sarah Belhadjali, Jean-Charles Bureau, Côme Clérino, Célia Coëtte, Claudio Coltorti, Paul Descoings, Marie Dupuis, Clara Fontaine, Matthieu Haberard, Qin Han et Yuyan Wang, Nathanaëlle Herbelin, Vladimir Hermand, Mahalia Köhnke-Jehl, Alexandre Lenoir, Estrid Lutz & Émile Mold, Adrien Maes, Johanna Monnier, Chloé Mossessian, Pierre Pauze, Lucie Planty, Alicia Renaudin, Sophie Rézard de Wouves, Caroline Reveillaud, Blaise Schwartz, Lucile Sénéchal-Parfait, Alexander Sebag, Cécile Serres, Nefeli Papadimouli, Tatiana Pozzo di Borgo, Raphaël Sitbon, Arthur Tiar, Laure Tiberghien et  Radouan Zeghidour.
INFOS PRATIQUES :
Felicità 17
Du 20 mai au 14 juillet
Palais des Beaux-Arts
13 quai Malaquais
75006 Paris
Du mardi au dimanche de 13 h à 19h
Entrée libre
Ouverture exceptionnelle pour la Nuit des Musées 2017 le 20 mai jusqu’à minuit Visite commentée de Joan Ayrton, commissaire, à 20h Performances et présence des artistes toute la soirée.
À venir :
Ateliers Ouverts du 29 juin au 1er juillet à Paris et les 1er et 2 juillet 2017 à Saint -Ouen

Rencontre avec Jeanne Briand en pleine préparation du Salon de Montrouge

Remarquée (et primée) à l’exposition des Félicités 2016 des Beaux Arts de Paris, Jeanne Briand a depuis tracé son chemin en France et à l’international et retenu l’attention à plusieurs reprises. Elle est sélectionnée pour le prochain Salon de Montrouge. Je la retrouve à l’exposition collective « Variables » à la galerie Backslash, elle a répondu à nos questions.

Mowwgli : Pourquoi ce fil rouge et cette matière de prédilection qu’est la sculpture en verre soufflé ?

Jeanne Briand : C’est un projet qui m’a emmenée vers cette matière quand j’avais 18 ans (Random Control). À ce moment-là je m’intéressais beaucoup à la notion de matrice et de genèse. Je cherchais à tisser des liens entre artisanat et technologie génétique, en rejouant certains codes. J’ai donc cherché un artisan verrier, spécialisé dans la fabrication d’alambics de laboratoire qui serait à même de souffler mes dessins dans le verre des tubes à essais laborantins. Puis, j’ai assisté un autre maître verrier quelques mois plus tard. Et à partir de là, j’ai toujours flirté avec cette matière de près ou de loin. Maintenant je souffle mes propres pièces depuis 2 ans, sous la direction de Simon Muller, un maître verrier nantais.
J’aime la façon dont la lumière traverse cette substance ou qu’elle rejoue ses contours. Cette matière a une charge optique et sonore. C’est le verre qui a introduit la substance sonore dans mon travail. Et aujourd’hui c’est le son qui introduit la couleur dans mes sculptures qui étaient restées immaculées jusque-là. Je m’intéresse notamment au cercle chromatique proposé par Newton en 1704, qui mettait en lumière les liens entre son et couleurs. Un projet m’emporte toujours vers un autre par déviation. Et ce sont souvent les ratés et les maladresses qui assurent une continuité… D’ailleurs je crois que les formes de verre se dirigent en ce moment vers les vibrations du cuivre.

M. : Félicitée des Beaux Arts de Paris, quelles rencontres ont été déterminantes dans votre choix et vocation artistique ?

J. B. : Je ne sais pas… Plus jeune, ma mère nous transformait ou nous vieillissait avec mon frère pour ses essais de maquillage effets spéciaux. Je me disais alors qu’on pouvait façonner ce qui nous entourait ou faire et défaire ce qu’on voyait, et donc par extension, donner forme à des idées ou des visions. Ensuite, des livres comme Le meilleur des mondes (1932) de Huxley, Bleuet (2009) de Maggie Nelson, les films de Cronenberg ou Ghost in the Shell (1995, adapté du manga de Masamune Shirow), m’ont amenée à penser des correspondances entre le fond et la forme. Adolescente, je me suis retrouvée au milieu d’une exposition de Lee Ufan, l’un des fondateurs du mouvement Mono-Ha, ça a été mon premier choc esthétique en terme de mise en espace et des rapports de force qu’il y mettait en oeuvre. Puis, plus tard j’ai découvert le verre, et je me suis retrouvée face à une des rares représentations de Harry Partch au Red’Cat de Los Angeles lorsque je résidais au California Institue of the Arts. J’ai découvert son oeuvre et son parcours. Ça a été déterminant.

M. : Que représente pour vous l’opportunité d’être exposée à ce moment de votre parcours par la galerie Backslash ?

J. B. : Une exposition me donne toujours une forte impulsion génératrice et productrice. La carte blanche que nous a offerte la Backslash Gallery m’a permis de montrer et de tester mon travail dans un nouveau lieu, avec une grande liberté. C’est un très bel espace dirigé par deux galeristes, Séverine de Volkovitch & Delphine Guillaud, totalement investies dans leur projet et très à l’écoute des artistes qu’elles invitent (même très jeunes).

M. : Vous tissez des liens entre matière visuelle et sonore, à quelles influences renvoient votre esthétique ?

J. B. : Vous voulez parler du projet Gamète Glass ? J’appréhende la sculpture comme un lieu d’expérimentation, de détournements et de flux avant tout. Je fais des formes et donc des ensembles, que j’assemble et compose. Les vibrations d’une matière comme le verre peuvent produire une nouvelle substance, sonore par exemple. Par ailleurs, des éléments manufacturés récupérés et ré-utilisés à contre emploi peuvent devenir des éléments de composition formels sans aucune obligation de réelle utilité fonctionnelle.
Gamete Glass est un projet sculptural protéiforme qui se développe autour de ces notions. Les gamètes de verre soufflé (cellules reproductrices transgenres) sont ici produites et productrices. Je les ai façonnées pour qu’elle produisent chacune un son une fois en studio d’enregistrement. Augmentées de micros spécifiques, elles fusionnent entre elles par leur ADN sonore lorsque je souffle dedans afin de générer une nouvelle matière audible. Ensuite, cette substance sonore redevient tangible, c’est à dire gravée dans les sillons d’un vinyle translucide – un objet. Au moment de l’exposition, les « gamètes cyborgs » augmentées de plugs USB / XLR constituent une forme d’ensemble, une gestalt à demi fonctionnelle et fictionnelle, qui interroge le regardeur sur l’artifice ou l’existence réelle de ces formes animées. J’aime jouer avec ces ambivalences et questionnements. J’aime aussi la poésie des choses inutiles et simplement là…  Les “gamètes” redeviennent de simples sculptures et les  câbles usb/xlr des éléments de composition, comme des lignes noirs sur fond blanc, qui viennent dessiner un ensemble, un tout.
Tout ça donne une texture futuriste à l’esthétique de mon travail. Je suis très influencée par les desseins d’anticipation qui nourrissent mon imaginaire plastique. À travers la fiction d’anticipation, l’humain se regarde et s’augmente. Il se projette. C’est un saut dans le vide qui rejoint nos désirs d’augmentation et d’immortalité. Notre mortalité est un repère temporel et existentiel fondamental. Pourtant nous voulons absolument y renoncer. Il n’y a pas d’anticipation sans origine comme il n’y a pas de technologie multimédia sans artisanat. L’idée de manipuler tout cela de manière transversale me captive énormément. Finalement je trouve peu d’intérêt à utiliser de nouveaux médiums sans rejouer les codes d’un héritage séculaire. Il est difficile de parler aujourd’hui de « naturel vs synthétique » étant donné que nous avons construit notre monde à la charnière entre ces deux notions. J’aime penser une esthétique à demi cyborg. Une sorte de fausse anticipation par ce qu’au final je ne fais que reprendre les codes préalablement établis pour les distordre. Un genre de Néo-future déjà Has-Been : tous ces câbles USB dont je me sers sont déjà bien has-been dans la course High-Tech, vous voyez !

M. : Sélectionnée pour le prochain Salon de Montrouge, un nouveau tournant, comment allez vous organiser votre proposition ?

J. B. : Au mieux.. enfin on essaie. Venez voir !

ACTUALITÉS :
Avril 2017
> Variables, exposition collective
Exposition clôturée (jusqu’au 8 avril 2017)
Backslash Gallery
29 Rue Notre Dame de Nazareth
75003 Paris
> Sans titre vol.3 : Nothing to hide, exposition collective
Jusqu’au 14 mai 2017
sanstitre2016 Project Space
45, Quai De La Tournelle
75005 Paris
> Nos Multiples
Jusqu’au 6 mai 2017
Galerie Dilecta
49 Rue Notre Dame de Nazareth
75003 Paris
> 62e Salon de Montrouge
du 26 avril au 27 mai 2017
Beffroi, Montrouge
Mai 2017
> GameteGlass Pavilion(s)
Du 18 mai au 2 juin 2017
Shuttle-19 project space, Paris
> InnerMatter
Du 24 mai au 24 juin
Super Flat project space, Paris,
Juin 2017
> Le nid, l’oeuf et la poule, exposition collective
A partir du 2 juin 2017
DOC!, Paris
> Echo Chamber
Du 9 juin au 31 août 2017
Lūznava Manor Rēzeknes Arts Center, Riga, Lettonie
> Echo Chamber
Du 17 juin au 27 juillet 2017
South Dublin Arts Center, Dublin, Ireland
> Echo Chamber
Du 24 juin au 5 aout 2017
Gantner Multimedia Arts Center, Belfort, France

http://jeannebriand.com