Archives par mot-clé : Aix en Provence

Picasso – Picabia : Explorations picturales au Musée Granet

Les rapprochements entre artistes ont cette particularité d’apporter un nouveau regard compréhensif. Influences, antagonismes, les courants artistiques et les écoles d’art ont insufflé des pensées et des styles communs aux grands génies, nourris de classiques, de maîtres anciens et d’académisme plus ou moins acceptable. Ainsi, dans le cadre de la manifestation « Picasso Méditerranée », le Musée Granet à Aix-en-Provence rapproche l’œuvre de l’espagnol Pablo Picasso (1881-1973) et du français Francis Picabia (1879-1953).

Un rapprochement inédit et pas si déroutant quand on juge des similarités existantes entre ces deux artistes au caractère bien trempé. Né d’un père hispano-cubain, Francis Picabia partage des racines communes avec le maître catalan né à Malaga deux ans plus tard. Ils ont connu les mêmes bouleversements politiques, artistiques et ont rompu avec l’idée d’un style unique dans leur carrière artistique, goûtant ainsi la liberté de se confronter aux mutations et aux expérimentations créatives, intellectuelles et littéraires de ce XXe siècle. « Un peintre ne doit jamais faire que ce que les gens attendent de lui. Le pire ennemi d’un peintre, c’est le style » disait Picasso. Cette exposition montre à quel point les deux artistes ont pris la liberté de créer sans contrainte dans des voies similaires mais dont le résultat s’accorde avec chaque signature.

Plus de 150 œuvres réunissant peintures, dessins et archives composent une exposition thématique et chronologique avec des focus particuliers montrant les rapprochements et les divergences entre ces deux artistes. Les grands courants artistiques traversent leurs recherches picturales: cubisme, dadaïsme, abstraction … Chacun s’empare de ces réflexions pour sa propre expérimentation, même si on note une même inspiration classique et des thèmes communs, chers aux cœurs de Picasso et Picabia. Un duel sous le soleil provençal qui montre que Picabia, écrasé sous le succès de celui qui lui survivra pendant vingt ans, est un artiste pionner, inventif, sachant jouer avec la gamme chromatique, composer justement ses toiles, délivrer une écriture graphique personnelle dont Picasso sut reconnaître le mérite.

Les deux artistes se fréquentent à Mougins, peignent les mêmes paysages à Juan-les-Pins. Des affinités familiales, électives où chacun laisse libre cours à leur création artistique, témoignages picturaux d’une modernité affirmée. Enfin, l’exposition amène le visiteur à travers les styles et les personnalités foisonnantes de l’aventure moderne de ce deuxième millénaire.

INFORMATIONS PRATIQUES
Picasso – Picabia. Histoire de Peinture
Jusqu’au 23 septembre 2018
Musée Granet
Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence
Plus d’informations ici

Nicolas de Staël en Provence: la lumière intense

Nous savions que la lumière du sud a inspiré de nombreux artistes, au point pour certains de marquer notablement leurs vies et leur œuvre. C’est le cas avec Nicolas de Staël. Né en Russie en 1913, l’artiste s’installe en France et peint de nombreux paysages. Après plusieurs voyages en Europe et au Maroc, il débarque en Provence en juillet 1953 sur les conseils de son ami le poète René Char. La période provençale de Nicolas de Staël marque un tournant essentiel dans son existence. Le choc de la lumière du sud, des variations de couleurs aux rythmes des saisons, l’expérience de la solitude viennent révéler une émotion intense, production à la fois visuelle et intime. Pour la première fois et de manière exclusive, sur le développement de l’œuvre de Nicolas de Staël lors de son séjour en Provence, entre juillet 1953 et octobre 1954, l’Hôtel de Caumont – Centre d’art à Aix-en-Provence montre l’exposition « Nicolas de Staël en Provence » 71 peintures et 26 dessins provenant de prestigieuses collections internationales publiques et privées, montrent la réalité et la force de la nature brute, comment cette main intelligente puise son génie dans ces paysages expressifs, comment la nature accompagnait son regard. Une pratique artistique vécue comme une quête de sens.

« On ne peint pas ce qu’ on voit mais le choc qu’ on a reçu ». Quand Nicolas de Staël débarque en Provence, la lumière fulgurante est une violence à l’état pur. Il part à la découverte des paysages sauvages. La blancheur austère du calcaire, le vert de la nature ainsi que le ciel pâle du petit matin le bouleverse. Ce n’est rien de ce qu’il connaît. Sa peinture capte ses sensations. Elle devient épaisse, étale plusieurs couches, la sculpte comme une forme humaine. Les formes condensées dans la matière picturale marquent à la fois son adoration et son exaltation.

La composition simple des éléments permet d’appréhender ce nouvel environnement afin de traduire en couleurs les impressions éprouvées. Il réalise de nombreux croquis lors de ses longues marches puis peint  dans ses ateliers de Lagnes, puis de Ménerbes. Dans la séries des grandes tables, un sujet classique inspiré de Chardin,  la frontière est tenue entre abstraction et figuration. L’absence de perspective et de modelé n’enlève rien à l’existence des choses et des êtres qui s’imposent dans l’alchimie des couleurs vives et de la peinture.

La matière se fait mouvement afin de laisser s’exprimer les éléments naturels. Chaque toile met en avant des notions d’horizontalité et de verticalité. Le paysage se dénude afin de révéler sa force évocatrice intemporelle. Parfois, la couleur vient éclabousser la composition, comme dans Arbre rouge, 1953. Parfois, les bords de la toile sont laissés en réserve. Parfois, sa touche est une variation de petits carrés chromatiques. L’artiste voulait « Sentir la vie devant moi et de la sentir toute entière ». Il ne se lasse pas du Vaucluse et des couchers de soleil qui nuancent les couleurs. Sa peinture se fait lyrique et les modulations du pinceau rappelle Vincent Van Gogh, un autre artiste ébloui par le soleil de Provence. Lui aussi prend les cyprès pour motif, expression de sa solitude intérieur.

Nicolas de Staël va poursuivre cet enseignement de la couleur et de la lumière en Sicile. Sur la route qui le conduira jusqu’au sud de l’Italie, il dessine les ruines antiques, les vestiges des temples et les fresques de Pompéï. Ses carnets entiers de croquis seront sa source de travail lorsqu’il regagnera son atelier de Lagnes. Les aplats de couleurs pures traduisent l’intensité éblouissante du soleil sur la pierre et sur les murs colorés des habitations.

Influencé par le cubisme, il joue sur l’opposition des couleurs afin de moduler les formes. Des formes limpides qui traduisent sa vérité intime. Les couleurs primaires ont une place importante dans cette œuvre évanescente, dans cette ivresse chromatique et lumineuse. Un condensé d’émotions qui incendie les rétines des Américains et grâce auxquels il va connaître un succès fulgurant. L’expérience picturale révèle le démiurge intérieur. Nicolas de Staël est lui-même un être solaire mais en souffrance, dans une quête toujours plus intense, toujours plus juste, toujours plus essentielle de la vie, de l’amour. Il nous laisse une œuvre réalisée sur une quinzaine d’années et dans laquelle il donne tout. Sa riche correspondance avec René Char nous éclaire sur le rôle majeur de cette terre de Provence dans la production artistique de ce génie qui quitte ce monde en à Antibes en 1955.

INFORMATIONS PRATIQUES
Jusqu’au 23 septembre 2018
Nicolas de Staël en Provence
Hôtel de Caumont – Centre d’Art
3 rue Joseph Cabassol
13100 Aix-en-Provence
Ouvert tous les jours de 10h à 19h
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Pablo Picasso et André Villers : Coup de soleil au Musée du Pavillon Vendôme

Le Musée du Pavillon de Vendôme à Aix-en-Provence réunit durant tout l’été le travail à quatre mains de l’artiste multi-disciplinaire Pablo Picasso et du photographe André Villers. Ce dernier a immortalisé les plus grands artistes de ce XXe siècle: Calder, Brassaï, Cocteau, César … Des photographies visibles au musée qui porte son nom au cœur du vieux village de Mougins dans les Alpes-Maritimes. Il découvre la photographie alors qu’il est hospitalisé au sanatorium de Vallauris entre 1947 et 1955. Ces années correspondent à la période à laquelle Pablo Picasso s’y installe et travaille la céramique. De leur rencontre naît une amitié et une collaboration artistique unique.

André Villers rencontre le maître catalan en mars 1953. C’est lui qui lui offre son premier appareil photo , un Rolleiflex. Leur collaboration artistique est une aventure expérimentant la photographie et les découpages. Durant une dizaine  années, ils transcendent, détournent les frontières entre photographie et sculpture en jouant de ce qui les unit : lumière, ombre, creux, plein, forme et espace. Picasso découpe, modifie, épingle les photos de Villers pour en faire des collages. Ensuite, il les transforme, les interprète à son tour avant d’en faire de nouveaux clichés que Picasso découpera à nouveau. Une esthétique mise en abîme.

« Il faudra que nous fassions quelque chose tous les deux. Je découperai des petits personnages et tu feras des photos. Avec le soleil, tu donneras de l’importance aux ombres, il faudra que tu fasses des milliers de clichés »disait Pablo Picasso au jeune André Villers de 50 ans son cadet. Ces 10 années de création et de collaboration unique aboutissent à la publication en 1962 d’une trentaine d’images sous le titre Diurnes et dont la préface est écrite par le poète Jacques Prévert. Le Musée du Pavillon de Vendôme rassemble la totalité de ces tirages qui révèle le processus, le cheminement de la pensée et les scènes créées dans l’univers des deux artistes. Un « coup de soleil », une référence au flash photographique selon le maître catalan, naïf et imagé, poétique et lyrique, expression de deux univers singuliers et de deux regards primitifs sur le monde sensible.

INFORMATIONS PRATIQUES
Villers/Picasso – Coup de Soleil
Jusqu’au 30 septembre 2018
Musée du Pavillon de Vendôme
13, rue de la Molle ou 32, rue Célony
13100 Aix-en-Provence
Tél. : 04 42 91 88 75
Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h
Plus d’informations ici

Notre invité de la semaine est Erick Gudimard

Erick Gudimard est depuis 2001 le directeur des Ateliers de l’Image à Marseille, qui ouvrent en novembre 2018 le nouveau Centre Photographique Marseille.

Il a notamment réalisé la programmation une trentaine d’expositions à Galerie La Traverse, créé La Nuit de l’Instant, et assuré le commissariat d’une dizaine d’expositions en France et à l’étranger. Fin août 2018, il organise à Marseille Polytyque, salon (art fair) de photographie contemporaine. Il est également Président du réseau Diagonal (crée à son initiative en 2009), qui regroupe 18 structures de photographies en France.

Le Portrait chinois d’Erick Gudimard

Si j’étais une œuvre d’art : Une petite sculpture de Camille Claudel, un tableau de Soulages, une phrase de Jenny Holzer qui défile dans la nuit.
Si j’étais un musée ou une galerie : Le musée Henri Matisse au Cateau-Cambrésis.
Si j’étais un(e) artiste (tous domaines confondus): Une poétesse inconnue…
Si j’étais un livre : « Quelqu’un » de Robert Pinget
Si j’étais un film : Palme d’or à « Van Gogh » de Maurice Pialat ex aequo avec « Interstellar » de Christopher Nolan.
Si j’étais un morceau de musique :
Bah faut attendre la playlist de vendredi !
Mais s’il ne fallait en garder qu’un : le Stabat Mater de Pergolese
Si j’étais un photo accrochée sur un mur : Une image achetée à Prague, Elle est en couleur, dans un cadre noir et sous une petite Marie-Louise on voit Josef Sudek en train de travailler, quasi accoudé à sa chambre photographique.
Si j’étais une citation : Au choix :  » On est plusieurs à soi tout seul  » de Fernando Pessoa ou bien  » La sagesse c’est d’avoir des rêves suffisamment grands, pour ne pas les perdre de vue pendant qu’on les poursuit. » Je crois avoir lu ça chez Faulkner
Si j’étais un sentiment : Difficile de répondre il y en a tellement…
Si j’étais un objet : Une lampe
Si j’étais une expo : Celle à venir
Si j’étais un lieu d’inspiration : La baie des singes, en fin de journée. C’est à Marseille après les Goudes.
Si j’étais un breuvage : C’est un peu comme les sentiments… Un café noir (arabica d’Amérique du Sud), un viel armagnac (bas-armagnac), un verre d’eau (fraîche mais pas trop),
Si j’étais un héro/héroïne : Johan Cruyff
Si j’étais un vêtement : Un couvre-chef.

Suivez la carte blanche de notre invité tout au long de la semaine

> Carte blanche photographique (mardi 12 juin 2018)
> Carte blanche (mercredi 13 juin 2018)
> Carte blanche (jeudi 14 juin 2018)
> Playlist et Bons Plans (vendredi 15 juin 2018)

INFORMATIONS PRATIQUES
Centre Photographique Marseille
2 rue Vincent Leblanc
13002 Marseille
http://centrephotomarseille.fr

Tal Coat, la liberté farouche de peindre au Musée Granet

Pierre Tal Coat (1905-1985), de son vrai nom Pierre Jacob, est un peu l’artiste français oublié que nous redécouvrons. L’exposition qui se tient jusqu’au 11 mars 2018 au Musée Granet d’Aix-en-Provence clôt une série de manifestations dédiées à la rétrospective exceptionnelle que ce peintre aura connu en 2017.

Ainsi, le musée Granet a choisi de montrer toute la richesse d’un peintre présent depuis 1985 dans sa collection permanente et plus particulièrement depuis les années 2000 grâce à la donation Philippe Meyer et Vincent Meyer plus récemment. Une reconnaissance tardive mais qui a le mérite de replacer ce génie de la lumière au sein de la création figurative du XXe siècle.

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Massacres, Collection Particlière ©AGADP Paris 2017

Tal Coat ( « front de bois » en breton) fut un artiste inspiré par Paul Cézanne, le père de l’art moderne. D’ailleurs, il choisit, dès les années 40, de s’installer dans la ville d’Aix-en-Provence, au cœur des paysages et des lieux emblématiques- notamment le Château Noir – rendus célèbres par Cézanne. « L’exposition présente une très longue période d’activité et de création » commente Bruno Ely, conservateur en chef du musée Granet d’Aix-en-Provence, commissaire de l’exposition avec Jean-Pascal Léger. « Il y a à peu près une vingtaine d’années, à l’Espace 13, lieu d’exposition aujourd’hui fermé, était organisée une jolie exposition sur la période aixoise de Tal Coat. Il était vraiment important pour moi de restituer les années aixoises, en présentant au public ce qui avait précédé et ce qui avait suivi cette période. On mesure ainsi beaucoup mieux l’évolution de l’œuvre de l’artiste, le passage de cette figuration qui marque ses débuts vers quelque chose que l’on ne va pas appeler « l’abstraction » mais plutôt de la « non figuration » , précise Bruno Ely.

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Troupeaux, 1959, Collection particulière, Photo: Zines Galai © Studio Curchod, Suisse © AGAGP Paris 2017

En effet, ce qui est capital chez cet artiste, c’est ce rapport à la nature, ce lien qui sous-tend en permanence sa création, même si, par la suite, il réalisera des œuvres informelles ou non figuratives. Une nature ressentie par essence vitale, inspirée et harmonieuse. C’est ce fluide vital, nourricier et principal qui transparaît dans son oeuvre. « Il ne s’agit pas d’œuvres abstraites. Le public saisira la nuance, souvent très subtile, mais qui est une réalité » reconnaît Bruno Ely.

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©AGADP Paris 2013

180 oeuvres disposées dans un accrochage chronologique afin que le public saisisse son parcours artistique, de ses début figuratifs à sa période aixoise (1943 à 1956) où son travail évolue considérablement à la lumière de Provence.  Inspiré par le père de l’art moderne, amis avec de nombreux artistes tels Balthus, Giacometti, Joan Mitchell pour ne citer qu’eux, porté par des écrivains et des grands conservateurs de musées, la dernière rétrospective de Pierre Tal Coat date de 1976 au Grand Palais à Paris, aussi, il est urgent de venir visiter celle que propose le Musée Granet. Cela tombe bien, il ne vous reste que quelques jours!

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Eduardo Arroyo, la narration des images à la Fondation Maeght

Artiste vivant de renommé internationale, Eduardo Arroyo expose les multiples facettes de son génie artistique dans une exposition foisonnante à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence.  Peinture, dessin, sculpture, collage…Diverses pratiques artistiques servent la création de cet artiste protéiforme qui puise son inspiration autant dans la société que dans l’histoire, les arts ou la littérature. Un bel hommage pour cet homme qui fête ses 80 ans cette année et dont la force créative est toujours intacte. Visite.

10.ARROYO.Ronde de nuit aux gourdins, 1975-1976Eduardo Arroyo, Ronde de nuit aux gourdins, 1975-1976, huile sur toile  © Adagp Paris 2017. Photo DR.

Deux ans après l’exposition « Eduardo Arroyo -La Force du Destin » présentée à l’Hôtel des Arts de Toulon, l’artiste espagnol revient sur les terres méditerranéennes avec ses oeuvres colorées imposantes par leur force vibratoire. A travers un parcours thématique, « Eduardo Arroyo. Dans le respect des traditions » révèle des images riches et construites par aplats et impactantes. Après des études à l’Ecole de journalisme, Eduardo Arroyo, né le 26 février 1937 à Madrid, quitte l’Espagne franquiste et s’exile à Paris en 1958. Il décide de se consacrer à l’écriture mais très vite, il se tourne vers la peinture.  Là où il décrivait la réalité avec des mots, il choisira les pinceaux. Refusant l’abstrait, l’oeuvre de cet autodidacte s’inscrit dans le courant de la Figuration narrative et de la Nouvelle figuration espagnole des années 1960. Il peint plusieurs thèmes comme des témoignages de son siècle: l’exil, le déplacement, la mort, les grands destins, la société…Les portraits sont une signature dans l’oeuvre de l’artiste. Parfois modelés, en silhouette, construit par les formes et les aplats de couleurs, Eduardo Arroyo réalise aussi des portraits hybrides, mélange de deux personnalités comme cette sculpture de Dante/Cyrano de Bergerac. Il inscrit son travail dans la tradition académique quand certains sujets font référence à des scènes historiques ou littéraires ou prennent source chez d’autres artistes. Il aime peindre des histoires et aussi son histoire. « La peinture est en quelque sorte littéraire ; et c’est dans ce sens que je travaille sur des thèmes. Il y a un début, une fin, des personnages, et l’ambiguïté propre aux romans. C’est donc un récit, comme si j’avais écrit une quinzaine de romans… «  explique Eduardo Arroyo.

23.ARROYO.Dante-Cyrano de Bergerac, 2014Eduardo Arroyo, Dante/Cyrano de Bergerac, 2014, pierre, céramique et plomb © Adagp Paris, 2017. Photo DR.

25.ARROYO.Jarrón, 2006

Eduardo Arroyo, Jarrón, 2006, bronze et acier inoxydable © Adagp Paris 2017. Photo Adrián Vazquez

Peindre l’Histoire ou les histoires. Fidèle à un art narratif extrêmement libre, il mêle le public et le privé, l’historique et le légendaire, avec une liberté propre à sa pratique. Son éclectisme délibéré le conduit à utiliser tous les matériaux capables de traduire son univers. Les oeuvres d’Eduardo Arroyo manifestent, à des degrés divers, aussi bien la malice, le rire que la critique corrosive. La figure humaine constitue un terrain de prédilection : il sait donner aux portraits des attributs touchants et subtils. Ce témoin privilégié refuse toute règle et exprime sa liberté. L’Espagne comme sujet montre l’attachement à son pays natal. Il pratique une peinture provocatrice et combative et donne toute sa place à la force de l’image et à sa compréhension immédiate. Quand son exil prend fin en 1976, il ne reconnaît pas son pays. Un retour difficile qu’il exulte à travers ses pinceaux. Une autre partie montre  sa passion pour le dessin et la place qu’il lui donne nourrit autant sa peinture que l’ensemble de son travail : crayon, aquarelle, pastel, découpage, collage…Eduardo Arroyo met ici en scène, une oeuvre exceptionnelle intitulée Agneau Mystique. Il réinterprète, au crayon, sur des feuilles de papier, en transposant à taille réelle et en noir et blanc, le retable de L’Adoration de l’agneau mystique, polyptique de dix panneaux de bois de la cathédrale Saint-Bavon de Gand, peint à l’huile par les frères flamands Hubert et Jan Van Eyck dans la première moitié du XVe siècle. Nous pouvons aussi découvrir ses récentes toiles où la matière se fait moindre. Comme il le confie: « Avec le temps, je l’ai abandonnée, la matière… C’est vrai qu’il y a eu un changement profond dans mon oeuvre. Quand l’Espagne a retrouvé sa liberté, moi aussi j’ai retrouvé ma propre liberté. Les thèmes de l’espagnolade m’obsédaient moins. Ma peinture est devenue plus douce, plus cryptique, plus ambiguë plus surréaliste. À présent je peins à Paris, je peins à Madrid, et je peins dans ma montagne de Leon, près des Asturies. Ce sont mes trois lieux de prédilection. »

16.ARROYO.Double portrait de Bocanegra ou le jeu des 7 erreurs, 1964Eduardo Arroyo, Double portrait de Bocanegra ou le jeu des 7 erreurs, 1964, huile sur toile © Adagp Paris 2017. Photo DR.

18.ARROYO.Agneau Mystique, 2008-2009Eduardo Arroyo, Agneau Mystique, 2008-2009, crayon sur papier, polyptique, © Adagp Paris 2017. Photo DR.

D’autres thématiques affichent les grandes lignes de l’oeuvre picturale de l’artiste madrilène: autour de la mouche et des vanités, Berlin,  ville fascinante, Winston Churchill et la reine d’Angleterre, les images contées de notre quotidien et le goût de la tradition académique…Cette passion pour les effets de peinture se retrouve dans le tableau intitulé « Dans le respect des traditions », titre de l’exposition choisi par Eduardo Arroyo, où le même paysage est traité par « à la manière de » en quatre façons. La peinture peut transcrire différentes visions selon la facture et e style employé.

15.ARROYO.Le meilleur cheval du monde, 1965Eduardo Arroyo, Le meilleur cheval du monde, 1965, huile sur toile © Adagp Paris 2017. Photo DR.

14.ARROYO.Dans le respect des traditions, 1965

Eduardo Arroyo, Dans le respect des traditions, 1965, huile sur toile © Adagp Paris 2017. Photo DR.

Olivier Kaeppelin, commissaire de l’exposition, nous explique son point de vue: « Si l’art est l’un des moyens les plus perspicaces et les plus justes pour comprendre la psychologie humaine, pour mettre en lumière la vérité d’un individu, il peut, également, tenter d’exprimer non plus l’identité d’une personne mais celle d’une « humanité », d’un groupe d’hommes confrontés au temps ou à l’Histoire. L’art prend, chez Eduardo Arroyo, une dimension de fable politique, philosophique ou sociale, quand il cherche à représenter les jeux, les signes, les langages, les chansons de geste des pouvoirs après lesquels court l’humanité ».  Eduardo Arroyo signe des contes modernes, des légendes réelles. Un travail accessible au plus grand nombre et pour ce faire, il s’approprie les  images qu’il détourne, compose avec des couleurs opposés, éclatantes, en opposition pour faire ressortir les contrastes. Une oeuvre à la fois grave et humoristique, ironique. Son oeuvre traverse notre époque comme autant de scènes captées en proie avec une réalité absurbe et fantasque.

Accrochage E.ARROYO (40)Vue de l’exposition @ Fondation Maeght

Les Bons Plans Marseillais de Christophe Gaillard

Cette semaine, c’est notre invité Christophe Gaillard (lire son portrait publié le 10 juillet) qui partage ses bonnes adresses. Direction Marseille et un petit détour à Aix-en-Provence et ses alentours pour une semaine ou un week-end prolongé…

Arrivée en TGV Marseille St Charles. Direction l’hôtel C2 sur le Cours Puget pour une immersions dans le cœur de la ville. Cet hôtel est un lieu tout à fait unique, installé au sein d’un ancien hôtel particulier du XIXème siècle. Le lieu a su conserver les traces de son passé tout en y ajoutant un esprit contemporain. Dépaysant et reposant.
48 Rue Roux de Brignoles
13006 Marseille
https://www.c2-hotel.com

Aller déjeuner à l’Epuisette
Vallon-des-Auffes (7e)
13000 Marseille
http://www.l-epuisette.fr
https://fr.gaultmillau.com/restaurant/l-epuisette?locale=fr-FR

Un après midi pour découvrir la programmation multiple et revigorante de La Friche Belle de Mai
41 Rue Jobin
13003 Marseille
http://www.lafriche.org

Une soirée au stade Vélodrome pour son ambiance folle et inégalée en France

Le marché paysan du Cours Julien et s’y installer dans un des nombreux café à ne rien faire
Cours Julien
13006 Marseille

Un après-midi pour flâner à Aix-en-Provence pour découvrir ses très nombreuses libraires, le quartier Mazarin (notamment la Librairie « K Livres » à côté du Musée Granet) et la somptueuse Place d’Albertas

Revenir à Marseille sur la terrasse du Sofitel Marseille Vieux-Port avec vue panoramique sur la ville et le vieux port.
36 Boulevard Charles Livon
13007 Marseille
http://www.sofitel.com

Finir le we au Domaine de Fontenille (tenus par Frédéric Biousse et Guillaume Fouché). Un moment rare, hors du temps et d’une grande élégance. Son restaurant gastronomique et les petits déjeuners face au bassin.
Route de Roquefraiche
84360 Lauris
http://www.domainedefontenille.com

On en profite pour visiter le Château La Coste et y découvrir le parcours de sculptures aux travers les vignes.
(Lire notre article sur le Chateau publié le 26 juin dernier)
2750 Route De La Cride
13610 Le Puy-Sainte-Réparade
https://chateau-la-coste.com

Saison estivale à la Venet Foundation en Provence

Ouverte en 2014 par Bernar Venet et Diane son épouse en Provence, au Muy, la Venet fondation (domiciliée aux Etats Unis) s’étend sur un vaste parc de 4 hectares abritant nombre de ses sculptures monumentales mais aussi des pièces emblématiques de sa collection personnelle principalement dédiée à l’art minimal et conceptuel, l’une des plus importantes au monde.

Le dialogue avec la nature environnante suscité par la chapelle de Frank Stella, le « skyspace » de James Turrell et les expositions estivales dans la galerie et l’usine font de cette expérience une « œuvre d’art totale ».

Cet été, outre l’exposition majeure de l’artiste américain Fred Sandback (1943-2003) le parc s’agrandit pour accueillir d’autres sculpteurs contemporains.

« Pedestrian Space » est une première en France depuis 10 ans pour ce représentant du mouvement minimaliste qui n’a sans doute pas joui de la même renommée que ses compagnons même si le mystère qui l’entoure et sa parfaite maîtrise du plein et du vide restent fascinante. A partir de fils de laine, ce maître de l’illusion déroule nombre de variations dans l’espace comme autant de sculptures en puissance. Comme une chorégraphie en suspens, une parenthèse en équilibre, une alchimie de l’invisible. Les dessins préparatoires également exposés permettent de remonter à la genèse du processus créateur d’une grande rigueur et économie de moyens. Questionner la matérialité et la physicalité, l’horizontal du vertical, le visible de l’invisible autant de tensions et paradoxes magistralement conjugués.

Commissaire de l’exposition : Alexandre Devals, directeur de la Venet Foundation

INFOS PRATIQUES :
Fred Sandback
Pedestrian Space
Du 15 juin au 30 septembre 2017
Venet Foundation
365 chemin du Moulin des Serres
83490 Le Muy
> Visite les jeudis après-midi et vendredis, sur réservation uniquement
Inscription par mail à info@venetfoundation.org
http://venetfoundation.org

 

Les Bons Plans d’Aix-en-Provence

Cette semaine, c’est l’artiste peintre Sabine Le Roch qui partage avec nous ses bons plans et bonnes adresses pour le week-end. Direction les Bouches-du-Rhône, on pose nos valises à Aix en Provence.

Boire un café…

La brûlerie : un incontournable à Aix en Provence. Situé sur une des places les plus animées de la ville surtout les jours de marché .Cette maison propose de grands crus moulus ou en grains de tous les pays du café mais également un « petit chocolat » qui est à tomber !
1 place Richelme
13100 Aix-en-Provence

Se restaurer…

Drôle d’endroit : Pari réussi pour ce restaurant culturel « planqué » dans une ruelle étroite qui propose une cuisine fine, faite maison et très variée dans un cadre  chaleureux et convivial. Les propriétaires des lieux  y organisent des soirées littéraires et musicales, tout cela dans un décor atypique et original.
Mention spéciale pour l’assiette végétarienne qui est un vrai délice ! Réservation vivement conseillée.
14 rue Annonerie Vieille
13100 Aix-en-Provence.

House cookies&Co : une déco vintage au style nord américain, tout est fait maison, les assiettes sont colorées, copieuses et les ingrédients bio. On peut y boire le thé en dégustant les muffins et cookies…tout simplement divin !
40 rue Boulegon
13100 Aix-en-Provence.

60 Degrés : En plein centre d’Aix ce concept original remet au goût du jour la tisane en proposant une sélection raffinée d’infusions ainsi que du thé. On peut déjeuner sur place, le menu est 100% bio, végétarien et sans gluten autant que possible.
6 rue Paul Bert
13100 Aix-en-Provence.

Pietro&Co : épicerie fine italienne qui propose de délicieux produits à déguster sur place où à emporter. Commander absolument les tagliatelles à la truffe !
2 rue Boulegon
13100 Aix-en-Provence.

Pour le goûter…

Pâtisserie Weibel : véritable institution aixoise et une des meilleures pâtisseries de la ville.
Salon de thé chic, convient pour un goûter en famille ou pour un brunch. Coup de cœur pour la tropézienne et le castel.
2 rue Chabrier
13100 Aix-en-Provence.

Flâner…

Rue des bouquinistes obscurs : librairie de livres d’occasion où l on trouve parfois de vraies perles en matière de romans, d’essais et de livres d’art à des prix très avantageux.
16 rue Matheron
13100 Aix-en-Provence.

Cink : L’esprit nomade et créatif de Karine Vaudaux, décoratrice d’intérieur, se retrouve dans sa boutique. Un mini concept store sur 2 niveaux au cœur d’Aix en Provence.
2 rue Paul Bert
13100 Aix-en-Provence

Ouvrage : Magnifique galerie boutique ouverte par deux architectes, Agnès et Sébastien, mettant en avant uniquement des objets créés et produits par des artisans et artistes français.
46 rue du Puits Neuf
13100 Aix-en-Provence.

Lieux culturels…

Hôtel de Caumont (centre d’art) : restauré avec un goût exceptionnel, cet hôtel particulier accueille désormais des expositions temporaires dédiées aux grands noms de l’art. A l’intérieur, donnant sur les jardins à la française, le café Caumont  est le lieu idéal pour déjeuner ou boire un thé dans un magnifique écrin de verdure dans le centre ville.
3 rue Joseph Cabassol
13100 Aix-en-Provence.

> A ne pas manquer : l’exposition Marilyn Monroe jusqu’au 1er mai 2017 !!

Cinéma le Mazarin : Cinéma d’art et d’essai possédant que 3 salles et un guichet à l’ancienne. Le choix des films est rigoureux, toujours en version originale et souvent intimiste.
6 rue Laroque
13100 Aix-en-Provence.