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Julien Mignot : 96 months

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Dates
10/11/2017 - 10/02/2018

Horaires
Toute la journée

Lieu
Intervalle
12, rue Jouye-Rouve
75020, Paris
France


Julien Mignot (1981) vit à Paris. La nuit, il oscille entre le club le Silencio et la Philharmonie de Paris. Le jour, on le retrouve dans les coulisses des défilés. Julien Mignot est l’un des portraitistes les plus demandés par les univers de la mode et de la musique. Ses images sont régulièrement publiées dans les plus grands magazines français et étrangers. Julien Mignot commissionne la partie française du Festival de l’Image d’Amman en Jordanie. Il a créé le studio J’adore ce que vous faites!

La série 96 months est une quête réalisée entre 2008 et 2016. Chaque mois pendant 96 mois, Julien Mignot a sélectionné une image de ses errances photographiques, puzzle intime dont la dernière «pièce» a été prise juste avant qu’il ne découvre la véritable identité de cet être cher, soudainement disparu huit an auparavant. Certaines images de 96 months sont déjà entrées dans des collections particulières mais l’exposition à la galerie Intervalle est la première monographie intime de ce travail.

Texte de présentation de 96 months par Léa Chauvel-Lévy, critique d’art et directrice artistique. «Vermeer peint vers 1668 Le Géographe. Julien Mignot ne ressemble aucunement au sujet du tableau, un homme attablé à sa table de travail, décati et gagné par le temps, mais étonnamment, il m’y a toujours fait penser. J’ai compris plus tard pourquoi. Julien a étudié la géographie avant de découvrir qu’il deviendrait photographe. En réalité, je crois qu’il n’a pas vraiment déserté les territoires de cette discipline. Ces territoires sont devenus sensibles, incarnés mais c’est toujours la terre, ses paysages et les humains qui les arpentent qu’il continue à sonder. La méthode a changé. La tonalité et la musique aussi, mais la partition est toujours la même, où vacillements du monde et ondes sismiques déploient cette fois une carte intime. La sienne, faite de lignes simples, reliées par des points personnels, comme dans ce jeu d’enfant où il faut suivre les numéros qui se succèdent, pour dessiner une forme fragile.
Montagnes rougies par le soleil sur le déclin, vallons perdus et coincés dans l’inconnu, chemins vicinaux refroidis par la neige, routes brunes vers l’infini… Le géographe a muté, s’est doté de couleurs et a repeint le monde. Pas d’instant décisif, surtout pas. Mais une narration singulière où se projeter. L’image n’est pas prise dans sa toile, proie d’une araignée qui l’y aurait jeté, au contraire elle vit encore. Regardez les pieds de cette fille endormie, ils vont bouger, elle va se réveiller. Il n’y a aucune concordance des temps à trouver dans cette écriture photographique profondément actuelle. Les images de Julien Mignot «présentent» un monde, plutôt que l’ «enregistrent». Lui rendent sa présence. Ce couple, impudique et heureux continue de s’embrasser devant nous. Comment, alors qu’il fait jour lorsque que je la guette, cette femme de dos, peut-elle scruter le noir de la nuit, cape jetée à l’aveugle sur la campagne?
Rarement, aura-t-on vu autant image en train de se faire. Se tramer sous nos yeux, s’écrire à notre vue. Celle-ci se tisse à mesure que notre regard se pose sur elle et bannit dès lors toute possibilité d’être retenue captive dans le passé.
Ni araignée, ni toile, l’image vit encore, chasseuse de mort, créant ex nihilo le cadre toujours vivant de sa vie intérieure. »