Archives par mot-clé : Afrique du Sud

La Playlist de Philippe et Marion Jacquier : Sibusile Xaba

Pour leur dernier jour de carte blanche, nos invités de la semaine Philippe et Marion Jacquier, de la galerie Lumière des Roses, partagent avec nous leur playlist musicale qui n’est autre que l’intégralité de l’album « Open Letter to Adoniah » de Sibusile Xaba !

A guetter lors de son prochain passage parisien !

Carte blanche musicale de Philippe et Marion Jacquier

Pour leur troisième carte blanche, nos invités de la semaine Philippe et Marion Jacquier, de la galerie Lumière des Roses, nous parlent de musique. Et plus particulièrement de la nouvelle scène jazz sud-africaine…

Le frère de Philippe est DJ à CapeTown. Il m’informe régulièrement sur la nouvelle scène jazz en Afrique du Sud. Dernière grande découverte lors du festival Banlieues bleues en Seine-Saint-Denis : SIBUSILE XABA, le nouveau messie du jazz et du folk de la nation arc-en-ciel. (Rendez-vous demain pour découvrir la playlist).

https://www.facebook.com/voomvoommusic

Carte blanche à Jeanne Mercier : Robyn Orlin, chorégraphe

Pour sa deuxième carte blanche, notre invitée de la semaine, Jeanne Mercier, co-fondatrice et rédactrice en chef d’Afrique in Visu, a souhaité nous parler de Robyn Orlin, chorégraphe sud-africaine et plus particulièrement son spectacle de danse « Daddy, I’ve Seen this Piece 6 Times Before and I still Don’t Know Why They’re Hurting Each Other…

J’ai vu ce spectacle dans la Grande Halle de la Villette en 2010. Cela avait été un moment très fort pour moi. Si vous avez l’occasion de le voir, vraiment courez- y. C’est dérangeant, ironique ( comme le souligne le titre), tout en contraste avec le solo puissant de Neli Xaba ( Nelisiwe Xaba, l’une des danseuses qui me touche le plus et dont j’ai découvert le travail au festival Dense Bamako Danse au Mali) parodiant le Lac des Cygnes et les chorégraphies collectives drôlissimes à coup d’assiettes sur cette superbe cumbia : Soledad de Los Galleros ( Depuis je l’ai d’ailleurs beaucoup écouté).
Ce spectacle créé en 1999 tourne en dérision le ballet classique, importation coloniale soutenue durant l’Apartheid par le gouvernement blanc nationaliste.

Danse, théâtre, vidéos, voies off omniprésentes, même la traduction fait partie du show.  C’est pour moi, un spectacle d’une telle intelligence sur la complexité d’un « vivre ensemble » en Afrique du sud aujourd’ hui ( c’est à mon sens une question universelle et qu’on peut lire à différents niveaux en fonction de notre contexte) qu’il devrait être présenté dans les écoles. Cela rendrait peut etre le monde meilleur, qui sait ? Enfin, cela le rendra certainement plus drôle.

http://www.paris-art.com/daddy-ive-seen-this-piece-6-times-before/ 

Carte blanche à Jeanne Mercier : Mohau Modisakeng

Pour sa deuxième carte blanche, notre invitée de la semaine, Jeanne Mercier, co-fondatrice et rédactrice en chef d’Afrique in Visu, a souhaité nous parler de Mohau Modisakeng, un artiste sud-africain qu’elle a découvert en 2016.

Pour moi cela a vraiment été un choc esthétique. Dans ses vidéos et photographies, il a fait de son corps un symbole de la mémoire collective. En particulier deux vidéos sont pour moi des chefs d’oeuvre :  La première la vidéo Inzilo, du mot zoulou signifiant « deuil » ou « jeûne », évoque la mort de son grand frère Sthembiso. Les yeux clos, les bras en croix, devant une chaise noire, uniquement vêtu d’un pantalon et d’un chapeau noirs, il exécute un rituel de deuil en s’asseyant, debout et tournant légèrement, tout en jetant en l’air une substance cendrée. Les gros plans sur son corps suggèrent l’effusion d’une peau, comme si ses membres se réduisaient en cendre tandis que le rituel se poursuit. Modisakeng accomplit un rite de passage élaboré dans lequel l’initié semble dessiner le matériau pour sa transition à partir de son propre corps. La deuxième, a été présentée en mai dernier au pavillon sud-africain à la Biennale de Venise avec Candice Breitz. « Passages » :  C’est une projection vidéo de 18 minutes sur trois écrans. Chacun dans une barque,  trois voyageurs sud-africains transportent un objet personnel, voguent, pataugent dans les eaux ou essayent de débarquer. En Setswana, la vie est appelée botshelo, ce qui signifie « un passage », et les êtres humains sont appelés bafeti, ou les voyageurs. Cette œuvre est d’une force symbolique immense : une vision de l’existence suggèrant que toutes les expériences sont transitoires.

http://www.mohaumodisakeng.com

RESIST(E) : Negpos propose une plongée dans la photographie sud africaine

A l’occasion des 20 ans de Negpos, l’association nîmoise présente, depuis la fin novembre, un ensemble d’expositions sous le titre RESIST(E) Printemps photographique spécial Afrique du Sud 2017. Cette manifestation culturelle, dirigée par Patrice Loubonmet la photographie sud-africaine en lumière au travers des travaux de 13 artistes évoquant son histoire passée et présente.

Aux antipodes d’une photographie africaine attendue et peut-être déjà trop vue ? Où le portrait studio occupe le devant de la scène, résolument engagée, appuyée par un regard lourd comme l’or et tranchant comme le diamant, la, ou plutôt, les photographies d’Afrique du Sud (tant il est difficile de les qualifier de façon unitaire) sont autant de voix singulières qu’il y a d’artistes. Partagée, comptant un nombre d’hommes et de femmes équivalent, elle s’émancipe littéralement des cadres qui forgent les esthétiques actuelles. Puisant dans tous les registres, historiques, contemporains, conceptuels, documentaires, fétichistes, mise en scène, mode et publicité, elle nous trouble et nous interroge, de part la diversité des individualités qui la produise et leur parti pris.

Nous sommes très heureux de vous offrir cette première en France, une occasion unique de découvrir à travers le travail de ces brillants artistes, hommes et femmes d’image, un pays actuellement en proie à une politique publique désastreuse. Après l’illusion produite par la fin de l’Apartheid et la libération de Nelson Mandela, la dérive du pouvoir politique est si flagrante qu’elle en devient totalement obscène, tel son président, Jacob Zuma qui n’hésita pas à faire tirer sur des ouvriers grévistes il y a quelques années et qui tel, Ubu roi, dirige son pays d’une façon despotique et anti-démocratique.

Texte de Patrice Loubon

INFORMATIONS PRATIQUES
Printemps Photographique 2017 spécial Afrique du Sud
RESIST(E)
Du 17 novembre 2017 au 31 janvier 2018
• Cedric NUNN + Matt KAY +  Dave SOUTHWOOD + Andrew TSHABANGU
La Bibliothèque Universitaire Vauban, 1 rue du Dr Salan, Nîmes.
Ouvert du lundi au vendredi de 8h à 19h et le samedi de 9h à 12h30, tél : 04 66 36 45 40
• Zanele MUHOLI + Lebohang KGANYE + Noncedo GXEKWA + Dean HUTTON
La galerie NegPos Fotoloft, 1, cours Nemausus, Nîmes.
Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 19h, tél : 04 66 76 23 96
• SOUTH AFRICAN NIGHT PARTY – RESIST(E)
Au Prolé rue Jean Reboul, Nîmes à partir de 19h jusqu’à 1h, musique et projections, restauration et boissons sur place.
• Jodi BIEBER
à l’IFME 2117, Chemin Bachas, Nîmes.
Ouvert du lundi au vendredi de 8h à 18h, tél : 04 66 68 99 60
• Jansen VAN STADEN + Chris SAUNDERS
Maisons des Adolescents, 34ter rue Florian, Nîmes
Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 19h, tél: 04 66 05 23 46
• Alexia WEBSTER + Masixole NCEVU
au FABLAB NEGPOS, 34, promenade Newton, Nîmes
Ouvert du lundi au vendredi de 14h à 18h et sur rdv au 06 61 32 87 93

La photographe sud africaine Zanele Muholi, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Le 22 novembre dernier, la France a remis la médaille du Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres à la photographe sud africaine Zanele Muholi, pour son engagement artistique envers la communauté LGBTQ, et particulièrement sur les conditions de vie des femmes lesbiennes de son pays, victimes de viols correctifs pour «guérir» leur homosexualité ou de violence extrême souvent meurtrière. Des pratiques qui ne faiblissent pas en 2017…

Quinze ans plus tôt, la photographe militante créé l’association « Forum for the Empowerment of Women » et souhaite investir son travail photographique pour rendre visible les minorités LGBTQ. Elle commence ainsi à photographier des lesbiennes, gay, bisexuels ou transgenres noirs au travers d’une série de portraits en noir et blanc. Donner une visibilité à cette communauté est une première étape dans le travail de Zanele. En 2009, elle fonde une seconde association « Inkanyiso« , dont la devise est « Produire – Éduquer – Diffuser ». L’éducation a un rôle majeur dans l’espoir de changer les mentalités du pays – qui a pourtant inscrit dans sa constitution la protection des minorités sexuelles dès 1996 et légalisé le mariage homosexuel en 2006. C’est tout un paradoxe à combattre : dans la nation arc-en-ciel de Nelson Mandela, la constitution vous protège, mais dans les rues vous êtes violé et tué.

Après avoir photographié cette minorité, Zanele Muholi a retourné l’objectif sur elle pour réaliser une série d’autoportraits intitulée « Somnyama ngonyama » (qui signifie en zoulou : Salut à toi lionne noire »). Au total ce sont 365 portraits au regard dur et intense. Ce travail avait été particulièrement remarqué l’an passé lors d’une exposition aux Rencontres d’Arles, ou encore à la Fondation Louis Vuitton au printemps dernier. Aujourd’hui, son travail est  exposé pour la première fois à New York, à la galerie Yancey Richardson.

INFORMATIONS PRATIQUES
Zanele Muholi
Du 2 novembre au 9 décembre 2017
Yancey Richardson
525 West 22nd Street
New York, NY 10011
Etats-Unis
http://www.yanceyrichardson.com/exhibitions/zanele-muholi4

Des images pour le dire. Deux jeunes artistes sud-africains

De l’absence, ils font présence; de la violence, ils font réconciliation; de la haine, ils font amour. C’est ainsi que Sibusiso Behke et Lindokhule Sobekwa, deux artistes sud-africains agés respectivement de 20 et 22 ans, font photographie.

Tous deux grandissent dans le township de Thokoza, à 40 km au nord de Johannesburg. Bien que nés libres, communément appelés les “Born-Free”, l’histoire douloureuse encore trop récente résonne en eux. Et alors que les mots manquent pour en parler, tous deux évoquent les non-dits, les tabous, la photographie fait office de langue avec laquelle on peut parler. Dans un pays où sept langues officielles existent et où la deuxième langue, l’anglais, est celle du colonisateur, s’exprimer dans un langage dénué de référence à l’histoire du pays est libérateur. Un langage formel, capable de rendre compte de l’espace car l’Afrique du Sud, c’est d’abord un territoire, un territoire que l’on s’est disputé. Un territoire encore meurtri, interdit, confisqué, imposé. Quoi de mieux que la photographie pour dire l’espace?

Thokoza, justement. Township créée à la fin de l’apartheid, des baraquements sans confort qui s’étendent sur des hectares oubliés des pouvoirs publics, et où ses habitants survivent empreints de cette géographie artificielle.

Photographier alors pour comprendre. De sa soeur décédée dont il ne sait rien et dont il ne subsiste aucune image, Lindokhule Sobekwa fait une quête. Il questionne les lieux où elle a vécu, les personnes qu’elle a fréquentées, reconnaît les vêtements de sa soeur suspendus à une corde à linge chez des inconnus – la tradition veut que l’on donne les vêtements lavés du défunt. Petit à petit, il reconstitue le visage et le corps de sa soeur à travers les paroles et le regard des autres. En Afrique du Sud, il est dit que quand vous connaissez les amis d’une personne, vous savez qui est cette personne. Chaque photographie constitue une strate de l’existence de sa soeur, un palimpseste sur lequel Lindokhule réécrit l’histoire manquante. La photographie comme arme de vie, plus forte que la mort. Quand on l’interroge sur ses motivations, Lindokhule Sobekwa répond qu’il “utilise la photographie pour interroger, favoriser les prises de conscience, que mes images comptent” mais que ce n’est pas “moi que je représente, ce sont les autres, les africains car il sont sous-représentés”.

Les autres aussi chez Sibusiso Behke qui s’empare du quotidien de Thokoza où il a vécu. Mais si dans la vie qui s’écoule entre ses deux visites, et dont il s’enquiert, il n’entend rien qui suscite image, il en appelle alors à ses souvenirs. Entre une réalité passée qu’il rescuscite et un moment présent qu’il capture sur le vif, Sibusiso Behke se réapproprie le quotidien, construit “une réalité” à laquelle il ne participe pas. Sa photographie se situe dans une zone intermédiaire, bâtie sur un terreau bien réel mais dans une chronologie réfractée et à laquelle se superpose un espace-temps imaginaire, celui de son esprit. La photographie n’est-elle pas justement au croisement de la description littérale et de l’illusion de la description littérale? Comme si Behke, dans une mise en abîme de l’essence de la photographie, opérait déjà dans sa tête comme l’appareil à photographier.
Behke dit se servir de la photographie comme “un porte-voix pour exprimer mes opinions, donner et recevoir, un échange, j’apprends, et j’espère donner”.

Les Born-Free seraient-ils là pour réparer? Il est singulier de se dire que cette quête relève de deux jeunes hommes de 20 ans. Déjà la conscience de la perte, de l’absence, l’absolue nécessité de créer une histoire, la sienne propre. La photographie comme ralentisseur du quotidien? Peut-être une des raisons du succès de la pratique photographique aujourd’hui, une façon de se souvenir de chaque moment qui passe vite, beaucoup trop vite. Et tandis qu’on a à peine le temps de le vivre et de l’immortaliser, le voilà en boîte pour l’éternité. Pour Lindokhule Sobekwa et Sibusiso Behke, c’est peut-être aussi une manière de reprendre la main sur le quotidien qu’on leur a volé, une histoire que personne ne veut raconter? User de l’illusion pour dire le vrai, c’est bien l’un des fondements de l’art. Si l’art existe, c’est bien parce qu’en temps qu’être humain, doté du pouvoir de la parole, on se sent incomplet, insuffisant à dire le monde. Et ces deux jeunes hommes l’ont bien compris.

Of Soul and Joy est une initiative sociale et artistique pérenne initiée en 2012 par Rubis Mécénat et Easigas (filiale sud-africaine du groupe Rubis) à Thokoza, township situé au sud-est de Johannesburg en Afrique du sud, afin de transmettre à une jeunesse fragilisée des compétences artistiques dans le domaine de la photographie. Son objectif est d’initier les étudiants du lycée Buhlebuzile à la photographie comme moyen d’expression, et de leur ouvrir ainsi de nouvelles perspectives personnelles et professionnelles.
http://www.rubismecenat.fr/projets-sociaux-culturels/of-soul-and-joy-project/

Après Arles, rendez-vous le 9 novembre, à Paris avec Photo Saint-Germain : discussion sur la photographie contemporaine sud-africaine et le projet Of Soul and Joy.
http://www.photosaintgermain.com