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L’éloge de l’architecture d’intérieur à Design Parade Toulon #3

Toulon la discrète, ville portuaire tournée vers la Marine ou le rugby, réussit l’essai de dynamiser son centre-ville en le dédiant à l’Art et l’art de vivre. Si galeristes, boutiques artisanales et de déco branché ont investi le Quartier des Arts, si la rue Pierre Semard -nouvellement nommée Rue des Arts– prête dorénavant ses façades à des expositions de photographies en plein air, il devient si agréable de (re)fréquenter ces ruelles longtemps abandonnées, où les corniches sculptées, frontons et moulures des immeubles témoignent d’un glorieux passé.

C’est dans ce centre ancien en pleine rénovation que s’est installé en 2016 le festival d’architecture d’intérieur Design Parade Toulon, petite soeur de Design Parade Hyères, née alors que cette dernière fêtait ses 10 ans. Sur une initiative de Jean-Pierre Blanc, directeur de la Villa Noailles – Centre d’Art et grâce à l’impulsion  de la municipalité, Design Parade Toulon devient le premier festival international d’architecture intérieur en France. Après un appel à candidature, un jury, présidé par un architecte d’intérieur, choisit 10 candidats qui devront, lors d’un concours organisé le dernier week-end de juin, réaliser une pièce à vivre méditerranéenne dans un lieu mis à leur disposition et grâce aux prêts des nombreux partenaires de cette manifestation.

Pour cette troisième édition, le concours s’est déroulé du 28 au 30 juin 2018 dans l’ancien évêché de la ville. Les résultats ont été rendus public tandis que les 10 créations des jeunes architectes d’intérieur et les expositions alentours se poursuivent jusqu’au 30 septembre 2018.

Grand Prix Design Parade Toulon Van Cleef & Arpels: le cru 2018 voit récompenser deux lauréats.

Antoine Chauvin, The Corniche’s secret , une bibliothèque bleue inspirée de la Corniche à Marseille.

Kim Haddou & Florent Dufourcq, Grotto, une bibliothèque creusée dans le mur offrant un lieu méditatif.

Bérengère Botti & Sophie Genestoux, En trompe-l’oeil, Mention spéciale Eyes on Talents X Frame, une pièce immersive où le bleu omniprésent occulte toute distinction de frontières.

Valentin Dubois & Shizuka Saito, La pause déjeuner, Prix du Public Ville de Toulon, une expérience sensorielle intense pour une salle à manger déconcertante.

Charlotte & Juliette Castay, Dimanche, un univers immaculé, tout en courbe, invitant au repos

Lucas Djaou, A l’heure de la sieste, un exotisme enveloppant la mythique sieste.

Laure Fournier, Gaia, un hommage sincère à la terre.

Clémence Frot, Antonyme, une salle à manger monochrome qui bouleverse les codes habituels.

Natacha Mankowski, Vipassana, un chambre dans des tons naturels, bruts, évoquant la chaleur écrasante du sud.

Jeanne Martin & Marie-Marie Vergne, Pendeloque, une pièce texturée, riche et colorée.

Expositions:

Pierre Yovanovitch, l’érotomanie de Melle Oops, Ancien évêché

Pierre Marie, Le Jardin d’Hiver, Ancien évêché

Lesage intérieurs, Erwan & Ronan Bouroullec, Taille Douce, Ancien évêché

Alexandre-Benjamin Navet, Grand Prix Design Parade 2017 (en duo avec Paul Brissonnet), Le Salon du Collectionneur, Ancien évêché

5 Rooms, réalisation de 5 chambres de résidences par 5 designers au Moulin des Ribes à Grasse. Articleici.

Julien Oppenheim, Claire et Pierre, Galerie des Musées

Daragh Soden, Grand Prix du Jury Photographie du 32ème Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoires de Mode de Hyères, commande photographique installée dans la Rue des Arts. Article ici.

Haute Ecole d’Art et de Design de Genève, architecture d’intérieur

Exposition historique de l’Ancien évêché, scénographie de Mathilde Vallantin Dulac et Victor Levai, Prix Spécial du jury Design Parade Toulon 2017

Travaux des étudiants de 2ème année de design de l’Ecole Supérieur d’Art et de Design Toulon Provence Méditerranée, Galerie Le Stardust et Galerie de l’ESAD

INFORMATIONS PRATIQUES
Jusqu’au 30 septembre 2018
Ancien Évêché, 69 cours Lafayette
Ouvert tous les jours de 11h00 à 17h00, dimanche, de 11h00 à 13h00. Fermé le lundi et les jours fériés.
GaM, la Galerie des Musées, 22 – 24 rue Pierre Semard
Ouvert tous les jours de 12h00 à 18h00. Fermé le dimanche et le lundi.
La Rue des Arts, rue Pierre Semard
Galerie de l’ESADTPM
Place Gambetta
Le Stardust
20 rue Chevalier Paul
Toutes les expositions sont en accès libre.
Plus d’informations ici

François Prost et le visage de l’urbanisme

La galerie Superette accueille jusqu’au 16 novembre la première exposition personnelle du photographe lyonnais François Prost. « Photo Stories » rassemble les quatre dernières séries photographiques de l’artiste réalisées entre 2013 et 2017. Toutes ont un point commun : le point de vue très frontale. Que ce soit les façades de discothèques, celles des immeubles de banlieue parisienne ou encore les portraits de touristes et son sujet sur Tianducheng, la ville réplique de Paris : François Prost portraiture l’urbanisme de manière presque compulsive.

La série After Party présente des façades de discothèques françaises, photographiées à la lumière du jour. Ces boites de nuit, encore en activité, se montrent alors sous un autre visage : néons et autres attributs sulfureux propres à l’ambiance nocturne laissent place à une réalité plus standard et moins pailletée. Elles se présentent alors comme des bâtiments relativement neutres en zones périurbaines ou rurales, au milieu de secteurs industriels
ou de champs de betteraves. Telle Cendrillon retournant à la réalité, ces lieux de fêtes, fantasmés par bon nombre d’adolescents, deviennent alors des coquilles vides. Non sans humour, et avec une pointe de nostalgie, la série se veut également rendre hommage aux débordements décoratifs et aux codes visuels véhiculés par ces établissements. Les premières images de la série ont été prises en 2011. On en compte aujourd’hui plus de 200, issus des 4 coins de la France.

La série Faubourg présente des façades d’immeubles d’Ile-de-France issues de zones dites sensibles.
Ces bâtiments, érigés dans les années 60 à l’époque des grands ensembles ont été construits pour augmenter le parc de logement et apporter aux classes moyennes et populaires tout le confort moderne d’alors.
Leur situation d’aujourd’hui semblent bien loin des espérances de l’époque, et les pouvoirs publics en arrivent même à détruire certains bâtiments du fait de leur insalubrité et de la misère sociale drainée au fur et à mesure des années.
À l’heure du Grand Paris et de la transformation urbaine qui en découle, ces quartiers viennent cristalliser les enjeux de cette réorganisation sociale et territoriale, comment éviter les phénomène de ghettoïsation ? Comment re-mélanger les populations ? Et en cas de besoin, comment et ou reloger les habitants de ces quartiers?
Au-delà de la réputation quelques peu sulfureuses adossées à certain de ces quartiers, ces immeubles sont montrés ici de façon neutre, déconnectés de leur contexte environnemental et social.

Les Champs-Elysées figurent parmi les lieux touristiques les plus visités au monde et sont un symbole fort de l’identité parisienne. Pourtant, lorsque l’on y regarde de plus près, cette avenue semble davantage incarner une culture globalisée qu’une culture locale. On y trouve les mêmes chaînes de fast-food, enseignes de fast-fashion, échoppes à touristes, boutiques de luxe, sièges de multinationales, ou cinémas à blockbuster que n’importe où dans le monde. L’avenue attire quelques 300000 touristes par jour. Des centaines de bus les déposent chaque jour de l’année en haut de l’avenue. La plupart s’arrête quelques dizaines de minutes sur le rond point de l’Étoile et déversent leurs centaines de touristes qui viennent prendre quelques photos de l’Arc de Triomphe.
Fasciné par ce rituel, François décide d’immortaliser ces visiteurs à la manière d’un paparazzi : avec flash et sans pudeur. Les touristes sont ainsi starifiés, pris au vif par le flash avant même d’avoir mis un pied à terre.

C’est en 2007 que Tianducheng voit le jour en grande banlieue de la ville d’Hangzhou (7 millions d’habitants, située à 200km de Shanghai). Elle figure aujourd’hui comme la plus grande et la plus impressionnante réplique de Paris. Elle se compose notamment d’une Tour Eiffel de 100 m de haut, d’un quartier haussmannien de 31 km2 et d’un parc largement inspiré des jardins de Versailles. Connu en Chine comme un décor parfait pour les photographies de mariage, elle compte 30000 habitants, issus de la classe moyenne, vivant au milieu de sculptures et de fontaines d’imitation renaissance comme ils vivraient n’importe où ailleurs en Chine. Sous forme d’une étude comparative entre Paris et Tianducheng, la série Paris Syndrome explore les similitudes à la fois drôles et perturbantes entre la ville modèle et sa réplique chinoise.

INFORMATIONS PRATIQUES
Photo Stories
François Prost
Superette Gallery
104 rue du Fbg Poissonière
75010 Paris
contact@superette.tv
www.superette.tv
Ouvert du lundi au vendredi de 10h00 à 19h00

Ephéméride (2016) : L’œuvre de Le Corbusier classée à l’UNESCO

Le 17 juillet 2016, l’UNESCO annonce que l’œuvre architecturale du célèbre architecte suisse Le Corbusier est classée au patrimoine mondial. Sur 17 sites, 10 sont situés en France.
Voici la présentation de la Villa Savoye à Poissy (Yvelines) que nous vous invitons à visiter ! Petite anecdote : si cette villa a été construite sur pilotis c’était pour répondre à la volonté de la propriétaire (Mme Savoye) d’éviter la marche arrière pour se garer avec sa voiture !

Rencontre avec les architectes commissaires de « Domestic Pools » à la Villa Noailles

La piscine privée a toujours généré de nombreux fantasmes. Synonyme de luxe et d’exclusivité, les pool parties américaines se déclinent bientôt sur la Côte d’Azur avec la Méditerranée comme ligne d’horizon idéale. Une sociabilité nouvelle dont Charles et Marie-Laure Noailles sont les brillants émissaires. La piscine du château St Bernard qui répond aux principes modernistes du vaisseau amiral, se voit bientôt investie par une foule joyeuse qui pratique le culte du corps en short et maillot rayé, sous la caméra magnétique de Man Ray (Les mystères du château du Dé). Si ces illustres hôtes ne sont plus, leur esprit plane en ces lieux au gré des festivals et expositions. Comme une famille d’artistes et de créateurs qui veille.

Dans le prolongement de l’exploration des lieux dédiés aux divertissements et à partir d’un hommage à la piscine varoise d’Alain Capeillères immortalisée par Martine Franck, ce tour du monde des projets les plus fous et expérimentaux d’Adolf Loos à Didier Faustino en passant par Ricardo Boffil, Alvar Aalto…relève à la fois de l’utopie communautaire et de la vanité individuelle. Un entre-soi qui exclut ou réunit selon les périodes et les enjeux sociaux-politiques, comme nous le décrypte avec pertinence les commissaires Benjamin Lafore, Sébastien Martinez-Barat et Audrey Teichmann. Découpé en 4 formes archétypales que sont : la citerne, la pièce d’eau, l’étang et le vase, l’ambitieux panorama réunit maquettes, photographies, dessins préparatoires, plans au détour des mythiques points de vue sur le paysage et principes avant-gardistes du lieu.

Lauréats en 2016 des Albums des jeunes architectes et paysagistes décernés par le ministère de la Culture et de la Communication, Benjamin Lafore et Sébastien Martinez-Barat s’engagent dans une pratique de l’architecture élargie, associant construction, publication et commissariat d’exposition. En 2014, ils ont co-réalisé « Intérieurs. Notes et figures », le pavillon belge de la 14e Biennale d’architecture de Venise. En 2016, lors de leur résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto, ils ont inauguré le projet « Folies, nouvelles ». Associés à Audrey Teichmann, commissaire d’exposition et critique indépendante basée à Genève, ils ont répondu à nos questions.

La piscine d’Alain Capeillères : genèse du projet

Bejamin Lafore : Jean-Pierre Blanc est à l’origine de la démarche d’exploration de l’architecture remarquable du Var, visant à valoriser le patrimoine de la région. Ils nous a fait confiance ensuite dans ce travail d’enquête. La recherche à debuter à partir de la photo de Martine Franck que nous connaissions sans pour autant parvenir à localiser la piscine qu’elle laisse entrevoir. Pour nous c’était un trésor à trouver, la photo ayant valeur de mythe dans les ecoles d’architecture et chez les architectes qui y voient une forme construie d’architecture radicale. Nous pensions qu’elle avait été prise en Italie ou en Californie mais en cherchant nous nous sommes rendu compte qu’elle était tout près d’ici !
Avec Romain qui a réalisé la commande photographique nous avons échangé au seujet de cette photographie et pour lui cette image de Martine Franck est une image historique. Au terme de notre enquêt nous avonns pu aller voir la piscine ensemble avec Jean-Pierre Blanc et découvert qu’elle était bien au delà de ce que l’image supposait.
Alain Capeillères nous a expliqué qu’il avait entièrement conçu ce projet pour sa femme, Lucie, son grand amour, rencontrée à Bruxelles alors qu’elle cherchait un architecte. Lucie n’aimait pas se baigner dans leur plage privée, polluée dans les années 70. Il imagine alors un bâtiment à ciel ouvert creusé à 5 mètres de profondeur, avec aire de jeu, douche et sauna, vestiaire et salle des machines pour filtrer l’eau de mer. Le bassin de 25 mètres de long et 12, 50 m.de large, le tout recouvert de 142 000 carreaux de faïence blanche signés H&R Johnson, dans un calepinage parfait, créant une véritable oasis au milieu du paysage aride aux alentours.

Dans le cadre de notre travail d’architecte, lors d’un chantier à Antibes nous avions découvert les villas de l’architecte Barry Dierks sur la côte. Jean-Pierre Blanc nous parlait d’une de ces villa La Reine Jeanne à proximité du Fort de Brégançon (Cabasson) et cela a donné lieu à la première exposition ‘architecture remarquable du var à la villa Noailles.
De même lors de notre 2ème exposition avec Audrey Teichmann autour de la « boîte de nuit », la présentation du dancing La Batterie à Roquebrune-sur-Argens par l’architecte Pierre Barbe (1900-2004) a permis une prise en compte de sa valeur et une revalorisation du bâtiment par la ville.
La suite en ce qui concerne la piscine Capeillères ne nous appartient pas, notre mission est avant tout de chercher des bâtiment remarquables mais pourtant méconnus et d’en exposer l’hsitoire et l’architecture.

Comment s’est fait l’articulation avec l’autre exposition, Domestic Pools ?

BL : Alors que la première exposition Landskating n’était pas en lien avec l’architecture remarquable du Var, « la boîte de nuit » a amorcé ce lien, à présent plus naturel avec la piscine privée toujours sous l’angle du divertissement dans une approche culturaliste. Evoquer des travaux d’architectes mais aborder aussi des phénomènes plus larges, comme nous l’avions fait avec les boîtes de nuit. L’architecture pensée comme un champ gravitationnel élargi à partir de projets d’architectes connus ou inconnus, historiques ou plus émergents. Valoriser également des travaux expérimentaux comme avec Thomas Raynaud, Andreas Angelidakis, architectes que l’on ne trouve pas encore dans des institutions consacrées au coté d’architectures vernaculaires, sans architectes. Notre rôle est de se positionner à la lisière entre expositions grand public et prospectives.

En ce qui concerne les piscines domestqiues et leur apparition au cours du 20ème siècle, la dimension politqiue et sociéalle est déterminante. Les Noailles sont précurseurs comme souvent, Man Ray l’a filmé, d’autres suivent. David Hockney passe par là, puis le cinéma et les cultures ppoulaires puis tout le monde veut une piscine ! Ce qui est au départ un objet de luxe et de convoitise devient progressivement un symbole de réussite pour les classes moyennes américaines. Un marqueur social qui se popularise jusque dans les années 90. Le début du XXIème siècle la crise économique et écologiques engendre une diminution de la taille du bassin construits, une modification profonde de la demande.

En quoi votre métier d’architecte a t-il influencé votre approche curatoriale ?

SMB : Notre statu ambigu d’architecte et commissaire nous place dans approche de l’exposition comme à la fois format didactique tourné vers les publics mais aussi format de recherche. Ici le délai imparti à la recherhe est relativement court comparé au temps universitaire.
Nous sommes issu d’une culture du métier d’architecte à la fois chercheur et praticien. La rélfexion sur notre discipline et son histoire se fait conjointement à son exercice. De mannière généralle tout nos projets sont pensés comme des projet des recherches qui aboutissent parfois à une forme construite. Par exemple, lorsque nous réhabilitons une friche industrielle, nous proposons d’abord un protocole de relevé systématique de la flore du site afin de prendre connaissance et conscience de la diversité végétale qui y existe. L’inventaire est un outil pédagogique qui permet à tous les interlocuteurs de voir et de nommer les choses. Le principe est simple, il s’agit d’observer et de documenter méthodiquement l’existant avant d’intervenir sur quoi que ce soit. Dans l’exposition, l’Atlas des piscines réalisé avec Rémy Sausset à inauguré la recherche, il constitu une sorte d’archivage des formes de bassin. De ce travail documentaire qui passe par le fait de redessiner l’ensemble des piscines archivées découlent les quatre figures qui organisent l’exposition : le vase, la pièce d’eau, la citerne et l’étang.

Retour sur « New York delire » de Rem Koolhaas, ouvrage clé

SMB : Publié en 1978, ce livre mythique, à valeur de rétro-manifeste sur Manhattan, se termine par une sorte de conte avec le récit d’architectes constructivistes qui mettent au point une sorte de bateau piscine qui va naviguer de Russie à New York. Une allégorie sur les idéaux constructivistes qui vont se retrouver incarnés dans le Manhatanisme. De « New-York delire » ou projet construit par son agence, Relm Koolhaas formule de façon récurante de longues piscines qui fuient vers l’horizon. Cette image préfigure le bassin de la Villa Lemoine, célèbre projet de l’agence OMA de Rem Koolhaas. La piscine construite dans une clairière est un long bassin en couloir de nage de 25 mètres dans un béton très sombre qui, remplie à rasbord, déborde de manière très douce à même le gazon. Une sorte d’étang naturel qui rencontre la rigidité d’une forme constructiviste. La maquette de l’OMA pour cette piscine est une sorte d’echantillon de projet, on y reconnait une eau verte et quelques insectes pris dans la un parrallépipède de résine. C’est un objet mystérieux qui explicite parfaitement le projet sans pour autant en représenter la forme. Dans l’exposition il cotoie et répond à la maquelte du projet de Aires Mateus. La piscine y est une simple flaque d’eau étendue qui s’épuise sur une plage de béton blanc. Donner forme à l’eau est un des thèmes inhérent à la conception des bassins, l’exposition déploie les hypothèses successives de chaque architectes.

Si vous deviez résumer votre expérience dans ce centre d’art atypique ?

BL & SMB : Un centre d’art tel que la Villa Noailles implique un type de recherches autre que strictement academique. Il est possible d’y développer une pratique prospective de l’exposition. Nous sommes convaincus, comme plusieurs agences d’architectes, que le format d’exposition est un format de recherches à part entière. Ici, la réussite de l’entreprise tient à une alchimie de plusieurs facteurs : des équipes très engagées dans la Villa, une confiance mutuelle et une relative précarité qui rend les choses possibles ! Savoir discerner les priorités, rechercher et aller chercher certaines oeuvres mais aussi faire et produire les objets manquants. Par exemple nous avons confié à Véranie Jeune la réalisation de plusieurs maquettes de l’exposition. Les maquettes sont des interprétattions de bâtiments conçus par d’autre mais la pluspart des architectes sont bienveillants lorsqu’il s’agit d’explorer, d’interpréter leur travail. L’architecture reste une discipline de recherche, la notion « d’auteur » n’y est pas aussi prégnante que dans d’autres domaines de la création.

Alors qu’en France la taille des piscines domestiques a tendance à se réduire fortement, une disparition de cet emblème est-elle programmée ?
Offrez-vous un petit week-end en Provence autour de ce symbole peut-être en voie de disparition…

L’accueil à la Villa est à la hauteur de ses illustres hôtes.

INFOS PRATIQUES :
Alain Capeillères
Domestic Pools : l’architecture des piscines privées
Jusqu’au 18 mars 2018
Catalogues en vente à la librairie boutique
Villa Noailles,
centre d’art d’intérêt national
montée Noailles,
Hyères
http://villanoailles-hyeres.com

Pour votre séjour :
La Reine Jane,
hôtel où le design est roi !
14 chambres/14 univers
Port de l’Ayguade
1 Quai des Cormorans
83400 HYERES
http://www.lareinejane.fr

Denis Freppel : Los Angeles, architectures et autres horizons, 1967-2010

Los Angeles est la ville de toutes les extravagances, l’architecture de la seconde ville la plus peuplée des Etats-Unis, après New York, est plurielle et fait se côtoyer le moderne à l’ancien. C’est ce qui a frappé le photographe français Denis Freppel, qui s’est installé à LA en 1982. Trente ans durant, il immortalisera l’architecture des grandes villes en Californie, mais aussi à New York et à Paris. La Fondation Auer Ory pour la photographie lui consacre une exposition qui s’inaugure demain.

L’exposition « Los Angeles, architectures et autres horizons » rassemble une sélection de photographies réalisées sur plus de quarante ans et issue de la Collection de la Fondation Auer Ory.

En tant que cinéphile, le film muet « Berlin, symphonie d’une grande ville » réalisé par Walter Ruttmann en 1927 m’a peut-être, inconsciemment, donné l’idée de photographier les divers quartiers de Los Angeles, combinant la photo de reportage et la photographie d’architecture.
Je suis un autodidacte formé par la lecture des livres d’Ansel Adams, les cours par correspondance de la Famous Photographers School, un stage d’été dans un laboratoire couleur et de l’assistanat chez un photographe publicitaire.
A ce jour, toutes mes photographies d’architecture sont en couleur, mais j’ai toujours privilégié le noir et blanc et j’ai volontairement doublé les prises de vue couleur en noir et blanc quand c’était possible.
Un de mes confrères a très justement dit que la photo d’architecture était 10% inspiration et 90% transpiration. A la suite de quoi, j’ai donc exploré la ville sans idée préconçue, photographiant l’ombre et la lumière, le vide et le plein, le beau et le laid, le bruit et le silence.
Avec un peu de chance et de patience, un détail va occasionner une image, car l’imprévu dans le paysage urbain est une bonne aubaine. Ce peut être une ruelle entre une rangée de bâtiments et des poubelles remplies de tissus bariolés laissant deviner des ateliers de confection dissimulés à nos regards, une église isolée sur un grand boulevard ressemblant à une échoppe mais surmontée d’une croix, ou encore des réverbères délabrés sur un parking envahi par les mauvaises herbes jouxtant un supermarché abandonné… Il n’y a, pour moi, pas de grands ou de petits sujets, un petit bungalow est aussi intéressant à photographier qu’un immeuble de prestige signé par un architecte de renom.
Même en accumulant tous ces détails, j’ai bien l’impression qu’il est impossible de compléter le
puzzle de Los Angeles.
Denis Freppel, novembre 2017

INFORMATIONS PRATIQUES
Los Angeles, architectures et autres horizons, 1967-2010
Denis Freppel
DU 18 janvier au 13 mai 2018
Fondation Auer Ory pour la photographie
10 rue du Couchant
CH-1248 Hermance
Ouvert au public sur rendez-vous
+41 (0)22 751 27 83 ou auer@auerphoto.com
Entrée gratuite

Carte Blanche à Ericka Weidmann : L’architecture de Le Corbusier

Pour continuer ma Carte Blanche, j’ai décidé de parler d’architecture. Ma première rencontre avec l’architecture s’est faite très tôt, lorsque je suis entrée pour la première fois dans le bureau de mon père, ma tête dépassant à peine sa table à dessin. Par la suite, en Art Appliqués, je n’ai pas échappé aux célébrissimes cours d’architecture, mais les tâches d’encre de rotrings sur les papiers calques et les maquettes en spaghettis m’ont dissuadé de continuer dans cette voie là. Il faut dire je n’étais pas très douée…

Au diable les épures et autres dessins techniques, ma vraie rencontre avec l’Architecture s’est faite en cours théorique. Notre professeur avait une passion pour Charles-Édouard Jeanneret-Gris, ce génie venu de Suisse (nous ferons fi ici de ces possibles convictions politiques), nous avons donc étudié grandes nombres de ses réalisations architecturales, et découvert son mobilier design. Le Corbusier, cet architecte visionnaire, était pour moi capable du pire comme du meilleur : j’étais à la fois effrayée par sa capacité à réaliser des mastodontes comme la cité radieuse de Marseille, (ce gros bloc de béton tout droit sorti d’un film de science fiction), et absolument fascinée par d’autres réalisations, comme la villa Savoye.

L’histoire qui se cache derrière la Villa Savoye est plutôt charmante. Nous sommes à la fin des années 20 et ses futurs propriétaires avaient alors des exigences plutôt originales. Madame Savoye ne maniant visiblement pas très bien sa voiture, avait demandé à Le Corbusier une villa lui évitant de faire quelconque marche arrière en rentrant ou en sortant de chez elle. Sa structure sur pilotis, a donc parfaitement permis une manœuvre facile de leur automobile… Outre ce côté anecdotique, cet édifice, que l’on compte parmi les 5 chef d’œuvres de Le Corbusier, rassemble tous les éléments visionnaires de l’architecture; il aura d’ailleurs une influence considérable sur l’évolution des constructions d’aujourd’hui : un aménagement de l’espace pour faire entrer et circuler la lumière au maximum au sein de la bâtisse, ou encore cette sublime réalisation d’un toit terrasse… Cette habitation, qui aura 90 ans l’an prochain, reste encore incroyablement moderne.

Cette maison termine le cycle des villas de le Corbusier, et synthétise le vocabulaire architectural moderne. Laissé à l’abandon, l’édifice est restauré par les services de l’État de 1963 à 1997 et classé monument historique dès 1964, du vivant de son auteur, un fait rarissime.

Les 5 points d’une architecture nouvelle de la Villa Savoye
• Pilotis • Toit-jardin • Plan libre • Fenêtres en longueur • Façade libre

INFORMATIONS PRATIQUES
La Villa Savoye
82, rue de Villiers
78300 Poissy
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 17h
http://www.villa-savoye.fr

Carte Blanche à Ericka Weidmann : L’anamorphose de Georges Rousse

Chez Mowwgli, on garde en tête l’importance des premiers pas, des premiers émois.  C’est aussi ne pas oublier d’où l’on vient, à l’image du personnage de Kipling, notre enfance et ses fondations, qui nous construisent. Même si des années après, ils peuvent paraître désuets. C’est en ce sens que je vais aborder mes cartes blanches tout au long de la semaine…

J’ai découvert le travail de Georges Rousse à mes balbutiements dans le monde de la photographie. C’était il y a presque 20 ans. J’avais alors entre les mains un simple carton d’invitation de vernissage, je dois avouer ne pas y avoir beaucoup prêté attention, au premier coup d’œil, je ne voyais qu’une photographie d’architecture peinte… Et pourtant mon cerveau avait « rangé » cette information quelque part au chaud. En 2004, Georges Rousse exposait au festival des Transphotographiques de Lille. Cette édition était orchestrée pour la première fois par un curateur invité, Jean-Luc Monterosso. L’exposition était présentée à la Maison de la Photographie de Lille, alors encore en travaux. Nous devions emprunter un escalier pour accéder aux expositions; sur les marches et sur les murs, quelques traces de peintures rouges ici et là, ne semblant pas vouloir donner de signification précise. Nous déambulions alors au sein de l’œuvre in situ « Désordre », réalisée spécialement pour l’occasion. C’est à ce moment précis que tout se mis en place : les œuvres ephémères de Georges Rousse se vivaient dans l’espace. En se déplaçant on défie la perspective, jusqu’à ce moment précis où l’on trouve le point de vue parfait, pour voir ce qui nous est donné à voir. Ce « désordre » n’était pas l’œuvre la plus réussie de Rousse, mais c’est celle qui m’a fait découvrir toute l’ampleur de sa réalisation. Dès lors que j’ai envisagé les photographies de Georges Rousse d’un autre œil, ces lieux abandonnés prenaient une autre dimension, et une multitude de facettes…
Aujourd’hui je rencontre toujours cette frustration de ne pas être immergée dans l’œuvre photographiée. Alors à quand une exposition de Rousse en réalité virtuelle ?

La galerie RX (Paris) vient de lui consacrer une exposition avec 12 œuvres monumentales. Jusqu’au 31 décembre, on vous invite à découvrir deux installations in situ à Chambéry et à Lens pour dévoiler une nouvelle dimension des travaux de Rousse.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Opération Plastique
Exposition Personnelle et Installation In-situ
Du 26 septembre au 31 décembre 2017
> Centre Hospitalier Métropole Savoie
Atrium du Nouvel Hôpital
73000 Chambéry
> Cité des arts
Jardin du Verney
73000 Chambéry
• Détournement de Fonds
Installation in-situ & Exposition Personnelle
Du 16 septembre au 31 décembre 2017
Ancienne Banque de France
5, rue de la Paix
62300 Lens
http://www.georgesrousse.com/

Carte blanche à Marie-Elisabeth de la Fresnaye : Art Déco, quand Paris régnait sur le monde

Le style art décoratif est pour moi une période fétiche dans le domaine des arts mais aussi de la mode (les garçonnes célébrées notamment par Lartigue), le cinéma, la littérature.. Un fil tendu au bord du précipice comme dirait Scott Fitzgerald, l’enfant du jazz.
Pour l’heure je choisis l’architecture à travers une exposition qui m’avait marquée au Palais de Chaillot en 2014, « Art Déco, quand Paris régnait sur le monde »

Mes commentaires à l’époque :

Un parfum de nostalgie flotte sur le navire amiral du Palais de Chaillot/ Cité de l’architecture qui retrace l’aventure mythique de l’Art Déco quand la France victorieuse lance en 1925 l’Exposition internationale sur l’esplanade des Invalides dont le retentissement va bien au-delà de nos frontières. Et l’on y découvre dans cet écrin magistral de 1937 que l’Art Déco ce n’est pas seulement la vitesse, l’automobile ou la garçonne mais une déclinaison générale qui passe d’abord par l’architecture qui diffuse à grande échelle les principes des ensembliers décorateurs de génie, Ruhlmann en tête auquel on doit le célèbre Hôtel du collectionneur. Rivaliser d’audace pour répondre à une furieuse envie de changement et d’émancipation, tel est le mot d’ordre que se fixent les Grands magasins du Louvre, les Galeries Lafayette, du Printemps et du Bon Marché qui confient leurs pavillons à de grandes dynasties de créateurs qui oeuvrent à plusieurs (architectes mais aussi maîtres verriers, sculpteurs, ferronniers, fresquistes…) dans une volonté de transversalité des arts jamais égalée. La géométrie empreinte de modernité s’impose tout comme l’élégance du graphisme relayés par des matériaux rares et précieux. Le pavillon de l’Ambassade française portera à la perfection cette vision commune d’un luxe déclinable à l’envie. Les paquebots seront bientôt les ambassadeurs de cet art à la française dont la diffusion dans le monde est facilitée et évoquée par le réseau très influent des ambassades. Le mérite du commissaire Emmanuel Bréon ancien directeur du musée Landowski à Boulogne est de faire revivre ces vestiges à partir de maquettes, portfolios, peintures et objets d’art à l’aide d’une scénographie élégante et épurée mais avec un budget restreint. L’art Déco c’est avant tout un état d’esprit aussi trépidant que bref dans le temps, sans doute l’une des raisons du culte que l’on continue à lui vouer. Merveilleuse époque où le Made in France était le must et Paris une fête !

Le musée Landowski de Boulogne, musée des Années Trente est l’un des musées les plus importants dans son domaine. Il est consacré à cette période particulièrement faste pour Boulogne-Billancourt grâce aux nombreux artistes, architectes et industriels qui ont fait de cette ville un véritable symbole des temps modernes. Sur 3000 m², on peut y admirer un fonds qui témoigne de l’ambiance de toute une époque.

Autre exposition actuelle à voir absolument Jacques-Henri Lartigue par Martine d’Astier et Martine Ravache, comme annoncé par Selma Bella-Zarhioul, notre collaboratrice à la galerie du Jour-agnès b, rue Quincampoix. Avec ces portraits de flappers, ces femmes au bord de bolides qui recherchent la vitesse et les sensations fortes, de vraies héroïnes !

Archives :
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