Archives par mot-clé : Art Contemporain

Le #metoo de Ghada Amer pour le CCC OD de Tours !

Relativement éloignée des radars français, la franco-égyptienne Ghada Amer fait un retour fracassant au CCC OD de Tours investissant la Nef d’un immense jardin de « phactus » (pour cactus et phallus) en signe de protestation sur le peu de place accordée aux femmes dans l’histoire de la modernité picturale. Un geste éminemment politique qui rejoint la résurgence actuelle de ces destins de créatrices oubliées ou écartées des récits officiels (Centre Pompidou Metz avec Couples Modernes..) mais prend ses racines plus loin encore dès son enfance en Egypte.

« Cactus painting » rejoue ainsi l’abstraction américaine d’après guerre à dominance masculine, un motif déjà expérimenté pour le CCC OD en 2000 dans le cadre de l’exposition « Ghada Amer, monographie et jardins ». Un motif virtuose mais qui agit comme un leurre comme souvent chez l’artiste dont la double appartenance culturelle offre un regard distancié.

Avec « dark continent » pour la galerie noire, elle se saisit d’un autre savoir faire artisanal, la broderie, utilisé par les femmes comme outil de résistance dans les années 1970, qui fait un spectaculaire retour sur la scène artistique. De séduisantes arabesques qui cachent en réalité de redoutables bombes à retardement autour des questions de la pornographie, des stéréotypes du genre et autres tabous qui enferment l’image de la femme. « Dark continent » c’est aussi cette zone obscure décrite par Freud, ce continent caché de la sexualité féminine.

Avec également « les Nymphéas d’Olivier Debré », sur lesquels nous reviendrons, autant de raisons de s’offrir une visite dans ce centre nouvelle génération, cet écrin avant-gardiste pensé par les frères Aires Mateus, véritable caisse de résonnance pour des propositions hors normes.

Ghada Amer qui vit à New York est représentée par les galeries Cheim&Read (New York), Kewenig (Berlin) et Kukje Gallery (Séoul).

INFOS PRATIQUES :

CCC OD – Centre de Création Contemporaine Olivier Debré

Ghada Amer : Cactus Painting

Ghada Amer : Dark Continent

 

Rencontre avec Céline Kopp, directrice de Triangle France, Marseille

Alors qu’elle prépare la prochaine Biennale de Rennes, dont elle est co-commissaire, Céline Kopp à la tête de Triangle France depuis 2012, propose à la Friche Belle de Mai l’exposition « Vos désirs sont les nôtres ». Elle est revenue avec nous sur la genèse de cette démarche, les vocations de l’association Triangle, sa récente fusion avec Astérides et les projets à venir.

Triangle France est une association à but non lucratif (loi 1901) dédiée à l’art contemporain. Elle est située au centre de Marseille à la Friche la Belle de Mai, une ancienne manufacture de tabac reconvertie en centre de production artistique pluridisciplinaire depuis le début des années 1990. Triangle France a pour but de promouvoir la scène artistique contemporaine française et internationale à travers une programmation exigeante et expérimentale de résidences, d’expositions, de performances, d’événements, de publication et la production de nouvelles œuvres. Triangle France soutient la réalisation et la diffusion de nouvelles pratiques artistiques et est engagé dans la mise en place d’une relation dynamique entre les artistes, la scène artistique locale et internationale.

A LIRE : 
https://www.mowwgli.com/41780/2018/07/23/rencontre-celine-kopp-etienne-bernard-commissaires-de-6eme-biennale-de-rennes-a-cris-ouverts/

INFOS PRATIQUES :
« Vos désirs sont les nôtres »
jusqu’au 21 octobre 2018
La Friche Belle de Mai
La Tour-Panorama, 3e étage
41 rue Jobin
13003 Marseille
http://www.lafriche.org/fr/
http://www.trianglefrance.org

MELLE rend la monnaie de sa pièce à ses mines d’argent

Avec une incroyable biennale d’art contemporain en pleine campagne niortaise, Le Grand Monnayage.

A une trentaine de kilomètres de Niort dans les Deux-Sèvres, une petite ville de 3000 habitants propose une biennale d’art contemporain de qualité. Sous le commissariat de Chloé Hipeau-Disko et  Frédéric Legros cette huitième biennale internationale d’art contemporain prend pour thème le Grand Monnayage. Un clin d’œil à l’histoire de la ville. Melle est unique car elle fut au cœur de l’Europe du VIIe au Xe siècles du fait de la présence de mines d’argent, que l’on peut encore visiter, et de la fabrication de la monnaie des Rois Francs pendant plusieurs siècles.

Cette richesse et sa position sur le chemin ouest du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, a permis à cette petite ville de construire un patrimoine roman important, dont l’église Saint-Hilaire, inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité. C’est dans ce cadre que Le Grand monnayage propose une réflexion sur la création de valeurs, l’argent, les échanges et les éléments constitutifs le minéral, la pierre, la circulation et une notion plus contemporaine, le temps.

Organisée comme une promenade au sein du patrimoine notamment trois églises romanes dont l’une fut une prison, un ancien tribunal, un vieux lavoir, les rues de la villes et bien sûr les mines d’argent, la Biennale présente les créations de pas moins de 23 artistes et fait se côtoyer des artistes de renommée internationale comme Yoko Ono, Jannis Kounellis ou encore Ghada Amer, et de jeunes artistes tels que Jean-François Krebs ou Elsa Fauconnet.

La bonne idée est de débuter cette balade par les mines. Là où finalement tout à commencer. Outre la visite guidées des mines, les galeries brillent de l’éclats des quartz de roche de Parts of a Light House de Yoko Ono (rare en France), et sous la fontaine de cuivre proposée par Christodoulos Panayiotou.

Le magnifique lavoir historique équipé d’une exceptionnelle cheminée devient le lieu d’un rituel  quasi mystique sous l’impulsion de Jean-François Krebs. Installation onirique qui donne des allures gelées au bassin, effet renforcé par une régulière pluie magique de poudre silicone qui transforme le lavoir en bain maternelle, pseudo liquide amniotique dans lequel Jean-François Krebs se régénère dans une performance corporelle et propose aux visiteurs de s’immerger dans le bassin.

Le temps est de l’argent pourrait être paraphrasé dans l’église St Savinien. Pour Robert Samuel il est même monayable en remplaçant les personnes dans les files d’attente à New York. Ici invité par David Brognon et Stéphanie Rollin, il attend sur dans un fauteuil dans cette église, la fin de vie d’une personne qui est partie en Belgique afin d’être euthanasiée. Il s’y est installé au moment où le patient a fait sa demande et il partira au moment de son décès. Dans cette même église qui autrefois fut transformée en prison pendant 125 ans, une autre œuvre du duo Brognon-Rollin fait référence au temps carcéral. Lors d’une résidence dans un centre de détention, un détenu leur confie : « Quand je rentre dans ma cellule, c’est mon temps personnel qui commence ».  Sous la forme d’une horloge les artistes représentent la perception psychologique du temps de ce détenu. L’horloge s’arrête lorsque l’on pénètre dans le cœur, reprend son cours quand on en sort, et rattrape le temps immobilisé. Deux troublantes et fascinantes matérialisations d’un temps que l’on ne peut imaginer.

Ghana Amer plus connue pour ses broderies qui questionne la place de la femme y compris dans l’histoire de l’art abstrait propose ici une installation proche du land art. Des excavations qui dessinent le mot LOVE dans le sol prêtent à accueillir les morts des guerres qui se perpétuent encore aujourd’hui notamment au moyen orient. Celles-ci l. Elle tente ainsi d’enterrer la guerre dans un jardin d’amour. Un jardin pour un soldat inspiré par Le Dormeur du Val ; une œuvre puissante qui a fédéré les habitants de Melle comme un acte de communion.

Céline Baux et  Emma Loriaux présentent des cailloux en suspension dans des bains contenant des nitrates d’argent, un jeu d’électrolyse réagit et le nitrate se fixe sur le caillou qu’il agrège, devenant ainsi une pierre d’argent éclatante. A coté, un autre bain agit avec une réaction chimique totalement différente et l’argent se fixe sur les parties recouvertes de cuivre d’un autre caillou. Ici l’argent prend des allures cotonneuses et mâtes.

Ali Cherri  une installation de briques en terre sèche une méthode ancienne dont étrange coincidence, la fabrication persiste dans la région de Melle. Il s’intéresse à la valeur des objets,  valeur souvent définie par les assureurs. Ici il travaille avec la boue, symbole à la fois d’Adam et du Golem, tous les deux créés avec de la terre. Ali Cherri est fasciné par la transformation des choses. La boue peut devenir une habitation, un pont, un outil, un récipient… Une simple boue par la transformation devient valeur. Ces recherches jouent souvent sur la dualité des choses et leur potentiel de transformation, de destruction, de création… et peut être la résurrection.

C’est en tout cas ce qui s’est passé à Melle qui a réussi à redonner vie à son histoire et à ses mines et propose aujourd’hui une incroyable expérience au sein de cette campagne niortaise.

 

Biennale internationale d’art contemporain de Melle

Le Grand Monnayage

Du 30 juin au 23 septembre 2018

Jardin des délices de Laure Prouvost au Palais de Tokyo

Folie, délire maniacal – ces mots le mieux décrivent l’atmosphère des vidéos de Laure Prouvost, où les scènes orgiastiques et surréalistes changent à un rythme effréné: sons de frictions des corps, murmures infernaux, sol transpirant, callosités sanglantes qui explosent, poisson agonisant avec une framboise dans sa bouche.

Historiquement, Prouvost s’inscrit dans une longue tradition d’intellectuels et créateurs, se nourrissant des hallucinations: L’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari, Les Cantos d’Ezra Pound, Le Festin nu de Burroughs, Sodomites de Gaspar Noé, Antichrist de Lars von Trier, sans aller plus loin vers les Hymnes homériques ou les écrits de St. Thérèse d’Avila. Parmi ses représentants, c’est avec Jérôme Bosch, que Prouvost a le lien le plus profond. Tous les deux appartiennent au type d’outsider reconnu : l’artiste, travaillant en dehors des courants stylistiques et problèmes faisant l’actualité de son époque, et en même temps baigné dans les rayons de la gloire.
Les œuvres de Bosch furent accrochées dans les palais princiers et cathédrales de la Flandre, celles de Prouvost s’exposent à la Tate Modern, au Palais de Tokyo et, bientôt, à la biennale de Venise. Bosch et Prouvost partagent pas mal de motifs communs: abondance de labyrinthes, scènes d’allaitement, castration et copulation, placement des animaux en dehors de leur milieu naturel, amour aux insectes et arthropodes. Or, c’est non seulement l’imaginaire ou la position institutionnelle, mais aussi la vision intuitive du monde, «le glamour apocalyptique de la vie condensée», comme Prouvost elle-même définit le genre de ses créations, qui la réunit avec Bosch. La nature, en tant que masse unifiée des entités minérales et biologiques, est le sujet commun de leur travail. Elle est animée, cruelle et libidineuse, c’est la nature dans son aspect destructeur, avec l’érotisme violent où le plaisir et la souffrance vont main à la main, la nature pendant ses chaleurs, une bête à mille visages et mille pieds, coulant de sang, lait et sperme, Méduse, qui séduit, affole et massacre. Avec toute la puissance et immédiateté, dont l’audiovisuel contemporain donne à l’artiste, Prouvost réveille les phobies les plus chthoniques de la conscience humaine, en plongeant son public dans une sorte de terror antiquus des tragédies grecques, l’horreur de la vie au monde sous la domination du destin sombre et inhumain, l’horreur de celui qui est soumis aux forces du chaos, sans espoir d’y échapper. Bien chez elle, que chez Bosch dans son Jardin des délices, l’enfer est placé sur la surface de la terre. L’effet artistique des vidéos de Prouvost, telles que «It, Heat, Hit» (2010), «We Will Go Far» (2015), «Lick in the Past» (2016) et surtout «Swallow» (2013), va jusqu’à l’effacement de la frontière entre imaginaire et réel; leur dynamisme et l’impensabilité excèdent l’art lui-même, en nous conduisant vers l’ailleurs métaphysique. Tant plus inquiétant est de voir ses dernières expositions, «Looking At You Looking At Us» à la galerie Nathalie Obadia (2017) et “Ring, Sing and Drink for Trespassing”, actuellement au Palais de Tokyo, où la vidéo, médium dont elle maîtrise le mieux, ne joue pas le rôle principal. Chez Obadia, c’était une série des photos nu, quelques anciennes vidéos, vases aux cactus et sculptures anthropomorphes de tiges de fer, tenant les plaques avec des phrases – incantations, errant d’une œuvre de Prouvost à l’autre. Au Palais, il s’agit d’une installation plus massive à l’esprit de l’arte povera, prenant forme d’un labyrinthe avec quelques secteurs et la fontaine aux tétons géants sur une piazza centrale; les sculptures, deja exposées dans la galerie Obadia, ainsi que les objets de prédilection de Prouvost – rameaux, framboises, légumes, fesses et mamelons, constituent sa carcasse. La fontaine, quand à elle, n’a pas suffisamment de puissance plastique pour servir de point d’articulation d’un espace tellement vaste, l’éclairage si fort tue l’ambience mystique et ténébreuse dont l’œuvre de Prouvost se caractérise, aucune grande vidéo, qui pourrait expier ces faiblesses, n’a pas été créée à cette occasion. Pour la premiere fois dans sa carrière, Prouvost semble se plier devant les conjonctures politiques: à côté d’une veste mouillée, elle écrit, peut-être ironiquement, que c’est le réchauffement climatique qui l’a rendu telle. Le couloir d’entrée dans l’exposition, dominé par des branches sèches, bâtons de fer et pots céramiques, est fort similaire au travail de l’artiste kosovar Petrit Halilaj, exposé à quelques dizaines de mètres; le segment avec les frigidaires et téléviseurs vétustes, reproduit presque mot par mot la fameuse installation «The Toilet» d’Ilya et Emilia Kabakov (1992). Dans l’un des coins de «Ring, Sing and Drink for Trespassing», à côté de l’escalier fragile, tremblant et faisant du bruit lorsque quelqu’un monte ou descend, un verre d’eau est accompagné de l’inscription: «This glass contains water from a place no one’s ever been». Espérons, que Laure Prouvost pourra y aller un jour encore une fois.

INFORMATIONS PRATIQUES
Laure Prouvost
Ring, Sing and Drink for Trespassing
Du 22 juin au 9 septembre 2018
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson
75116 Paris
http://www.palaisdetokyo.com

Les dieux insatiables de Subodh Gupta à la Monnaie de Paris

Première rétrospective en France de l’artiste indien Subodh Gupta dont les œuvres souvent monumentales sont présentes dans le monde entier. A ne pas confondre avec Shilpa Gupta également représentée par la galeria Continua San Gimignano/Beijing/Les Moulins.
« Adda »/Rendez-vous entrecroise l’ADN de la Monnaie de Paris et l’univers de l’artiste autour du métal et ses symboliques. Le parcours divisé en 6 sections occupe l’ensemble des espaces intérieurs et extérieurs du 11 Conti dans un continuum hypnotisant.
A partir du langage du quotidien et des rituels autour de la nourriture en Inde, l’artiste met en scène des objets traditionnels comme des allégories autour de notions philosophiques universelles, telles que la pureté, le voyage et l’exil, la prospérité et l’abondance, la spiritualité.
Un voyage initiatique aux confins des astres et de l’ailleurs…
Dans le cadre de l’exposition, Subodh Gupta en résidence dans les ateliers de la Monnaie a conçu une médaille spéciale à partir des épices et leur valeur économique et commerciale dans le temps et l’histoire (en vente à la boutique).
Prochainement : Conférence Gupta par Gupta le 19 juin à 19h
Catalogue sous la direction des deux commissaires, Camille Morineau et Mathilde de Croix, éditions Skira, 192 pages, bilingue, 25€.
Infos pratiques :
 
SUBODH GUPTA
Adda/Rendez-vous
 
jusqu’au 26 août 2018
 
Tarif Plein : 14€ (Web : 13€)
Tarifs Réduits : 12€ (Web : 11€) – 9€
Pour accompagner votre visite : téléchargez gratuitement notre application

 

Emmanuel Latreille « Montpellier n’est pas que la ville de la danse, de la musique ou du cinéma… »

Fondé en 1982 à Montpellier, le FRAC Occitanie Montpellier réunit actuellement 1 445 œuvres réalisées par 470 artistes français et internationaux. Nombre d’œuvres de la collection entretiennent un rapport à l’image et ses enjeux à travers les appareils d’enregistrement de la modernité (cinéma, vidéo, installation, photo) et aussi des mediums plus traditionnels tels que la peinture, la sculpture, le dessin.

 

Emmanuel Latreille, directeur du FRAC Occitanie Montpellier depuis 2003 est diplômé en philosophie esthétique. Il nous a reçu dans ses bureaux en plein préparatifs de sa prochaine exposition, et est revenu sur l’ADN du FRAC et sa vocation au sein du territoire élargi de l’Occitanie alors que se profile le futur MoCo.

La collection du Frac Occitanie Montpellier est propriété de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée. Elle est consultable sur le site du FRAC OM et sur le site des Collections des FRAC ( Videomuseum).

Infos pratiques :
A la lumière
du 14 avril au 9 juin 2019
4 artistes de la collection de renommée internationale, 4 œuvres vidéo réunies autour de la mise en situation des corps en action
Œuvres du Frac OM : Ismaïl Bahri, Claude Cattelain (collection de l’artiste), Jesper Just, Adam Vackar
https://www.frac-om.org

Rencontre avec Heidi Ballet, commissaire de la Triennale de Beaufort 2018

Le projet artistique de Beaufort (unité de mesure du vent) est né de l’attachement de chaque belge à ce littoral au fort pouvoir évocateur : les dunes, les promenades sur la digue, le Casino et cette architecture Belle Epoque unique. C’est ainsi qu’ en 2003 sous l’impulsion de Willy Van den Bussche, alors directeur du musée d’art moderne PMMK à Oostende, l’évènement est lancé. Des œuvres d’artistes internationaux majeurs tels Louise Bourgeois, Jan Fabre, Daniel Buren, Wim Delvoye, Antony Gormley apportent ainsi leur signature le long du littoral au fil des éditions.

Après un commissariat collégial, la 6ème Triennale de Beaufort a été confiée à Heidi Ballet (née en 1979 à Hasselt) qui vit entre Bruxelles et Berlin. Elle a notamment été en charge de la Biennale d’art de Lofoten (LIAF) en Norvège et assuré le commissariat du programme Satellite 9 du Jeu de Paume Paris et du CAPC de Bordeaux sous le thème « Notre océan, votre horizon ».

Pour ce nouveau défi qui rassemble 9 communes du Littoral et 18 artistes de toutes générations, elle s’est concentrée sur 2 axes : les monuments dans l’espace public et l’écologie.

Elle a répondu à nos questions.

La Fabrique de l’Esprit®, du regard à l’expérience à la Fondation Francès

Depuis sa création, La Fabrique de l’Esprit® développe des contenus pédagogiques, élabore des programmes éducatifs culturels, à l’appui d’oeuvres contemporaines et des oeuvres de la collection Francès. L’ensemble de ses programmes répond à des enjeux éducatifs, artistiques et culturels.

Le programme d’histoire de l’art s’adresse à tous. De l’initiation à partir de 4 ans, à l’approfondissement des connaissances de 8 à 15 ans jusqu’aux adultes.

La Fabrique de l’Esprit® développe aussi des projets à la carte. Personnalisés et adaptés aux problématiques des équipes pédagogiques des institutions scolaires pour répondre, oeuvres à l’appui, aux attentes éducatives et culturelles singulières des établissements

L’exposition La Fabrique de l’Esprit®, Du regard à l’expérience, présente une sélection d’oeuvres de la collection Francès choisie pour illustrer les contenus
de son programme d’éducation artistique. Une réalité concrète pour venir alimenter le récit ou l’expérimentation et donner ainsi accès à l’art, pour tous.

Cette exposition renoue avec les origines de la fondation : des oeuvres en dialogue et la notion de récit, sublimant par la même occasion l’expérience du plaisir esthétique. Ainsi, le public est invité à découvrir les vestiges d’une chair éprouvée par Berlinde de Bruyckere, la lumière hollandaise des photographies de Désirée Dolron, en passant par les sculptures organiques de Pascale Marthine Tayou. Enfin, Jean Rustin et les inspirations numériques d’Andy Denzler et Matthieu Boucherit dialoguent en face à face. Avec en point d’orgue, Adrian Ghenie, The flight into Egypt II, et son désir d’éveiller nos consciences face aux dangers imminents.
Gravitant tout autour de ces oeuvres, une quête de sens, côtoyant des réflexions philosophiques proches de celles de Lucrèce (vers 98-55 avant J-C) sur la nécessité de s’imprégner de la nature dans un but d’épanouissement. Cette nature est présente in situ, cohabitant avec les oeuvres puisque une résidence bio-inspirée est expérimentée au sein de la fondation d’entreprise Francès.

La première résidence d’artistes bio-inspirés.
Afin de susciter et de provoquer de nouveaux échanges, créer de nouvelles expériences et des projets artistiques inspirés par cette logique de recherche et d’innovation avec le vivant, cette résidence s’inscrit dans une finalité créative et d’expérimentation, et se caractérise par la transmission et l’échange autour des matériaux, de l’environnement ou encore de l’innovation. Des artistes, tels que Michel Blazy, ou Eduardo Kac, sont des références en matière de création bio-inspirée. La nature est une source d’inspiration prolifique, qui se transmet et se développe.
Cette première résidence d’artistes se veut immersive et vise à créer une oeuvre identitaire,tout en développant des échanges entre artistes, chercheurs, institutions privées et publiques.

Lucas Dauvergne et Mathieu Corticchiato sont les deux lauréats de l’appel à projet lancé en 2017. Leur projet propose la création d’une sculpture-nid grâce à la participation active de fourmis tisserandes, les Formicidae Oecophylla.
Du regard à l’expérience est une exposition qui questionne la nature humaine à travers un processus créatif transgénérationnel.

Créée en 2009 par Hervé et Estelle Francès, la Fondation est conçue comme un laboratoire de réflexion autour d’un ensemble réunissant près de 600 œuvres.

La collection réunit 250 artistes issus de 50 pays s’exprimant aussi bien à travers des peintures, des photographies, des sculptures, des installations, des vidéos, des objets détournés…Un constat à postériori dévoile un fil rouge, celui de «l’Homme et ses excès» et devient alors une source d’inspiration et de
convictions affirmées.

INFOS PRATIQUES :
La Fabrique de l’Esprit®, Du regard à l’expérience,
Jusqu’au 24 août 2018
Fondation d’Entreprise FRANCÈS
27, rue Saint Pierre
60300 Senlis
mediation@fondationfrances.com
http://www.fondationfrances.com

Un, Deux, Trois… Labanque ! (2nde Partie)

Nous vous proposons la suite de notre article d’hier avec les deux autres expositions proposées par LaBanque à Béthune : De l’apparence des choses, Chapitre VI, Des forces de  Rachel Labastie et Between here and nowhere de Brian Griffin.

RACHEL LABASTIE
« DE L’APPARENCE DES CHOSES, CHAPITRE VI, DES FORCES »

A l’étage nous sommes accueillis par une roue en osier qui tourne sans fin. Elle évoque la roulotte des origines Yéniches (peuple nomade de l’Europe et grands vanniers) de la grand-mère de Rachel Labastie. Toutefois entourée de haches en céramique plantées dans le mur, comme elle l’est, l’œuvre pourrait nous inviter à une fête foraine ou encore évoquer une attaque de diligence. En tout cas un jeu de forces est à l’épreuve. D’ailleurs « Des forces » est le nom de ce sixième chapitre de son projet intitulé De l’apparence des choses.

Des forces contraires, il s’agit bien de cela dans cet épisode. Tout le parcours oscille entre érection et suspension, dureté et fragilité, violence et sensualité. Rachel  Labastie joue des paradoxes et de l’apparence des choses. Elle utilise l’argile crue, le bois, la céramique, le verre, le marbre dans ses huit installations où se manifestent le geste, l’apesanteur, le feu, la violence et la magie.

Les œuvres les plus frappantes sont peut être celles qui justement nous rapproche du rituel et de la magie, par exemple avec Foyer, une œuvre faite d’ossements modelés en grès noir reposant sur des tessons roses et bruns. Un amas qui évoque les restes d’un charnier, de fouilles archéologiques d’un tombeau ou encore d’une grotte du paléolithique. Elle montre le paradoxe du feu dont la maîtrise est indispensable pour sa création et qui réchauffe, nourrit, permet de fabriquer mais aussi brûle, détruit. Il est symbole de vie et de mort. Il est aussi celui qui permet la communion dans des rituels chamaniques, ou des fêtes. En témoigne son intervention réalisée en 2017 dans un village de Navarre comme une cérémonie ritualisée. Dans un village abandonné, en fouillant dans les ruines des maisons, elle a ramassé des tuiles, des morceaux de céramiques et les tessons trouvés. Puis elle a réalisé un immense four primitif dans la terre pour cuire ses morceaux trouvés dans des bâtons d’argile. Ce feu qui a brûlé toute la nuit pour la cuisson a permis le rassemblement de tous les villageois. Cette cérémonie autour du feu révèle le désir du collectif afin de convoquer la communion autour des disparus, d’une histoire, comme un rite chamanique.

Eprise de liberté, elle dénonce toutes les entraves. Avec la série Entraves, des chaines, des  colliers d’esclaves sont accrochés au mur comme les équipements dans une écurie et attendent le forçat ou l’esclave. Le paradoxe nait de la fragilité de la céramique blanche utilisée qui contraste avec la gravité du propos.

Dans ce premier étage qui lui est entièrement consacré, Rachel Labastie pointe du doigt la dualité incarnée dans la matière en transformation. Magie du feu, rituel sacré, bâtons de pèlerin, roue du destin, on a envie d’écouter ses histoires et de la suivre dans cette cérémonie qui réunit la communauté des humains.

BRIAN GRIFFIN
« BETWEEN HERE AND NOWHERE »

Commissariat : Valentine Umansky

Brian Griffin, est un photographe né à Birmingham dans un milieu très populaire. Il a photographié le monde de l’entreprise lors de commandes puis a travaillé pour la presse : Time Magazine et The Observer Magazine. Ami de Martin Parr, fan de musique, il était notamment le grand portraitiste de la scène musicale des années 80. Paul Mc Cartney, Depeche Mode, R.E.M, Kate Bush, Elvis Costello ou Iggy pop sont passés sous son objectif. Le Guardian en 1989 prétendait qu’il était le photographe de la décennie. Depuis 2001, il a délassé les stars pour photographier le monde des travailleurs et poursuit de porter un regard de coté sur la société britannique. Nous avions pu voir il y a un mois quelques images lors de l’expo, proposée à Paris par Burberry, consacrée au « british way of life » et qui célébrait la photographie britannique.

Un physique à la Gabin au regard bleu perçant, une autorité et une tendresse à la fois, on décèle toujours un brin d’ironie dans l’œil du photographe animé par une classieuse irrévérence et une claire ambigüité. Un mélange de Ken Loach et de David Lynch.

L’exposition Between here and nowhere se développe sur plusieurs chapitres d’un récit qui nous entraîne au milieu des pommes de terre, dans le milieu ouvrier, des militaires… Bref une histoire inspirée par la région, le lieu, sa terre natale, une grande humanité et le plaisir de brouiller les pistes.

Inspirée par la terre de Béthune-Bruay dont il  a lu beaucoup d’ouvrages relatant son histoire et notamment pendant la première guerre mondiale. Il a ainsi trouvé que les champs de batailles sont devenus des champs de pommes de terre. Que se passe-t-il dans cette terre qui sert à nourrir les populations et qui contient en elle les morts des deux derniers conflits mondiaux, dont beaucoup de britanniques ? Pour Brian la région est importante dans l’histoire et en lien avec sa région d’origine. Les connexions se font également avec le monde ouvrier, dont il rend hommage dans une superbe série. Les ouvriers sont photographiés avec leurs outils dans des positions et attitudes dignes d’un magazine de mode. Il interroge l’homme face au postmodernisme avec des images énigmatiques qui rappellent un accident nucléaire, un feu d’artifice ou les représentations futuristes d’une dimension parallèle qu’il nous faudrait découvrir.  Avec la série des Somnambules il poursuit cette interrogation. Il y photographie des personnages arrêtés dans leur mouvement, les yeux fermés, dans les espaces vides d’une usine McCain, encore une référence aux pommes de terre. Avec un jeu de perspective imparable cette mise en scène donne une impression de rêve ou de cauchemar, un effet irréel dont la portée politique ne fait aucun doute. Un peu plus loin on retrouve des soldats et des pompiers, des morts sous des croix blanches, un jeune ouvrier couché au sol… autant de personnages qui semblent être les protagonistes d’une histoire dont seul Brian Griffin possède les clefs.

Tout ici dans cette déambulation est mystère, jeu de piste. Brian Griffin nous propose un jeu de Cluedo mené dans un esprit Twin Peak , pour son univers entre fiction et réalisme à la frontière fragmentée, complexe avec plusieurs lectures possibles. Il laisse ici et là quelques indices afin de nous permettre de reconstruire une histoire qui navigue entre fiction légère et réalité brute.

Brian Griffin préfère les chemins de traverse aux propositions trop littérales et rejette le concept de vérité absolue.

A LIRE : 
https://www.mowwgli.com/37733/2018/04/12/deux-trois-labanque-1ere-partie/

INFORMATIONS PRATIQUES
Pierre Ardouvin « Retour D’abyssinie »
Rachel Labastie « De L’apparence Des Choses, Chapitre Vi, Des Forces »
Brian Griffin « Between Here And Nowhere »
Du 17 mars au 15 juillet 2018
LABANQUE
44, place Georges Clémenceau
62400 BETHUNE
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30
Fermé le 1er mai
http://www.lab-labanque.fr

Un, Deux, Trois… Labanque ! (1ère Partie)

Trois expositions, trois médiums, trois artistes ouvrent cette saison printanière de LaBanque à Béthune. Trois expositions qui, malgré des différences narratives, ont un point commun, l’entre-deux. Entre présence et absence avec un jeu d’espace temps pour Pierre Ardouvin. Entre force et fragilité pour Rachel Labastie. Entre ici et ailleurs, fiction et réalité pour Brian Griffin.

Du 17 mars au 15 juillet 2018, LaBanque, centre de production et de diffusion en arts visuels, installé comme son nom l’indique dans l’ancienne banque de France de Béthune, nous propose trois expositions monographiques qui sont le fruit de la rencontre entre des artistes, un territoire et un lieu.

Brian Griffin nous propose avec « Between here and nowhere » une aventure photographique et énigmatique dans ce territoire nordique où se mêlent les résidus des derniers conflits mondiaux, le peuple ouvrier et une terre agricole vouée à la pomme de terre.

Le lieu a inspiré à Pierre Ardouvin une installation géante qui nous invite dans une histoire totalement folle, inspirée de ses influences littéraires et références artistiques. « Retour d’Abyssinie » est une balade des profondeurs de la terre aux profondeurs de l’âme.

« De l’apparence des choses, Chapitre VI, Des Forces » de Rachel Labastie perturbe le champ de force tranquille des appartements bourgeois de la banque. Avec ses sculptures de terres molles, ses feux de terre cuite, ses avant-bras tendus par des sangles de déménageurs, elle convoque un certain nomadisme.

Ce jamais (entre)-deux sans trois expositions dense que nous propose LaBanque nous fait emprunter le chemin de contrebandiers côtier, de nos certitudes. Là où il n’y a pas qu’une seule vérité.

Je vous propose aujourd’hui un aperçu de l’exposition de Pierre Ardouvin et demain nous visiterons les expositions de Rachel Labastie et Brian Griffin.

PIERRE ARDOUVIN
« RETOUR D’ABYSSINIE »

Fidèle à sa pratique Pierre Ardouvin dévoile la part cachée de nos fossiles culturels, de ce qui en eux « gît » de la mémoire collective et individuelle. Il en exprime les fantasmes, les souvenirs, les renoncements et les rêves avec mélancolie et humour au moyen de sculptures, d’installations, d’images retouchées et de dessins.

Pierre Ardouvin investit le grand plateau de Labanque ainsi que ses sous-sols. Lorsque l’on arrive sur le plateau, la première chose qui attire l’œil dans cette semi pénombre ce sont des bijoux de pacotille qui jonchent le sol ça et là. On a l’impression d’arriver après un casse où tout est parti en vrille, une espèce de « very bad trip » version braquage. Impression renforcée lorsque l’on prolonge le regard et que l’on aperçoit des pieds cachés derrière des rideaux épais aux imprimées de grottes.

Le parcours de l’exposition volontairement libre est sous la forme d’une déambulation. Les œuvres peuvent être vues comme un ensemble ou distinctes les unes des autres. Formant un tout dans une configuration éphémère liée au lieu et au temps de l’exposition, elles sont reliées entre elles par l’installation visuelle (les bijoux) et sonore Au réveil il était midi qui investit la totalité des espaces.

Au-delà de ces rideaux qui représentent des grottes, de la semi pénombre, des pierres précieuses au sol, nous prenons vite conscience que nous sommes finalement dans une caverne plus mystérieuse qu’elle n’y parait. Nous sommes entrainés dans les profondeurs de l’imaginaire et un jeu de présence /absence. Quelques détails confirment que l’histoire est plus complexe.

Une réplique réalisée en imprimante 3D du Palais Idéal du Facteur Cheval trône sur une autre réplique, celle de la civière en bois dessinée par Rimbaud qui le transporta lors de son retour d’Abyssinie. Utopie en voyage ? Rimbaud et le Facteur Cheval ont créé des œuvres magistrales sans avoir voyagé. Rimbaud voyagera après avoir écrit son œuvre. Deux voyages intérieurs nés d’une fulgurance et d’un rêve d’ailleurs.

Juste en face un tapis représente le gouffre de Padirac, qui, vu de l’intérieur en contreplongée, s’ouvre sur le ciel. La perspective s’en trouve renversée. Depuis le plafond et jusqu’au sol pend une colonne de bijoux fantaisie prend des allures de corde pour s’échapper ou d’un geyser figé dans le temps. Tout cela nous entraine dans un rêve où se mêlent évasion et chute, angoisse et merveilleux. Nous sommes suspendus dans un espace temps indéfini.  Les repères sont tous modifiés, avec un effet d’ « upside-down » de deux mondes parallèles qui se font face. Les profondeurs de la terre face aux profondeurs intérieures.

Pierre Ardouvin est passionné de littérature de science fiction et il nous embarque pour un voyage dans les méandres de l’imaginaire et du rêve.  Cette vision à deux faces est poursuivie par les tableaux exposés dans la pièce d’à coté, la seule pièce vraiment éclairée de ce Retour d’Abyssinie. Cette série de tableaux composés de reproductions inversées de cartes postales des années 60 aux couleurs criardes reliées en elles par un jeu de peinture de l’artiste ; certaines sont pailletées à la manière des cartes de noël. Un assemblage proche de l’écriture automatique autour du thème du souvenir.

Dans la salle aux archives au sous sol nous sommes dans les enfers avec des éclairs lancés par un jeu de lampes stroboscopiques dont la forme d’éclairs reste gravée dans notre mémoire rétinienne. Toujours au sous sol, deux autres œuvres majeures de Pierre Ardouvin ont été réactivées pour l’occasion. Pour la première, nous entrons dans la reproduction d’une salle d’attente de médecin des années 60 qui, telle une tombe égyptienne, serait une pièce d’archéologie. La seconde, Les larmes de Oum Kalsoum, au centre d’une pièce, une fontaine réalisée avec une petite piscine pour enfant. Cette œuvre possède une dimension poétique et politique. L’eau chante en même temps que la voix envoutante d’Oum Kalsoum, un voyage qui nous emmène au Moyen Orient avec son rêve de liberté.

Entre les bijoux, les souvenirs, les éclairs, les sculptures hommage à la science fiction et l’heroïc-fantasy dont l’artiste est fan, finalement ce voyage nous emmène dans l’univers créatif et fantastique de Pierre Ardouvin lui même. Un voyage étourdissant !

> Rendez-vous demain, vendredi 13 avril 2018 pour la seconde partie de l’article.

INFORMATIONS PRATIQUES
Pierre Ardouvin « Retour D’abyssinie »
Rachel Labastie « De L’apparence Des Choses, Chapitre Vi, Des Forces »
Brian Griffin « Between Here And Nowhere »
Du 17 mars au 15 juillet 2018
LABANQUE
44, place Georges Clémenceau
62400 BETHUNE
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30
Fermé le 1er mai
http://www.lab-labanque.fr