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La Photographie contemporaine slovène à l’honneur à la galerie Voies Off

A l’occasion du festival Voies off, la galerie éponyme, sous la direction de Christophe Laloi, a inauguré au tout début de l’été, l’exposition « If Slovenia Were… » Cette dernière met à l’honneur la jeune photographie contemporaine slovène en rassemblant les travaux de 19 artistes. L’exposition collective a été initiée par Klavdij Sluban, concepteur du projet « If Slovenia Were… ».

Klavdij Sluban (1963) est un photographe français de parents slovènes. Il a passé son enfance à Livold (Slovénie). Il mène une oeuvre personnelle souvent empreinte de références littéraires, voyageant des Balkans aux îles Kerguelen. Depuis le début des années 1990, Klavdij Sluban participe activement à la vie culturelle de son pays d’origine. Aujourd’hui il s’investit dans le projet “If Slovenia Were…” représente une vision photographique du pays à travers les yeux de 19 photographes slovènes contemporains.

Chaque série a été spécifiquement réalisée pour ce projet entre 2015 et 2018. Le choix des photographes s’est fait sur appel ouvert. Avec une écriture photographique personnelle, les auteurs montrent leur Slovénie, vécue de l’intérieur. Concerné(e)s par le mode dans lequel ces jeunes photographes vivent (la moyenne d’âge du groupe est de 34 ans), ils / elles utilisent des moyens d’expression variés, couvrant tous les champs de la photographie. La fin de la Yougoslavie et de la guerre (1991-2001) sont loin. De nouveaux réfugiés, venus de plus loin, traversent le pays. Cependant, le regard de ces jeunes auteurs se pose tout autant sur la globalisation des banlieues, les centres commerciaux naissants que la famille ou bien l’introspection. Concerné(e)s par la situation dans laquelle se trouve la Slovénie actuelle, ces jeunes auteurs n’en questionnent pas moins leur place à l’intérieur de cette société. »

Artistes exposés : Jošt Dolinsek, Jošt Franko, Katja Goljat, Ciril Jazbec, Irena Jurca, Jurij Korenjak, Primož Korošec, Tereza Kozinc, Meta Krese, Robert Marin, Dejan Mijović, Matej Povše, Boštjan Pucelj, Matjaž Rušt, Klemen Skubic, Nina Sotelšek, Marko Vrbič, Ana Zibelnik et Manja Zore

INFORMATIONS PRATIQUES
If Slovenia Were…
La Photographie contemporaine slovène
Du 2 juillet au 23 septembre 2018
Galerie Voies Off
26 ter rue Raspail
13200 Arles
http://voies-off.com
https://www.ifsloveniawere.com

Matthieu Gafsou, H+, Transhumanisme(s)
Aux Editions Actes Sud

Dès l’instant où il a su mettre deux idées en perspective, l’homme s’est pris à rêver de l’immortalité, plus jouissive que toutes les éternités promises par les religions. Les contes, les légendes et les mythes ont fourni les potions magiques, les philtres divers qui opèrent au moins le temps de leur lecture. Or, voici que la technologie vient au secours de la science et de la médecine pour faire du fantasme un futur envisageable sinon garanti.

Tout le monde sait aujourd’hui que « Trans » n’est pas un état d’agitation mal orthographié, et que, dans son abréviation, le mot désigne une personne qui a librement choisi le genre ou le sexe qu’elle sent être le sien. Cinq siècles après l’Humanisme qui célébrait le mélange de l’intelligence et de la culture propres à notre espèce, le transhumanisme nous propose un dépassement d’un autre genre, celui des performances intellectuelles et physiques, et, dans la foulée, celui de la durée de la vie, jusqu’à éradiquer sa fin. De même que Sony a fait ce dont on a rêvé, des laboratoires multiplient les recherches et les expérimentations pour atteindre sûrement ce qu’on pensait réservé à la folie douce de l’utopie. Et au fond, pourquoi dénier à la science la capacité de défier la mort quand l’image numérique est parvenue à augmenter la réalité ? Dans son beau livre à couverture gravée, blanche comme le paradis, Matthieu Gafsou nous ouvre les portes de ces cavernes placées sous le sigle du NBIC (Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and Cognitive science) regroupant l’arsenal dont se dote le 21e siècle pour combattre nos pauvres limites sans renoncer aux appareils orthodontiques pour adolescents ni au traitement inhumain des rats. Les investigations sur l’exosquelette moteur, le contrôle par neurostimulation, le transfert informatique de l’esprit, la cryogénie, la transgénèse, le cyborg et toutes les ruses biologiques développées par l’anthropotechnie font au moins le miel du jeune photographe contemporain. Renouant avec les genres anciens du portrait, de la nature morte et du commentaire lucide, Gafsou nous donne sa propre vision d’un courant de pensée prométhéen quand il cible l’horizon d’une Posthumanité enfin idéale, libérée des cancers, des trous de mémoire et de la sciatique.

INFORMATIONS PRATIQUES
• LIVRE
H+, Transhumanisme(s)
Matthieu Gafsou
Postface de David Le Breton
160 pages 22 x 29 cm, 79 photographies, relié, éditions
Actes Sud, 45€
• EXPOSITION
H+
Matthieu Gafsou
Jusqu’au 23 septembre 2018
(Dans le cadre des Rencontres d’Arles)
Maison des Peintres
43 Boulevard Emile Combes
13200 Arles

Les 10 ans du Prix Pictet, Rencontre avec Michael Benson

Cette année, le Prix Pictet célèbre son dixième anniversaire avec une exposition rétrospective des lauréats présentée lors des Rencontres d’Arles. 10 ans et 7 éditions pour le premier prix photographique consacré au développement durable. Le prochain thème a été dévoilé lors de la semaine d’ouverture du festival, « L’Espoir » sera au cœur de cette future et huitième édition.

A cette occasion, nous avons rencontré Michael Benson, le directeur du Prix (Entretien en anglais).

Mowwgli : This year the Prix Pictet celebrates its 10 with a group exhibition in part of Rencontres d’Arles festival. How did you think about this anniversary exhibition ?

Michael Benson : Rencontres d’Arles has a special part to play in the history of the Prix Pictet. It was here that we presented our first shortlist (something we have done with each passing cycle of the prize). The Festival has played a key role in helping to build the International reputation of the award to the point that it is now regarded as one of the world’s most significant photography awards. So, when it came to thinking about how we might celebrate the tenth anniversary this year’s exhibition of work by our seven laureates in Arles seemed a prefect fit.

Mowwgli : What is your view of the evolution of the Prize?

M. B. : The status of prize has risen steadily since we began in 2008 to the point that there is now no artist who feels too grand to accept a nomination for the award. Our global group of expert nominators has grown from 70 in the first cycle to over 300 this year. Our nominators play a crucial part in developing the quality of the prize. The rising quality of the award has allowed us to build important collaborations with major museums – including the Musee d’Art Moderne in Paris and the Victoria and Albert Museum in London. Another important development has been the remarkable growth if our touring programme. When we began our plan was to present the award and then stay silent until the next cycle began. However, the demand for the exhibition of work by our shortlisted artists was so intense that we quickly rethought our plan. In the years since we have staged over 80 exhibitions in over 50 cities worldwide.

Mowwgli : Among the works of the first 7 editions (from laureates or nominees), which one has reached you the most ?

M. B. : That is an incredibly difficult question. With each cycle we see so much great work. Yet if I had to select one I would choose Matthew Brandt’s ‘HoneyBees’ series which was shortlisted for the Disorder cycle. Brandt’s work that reminds us of Einstein’s words « no more bees, no more pollination, no more plants, no more animals, no more man.”

Mowwgli : How do you imagine the future of the Prize?

M. B. : When we started out our mandate was to examine the key issues of global sustainability through the medium of outstanding photography. The Prix Pictet has been most effective in bringing a new focus to the worldwide sustainability debate, whose essential arguments were in danger of disappearing beneath a torrent of words and a sameness of images. But the battle is not won, and with each passing cycle the issues addressed by the Prix Pictet become of greater urgency.

Mowwgli : The next theme of the Prize is « Hope ». Can you tell us about this eighth theme that opens up to positive and hopeful horizons?

M. B. : Yes, we felt that this was the moment to turn to ‘Hope’. As our Honorary President Kofi Annan wrote in his introduction to our latest book
Perhaps in our ability to carry on in adversity lies hope for us all. Hope that, despite the catastrophic damage that we have visited upon the natural world and upon the lives of our most vulnerable citizens, it is not too late

There are a gathering number of hopeful developments – from recycling and rewilding to the international campaign to stem the rising tide of plastic waste. From the initial reactions of our nominators and photographers to this new theme we are anticipating a rich and imaginative response.

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Prix Pictet célèbre ses Lauréats
Du 2 juillet au 23 septembre 2018
La Croisière
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com
https://www.prixpictet.com

Arles, as tu perdu ton âme ?

Le City Guide Louis Vuitton ne s’y est pas trompé en consacrant son dernier né à Arles avec Christian Lacroix en guest star ! (diffusé dans la librairie éphémère Le Buste et l’Oreille). Il faut dire que l’effet galaxie suisse se fait sentir à travers une programmation et des partenariats résolument internationaux.

Maja Hoffmann en tête avec cette tour Ghery qui tutoie impunément le ciel bleu lavande camarguais et tous ses satellites en ville, la Fondation Van Gogh et de vastes projets immobiliers de requalification d’anciens hôtels particuliers en lieux tendances dans l’hôtellerie et la restauration haut de gamme.
Désormais les créateurs de tous horizons posent leurs valises dans la cité romaine, à commencer par Gucci et son spectaculaire défilé Croisière sur la promenade des Alyscamps.
Dior lance la 1ère édition du Prix photo pour Jeunes Talents et les expose au Parc des Ateliers. « The Art of Color »

Sam Stourdzé le très affuté directeur des Rencontres fait ses recommandations dans le Madame Figaro à l’occasion du Prix Photo du magazine, remis cette année à la polonaise Wiktoria Wojciechowska (série Sparks) par un jury très people présidé par Marion Cotillard avec entre autres Kamel mennour.

Du coup les amateurs ont nettement changé d’allure, les bobos et arty lovers en tribu s’installent au Nord Pinus, avant de se retrouver devant la rétrospective XXL de Gilbert & George (Luma foundation) où le mot fuck est conjugué à toutes les sauces. On frise le mal de tête devant ces grands tirages aux couleurs dissonantes et messages codés mais sans jamais l’avouer bien sûr.

Les enfants du pays dont Christian Lacroix regrettent le temps d’avant. Rien ne semble arrêter la swiss connexion même s’il est un peu tard pour les remords.
Le paradoxe est le manque de lieux pour le festival. L’occasion sans doute de se réinventer et de savoir tirer profit de ce rayonnement. C’est en tous cas la thèse défendue par Sam Stourdzé.

Les Rencontres :

Nouveaux lieux : Croisière un ancien hameau désaffecté au charme décati, Tinquetaille dans l’ancienne gare SNCF le long du Rhône avec son pavillon de bambou de l’architecte colombien Simon Vélez pour une méditation sans surprise signée Mathieu Ricard et la Maison des Peintres autre lieu défraichi qui accueille la scène turque contemporaine. Des trouvailles qui contrebalancent l’aspect formel des Ateliers relookés par Luma.
Par contre au niveau des tarifs il y a des suppléments assez malvenus pour accéder à la Fondation Luma et au Magasin Electrique bientôt sous le giron suisse.

America Great Again !

Le best est le reportage de Paul Fusco pour le magazine Look sur le convoi de la dépouille de Robert Kennedy assassiné alors qu’il brigue la Maison Blanche, qui part de New York pour rejoindre Washinton DC et son frère au cimetière d’Arlington. Ces visages au bord du chemin, de toutes origines et conditions sociales unis dans une même peine et dignité.
A côté de cet émouvant hommage, Rein Jelle Terpstra a retrouvé les archives et traces des témoins et offre ainsi le regard de l’autre côté. Tandis que Philippe Parreno propose une installation immersive de l’évènement.
Le match (amical) Frank-Depardon. Le Suisse dont l’ouvrage « Les Américains » fut publié par le français Robert Delpire est dévoilé par certains clichés qui n’y figurent pas, l’autre étage de l’Espace Van Gogh est dédié à la correspondance américaine de Raymond Depardon parue dans Libération sur la campagne de Nixon notamment. Une vraie découverte !
Alors que la Trilogie de Paul Graham est un bel exercice conceptuel, « La rédemption » selon Laura Henno, volontiers douce amère, s’attarde sur ces déclassés qui vivent dans un ancien camp militaire du désert californien, avec justesse et empathie.

Humanité augmentée :

The Hobbyist, qu’est ce la culture du hobby témoigne de notre société et de nous-mêmes ?
Passionnant sujet traité de façon transversale avec des artistes de génération différente que ce soit des stars comme Mohammed Bourouoissa, Benedict Bockt ou des photographes amateurs. En quoi la reconnaissance de soi passe par les hobbies et leur captation en direct via les réseaux sociaux. Drolatiques videos de chiens dressés qui soulève la question des animaux et leur libre arbitre.

Matthieu Gafsou H+

L’un des projets les plus pertinents qui sous un aspect très formel recèle de nombreux taboux en ce qui concerne le transhumanisme mais aussi la cryogénisation (conservation post mortem du corps) et toutes sortes de prothèses qui nous entourent à commencer par le smartphone ! Cyborgs de tous poils que le photographe suisse a mis 4 ans à traquer dans toute l’Europe, les Etats Unis ne lui ayant pas répondu, notamment Google et la Silicon Valley.

100 portraits, la collection Antoine de Galbert

Collectionneur à l’initiative de la Maison Rouge qui fermera ses portes à l’automne, Antoine de Galbert prend son envol et signe une magistrale exposition à l’invitation des Rencontres (le Méjan). Sous la thématique du regard, il a puisé une centaine de visages « entre drame et dérision » comme il le résume. Conjurer certaines limites et peurs enfouies (la cécité et le handicap), rejouer une certaine histoire du portrait, regarder le monde de manière secrète et intime, traduire la vocation d’un collectionneur, autant de moteurs qui résument la démarche si singulière d’Antoine de Galbert.
Ainsi de Myriam Cahn à Christian Fogarolli, de Barthelemy Toguo à John Isaacs, on oscille entre dessin, sculpture, vidéo, installation.. A ne pas manquer !

Lieux où il faut être vu :

Hôtel Le Collatéral, très confidentiel au coeur du quartier populaire la Roquette en voie de gentrification.
Quatre chambres d’hôtes, un grand salon, un roof top avec vue sur les toits dans cette ancienne église reconvertie par Anne-Laurence et Philippe Shiepan. Véritable laboratoire arty dans une atmosphère zen qui accueille actuellement la « Mediation Room » de Pierre Bonnefille. Peintre, designer, « maître d’art » il a su « faire du vide son allié » comme le souligne la critique d’art Léa Chauvel-Lévy.

L’hôtel du Cloître signé par India Mahdhavi, sa cour intérieure et son toit-terrasse pour les cocktails. 19 chambres dans une atmosphère cosy et colorée.
Un savant mélange patrimonial et contemporain à quelques pas de la Fondation Van Gogh (ça tombe bien c’est aussi dans l’univers Hoffman !).

L’hôtel Arlatan, pré-ouverture cet été. Bientôt résidence d’artistes cet ancien hotel particulier du XVème siècle qui fait la fierté des arlésiens leur a été dévoilé ce printemps dans le cadre des « Luma Days ». Métamorphosé par les architectes Max Romanet et Renzo Wieder, ses sols ont été habillés par l’artiste cubain Jorge Pardo de mosaïques aux couleurs du sud. Un audacieux parti prix à la croisée du provençal et de l’international.

Du côté de la gastronomie les chefs se la jouent néo camargue à l’Ouvre Boîte, la cantine de l’hôtel du Cloitre et la Chassagnette en dehors de la ville également propriété de Maja Hoffmann. Certains prédisent même qu’après Actes Sud, elle va racheter le Nord Pinus !

Quelques bistros pur jus subsistent comme « Mon bar » place du Forum ou dans quartiers périphériques.

Concept store et festival Voies Off
« Moustique », d’un fléau une idée géniale ! par le trio parisien Brigitte Benkemoun, Thierry et Sylvie Demaizière tout ce qu’il faut pour passer de bons apéritifs camarguais.

La Parfumerie Arlésienne par Fabienne Brandon, objets chinés et collection de senteurs pour célébrer la « Reine d’Arles »

C’est le bazar !
par Louis-Paul Desanges, gérant du studio des Ursulines invite la collectionneuse Julie Barrau.

Le Dépôt-vente : Au bonheur des dames, Bijouterie Pinus, Arlette sont autant d’enseignes qui surfent sur la vague ethnique chic et accueillent souvent les expos photos du festival Voies Off.

INFOS PRATIQUES :
49èmes Rencontres de la photographie Arles
Du 2 juillet au 23 septembre 2018
Forfait toutes expositions : Tarif plein ONLINE : 35 €
(via billetterie en ligne)
SUR PLACE : 42€
Catalogue des Rencontres à 47 € en vente sur place ou en ligne.
https://www.rencontres-arles.com/

Arles 2018… Lettre à Sam Stourdzé
Où sont les photographes plasticiens ?

François Delebecque est photographe plasticien. Il fait le triste constat que cette nouvelle édition des Rencontres d’Arles ne représente pas ou trop peu la photographie plasticienne. Il a donc souhaité envoyer une lettre à Sam Stourdzé, directeur du festival, pour lui confier ses impressions partagées. Aujourd’hui, ce courrier est resté sans réponse, mais nous souhaitons la partager avec vous.

Cher Monsieur Sam Stourdzé, 

Ceci est un plaidoyer pour la photo d’auteur et de création que j’ai trouvée terriblement absente de cette 49ème édition des Rencontres.
Qui suis-je pour vous formuler un point de vue un rien critique ? Juste un ardent praticien de la photographie dite « plasticienne » et de création, depuis un certain stage avec Les Krims, Duane Michals, Christian Vogt et Paul de Nooijer aux Rencontres en…1976 (tous les quatre dans le même stage intitulé « le fantastique en photographie »).

Sans être rétrograde, les Rencontres sont pour moi dédiées à la photographie de création (sous toutes ses formes).

Hors force est de constater -et cela a été largement initié par votre prédécesseur (on le sait issu du reportage)- que les Rencontres sont devenues majoritairememt une vitrine de la photo documentaire (et de reportage), qui pour moi sont magnifiquement servies à Sète et Perpignan, mais ne devraient pas tant envahir Arles, même si dans une évolution très contemporaine elle se mâtine de caractéristiques très créatives.

Certes nous laissons actuellement aux jeunes un monde dans un état physique et humain désastreux, ce qui incite certains depuis 5-7 ans à documenter ce monde à tours de bras, et qui sont mis en avant un peu trop ces temps-ci. Mais outre le fait que ces constats sont alarmants et désespérants ils sont peu actifs dans la proposition créative.

Il y a un pouvoir de constat mais pas de pouvoir de suggestion et d’élévation dans la photo documentaire.

Il me semble que vous conforterez et gagnerez encore en public (qui finance donc 54% du budget de 7M€) avec une proposition découvrante, élevante, (je n’ose dire ambitieuse) où les propositions créatives apporteront ces grains d’élégance et d’admiration qui provoquent parfois ces transports de l’âme et de suggestion de dépassement de soi, et d’acquiescement du plaisir à découvrir ce constant renouvellement des pratiques créatives quand elles sont intègres à un comportement artistique entier.
Dans cet ordre des choses connaissez-vous le travail plastique et photographique de Christine Mathieu (.com) (galerie Ségolène Brossette), la force tellurique des « Sentinelles » d’Alain Cornu(.com) (bientôt chez Thierry Bigaignon), les dernières évolutions du travail de portraits sous l’eau inspirés par « Souffles, breath project » d’Ana Bloom(.com), les abstractions colorées de Fred Atlan (.fr), les volumes taille réelle reconstitués à partir de photos 10-15cm assemblées à l’agrafeuse de Cyril Hatt(.com), les portraits à la nostalgie communicative de Charlotte Mano(.com), les nouvelles mythologies des paysages habités de Nicolas Dhervillers(.com), les travaux portant sur le corps par ces trois femmes Alix Marie (.com), Dragana Jurisic (.com) où Rachel de Joode (.com) pour un débordement sculptural, et si vous tenez à traverser l’atlantique les recherches de Matthew Brandt(.com).
(Je ne suis affilié à aucune de ces galeries ni artistes (depuis, j’en connais quelques uns) et ce sont simplement des travaux dont la force m’ont marqué et que vous devez sûrement connaître vous et/ou votre équipe).

J’imagine que les charges d’un directeur du plus grand festival de la photo (créative) du monde vous oblige à jouer de diplomatie à tous les étages, à défendre et imposer un point de vue, à équilibrer un budget, à trouver de nouveaux lieux d’expositions et tout ce travail d’équilibriste qui vous passionne -je l’imagine- tout au long de l’année; j’aimerais juste retrouver à Arles un peu plus d’élévation créative … qui existe dans nos rangs.

Je vous prie de croire à mes considérations les plus artistiques.

François Delebecque

Rencontre avec Christian Lacroix, Mirabilis à Avignon, désirs de collectionneur et les Rencontres d’Arles

Alors qu’il a une actualité foisonnante, au théâtre, à l’Opéra, au Louvre Lens où il met en scène avec faste la dynastie perse des Qajars, Christian Lacroix a répondu à l’invitation de Pascale Picard, directrice des musées de la Ville d’Avignon de révéler la richesse des collections des musées patrimoniaux à travers MIRABILIS dans la grande chapelle du Palais des Papes. Un véritable manifeste qui prend la forme d’un parcours inédit de 400 œuvres rassemblées de la préhistoire à l’art moderne en passant par l’archéologie, l’ethnographie, les sciences naturelles d’Europe mais aussi d’Afrique et d’Asie, puisées dans les trésors avignonnais dont les collections, distribuées en 5 musées (le Petit Palais, Calvet, Requien, le Palais du Roure et le Lapidaire), sont estimées à plus d’un million d’ oeuvres d’art, d’objets et documents, dont 10% seulement accessibles au public.

Il a répondu à nos questions sur ce nouveau défi, ses sources d’inspiration et les Rencontres d’Arles qui ouvrent dans peu de temps (il est l’invité du tout nouveau City Guide Louis Vuitton) avec passion et générosité. C’est un retour pour le créateur qui avait participé à la formidable manifestation « la Beauté » en Avignon en 2000.

1. Les défis de Mirabilis

-contrainte du lieu, du budget et du temps imparti
Il est certain qu’un cabinet de curiosité a une forme plus intime qu’une chapelle.
La contrainte principale était le lieu même si comme pour le Grand Palais avec Lucien Clergue, nous avions, avec Véronique Dollfus, su dépasser ce lieu assez rétif au départ. De plus il y avait aussi ici la mission de ne pas interférer ou polluer avec l’architecture et le nouveau support de visite.
En ce qui concerne le côté chromatique, je suis très content d’être resté dans la neutralité avec ce beige, du fait du coût qu’aurait représenté d’avoir des soieries de très belle couleur dans les vitrines, selon mon souhait initial. Nous avions pensé au début à de petits autels, de petits temples, même si au final cela n’incitait pas assez à la circulation des visiteurs.
J’aurais aimé pouvoir aller jusqu’à la période contemporaine avec des commandes passées à des artistes mais il aurait fallu plus de temps.
Mon idéal aurait été une tapisserie comme Pénélope avec un format pérenne et évolutif pour continuer à donner aux gens l’envie de découvrir ces trésors, même si mais au bout du compte les mélanges, les duos, les conversations fonctionnent très bien.
Je pensais mettre en écho quelques modestes pièces en ma possession comme des céramiques contemporaines, des textiles XVIIIème, des foulards.
De plus mes liens avec Pascale Picard qui remontent au musée Arlaten expliquent en grande partie ma réponse favorable et confiante à ce qui ressemblait à un véritable tour de force !

– L’affiche
Même si elle est le résultat d’un premier collage, elle a un côté jubilatoire et surréaliste dans lequel je me reconnais. Entre le côté un peu naïf du cabinet de curiosités et très scientifique avec des personnalités marquantes comme Esprit Calvet ou Esprit Requien qui, sans le vouloir étaient des surréalistes avant l’heure ! Enfant, je fantasmais devant les cabinets de curiosité des livres d’histoire avec ces animaux extravagants, ces faux monstres marins suspendus, ces bizarreries intrigantes et effrayantes.

– Les sources d’inspiration, Jean-Hubert Martin
Plus que d’inspiration, une véritable source de jalousie !
Depuis l’enfance je colle chaque week-end des choses semblables et dissemblables.
Plus que « Carambolages » au Grand Palais, la première exposition de Jean-Hubert Martin m’ a directement impacté, pensant détenir un univers exclusif.
Comme tout adolescent des années 1960-70 je vénérais des idoles, le duc de Windsor, l’artiste Aubrey Beardsley, et je me sentais riche de ces histoires. Or j’arrive à Paris, j’achète Vogue qui avait confié son numéro de Noël à Karl Lagerfeld et je découvre alors qu’il présente les mêmes références que les miennes ! Un peu vexé dans un premier temps, je me dis que c’est tout de même bon signe..

2. A quand remonte la 1ère scénographie décisive dans votre parcours ?

Mon rêve d’enfant était décorateur et costumier de cinéma d’abord et de théâtre ensuite.
Celle qui a vraiment compté dans mon parcours sous forme d’une véritable renaissance a été à la carte blanche au musée Réattu à Arles, en 2008 avec Michèle Moutashar, directrice du musée.
J’y ai pris un réel plaisir car en plus des collections du musée, des photographies contemporaines en lien avec les Rencontres de la photographie, des commandes à des artistes contemporains, j’ai pu introduire mes propres robes, étant encore couturier à l’époque.

3. Si j’étais un vrai collectionneur

Je me dirigerai vers tout ce qui est brut, primitif, anonyme comme l’univers de Judith Scott par exemple.
Pendant « la Beauté » à Avignon en 2000 j’avais conçu des ateliers avec les équipes de patients de l’hôpital psychiatrique de Montfavet, là où a été internée Camille Claudel. Les malades ont ensuite proposé une exposition anonyme de leurs créations, j’ai acquis une petite barque en béton avec 2 personnages, l’un qui regarde par dessus le bastingage, l’autre le ciel, offrant un résumé parfait de l’histoire de l’homme, de l’univers et du monde. Je garde toujours une vraie émotion quand je la contemple.
De même en matière de mode, personne ne pourra rivaliser avec ce qui a été fait en Afrique comme les coiffes ou certains costumes traditionnels de l’Europe Centrale avec cette folie pure dans la forme, le bijou.

4. En tant qu’arlésien, que pensez-vous de l’évolution des Rencontres ?

J’ai l’impression que cela se réduit un peu bizarrement.
L’esprit va, selon la tendance générale, vers l’audimat, avec une place de plus en plus réduite pour la découverte.
J’aime cette citation « il ne faut pas donner aux gens ce qu’ils attendent mais ce qu’ils ne savent pas encore qu’ils vont aimer » et cette démarche a bien été présente pendant de nombreuses années aux Rencontres.
De grands étonnements ont eu lieu avec les grands maîtres, alors qu’aujourd’hui les grands photographes n’ont plus cette même trempe. On assiste à une uniformisation avec de grands formats qui appartiennent à de grandes galeries pour de grands collectionneurs. Le tout d’une vraie froideur. Le choix de l’affiche par exemple pour William Wegman qui est un grand mais n’incite pas à la découverte !

Je connais Maja Hoffmann depuis l’adolescence et j’apprécie ses choix et sa collection. Elle a été notamment à l’origine de l’invitation à l’artiste sud africain William Kentridge dans les Ateliers, cette grande fanfare animée, une histoire de l’Afrique des primitifs jusqu’à Obama. D’une grande puissance.
Les Ateliers comme petit fils de cheminot c’est une autre histoire. Je regrette qu’ aucune trace du passé du lieu n’ait été conservée, en faveur d’une ambiance très aseptisée. C’était l’un des premiers ateliers du XIXème siècle sous Napoléon III. On aurait pu garder certains endroits, comme les vestiaires des cheminots ou des machineries.

Quant à l’architecture de Gehry, quelle est sa destination réelle ?
Par contre la grande réussite est la Fondation Van Gogh que les habitants se sont accaparés. Le bâtiment a été remarquablement rénové, cet ancien hôtel particulier du XVème siècle transformé en Banque de France en 1924. Cela tient beaucoup à la démarche de Bice Curiger, actuelle directrice.

Le musée Réattu malgré un manque de moyens parvient à tirer son épingle du jeu. J’ai beaucoup de tendresse pour ce lieu.
A Arles la municipalité n’est pas très riche car le manque de grandes sociétés installées ne permettent de ressources régulières.
Le tourisme reste !

5. Si vous aviez un rêve.. inachevé

J’ai réalisé un bon nombre de rêves avec les musées, les décors et mon grand dilemme de l’année 2017 a été : quel est le prochain ?
Un livre et une exposition sur la Princesse de Clèves vont sortir chez Gallimard, dans leur nouvelle galerie.
Au Centre National du Costume de Scène, j’ai le projet d’exposer ma création, cette fois de 2006 à 2018 autour d’ une quarantaine de productions ayant beaucoup travaillé en Allemagne.
La céramique sans doute est un territoire que j’aimerais explorer.

INFOS PRATIQUES :
Mirabilis
Jusqu’au 13 janvier 2019
Palais des Papes, Grande Chapelle
www.palais-des-papes.com
Billetterie
http://www.avignon-tourisme.com/

A noter que les musées municipaux deviennent gratuits !
Arles, Les Rencontres
jusqu’au 23 septembre 2018
https://www.rencontres-arles.com/

Le City Guide Louis Vuitton fait escale à Arles : must have !
https://fr.louisvuitton.com/

Rencontre avec Patrick Le Bescont, Olga Kravets, Maria Morina & Oksana Yushko autour de Grozny : Neuf Villes

Le livre vient de sortir aux éditions Filigranes, en co-prodution avec les Rencontres d’Arles, la Fondation Luma et Dewi Lewis. L’exposition, elle, est visible jusqu’au 23 septembre à Arles. « Grozny : Neuf Villes » est un projet photographique collectif mené par deux photographes russes Olga Kravets, Oksana Yushko et une photographe ukrainienne Maria Morina. Depuis presque 10 ans, les trois femmes portent leur regard sur la mutation brutale que subit la capitale Tchétchène d’après guerre.

Le projet Grozny est inspiré du livre de Thornton Wilder, “Theophilius North” et se focalise sur l’idée que 9 facettes d’une villes, 9 cités, sont cachées dans une seule et même ville. Un concept qui nous a permis d’explorer les aspects spécifiques de l’aprés guerre des deux conflits Tchétchène en les considérant comme des cités cachées dans Grozny. Récompensé à Arles l’an dernier par le Dummy Book Award de la Fondation Luma, ce projet d’édition a pu voir le jour.

Notre critique Pascal Therme a rencontré Patrick Le Bescont et les trois jeunes photographes et l’auteur Anna Shpakova pour nous parler de l’ouvrage.

Portrait d’Oksana Yushko et Olga Kravets, Arles 2018 © Pascal Therme

« Nous étions déjà toutes les trois photographe depuis un certain temps quand nous nous sommes rencontré à l’occasion d’un séminaire online organisé par Objective Reality Foundation pour les jeunes photographes en Russie. Aprés cela, nous avons décidé de faire un projet ensemble, ce qui nous a amené à créer le premier collectif de photographes en Russie – Verso – dont la priorité était de couvrir les transitions sociales dans notre pays. Nous venons de différents univers, Olga était journaliste, Oksana était ingénieur et Maria dirigeait le développement de site web. Nous sommes toutes arrivées à la photographie grace à notre passion pour l’image et le témoignage. L’idée est de rendre la petite histoire plus forte. »

INFORMATIONS PRATIQUES
Grozny : Neuf Villes
Olga Kravets, Maria Morina & Oksana Yushko

Livre
Sorti 26 juin 2018
Français, Broché avec rabats
185 photographies en couleurs, 336 pages
Co-production : Rencontres d’Arles – Fondation Luma – Dewi Lewis
ISBN : 978-2-35046-447-3
35,00€
http://www.filigranes.com/livre/grozny-neuf-villes/

Exposition dans le cadre des Rencontres d’Arles
Du 2 Juillet au 23 Septembre 2018
Monoprix
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com

Rencontre avec Olivier Bourgoin de l’agence Révélateur autour de ContreNuit

Notre critique Pascal Therme a rencontré Olivier Bourgoin, fondateur de l’agence Révélateur. A l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles et du festival Voies Off, il présentait huit de ses auteurs au sein d’une seule et même exposition intitulée « ContreNuit ». L’exposition sera visible à l’automne prochain en région parisienne.

L’agence Révélateur, Arles 2018 De gauche à droite : Laure Pubert, Olivier Bourgoin, Damien Guillaume, Christine Delory-Momberger, Michaël Serfaty © Edith Laplane

L’exposition propose une plongée au coeur de la nuit. De l’errance à l’oubli, du rêve à l’insomnie, c’est une véritable matérialité du sombre, du noir. Périgrinations physiques ou mentales, nous abordons avec eux un labyrinthe de réminiscences, de fantasmagories, de mémoires altérées, de vestiges intimes, de peurs ou d’espoirs enfouis.
Visages, figures humaines peuplent les nuits. Yeux grands ouverts dans l’obscurité, les images se construisent autrement. Déambulations nocturnes, paysages, formes s’indéfinissent, s’enveloppent, s’absorbent. Se dévorent en attendant le jour ?

Exposition ContreNuit, Arles 2018
Exposition ContreNuit, Arles 2018

Avec «Fire Game», travail en couleurs toujours en cours, exclusivement réalisé sur le territoire français, Dan Aucante cherche plus à capter un moment qu’à faire un constat d’ensemble, ou dresser le portrait d’un groupe social. Son approche est d’abord de l’ordre du ressenti, laissant une part de subjectivité et de fiction s’immiscer dans ce qui pourrait au prime abord être considéré comme un reportage soigné. Et c’est entre jour et nuit que tout semble ici se nouer. Comme à l’adolescence qu’il capte ici.

Christine Delory-Momberger fouille au plus près de leur surface différents tirages photographiques familiaux et personnels, archéologue d’une histoire enfouie. Dans «exils/réminiscences» elle extrait une matière mémorielle, fragile, derrière l’opacité de l’oubli, du noir volontaire ou inconscient, qui masque et qui cache. Du noir que l’on gratte pour voir ce qu’il y a derrière. La nuit dans laquelle elle est plongée implose, fait surgir, derrière le grain photographique, le début d’une vérité, le résultat d’une obsession du comprendre, l’impérieuse nécessité de sortir d’une nuit qui a couvert une enfance, une adolescence. Le noir comme explorateur de soi.

«One lonely night» présente un extrait d’images puisées dans le grand abécédaire constitué par le travail photographique de Valérie Gondran, à la recherche d’une émotion, d’un sentiment, d’une idée, d’une histoire. De l’association de ses images – avec elles, au-delà d’elles, entre elles – émerge un nouveau récit, avec une composition visuelle dont l’ambiance pourrait être celle d’un polar mystérieux à la David Lynch. Une histoire courte en somme, comme se plaît à en conter l’auteure.

Les photographies de «Femmes et ivresse» ont été réalisées par Damien Guillaume dans des états d’ivresse avancées du photographe et de la plupart des modèles, au coeur de la nuit. Les modèles l’accueillent chez elles, sachant qu’ils vont boire, discuter puis mettre en place une séance de photographies durant laquelle elles devront poser nues au moment où il le décide, au moment où l’ivresse atteint un certain degré. Les photographies sont réalisées en doubles expositions afin de travailler sur la sensation de mouvement incontrôlé et de double personnalité du modèle (entre l’ivresse et la sobriété), captées de manière instinctives, inspirées par l’instant et l’espace. Elles ne sont jamais préméditées.
Les seules retouches des photographies sont liées à un renforcement du contraste.

C’est par la matière, l’adjonction d’huile aux grains photographiques qu’Irène Jonas ancre et encre son «Insomnie». Les images qu’elle associe et densifie deviennent les témoins et les protagonistes de ses nuits sans fin, et nous ramènent à nos propres éveils nocturnes. L’esprit voyage librement, passant d’une sensation à une autre, fait surgir et se mêler souvenirs enfouis et expériences quotidiennes. L’insomnie peuple aussi la nuit de créatures inquiétantes ou amies, hybrides de réalité et d’inconscient. Tout est encore fugace, fragile et l’on sent dans les images l’éventualité d’une disparition totale de ses visions : sont-elles sur le point de s’obscurcir
totalement ou au contraire sont-elles sur le chemin d’une éblouissante clarté ? Elles matérialisent tout à la fois l’épaisseur du temps, son instabilité et son inexorable bruissement.
De cet éveil naissent des énigmes, des chimères qui nous poursuivent parfois la nuit achevée.

Les différents lieux investis par Estelle Lagarde lui permettent de diriger des scènes qui, ajoutées les unes aux autres, racontent une histoire. Avec «De anima lapidum», Estelle Lagarde se livre à la matérialisation d’une intériorité. En plaçant sa chambre photographique dans plusieurs édifices religieux, aux quatre coins de la France, elle met en images une réflexion sur les relations s’établissant entre l’humain et les architectures de ces monuments, entre l’obscurité et la clarté des lieux et des âmes. C’est aussi notre propre mystique qui est ici sondée à travers la mémoire, les souvenirs et l’Histoire qui imprègnent les murs de ces monuments sacrés, témoins et gardiens de secrets, de péchés et d’espérances.

Laure Pubert navigue elle aussi entre le rêve et la réalité dans sa série «J’irai marcher sur tes traces». La sélection faîte dans ce travail réalisé au cours d’un long séjour en Norvège, nous entraîne sur le chemin du roman noir. C’est sûrement l’un des atouts narratifs de la nuit, l’une des libertés que cette dernière permet de construire mentalement. D’un récit et d’une quête photographique personnelle, dans ce choix d’images, Laure Pubert propose de laisser notre propre imaginaire divaguer et bâtir notre propre récit nocturne, de donner chair, âme et histoire aux personnages. Rien n’est figé, tout peut être fin ou commencement. C’est cette incertitude noire qu’explore la photogaphe.

Michaël Serfaty est, quant à lui, l’hôte de visages et de silhouettes qui, peu à peu, s’extirpent d’une noirceur – prison ou refuge. Ce sont peut-être «Ces choses au fond de nous» (titre de sa série) qui tentent de prendre forme à la faveur du calme et de l’indétermination de la nuit. L’imprécision de leurs formes, le flou que leur imprime le grain de l’image, entrouvrent plusieurs questionnements : serait-ce à la faveur de la nuit que ces êtres font leur visites, dans l’espoir d’une rencontre, avant de rejoindre à nouveau l’obscurité dès les premières lumières diurnes ? Ou bien au contraire tentent-ils définitivement de sortir de cette nébulosité et de rejoindre la lumière ? Peut-être bien les deux à la fois.

INFORMATIONS PRATIQUES
agence révélateur
http://www.agencerevelateur.fr
http://www.facebook.com/agencerevelateur
> Expo à venir
ContreNuit
Du 10 octobre au 10 novembre 2018
L’Anis-Gras Le Lieu de l’Autre
55 Avenue Laplace
94110 Arcueil

Paulien Oltheten, Lauréate du Nouveau Prix Découverte 2018

C’est lors de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles que le Nouveau Prix Découverte a été décerné. Parmi 11 jeunes artistes internationaux, un jury a choisi Paulien Oltheten comme lauréate de cette édition 2018. La photographe néerlandaise de 36 ans était présentée par la galerie Les Filles du Calvaire avec sa série « La Défense, Le Regard qui s’essaye ».

Les galeries françaises à l’honneur de ce cru 2018 !

Le Nouveau Prix Découverte récompense l’artiste et sa galerie à travers une acquisition d’un montant de 15 000 euros. Le travail primé est visible jusqu’au 23 septembre à Ground Control, avec les travaux des 10 autres nominés.
Les visiteurs ont également pu voter pour décerner le Prix du Public, qui récompense Wiktoria Wojciechowska (lire l’article), artiste polonaise présentée par la Galerie Confluence (Nantes).

En 1930, l’écrivain et dramaturge Bertolt Brecht, écrivait dans sa pièce L’exception et la règle : « Observez bien le comportement des gens : trouvez-le surprenant, même s’il n’est pas singulier et inexplicable, même s’il est ordinaire et incompréhensible, même s’il est la règle ». Les photographies, les performances et les vidéos de Paulien Oltheten semblent vouloir explorer ce qu’il y a de commun et à la fois d’extraordinaire dans le comportement humain dans l’espace public. Sa méthode de travail est basée sur l’observation directe dans des parcs, esplanades ou rues de grandes villes. Elle y repère des actes particuliers, des gestes répétitifs, des objets décalés ou des traits graphiques et établit des connexions entre eux afin de créer une narration qu’elle formalise avec des mots, des images fixes et en mouvement. À la lisière du documentaire et de la fiction, et avec une indéniable dose d’humour, elle imagine et met en scène des objets retrouvés et des personnages rencontrés pour dévoiler des connexions universelles entre les choses et le comportement humain.
Marta Ponsa

INFORMATIONS PRATIQUES
Nouveau Prix Découverte 2018
Du 2 juillet au 23 septembre 2018
Ground Control
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com
http://www.fillesducalvaire.com/
http://www.paulienoltheten.nl/

A LIRE
Rencontre avec Wiktoria Wojciechowska, Prix du Public 2018.

Rencontre avec Wiktoria Wojciechowska, Prix du Public du Nouveau Prix Découverte 2018

Le Nouveau Prix Découverte a été remis la semaine dernière, lors des Rencontres d’Arles, à l’artiste néerlandaise Paulien Oltheten. Alors que les 11 photographes sélectionnés étaient exposés à Ground Control, les visiteurs ont pu voter pour décerner le Prix du Public et c’est la jeune polonaise de 27 ans Wiktoria Wojciechowska qui remporte les suffrages avec sa série « Sparks ». Elle remporte également Le Prix de la photo Madame Figaro Arles 2018 !

Les galeries françaises à l’honneur de ce cru 2018 !

Le Prix du public récompense l’artiste et sa galerie, la Galerie Confluence (basée à Nantes) à travers une acquisition d’un montant de 5 000 euros. La lauréate 2018 est Paulien Oltheten, présentée par la Galerie des Filles du Calvaire (Paris). Le travail primé est visible jusqu’au 23 septembre à Ground Control, avec les travaux des 10 autres nominés.

Notre critique, Pascal Therme, a rencontré la jeune photographe autour de sa série « Sparks ».

Portrait de Wiktoria Wojciechowska, Arles 2018 © Pascal Therme

Sparks est le portrait multidimensionnel d’une guerre européenne contemporaine, oubliée mais toujours actuelle, la guerre en Ukraine. Wiktoria Wojciechowska est allée à la rencontre des combattants et des victimes de la guerre pour raconter son impact sur la vie de gens ordinaires. Le titre Sparks, étincelles en français, renvoie aux éclats brûlants des missiles qui transpercent sans pitié les murs des habitations. Ce sont les habitants, vivant près de la ligne de front, qui appellent ces éclats d’obus des étincelles, Іскри ou iskry en ukranien. En levant les yeux vers le ciel, en voyant la grêle des fragments brûlants, ils savent qu’ils n’ont plus le temps de trouver un abri. Ces « étincelles » incarnent la mort et la peur. Sparks propose plusieurs perceptions du phénomène de la guerre au travers de photographies, de collages et de films mêlés aux images collectées auprès des combattants, à leurs paroles et à des images symboliques de la guerre.

INFORMATIONS PRATIQUES
Nouveau Prix Découverte 2018
Du 2 juillet au 23 septembre 2018
Ground Control
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com
http://wiktoriawojciechowska.com
http://galerie-confluence.fr

A LIRE
Paulien Oltheten, Lauréate du Nouveau Prix Découverte 2018