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Montbéliard : 1925-1935 Voyage au cœur d’une décennie bouleversante

Le Musée du château des ducs de Wurtemberg présente tout l’été et jusqu’au 16 septembre, une exposition photographique passionnante sur la période de l’entre deux guerres, et plus précisément sur la décennie 1925-1935, une sorte de « parenthèse dorée ». Curatée à quatre mains par Delphine Desveaux et Sylvain Besson, respectivement directrice des Collections Roger-Viollet et directeur des Collections du musée Nicéphore Niépce, l’exposition rassemble sur un espace de 500m2 près de 150 tirages photographiques relatant une décennie de révolution et de modernisme.

1925-1935 est LA décennie où l’ivresse de la fête se mêle à l’austérité de la retraite, l’angoisse de l’avenir au bonheur du moment. Si la photographie reste encore pour peu de temps en noir et blanc, l’instantané y installe le goût du mouvement, et ce qu’elle saisit explose dans la réalité de couleurs ardentes, de paillettes et de strass autant que dans la sobriété et la rigueur des formes.

Que ce soient la presse, la littérature, la mode, la musique, le théâtre ou la danse, toutes les manières de dire et de faire changent. Chacun est invité à s’exprimer, faisant une place immense à la photographie comme témoin de ces bouleversements. Le coutumier laisse la place au fantaisiste, au facétieux voire à l’aventureux.

Au fil de l’exposition, qui est constituée d’œuvres issues du Musée  Nicéphore Niépce et de la collection Roger-Viollet, on aborde différentes thématiques : celle des révolutions technologiques industrielles à celle du féminin et du féminisme, en passant par le développement culturel et festif et l’obsession absolue pour le beau  et l’esthétique…
Dans cette période brillante de l’entre deux guerres, l’époque est en réalité d’une hauteur intellectuelle et novatrice peu commune. La photographie montre ce parcours lumineux qui débouche sur la nuit la plus noire.

INFORMATIONS PRATIQUES
1925-1935, une décennie bouleversante.
La photographie au service de la modernité.
Jusqu’au 16 septembre 2018
Musée du château des ducs de Wurtemberg, Montbéliard
25200 Montbéliard
musees@montbeliard.com
http://www.montbeliard.fr
De 10h à 12h et de 14h à 18h
Fermé le mardi et les jours fériés sauf le 15 août
Entrée : 6 euros / Tarif groupes et étudiants : 4 euros

Retour dans le passé avec Jules-Eugène Auclair à la Galerie Le Lieu

C’est un voyage dans le temps que vous propose La Galerie Le Lieu pour son exposition estivale. Dès demain et jusqu’au 30 septembre, découvrez les photographies de Jules-Eugène Auclair autour de « La France voyageuse des années 30 ». Il s’agit bien ici d’une découverte, car bien qu’il ait eu une importante production iconographique dans les années 30, Jules-Eugène Auclair est peu connu du grand public et des professionnels…

Né dans l’Indre en 1895, c’est en 1929 que Jules-Eugène Auclair entreprend un périple vers le Finistère pour mettre en pratique sa connaissance, récemment acquise, de la technique de prise de vue à la chambre.

Auclair les propose à la vente à la Direction de la Compagnie de l’Etat à Saint-Lazare, qui dessert l’ouest de la France. Une vaste opération de promotion des régions et de développement du tourisme ferroviaire est montée.

Les compagnies privées des chemins de fer du Nord, du Paris-Orléans-Midi, d’Alsace et de Lorraine, et, dans une moindre mesure, du Paris-Lyon-Méditerranée font appel à ses services et lui font accomplir des reportages organisés au “coup par coup” en relation avec les syndicats d’initiatives locaux.

De commande en commande, Auclair devient imperceptiblement le fournisseur officiel, à qui la SNCF (devenue compagnie nationale en 1936), va faire dresser un constat topographique, architectural et ethnologique de la France des années 30.

Quoique différents dans leurs objectifs, le travail de Auclair est comparable, dans son résultat, à ceux des photographes de la Mission Héliographique de 1851, à celui de Charles Marville ou dans un registre un peu différent à celui d’Eugène Atget.

La personnalité d’Auclair se caractérise par son ego démesuré et la farouche indépendance qu’il revendique. Elle se traduit, au privé, par une vie de famille désastreuse. Sa femme et son fils qui collaborent à son travail (Madame Melot en qualité de dessinatrice, Pierre Auclair en l’assistant dans son travail de laboratoire), subissent ses coûteuses extravagances et son autoritarisme.

Des milliers de plaques de verre négatives prises entre 1929 et 1939, seules les plus représentatives seront exploitées sous forme de tirages légendés et encadrés.

Elles figureront dans les compartiments 6 et 8 places de seconde et première classe, au dessus des dossiers des banquettes à côtés des glaces.

De format discret (18 x 24 cm ou 24 x 30 cm), elles n’en marqueront pas moins les imaginations et souvenirs des voyageurs, qui auront le plein loisir de les détailler pendant la durée de leur trajet. En 1939, Jules-Eugène Auclair se positionne à nouveau en précurseur. Il ouvre un studio laboratoire photographique qu’il équipe d’agrandisseurs sur rails LORION : les négatifs sont projetés au mur et la réalisation des tirages au mètre carré est rendue possible.

Grâce à ce procédé, Auclair se lance dans la réalisation de découvertes photographiques et commence à conquérir le marché du décor de cinéma.

– Biographie – Clotilde Leroy L’image Sartony

INFORMATIONS PRATIQUES
Jules-Eugène Auclair
La France voyageuse des années 30
Du 3 août au 30 septembre 2018
La Galerie Le Lieu
Hôtel Gabriel – Aile Est
Enclos du Port
56100 Lorient
http://www.galerielelieu.com
contact@galerielelieu.com

Deux femmes racontent l’Aurès des années 30 au Pavillon Populaire de Montpellier

Deux femmes racontent l’Aurès des années 30 au Pavillon Populaire dans une exposition qui montre comment deux scientifiques se sont révélées de remarquables photographes.

Le programme 2018 au Pavillon Populaire, espace dédié à la photographie à Montpellier, est particulièrement audacieux et ambitieux. Sous la forme d’un triptyque la programmation 2018 permet d’interroger différents aspects de la photographie. Le premier volet donne à voir la photographie documentaire à des fins scientifiques avec le travail photographique de missions ethnographiques dans l’Aurès en Algérie. Le second présente la photographie de propagande avec notamment une exceptionnelle exposition qui réunira des images de propagande nazie confrontées aux images de photographes juifs dans les ghettos prêtées pour l’occasion par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Le troisième volet proposera un regard sur la photographie de témoignage avec un focus sur le sud des Etats-Unis au moment des luttes pour les droits civiques.Une programmation exigeante qui s’inscrit dans une politique culturelle de la Ville de Montpellier remarquable en permettant notamment un accès gratuit à l’ensemble de ses expositions au Pavillon Populaire, le bien nommé.

AURES, 1935

Depuis le 7 février et jusqu’au 15 avril 2018, Le Pavillon Populaire propose une très belle exposition  avec  le regard sensible de deux femmes d’exception. Cette exposition présente, pour la première fois ensemble, une sélection de 120 photographies prises par deux jeunes chercheuses, Thérèse Rivière et Germaine Tillion, lors d’une mission ethnographique conduite à partir de 1935 dans l’Aurès et commandée par le Musée d’Ethnographie du Trocadéro qui deviendra le Musée de l’Homme. Cette mission, moins connue que la célèbre mission Dakar-Djibouti (1931-1933) conduite par Michel Leiris et Marcel Griaude en Afrique subsaharienne ou que l’expédition menée en Amazonie par Claude Levis-Strauss (1934), fut tout aussi importante d’un point de vue scientifique compte tenu de la somme d’images, d’enregistrements et de notes réunis par ces formidables ethnographes de terrain.

Un témoignage ethnologique rare sur la société berbère, dans le massif des Aurès, lors de plusieurs voyages d’études de l’entre deux guerres chez les Chaouias. « Se déplaçant à dos de mulet dans les montagnes traversées de gorges et dépourvues de route, où la présence coloniale française se résume alors à un administrateur et quatre gendarmes, les deux jeunes femmes passent deux ans ensemble, en étant totalement intégrées dans la société chaouia » comme l’explique Christian Phéline, le commissaire de l’exposition.

Deux femmes, deux regards, caméra au poing

Les années 30 voient la révolution technologique permettre aux ethnologues et photoreporters de délaisser les lourdes chambres à plaques de verre pour les nouveaux boîtiers portatifs à pellicule souples. L’exposition permet de saisir deux approches et deux regards différents.

Thérèse Rivière se concentrant sur l’étude des activités matérielles et l’économie domestique utilise un Leica qui lui permet des prises de vues rapprochées. Elle se montre très empathique dans son approche des Aurésiens.

De son coté, Germaine Tillion, davantage « ethnologue » est plus portée sur la réflexion théorique et utilise un Rolleiflex, qui impose plus de distance avec le sujet. Ce recul scientifique n’enlève rien à son humanisme, on peut lire à la fin de l’exposition, la phrase inscrite en noir sur un mur blanc : « J’étais dans les Aurès avec un sentiment de sécurité complète. La sauvagerie c’est en Europe que je l’ai apprise. A Ravensbrück, vraiment, nous avions à faire à des sauvages » qui résume bien le parcours douloureux de cette femme engagée et résistante.

Leur travail photographique s’est révélé bien plus que documentaire et pédagogique et renvoie à une histoire tant esthétique que sociale de la photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
AURES, 1935
Au Pavillon Populaire
Du 7 février au 15 avril 2018
Commissaire de l’exposition : Christian Phéline
Direction artistique : Gilles Mora
Pavillon Populaire
Esplanade Charles-de-Gaulle
34000 Montpellier
T +33 (0)4 67 66 13 46
Horaires d’ouverture
Du mardi au dimanche (sauf 25 décembre, 1er janvier et 1er mai)
Hiver : 10h – 13h et de 14h – 18h / Eté : 11h – 13h et 14h – 19h
Visites guidées hebdomadaires
Le vendredi 16h – Le samedi 14h30 et 16h – Le dimanche 11h
Visites guidées ou libres en groupe
Réservations obligatoires par mail : visites@ville-montpellier.fr
Entrée libre et gratuite pour tous les publics / Accessibilité aux personnes handicapées